CAMPAGNE DE
LES OPERATIONS SDll I/ELBE.
Ce qui se passait jusquMci au nord de TEurope nY*tait encore, à bien dire, que la suite de la fatale guerre de 1812, le grand reflux de ce qui restait de Tannée française du Niémen sur la Vistule, puis sur rOder, puis sur TElbe. C'était aussi une transition, une trêve relative de quelques mois entre la campag^ne qui venait de finir et la campafjnequi allait recommencer activement, trêve dont Napoléon profitait pour se préparer à reparaître à la tête de Forces nouvelles sur le théâtre des hostilités.
Tandis que les débris de la Grande Armée, laissés sous le commandement supérieur du prince Eugène, et rejetés sur TEIbe, étaient occupés à défendre péniblement celte dernière ligne, tantôt autour de Dresde, tantôt au-dessus et au-dessous de l\lagdebourg, jusque vers Hambourg, Napoléon en effet utilisait, avec sa prodigieuse activité, ces premières semaines de 1813. Avec les ressources qo^il trouvait soit dans les cohortes de garde nationale mobilisées, soit dans les anciennes classes de la conscription sur lesquelles il revenait, les hommes ne lui manquaient pas, ni même les cadres qu'il faisait rentrer de la Grande Armée ou d'Espagne. La diffî-
culte élaît d'org^aniser, de distribuer toutes ces forces, composées en partie d'hommes propres a la guerre et en partie aussi de jeunes gens qui allaient voir le feu pour la première fois. Napoléon n'avait pas perdu une heure pour former de nouveaux bataillons et les mettre en marche à mesure qu'ils s'organisaient; il avait expédié aussi d'assex importants contingents aux anciens corps de Davout et de Victor. En même temps, il avait fait partir un corps, dit corps d'observation de TElbe sous Lauriston ; il formait, sous le général Bertrand, un corps d'obser\'ation d'Italie qui, au premier ordre, devait s'avancer en Allemagne. Il organisait aussi sur le Rhin plusieurs corps, destinés à entrer en campagne sous les maréchaux Ney, Marmont, 31acdonald, Oudinot. Il comptait avoir jusqu'au mois de mai pour compléter ses préparatifs; dès le mois d'avril il commençait à être pressé par les circonstances qui prenaient, de jour en jour, plus de gravité.
En réalité, la situation diplomatique et militaire était à peu près celle-ci. Les Russes qui étaient seuls d'abord avaient, depuis le 28 février, la Prusse pour alliée, et les nouveaux coalisés espéraient bien trouver avant peu des associés dans toute TAllemagne. Ils négociaient secrètement de toutes parts. Ils n'avaient encore cependant que des concours éventuels ou peu effectifs. La Suède, dont l'alliance, il est vrai, n'était plus douteuse, après une entrevue récente que l'empereur Alexandre avait eue avec Bernadotte, hésitait à se prononcer ou à se démasquer. Bernadotte, qui devait avoir le commandement d'un corps composé de Suédois et de Russes, ne se hâtait pas; il voulait avant tout mettre la main sur la Norwége qui était le prix de son accession à la coalition nouvelle. L'Autriche gardait une attitude assez énigmatique, ayant des intelligences secrètes avec les alliés, négociant toujours avec Napoléon, et préparant, en définitive, sous le voile d'une médiation habilement calculée, une évolution qui se proportionnerait aux circonstances. La Saxe, malgré la fuite du Roi à Ratisbonne et les défections partielles de son armée, n'était pas encore détachée de Napoléon et allait môme lui revenir. La Bavière, le Wurtemberg, bien que fort ébranlés, restaient provisoirement fidèles à la cause impériale. Russes et Prussiens se trouvaient donc réduits à leurs propres forces, et ces forces, après tout ce qu'on avait dû laisser devant les places de la Vistule et de TOder, après ce qui avait été détaché sur Hambourg, n'étaient pas très-considérables. Les alliés avaient à pou près 30,000 hommes avec Wittgenstein et York devant Magde-
bourg;; 15,000 hommes avec Witzingerode qui avait déjà passé FEIbe; 12,000 hommes avec Sacken du côté de la Galicîe,et au centre de leur ligne en Silésîe, de 25 à 30,000 Prussiens, 30,000 Russes : au total, de 110 a 120,000 hommes. Le vieux généralissime russe Kntusof hésitait à s'avancer avec ces forces; mais sa mort survenant dans ces circonstances laissait la carrière libre à la hardiesse, et ks alliés se disposaient à aller tenter la fortune au delà de l'Elbe, vers Dresde, tandis que leurs partis, avec Tettenborn et Gzernichef, essayaient de pénétrer par le bas Elbe dans le Hanovre et la Westphalie.
De son côté. Napoléon se trouvait dans une situation difficile, menacé qu'il était de défections parmi ses auxiliaires, et pouvant peu se fier à PAutriche elle-même, qui commençait à traiter avec lui, non plus en alliée, mais en médiatrice assez impérieuse. Quoiqu'il fût très-porté à se faire encore des illusions, il savait certainement qu'il ne pouvait reconquérir son ascendant, raffermir ses alliances que par de nouvelles victoires, par des succès foudroyants ; c'est pour cela qu'il se préparait depuis trois mois, et, sans parler des corps qui ne pouvaient être prêts qu'un peu plus tard, il n'avait pas non plus lui-même, pour le moment, des forces trèsconsidérables. Défalcation faite de ce qui avait dû être laissé à Danzig et dans les places de l'Oder, ou de ce qui devait aller opérer sur Hambourg, ou de ce qui restait en arrière, faute d'une organisation suffisante. Napoléon, pour faire face à tout, avait à peine 200,000 hommes, partagés entre ce qu'il appelait l'armée de l'Elbe et l'armée du Mein. L'armée de l'Elbe, dont le prince Eugène gardait le commandement jusqu'à l'entrée en campagne, et qui, après bien des mouvements, allait prendre position sur la rive gauche de TElbe, le long de la Saale, ne comptait pas plus de 60 à 70,000 hommes présents au drapeau. L'armée du Mein, que Napoléon, dans ses évaluations, portait à 200,000 hommes, et dont il allait prendre le commandement, cette armée, avec les corps de Ney, de Bertrand, de Marmont, de Macdonald, avec ce qui restait de la garde, ne comptait pas plus de 135,000 hommes, et ce n'est qu'après la jonction faite avec le prince Eugène que l'Empereur allait avoir réellement 200,000 hommes. Napoléon restait néanmoins plein de confiance lorsqu'il arrivait, le 25 avril 1813, ù Erfnrt, pour se mettre à la tête de l'armée, et avec ces forces, même avec une cavalerie insuffisante, il allait encore frapper de ces coups par lesquels il s'était si souvent signalé. Il allait retrouver la vie-
toireà Lutzen, à Bantzen, à Dresde, et ce n'est pas par les arm qu'il allait être vaincu, c'est parce que sa politique offrait un prétexte de rupture à rAutrichc, dont l'intervention, en chang^eanC toutes les proportions de la lutte, allait précipiter la ruine de l'empire napoléonien.
Dans cette campagne de 1813 qui ne recommençait réellement, vivement qu'aux derniers jours d'avril par le combat heureux de Wessenfels, le prince d'EckuiUhl avait un rôle particulier qui deve^ nait par degrés presque indépendant. L'Empereur, dès qu'il avait vu l'ennemi sur le bas Elbe, surtout dès qu'il avait appris l'entrée des Russes à Hambourg et la retraite des autorités françaises à Bremen, avait destiné le maréchal à la direction de la guerre dans ces régions, auxquelles il attachait une importance extrême; presque dans chacune de ses lettres il rappelait ses intentions au prince Eugène. Il se promettait sans doute, aussitôt qu'on aurait rejeté l'ennemi au delà de l'Elbe et qu'on aurait repris Hambourg, de foire concourir le prince d'Eckmilhl au retour ofl-ensif général de l'armée française sur Berlin, sur l'Oder, sur la Visiule. Pour le moment, au mois d'avril, après quelques semaines où tout avait été un peu incohérent, il s'agissait d'engager l'action, et tandis que l'armée du Mein, conduite par Napoléon lui-môme, allait attaquer les coalisés. Russes et Prussiens, Da vont restait à peu près exclusivement chargé de couvrir le Hanovre, de marcher sur le bas Elbe, de reconquérir Hambourg et la 32* division; il avait pour cela ce qui avait été reconstitué de son l*»" corps, le corps du général Vandamme, composé de vingt-huit bataillons, toutes les forces disponibles dans cette région.
Un peu plus tard, au mois de juillet, ces forces devaient encore une fois être réorganisées et former un 13* corps, toujours sous le prince d'Eckmuhl, pour la défense de la 32« division reconquise. Davout se trouvait ainsi engagé, dès le commencement de la campagne de 1813, dans un ordre particulier d'opérations, et bientôt, lorsque la fortune, après avoir un moment souri à Napoléon, se tournait définitivement contre lui, tandis que l'armée impériale était rejetée sur le Rhin, jusqu'en France, le maréchal allait rester seul, livré à lui-même, chargé de défendre Hambourg, dernier poste laissé à la domination française en Allemagne. On va suivre ces nouveaux événements dans les lettres du maréchal, comme on peut les suivre dans la Correspondance de Napoléon^ t. XXV, pendant l'année 1813.
Wiitenberg, 24 inart 1813.
Dans ma lettre d*hier, je réclamais à Votre Altesse Impériale un commandant d'artillerie pour la placé. Je suis informé qu'il vient d'en être envoyé un par le général Sorbier. On n'a encore aucun avis de l'arrivée de pièces de canon et de munitions de guerre. Je ne puis que répéter ce que je vous ai mandé lier: pour que les intentions de l'Empereur soient remplies, il est nécessaire qu'on en envoie de Magdebourg. Le gouverneur de Torgau a formellement refusé d'en envoyer sans un ordre du Roi.
Informé que l'ennemi avait un moulin sur la rivière vis-àvis du lac de TElster, j'ai chargé le capilaine-adjudant Laloy, attaché à l'état-major du I*' corps, de mettre une vingtaine de soldats sur deux petites barques qui ont été mises à sa disposition, et d'aller détruire ce moulin. Le poste de 30 Cosaques qui le gardait s'est enfui, et le moulin a été brûlé. Le capitaine Laloy a débarqué avec quelques hommes et a été dans le village prendre des paysans que j'ai questionnés et qui m'ont dit n'avoir aucune connaissance qu'il y eût de l'infanterie dans les environs. Nul préparatif ne se faisait sur l'Elster. Le général Thielmann était mal informé ; il n'y a ni radeaux, ni petites barques.
Le maréchal des logis dont j'ai envoyé hier la déclaration a ajouté qu'il avait rencontré sur la rive droite, en Prusse, deux réfractaires westphaliens qui avaient passé vis-à-vis de Roslau, et qui lui ont dit qu'on passait quand et comme on le voulait d'une rive à l'autre. Ainsi, il en résulte que les habitants ont beaucoup de barques pour communiquer avec la rive droite. Je dois aussi entretenir Votre Altesse Impériale de la nécessité d'envoyer tout de suite un million ou 1,500,000 cartouches d'infanterie pour l'approvisionnement de la place. C'est l'objet le plus pressant, puisque dans l'état où elle est, l'infanterie la défendrait à défaut d'artillerie. J'ai omis de dire à Votre Altesse Impériale que j'ai vu hier à Torgau 50 pontons.
Stendahl, le 28 mars 1813.
J*ai rencontré votre aide de camp à deux lieues de Stendahl ; il vous aura rendu compte de l'opération du général Montbrun. A mon arrivée ici^ j'ai appris que ce général et le général Roussel s'étaient retirés avec leurs détachements sur Stendahl, sans être suivis par l'ennemi. II est nécessaire d'occuper le point de Werben. J'y envoie le général Roussel avec 3 pièces de canon, 4 bataillons du général Ferrière et le régiment étranger de 2 bataillons. Je ferai occuper Armebary, Tangermiinde et les ponts vis-à-vis de Sandow. Aussitôt que le général Putfaod aura reçu ses pièces, je le ferai venir à Stendahl, et je me porterai à Werben, pour avoir des renseignements de l'ennemi sur le bas Elbe. Les rapports sont contradictoires sur les forces qui ont passé l'Elbe et sur celles qui s'y trouvent encore. La cavalerie est insuffisante. Il n'y a ici que 4 à 500 chevaux, la plupart montés par des jeunes gens qui, du reste, se sont bien conduits. Je vous adresse le rappoit du général deLaville sur l'interrogatoire qu'il a fait subir à un officier russe. J'ai parlé à cet officier; il paraîtrait que l'armée russe serait divisée en 3 corps, la droite commandée par le général Wittgenstein, le centre par Barclay de Tolly, et la gauche par Kutusof.
L'amiral Tchichagof est disgracié. C'est le général Dornberg qui commande les différents corps de partisans. Il a sous ses ordres Tettenborn, Czernichef et Beckendorf ; le premier doit se trouver à Hambourg *. Je prie Votre Altesse Impériale
> Pendant qu*on se débattait un peu confusément sur le haut Elbe, sans pouvoir parder Dresde, et que le prince Eu{;ène se repliait mftme sur la rive çauche jusqu'à Leipzig, au risque de découvrir complètement le bas Elbe, notamment Hambourg, la situation s'était en effet fort aggravée de ce dernier côté. Déjà, à la fin de février, il y avait eu à Hambourg une assoz grande fermentation qui avait un moment menacé les autorités françaises. Dès les premières semaines de mars, à Tapproche d'un corps d'infanterie légère russe et de quelques milliers de Cosaques, conduite par Tettenborn et CzcrnicbeF, l'agitation n'avait fait que s'accroitre et était devenue une véritable insurrection. Le général Carra Saint-Cyr, se voyant bors d'état de tenir tète au mou-
de me foire connaître ce qu'elle sait des généraux Momnd et Carra Saint-Cyr. Je ne négligerai rien pour communiquer arec eux.
Wolinirstedt, 28 mars 1818.
En changeant de chevaux, j'ai fait venir le maire de Wolmirstedt pour lui dire qu'il fallait qu'il préparât beaucoup de
veoent, avait dû quitter Hambourg, et 8*était retiré, avec toutea \es autorités ftançaiscs, sur Bremen. Les Russes avaient aussitôt pris possession de Hamitoari^ appelés par la population ; l'ancien sénat de la ville s*était reconstitué. Bref, il ne restait plus rien de la domination française remplacée par les Boutes et par les Anglais qui se hâtaient d*accourir.
Ces nouvelles, transmises sur-le-champ ù Paris, avaient causé une vive ÔBotion à Napoléon, qui tenait par-dessus tout à Hambourg, et qui ii avait Uot recommandé au prince Eugène de se placer avec le plus de force» pos- <ible en avant de Magdeliourg, que pour couvrir le bas Elbe. Dès le 17 mars il avait écrit au Vice-Roi : — « Trianon, 17 mars 1813, au matin. Mon Hls^ jurons envoie deux bulletins de Hambourg; il faut qu'on soit fou dans ce pays. Toutes ces alarmes viennent du général Lauriston. Je ne vois pas comment, quand on a 80,000 hommes à Magdcbourg, on peut avoir ces inquiétudes à Hambourg. Voilà comme une divi.'^ion est bouleversée. Ces circonstances rendent l'arrivée du prince d'Eckmiihl nécessaire de ce côté; il connaît bien Hambourg et y est bien connu.
» Six bataillons ont dans ce moment passé Wesel pour se porter sur Bremen. Les vingt-huit f^ bataillons des l**" et 2* corps sont en marche : les vingthuit 4** bataillons sont également en mouvement ; il y aura donc sur le bas Elbe ou dans la 32^ division militaire cinquante-six bataillons appartenant aux !•' et 2« corps. »
Autre lettre du même jour :
L'Empereur au Vice-Roi. — « Trianon, 17 mars 1813, quatre heures après midi. Mon fils, je vous envoie un bulletin de Hambourg du 12 : vous y verrez que 200 Crf>saquefl vont s'emparer de toute la 32* division militaire. On a coulé beaucoup de chaloupes canonnières. Ils me font un tort de plusieurs millions; ils portent l'insurrection sur tous les derrières de la ligne de l'Elbe. Cela est le résultat de ce que, vous tenant sur la défensive derrière la rive gauche, vous n'avez plus aucune action sur l'ennemi. Je vous ai tant répété cela, et je vous Tai fait dire avec tant de détails par le général Flahault, que j'espère enfin que vous aurez senti la nécessité d'occuper un camp en avant de Magdebourg, et de menacer de couper tous les partis ennemis qui s'enfonceraient du côté de Hambourg, à 80 lieues du gros de leur armée. Cela est d'autant plus important que ce qui se passe dans la 32* division va probablement attirer des débarquements d'Anglais, de Suédois et peut-être même de
subsistances. II m*a déclaré que les habitants eux-mêmes n*i valent pas de pain, et qu'eu mettant le pays sens dessus de sous on ne trouverait rien. Il faut donc que le préfet et 1 autorités prennent de grandes mesures.
Je n'ai pas rencontré d'ordonnances. Le maire parait convaincu que ce qui s'est montré n'est que de petits partis qui ont été détachés par le petit nombre de troupes qui est à Lunebourg; mais tout cela est vague. Le général Lapoype n'a point de chiffre ; j'avais oublié de vous le dire.
J'ai omis aussi de rappeler à Votre Altesse Impériale les troupes du général Dombrowski ; dans ces circonstances elles sont dans de mauvaises conditions ; il faudrait les faire retirer tout de suite derrière le Weser. Mon chef d'état-major a remis au général Monthion une revue de rigueur de ces troupes, passée par l'adjudant commandant Briatte.
Les postes de correspondance sont sur les dents, ils sont aussi trop faibles. Les hommes font jusqu'à trois courses par jour.
Russes ; et, lorsque rcnnemi sera ét.iblî sur le bas Elhe, s'il fait sur Dresde un mouvement en force auquel vous n'aurez rien à opposer, tous tous trouverez sans ligne d'opération. En réuniKtant votre cavalerie an camp en avant de Magdebourf;, l'ennemi serait obli{;é de rappeler toute la sienne pour la tenir en échec, et vous auriez proté(>é le retour du général Morand de la Poméranie suédoise. D'après le bulletin ci-joint, son retour parait devoir éprouver bien des obstacles. Comment ce général ne s'est-il mis en mouvement que le il, tandis que vous aviez quitté Berlin le 4?
« Je n'ai rien à ajouter à toutes les lettres que je vous ai écrites dans le courant de ce mois. La grande affaire, c'est la 32* division militaire et la Westphalie, puisque de là dépend la Hollande : tout cela ne peut être gardé que par une position offensive en avant de Magdebourg. Toutes les remontes qui devaient avoir lieu dans la 32* division, les voilà perdues. Voilà nos moyens de cavalerie paralysés, et cela par 2 ou 300 hommes. » {Correspondance de Napoléon, t. XXV, p. 100-101.)
Napoléon se faisait encore illusion. Les Russes arrivés sur Hambourg étaient beaucoup plus de 200 ou 300 Cosaques, et d'un autre côté le générai Morand, dont il parle, allait bientôt périr dans une rencontre avec les Russes, en essayant de faire sa retraite. Hambourg était à reconquérir complètement n Napoléon tenait à garder ces pays dont il avait fait des départements de l'Empire. ^
Burgshal, 28 mars 1813.
J ai questionné ici le bailli et le mailre de poste. Je n'ai rien pu savoir de positif; toujours du vague. On dit que des Cosaques ont passé à Arnebourg^ ; mais on ne tient ces nouvelles que des militaires. 11 faut être à Stendahl pour avoir des rensei(;nements. Les troupes qui sont sur cette route e'prouvent déjà de grandes privations ; le pays est très-mauvais. On ne pourrait point faire venir de troupes sur cette route sans apporter des vivres.
Il paraît qu'il existe de nouveaux bataillons qui n'ont pas d effets de campement. Je rendrai un compte détaillé de leur situation.
Je n'ai encore pas vu d'ordonnances portant de dépêches de Votre Altesse Impériale. Je regrette qu'elle m'ait fait partir si précipitamment, j'aurais pu faire ce que j'ai fait depuis Dresde en descendant l'Elbe à cheval avec quelques ordonnances; mais voyageant en voiture et en poste, je ne puis entendre que des propos et ne rien voir'. Je pense, Monsei-
' Le prince Eu{;ène n*avait fait que se conFormer en cela aux ordres venus de Paris; au reçu des nourelles de IInmbour{; qui le contrariaient si vivement, en effet. Napoléon avait hâte ses mesures. H avait expédié un nouveau chef, le général Vandamme, qui devait se rendre avec un corps considérable sur le bas Elbe, pour reconquérir ou, selon le mot de l'Empereur, pour pacifier le pays, et le général Vandamme lui-même devait opérer avec d'autres forces sous le prince d'Eckmtihl, comme on le voit par la lettre suivante du 18 mars :
L'Empereur au Vice-Roi. — a Trianon, 18 mars 1813. Mon fils, le général Vandamme sera arrivé le 25 mars à Wesel; il y prendra le commandement «le la 2' division du l**" corps, composée des seize 4*' bataillons qui sont sous les ordres du général Dumonceau, de la 5* division, composée des douze 4** bataillons du 2*^ corps, qui sont sous les ordres du général Dufour, et des dix bataillons des divisions réunies. Le général Vandamme aura donc trentehuit bataillons sous ses ordres, mais tous de jeunes troupes. J'ai ordonné qu'un lui organisât sur-le-cliamp a Wesel une batterie d'artillerie. Le général Vandamme va d'abord porter son quartier général a Osnabrliclc, de W à Mindcn et Rremen; il rétiblira la police sur les côtes, rétablira le général Carra Saint-Cyr à Hambourg, et fera tout rentrer dans l'ordre a Liibeck. Quatre ou cinq de ce» bataillons doivent déjà être arrivés à Osnabruck;
gneur, qu'il faut arrêter le mouvement du général Lauriston, et le mettre sur la droite de Magdebourg, où il trouvera des subsistances.
Siendahl, 29 mars 1813.
J'ai appris ce matin que ma lettre d'hier, dont je vous envoie le duplicata, avait été retardée parce que le général Roussel n'avait pas pu trouver un officier.
J'ai fait partir au jour ce matin ce général avec 300 chevaux, 3 bouches à feu et 4 bataillons du général Perrière, pour Werben, parce qu'il est important d'occuper ce point, qui était certainement celui destiné pour un passage de l'Elbe; la déclaration ci-jointe d'un gendarme westphalieii le confirme. J'ai particulièrement chargé le général Roussel d'examiner les travaux que l'ennemi a faits sur ce banc de sable. Il enverra des reconnaissances et prendra des informations pour connaître la direction qu'a prise la troupe ennemie que le général Montbrun a chassée de Werben. J'envoie ce général avec les 200 chevaux qui restent à Berkau, à Tembranchement de la route d'Osterbourg à Arnebourg. Le général Poinsot avec 4 bouches à feu et 4 batteries appuie ce mouvement. Demain il partira avec les 200 chevaux et les 300 qui sont à Werben pour Seehausen; je mettrai aussi à sa disposition le régiment étranger, un bataillon français et 4 bouches à feu. Mais, Monseigneur, je vous répète qu'il faudrait 6 ou 700 chevaux de plus et quelques bons bataillons d'infanterie qui formeraient une colonne pour se porter sur Lunebourg.
d'autres y arriveront dans les derniers jours du mois et dans les premiers jours d'avril.
«« Aussitôt que le prince d'Eckmtihl sera arrivé sur la pauche, vous lui donnerez le commandement de la 1** division que commandera le général Morand, celui du corps du général Vandammc et de toute la 32* division militaire. Ce maréchal est très-propre, par la connaissance qu'il a des localités, à rétablir l'ordre et a faire des exemples sévères... ■ (Correspondance de Napoléon, I. XXV, p. 105.)
JC'C.
DU MARECHAL DAVOUT. — 1813. il
• li;
On ne peut commettre les bataillons des l*' et 2* corps, parce quUls ne savent pas même charger leurs armes, et qu'en outre ils sont destinés pour la garnison de Magdebourg; on ne peut donc pas les éloigner par ces motifs.
J'ai fait arrêter hier soir une estafette apportant des lettres de Salzwedel. Je vous envoie l'extrait de ces lettres; elles annoncent un assez mauvais esprit, surtout celles adressées au président Schultz.
Parmi les prisonniers que le général Montbrun a faits a Werben se trouvent un officier et un sous-officier que j'envoie à Votre Altesse Impériale. Le sous-officier est un jeune homme de famille et un petit impudent; l'officier est un Polonais dont je tirerai parti après le départ de l'autre.
Les dragons ne portent qu'à 5 ou 600 chevaux ce qui est passé : 2 bataillons russes très-faibles, 2 régiments d'infanterie prussienne et 4 bouches à feu.
Il ne parait point que toute l'armée soit à même de passer; d'ailleurs ils sont obligés de laisser trop de troupes pour observer les places, pour qu'il soit à supposer qu'ils fassent passer le bas Elbe à de grandes forces. Leur but est de jeter des partis dans le pays pour y fomenter des troubles à la faveur des intelligences qu'ils ont.
Il est à observer que le général qui commande les troupes qui ont passé, est ce même Dornberg qui a commandé la garde westphalienne et qui a trahi en 1809.
M. d'Houdetot vient de rentrer. Il m'a annoncé vous avoir informé que les Russes avaient passé à Pillnitz et à Strehla. D'après sa déclaration, l'alarme était dans tout le pays. Il y a certainement beaucoup d'exagération, puisque sur ces points, les Russes auront été obligés d'amener des pontons et qu'il faut du temps pour cette opération dans la saison actuelle.
Je ne doute point que si la reconnaissance de Werben eût été commandé par un mauvais officier, tout le pays serait maintenant bouleversé, et cependant il n'y a que 3 à 4,000 hommes qui ont passé sur ce point.
Au surplus. Votre Altesse Impériale a bien le temps de se retourner. Il est important de faire occuper la Saale, même
depuis le pont d'Iëna, et de mettre tous les points sur cette rivière à Tabri d'un parti ennemi. Dans tous les cas, Tin&nterie ne peut pas y être rendue de sitôt. Le sous-ofBcier russe m'a dit que le roi de Prusse était arrivé à Berlin.
Je joins ici la traduction d'un rapport fait au g[énéral Beckendorf par un des officiers russes pris. Ce rapport prouve* rait qu'il n'y a pas eu de passage du côté de Domitz, puisque c'était de Seehausen qu'on se proposait d'attaquer le détachement français qui était à Schnackenbourg. Je n'ai personne pour interroger les prisonniers russes. Je prie Votre Altesse de me faire envoyer un interprète.
Je la prie aussi de donner l'ordre au général Sorbier de m'envoyer les huit bouches à feu et leurs caissons attelés des chevaux venus de Wittenberg, ainsi que des pierres à feu ; j'ignore si les 16 pièces que Votre Altesse m'a annoncé être envoyées au général Puthod lui sont arrivées. Je laisse ce général dans la position où il est, jusqu'à ce que j'aie du nouveau.
Stendahl, le 30 mars, neuf heures du matlo.
J'ai l'honneur de vous adresser le dernier rapport que je viens de recevoir du général Roussel. Celui qu'il m'envoyait par le général Montbrun m'est également parvenu. Je vous ai informé hier que je dirigerais le général Montbrun sur Seehausen, avec un bataillon français, le régiment étranger et 4 pièces de canon. Je laisserai 3 bataillons à Werben. J'attends le général Puthod, d'après ce que vous m'avez annoncé. Je vais lui écrire pour hâter son arrivée et celle de son artillerie à Stendahl. Je vais hâter aussi l'arrivée du corps de cavalerie du général Sébastiani, et je l'engagerai à ne rien laisser en arrière. Je me propose d'aller aujourd'hui le plus près possible d'Osterbourg avec ces troupes, et demain, suivant tel renseignement que j'aurai du général Montbrun, je continuerai ma marche pour me porter où l'ennemi sera. II
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parait probable que rennemi établira maintenant son passage sur le bas Elbe; il comptera sur des diversions. Je suppose que Votre Altesse Impériale me ïera suivre par d'autres troupes, afin d'être en mesure, dans le cas où réellement il aurait fait passer des forces majeures. Il doit y avoir une route directe de Magdebourg sur Salzwedel.
Je joins ici l'interrogatoire de l'officier russe que j'ai gardé. Je prie Votre Altesse de me dire où je dois diriger les prisonniers.
Stendahl, 30 mars, deux heures après midi.
Au moment de monter ù cheval pour all^r faire une reconnaissance, j'ai reçu deux rappoils des généraux Montbrun et Poinsot.
Ces différentes reconnaissances de l'ennemi en avant et à gauche de Iden, sur la route de Werben, et celles qui paraissent venir de la route de Seehausen, me font présumer qu'il exécuterait un passage au-dessous de Werben.
Stendahl, 30 mars, deux heures après midi.
L'officier d'état-major Scarbeck était porteur d'un ordre du général Monthion au général Puthod pour se rendre à Stendahl, et ce n'est que par le plus grand hasard que j'ai su que cet officier avait apporté cette lettre jusqu'ici et l'avait encore dans sa poche. Je suppose cependant que le général Puthod se sera mis en marche sur la lettre que je lui ai écrite ce matin, mais supposé cependant qu'il ait déjà reçu celle du chef d'état-major hier. Quoi qu'il en soit, cet officier part pour remettre l'ordre au général Puthod.
Ces balourdises d'état-major peuvent avoir de bien grands inconvénients. Je ne poun^i donc me mettre en marche que
demain pour rester à Orteisbourg. Je n'ai point reçu de nouveaux rapports du général Roussel, et je ne pourrai, avant demain, en avoir du général Montbrun.
Je joins ici les rapports sur les partis ennemis. Un officier d'état-major m'a dit qu'en 1807, il avait passé sur un pont de bateau qui avait été jeté sur FElbe à Artlenbourg au-dessous de Lauenbourg ; les habitants du pays m'ont confirmé ce fait. Cet officier a ajouté que 30 bateaux avaient suffi pour faire ce pont. J'aurais cru beaucoup plus de largeur à l'Elbe dans cette partie. Au surplus, quel que soit le nombre de bateaux qu'ils ont fait descendre dans la Hawel, ils leur donneront toutes les facilités possibles. Si tous les rapports confirment que l'ennemi se porte sur sa droite, je crois qu'il n'y a pas un moment à perdre pour m'appuyer.
Le général Lauriston a négligé entièrement les premières règles du métier, qui sont, lorsqu'on défend une rivière, d'ôter à l'ennemi tous les moyens de passage; non-seulement ils ont tous été laissés dans cette partie-ci, mais même depuis Koswitz jusqu'à Magdebourg.
Le major Brosset, mon aide de camp, que j'ai chargé de s'assurer de l'exécution de ces mesures depuis Wittenberg jusqu'à Magdebourg, a ramassé entre Koswitz et Magdebourg 36 bateaux ou nacelles, et cela depuis deux ou trois jours.
Stendalil, 30 mar*, neuf heures du soir.
Le général Puthod vient d'arriver. Son artillerie arrivera cette nuit, ainsi que les bouches à feu du 1" corps. J'ai reçu une lettre du général Sébastiani de Magdebourg qui m'informe que les 1,000 chevaux, avec une batterie d'artillerie légère, seront rendus ici demain à onze heures du matin. Il y a dans tout ceci vingt-quatre heures de perdues. J'aurais pu pousser demain jusqu'à Seehausen, si tout fût arrivé aujourd'hui. L'ordre du général Monthion n'est pas encore parvenu au
général Puthod; heureusement que sur ma lettre il a exécuté son mouvement.
J'envoie à Votre Altesse Impériale les déclarations de
17 di-agons prisonniers; elles confirment ce qu\. mt IV.fficier
que j'ai retenu ici. Je prie, Monseigneur, de remarquer, dans
le rapport de mon aide de camp Beaumont sur Tofficier russe
que je Tavais chargé de conduire à Magdebourg, la question
qu'il a faite pour savoir si nous avions laissé des troupes à
^•' Wittenberg. La mesure que Votre Altesse Impériale a prise
de faire partir cet homme sous la conduite d'un gendarme,
pour Tempécher de s'échapper, est très-bonne.
Stendahl, 30 mars 1813.
Dans ma lettre du 16, j'ai fait connaître à Votre Altesse Impériale qu'informé de la présence à Dresde du comte de Gottorp, j'allais lui faire insinuer qu'il manquait en cette occasion d'esprit de conduite, et qu'il devait s'éloigner du théâtre de la guerre. J'annonçais à Votre Altesse Impériale le rapport de mon chef d'état-major que je chargeais de cette commission ; je vous envoie. Monseigneur, le rapport du général de Laville sur la manière dont il a exécuté cet ordre. J'y joins copie d'une lettre que j'ai reçue depuis du comte de Gottorp ; bien entendu que je n'y ai fait aucune réponse. Seulement, si cet individu, qui n'a pas su être souverain et qui est un trèsmauvais sujet, se trouve jamais dans l'étendue de mon commandement, je n'y mettrai pas tant de procédés.
Je n'ai pas adressé plus tôt à Votre Altesse Impériale ce que je lui annonçais, parce qu'on ne peut s'occuper de ces sortes de choses que dans les moments perdus, et le général de Laville et moi, nous avons toujours été en course depuis ce moment.
1249. — AU VICE-ROI T ilAl.IE.
' ' Stendahl, 31 mar» 1813, huit heures du matia.
l'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Impériale les derniers rapports des généraux Roussel et Montbrun \
Le général Puthod est arrivé hier soir. Je le fais porter à Osterbourg avec la moitié de son infanterie et de son artillerie. La cavalerie du général Sébastiani n'arrivant qu'à midi, je la ferai reposer trois ou quatre heures, et je partirai ensuite avec elle pour Osterbourg et le reste de la troupe du général Puthod.
Je m'arrêterai à moitié chemin. Demain matin, à la pointe du jour, je partirai avec toutes les troupes du général Puthod pour Seehausen. Je laisserai à Stendahl 2 bataillons du général. Poinsot pour conserver cette communication. La ville est environnée de murailles; il y a bien quelques brèches, mais j'ai fait faire les réparations nécessaires pour la mettre à l'abri d'un coup de main, surtout d'un parti de cavalerie. Le reste des régiments du général Poinsot occupera Werben, Osterbourg et Arnebourg.
Les 4 bataillons du général Perrière occuperont depuis Tangermiinde jusqu'à l'embouchure de l'Ohra. Je recommanderai particulièrement de garder les bouches du canal de Plauen. Ce ne sera qu'à Seehausen et après le résultat de la reconnaissance du général Montbrun que je pourrai avoir des nouvelles positives de l'ennemi. Tous ces gens-ci sont pleins de terreur ou animés d'un mauvais esprit. On ne peut rien en obtenir.
* li y arait alors dans les armées plusieurs offîders du nom de MontbruD. Le plus connu, qui avait la réputation d'un des premiers officiera de cavalerie du temps, avait été tué à la Moskowa. Le {général Montbrun mentionné ici servait au corps de Davout; il était avec le maréchal à Moscou, ainsi qu*on a pu le remarquer dans lof-^pêches.
DU MARECHAL DAVODT. — 1813. 17
Stendaht, 31 mars 1813, dis heures du matin.
J*ai appris vaguement que Tarmëe de Wittgenstein, qui a 80u$ ses ordres les généraux York et Bulow, était en marche. Seporte-t-elle sur le bas Elbe ou entre Magdebourg et Torgau? C'est sur quoi je n'ai et ne puis avoir aucune donnée. Il est possible que tout ce qu'ils font sur le bas Elbe ait pour but de nous donner le change. C'est ce que j'espère savoir positiîement dans quarante-huit heures ; mais Votre Altesse Impériale, qui reçoit des rapports de tous les côtés, doit avoir du positif.
Je lui rappelle les questions que l'officier russe a faites au maître de poste de Wolmirstedt sur Wittenberg. Il me parait bien important d'occuper les ponts de la Saale et de les détruire lorsqu'on sera attaqué par des forces supérieures, ainsi que les Uteaux, bacs, etc. Il y a sur la Mulda, et en particulier à Dessau, beaucoup de bateaux que l'on devrait faire brûler, pour éviter que l'ennemi ne s'en serve pour faii'e des ponts. En mettant ainsi des obstacles, on gagne du temps, et c'est ce <iu'il faut dans ces circonstances.
Stendahl, le 31 mars, trois heures après midi.
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Altesse Impériale deux déclarations. Elle remarquera que la poste vrestphalienne de Magdebourg va chez les Russes; il en résulte, ainsi que des pièces que je vous ai envoyées dernièrement, qu'ils reçoivent des informations. Il me semble qu'en temps de guerre, on doit supprimer toute correspondance des particuliers sur le théâtre de la guerre.
Toute la division Puthod et la cavalerie du général Sébastiani sont en marche pour Osterbourg, où j'arriverai ce soir. Une partie des troupes du général Puthod couchera à moitié chemin.
J'espère, demain ou après, pouvoir vous donner des nouvelles positives de Tennemi et de ses forces sur notre gauche. Il paraîtrait qu'il a déjà des partis de cavalerie à Galbe; les subsistances qu'on envoie de ce côte n'arrivent pas, et les messagers ne reviennent plus. D'après la carte, il semble que Gardlegen est une ville fermée. Il serait bon d'y avoir 3 à 400 hommes d'infanterie et une cinquantaine de chevaux pour couvrir la communication entre Stendahl et Magdebourg. Cela serait d'autant plus nécessaire qu'au camp d'Ddritz on a cru apercevoir quelques compagnies sur la gauche. Il est arrivé ici une compagnie d'artillerie à pied sans matériel. Je n'ai rien compris au rapport de cet officier, qui dit que le matériel a rétrogradé sur Magdebourg. J'ai chargé le capitaine Laloy de prendre le rapport de cet officier et de le communiquer à Votre Altesse Impériale pour qu'elle donne ses ordres.
Les 16 bouches à feu de la division Puthod sont arrivées et ont personnel et matériel. La 2* batterie du 1*' corps, attelée avec les chevaux qui ont été à Dresde, est également arrivée avec son personnel; aussi, je ne vois pas à qui appartient ce personnel. Cet officier restera ici en attendant vos ordres.
Stendahl, 31 mars 1813.
Un paysan que j'avais envoyé hier à Osterbourg vers les cinq heures du soir n'a été que jusqu'à Mœkern, parce qu'on lui a dit que les Russes ne laissaient sortir personne d'Osterbourg. Il a attendu deux paysans de Mœkern qui avaient été à Osterbourg pour consulter le maire sur une réquisition de chevaux qui lui avait été faite par les Cosaques d'Osterbourg qui en ont requis dans tous les villages jusqu'à Biesenthal, et sur une réquisition de viande qui leur était faite par les Français qui étaient à Reskow. Les paysans sont arrivés à Mœkern à huit heures du soir et avaient quitté Osterbourg depuis une bonne heure. Ils ont dit que les Russes avaient enlevé le maire, que le secrétaire avait été occupé toute la journée à
écrire pour la réquisition qui devait être livrée ce matin. Des paysans, par suite de cette réquisition, étaient déjà à Osterbourg avec leurs chevaux. Les bourgeois ont dit que la nuit dernière ils estimaient qu'il y avait en ville mille Cosaques, qu'ils en étaient partis successivement par la poite de Seebausen, revenant ensuite par pelotons de 80, 100, etc.; mais il n'y avait pas de certitude que les Cosaques se fussent portés sur Galbe et Bismarck, par la rive gauche de la Biesen. Au départ des paysans il y en avait encore 34. Les Russes, au reste, avaient depuis 5 jours fait préparer des vivres pour de Tinfanlerie et des chevaux d'artillerie qui ne sont pas arrives. On débite, sur le dire des Russes, qu'il y a de l'infanterie à Seebausen, mais personne n'assure en avoir vu.
...Tous les bruits du pays sont que des troupes russes autres que celles de Werben ont passé l'Elbe plus bas, du côté de Lenzen et de Lunebourg. Demain, je poursuivrai vivement ces troupes, et j'espère que nous en détruirons une grande partie, si elles n'ont pas jeté des ponts.
J'ai reçu la lettre de Votre Altesse Impériale, du ... mars, à deux heures du matin, où vous me dites de m'établir à Werben. La plupart des dispositions qu'elle renferme sont inexécutables en raison des circonstances ; j'agirai suivant les occasions et les nouvelles de l'ennemi.
La copie d'une lettre au général Yandamme que me trans- ^^i le général Monthion me fait connaître que j'ai le com- Qiandement de toute la ligne de l'Elbe depuis Magdebourg et 'a 32' division militaire. Votre Altesse Impériale m'en avait déjà parlé verbalement. Je la prie de me faire connaître les ^upes mises à ma disposition pour ce commandement '.
Les 4" bataillons du 2* corps, commandés par le général Perrière, partent aujourd'hui de Werben pour se rendre à Uagdebourg, en passant par Stendahl, Tangermùnde, Grie^ fccrn.
' On peut voir plus haut les intentions déjà manifeâtcea par l'Empereur et ^^ instructions répétées par lui pour charger le prince d'Ëckmiilil du corn- ■Bandemcnt de toutes les forces sur le bas Elbe, au-dessous de Mafjdebourg ^ daof la 32* dirision militaire, c*est-à-dire sur Hambourg.
J'ai chargé le général Poinsot arec les 10 bataillons du 1" corps, d'observer TElbe depuis Tangermùnde jusqu'à la hauteur de Seehausen. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'ennemis sur la rive gauche, il tiendra à Stendahl, Osterbourg et Seehausen un bataillon. Ces endroits sont fermés, et l'on y est à l'abri d'un parti ennemi. Ces dispositions seront d'ailleurs changées lorsque l'ennemi n'aura plus personne sur la rive gauche.
Il paratty par la lettre de Votre Altesse Impériale, que les 6 bataillons du I" corps, commandés par le général Pouchelon, seront chargés de la défense de l'Elbe depuis Tangei^ mùnde jusqu'à Magdebourg. Je crois qu'il serait bon qu'il eût son quartier général à Grieben , à cause de l'embouchure du canal de Plauen, qui est le point le plus important à conserver. Ce général devra s'adresser au sous-préfet de Stendahl pour les subsistances.
Je vais envoyer de nouveau à la recherche du général Morand. Les émissaires que j'ai envoyés n'ont pu pénétrer, en ayant été empêchés par les partis ennemis.
Quant au régiment étranger qui est avec le général à la tête des troupes mises à la poursuite de l'ennemi qui a passé l'Elbe, ce serait occasionner une grande perte de temps que de les retirer maintenant. Dès que cette affaire sera terminée, je les dirigerai sur Stendahl.
Lorsque j'ai demandé à Votre Altesse Impériale où il Sallait envoyer les prisonniers de guerre , c'est parce qu'un officier d'état-major avait dit qu'un officier était parti pour faire établir le quartier général entre Brunswick et Magdebourg; mais j'ai appris depuis que cela avait été changé. C'est cette raison qui m'a fait faire cette question, car je n'ignore pas que c'est toujours sur le quartier général qu'on dirige les prisonniers.
Seebaiiten, I*' avril 1813, onie beures et demie après midi.
J'ai l'honneur d'envoyer ci-joint à Votre Altesse Impériale le rapport du général Montbrun et une déclaration du maire
d*iciy qui confirme ce que je lui ai mandé ce matin, que le corps de Gzemichef étant à Seehausen, il avait dû passer plus bas que Werben. La déclaration de Tofficier de Cosaques pris hier soir confirme celle du maire. Le bruit est général que les Russes ont réuni les matériaux nécessaires pour jeter des ponts près de Lenzcn. Les manœuvres de Tennemi prou- ▼ent que ce ne sont pas simplement des corps de partisans. Ils ne s^embarrasseraient pas de canons et d'infanterie, et en outre, il y a sur le bas Elbe une grande partie des troupes légères de T ennemi. Le corps du général Tettenborn doit être passé du côté de Lunebourg. L'officier de Cosaques, trèspeu instruit du reste, parle d'infanterie attendue de Berlin, qui devrait descendre l'Elbe; c'est un bruit même chez les habitants '•
Le général Montbrun est parti pour Arendsée. Je l'y suivrai dans quelques heures. Je ne puis. Monseigneur, que vous exprimer des suppositions, n'ayant aucune possibilité de connaftre l'ensemble des mouvements de l'ennemi. Votre Altesse Impériale, qui de tout côté reçoit des rappoils, peut et doit les apprécier. Je suppose donc que l'ennemi veut déboucher sur le bas Elbe; peut-être qu'indépendamment du prix qu'il met à ses intelligences dans le Hanovre, il compte sur quelque descentes d'Anglais ou Suédois. Enfin, si Votre Altesse Impériale a la nouvelle que le corps de Wittgenstein descend, je crois qu'il n'y a pas de temps à perdre pour faire commencer des mouvements sur votre gauche, dans la direction d'Uelzen. Je joins un rapport du général Roussel qui m'a rejoint ici et
> A ce moment, les coalisés, Russes et PiniMiens, qui s'agitaient si fort sur TElbe, qui passaient même le fleuve, et que Davout suivait avec attention, n'étaient pas encore si nombreux qu'on ne pût leur tenir tête avec un peu de sang-froid et avec des forces mieux coordonnées. Tettenborn et Czernicbef, arrivés k Hambourg avec quelque 10,000 liommes, Cosaques ou infanterie lé^re, cherchaient à percer par Lunebourg, pour gagner le Hanovre et révolutionner le pays. Wittgenstein, avec le corps prussien d*Yorck, avait 30,000 bommes en avant de Magdebourg, tentant des passages partiels. Wiuîngerode avait essayé de passer TElbe k Dresde avec une douzaine de mille bommes, presque tout en cavalerie. Kutusof, qui «illait bientôt mourir en Allemagne, en pleine cnmpa|;ne, était plus en arrière, en Silésie, avec le ^ros dos forces msêes et le principal corps prussien de BlUcber.
enfin un rapport d'un officier qui avait été envoyé hier soi sur la route de Seehausen sur Arendsée. J'envoie à Voir Altesse Tofficier russe qui a été pris.
Sakwedel, 2 avril 1813.
J'ai riionneur de rendre compte à Votre Altesse Impériale de l'arrivée des troupes à Salzwcdel. L'ennemi en était parti hier soir, en se dirigeant sur Uelzen ; il n'y a qu'une partie des troupes qui ont passé ici. Le corps du général Czernichef a da passer par Bohmenzien et Lukow ; aucune pièce d'artillerie n'a passé par ici; elles ont donc suivi ja route de Czernichef. On n'a point eu connaissance d'infanterie. On est ici sans nouvelles de ce qui s'est passé à Lunebourg, et l'on ne connaît pas la quantité de troupes qui peuvent s'y trouver. J'ai fait porter l'avant-garde du général Montbrun à Lukow; demain il se rendra sur l'Elbe par Dannenberg, et, suivant les nouvelles que j'aurai, je me porterai sur Lunebourg.
Le sous- préfet de Salzwedel a envoyé des estafettes à Brunswick, Celle et Hanovre, pour annoncer le départ des Russes et l'arrivée de nos troupes, et aussi pour connaître l'emplacement des différents détachements westphaliens. Le préfet de Hanovre est chargé d'écrire au général Saint-Cyr.
Ici la populace a fait des extravagances; elle a accueilli les Russes, et la cocarde prussienne a été arborée; mais je dois avouer, par la bonne réception qui nous a été faite, que la peur y a été pour beaucoup. En général, depuis Stendahl, les autorités se conduisent parfaitement, et nous informent des mouvements de l'ennemi. J'espère que sous peu de jours nous l'aurons rejeté entièrement sur la rive droite. Il serait alors nécessaire pour l'ensemble qu'on pût disposer des troupes westphaliennes.
Partout où les Russes ont eu le temps, ils ont levé beaucoup de chevaux, de voitures et de selles, mais surtout de voitures.
Jai reçu la lettre de Votre Altesse du 1" avril, où vous me bites connaître que vous allez porter en avant de Magdebourg les corps des généraux Lauriston et Grenier '•
Salzwedel, 2 avril 1813.
Jai reçu avec la lettre de Votre Altesse Impériale du 1" avril, le rapport qui y était joint, d'un agent parti de Magdebourg le 27 mars au soir. Je dois vous dire. Monseigneur, que je crois que cet homme fait des contes et vole l'argent. Il ne peut pas avoir vu des canons à Schnackenbourg, et je
* Napoléon, on Ta vu, n*ayait cessé depuis quelques semaines de recomnuuider aa prince £u{;ène de charf^er le prince d*£ckniuhl de se porter sur la 32*diTision et de prendre position lui-même en avant de Mafjdebourg. L'Empereur avait encore une fois renouvelé ces instructions par une lettre datée de Tiûoon, 18 mars, d'après laquelle le prince Eugène exécutait en effet le moiiTement qu'il annonçait au maréchal.
L'Empereur au Vice-Roi. — « Trianon, 18 mars 1813. Mon fils, je n'ai riea à ajouter à toutes les lettres que je vous ai écrites du 5 au 16. La 32* division et la WestpTialie sont les principaux objets de ma sollicitude. L'éracuation de Hambourg me coûte bien des millions et plus de 100 pièces <le canon, et elle occasionne à notre cavalerie un (prand retard dans son organisation
■ Je vous répète donc que vous devez donner au prince d'Eckmiibl le
commandement de la 32* division et de toute la rive de l'Elbe, de Magdebourg a Hambourg; que le duc de Bellune, avec la 4' division et une poignée de Bararois et Polonais, aura le commandement depuis Wittenberg jusqu'à Desttn; que la garnison de Torgau gardera la rive gaucbe, et qu'elle renforcera tOQt ce qui appartient au général Reynier. Puisqu'il parait que le corps du {Toérnl Reynier est si faible, vous lui laisserez la division Girard, mais il faut <pi'il s'échelonne en deuxième ligne, de manière à ne pas pouvoir être coupé àt Magdebourg.
■ Réunissez le l*' et le î* corps de cavalerie sur Magdebourg. Faites placer Ici quatre divisions du général Lauriston et les deux du général Grenier en «vant de cette place. Prenez votre ligne d'opération de Magdebourg sur Wesel ; bites battre par des avant-gardes de cavalerie et d'infanterie, avec de l'artillerie, tonte la rive droite : l'alarme sera aussitôt à Berlin. La crainte que ▼ou ne preniez l'offensive en vous portant sur Stetdn retiendra l'ennemi. Cest le moyen le plus puissant de venir au secours de Dresde, et vous serez an moins certain d'empécber toute opération sur Hambourg. Je n'ai plus aotre chose à ajouter; ce serait la même répétition... • Correspondance de Séj^oléon, t. XXV, p. 103, 104.)
doute même qu'il y ait vu des barques. G*est i Lenzen qu*ell ont été réunies, et c'est là que le corps de Gzemichef a passé le 30, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le mander; vous trouverez encore ci-joint une déclaration d'un homme qui était le 30 à Arendsée et qui confirme ce fait.
Je suis presque sûr par les faux détails qu'il donne qu'il n'a même pas été à Stendahl. Ce serait une chose facile à vérifier en le questionnant sur l'époque à laquelle il y a été, s'il y avait des troupes françaises, et en quelle quantité.
Seehattsen, 2 «Tril 1813.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Impériale le rap-^ port que je reçois à l'instant du général Montbrun, et celui du général Sébastiani. J'y joins la déclaration d'un habitant da pays. La vérité de ce rapport est garantie par le sous-préfet de Stendahl et par un officier que j'ai envoyé ce matin près de Schnackenbourg. L'ennemi a tout à fait disparu de ce point, et, après le dernier passage qu'il a efiFectué à Lenzen, a fait descendre tous ses moyens à Hitzacker.
Le général Montbrun se porte sur Salzwedel. Je serai moi-même aujourd'hui entre Arendsée et Salzwedel, avec une partie de la cavalerie du général Sébastiani et la moitié de la division Puthod. Demain, de très-bonne heure, nous serons tous à Salzwedel. Il est à craindre que l'ennemi n'ait quelques partis dans les pays et que les communications ne deviennent difficiles pour les officiers en mission.
Je donne connaissance à Votre Altesse Impériale de l'emplacement des 10 bataillons du^*^ corps, afin qu'elle puisse envoyer directement des ordres dans le cas où elle ferait un mouvement général.
Le général Poinsot a son quartier général à Werben ; il est avec 4 bataillons et 4 bouches à feu.
Deux autres bataillons observent depuis Tangermùnde jus-
qa a Werben, 2 bataillons à Stendahl, I à Osterbourg et I à Sfebauseo.
Ces trois derniers endroits ont des enceintes, et sont à Tabri de toutes les attaques de cavalerie. Comme ces bataillons sont destinés à la garnison de Mag;debourf^, toute la partie de TElbe entre cette ville et Tangermùnde va se trouver sans observations. Votre Altesse Impériale a mandé qu'elle donnerait des ordres directs au général Pouchelon qui commande 6 bataillons du 1*^ corps. L'embouchure du canal de Plauen est surtout un point très-important. Si Votre Altesse Impériale a des ordres à donner, il faudrait les expédier directement sur Saalfeld, et que les officiers prissent leurs précautions.
Salzwedel, 3 aTril 1813, une heure après midi.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Impériale un rapport du maire de Wustrow. Il est confirmé par le maire de Schnackenbourg, que j'ai fait venir et que j'ai questionné moi-même.
Je me suis assuré du fondement de l'opinion que j'avais de l'infidélité de l'agent dont Votre Altesse Impériale m'a communiqué le rapport. Le maire m'a garanti que jamais il n'avait paru de canons de l'ennemi dans son arrondissement. Ce maire a ajouté que tous les bateaux de Lenzen avaient été chargés, en descendant, de 4 à 500 hommes d'infanterie, que le matin, au moment de son départ, le bruit s'était répandu qu'un corps considérable d'in&nterie, avec du canon, avait paru sur le haut Elbe, entre Perleberg et Lenzen.
Un rapport, que j'ai adressé étant à Arendsée, d'un homme qui était parti le 31 de Lenzen, annonçait qu'un corps y était attendu; mais ce n'était encore là que des on dit.
Le généi'al Montbrun, avec son avant-garde, est arrivé hier wir à Lukow, où il m'a écrit que les généraux Czernichef, Beckendorff et Domberg y avaient couché la veille et en étaient
partis le lendemain à huit heures du matin, et que les troupes s'étaient dirigées par différentes routes sur Lunebourg.
On avait le rapport que de Tinfanterie ennemie avait passé à Dannenberg. Ce général s'y dirige, et je me porte à Lukow avec le reste des troupes.
Les Russes ont enlevé partout une très-grande quantité de chevaux de transport; ils annonçaient que c'était pour de l'artillerie et les transports des troupes de débarquement. Salzwedel étant entouré d'une muraille et d'eau, je n'y laisse qu'un bataillon pour la garde, et tous les hommes écloppés.
Les Russes ont publié la défense d'obéir aux réquisitions pour Magdebourg sous peine de mort. J'ai cru utile d'écrire aux autorités la lettre dont copie est ci-jointe.
Demain ou après, j'espère être à Lunebourg et en mesure de forcer l'ennemi à repasser l'Elbe. La jonction étant faite avec les généraux Morand et Carra Saint-Cyr, j'aurai un corps assez respectable. Je crois, Monseigneur, qu'il serait bon de l'augmenter des troupes westphaliennes; alors, vu la nature du pays, on pourrait s'opposer à toutes les tentatives sur le bas Elbe, et donner le temps de former le corps du général Vandamme \
Le bruit courait à Lukow qu'il y avait eu une affaire assez sérieuse entre l'ennemi et les Français, qui, dit-on, étaient dans l'intérieur de la ville. On en ignore le résultat.
Je pense. Monseigneur, qu'il serait utile de faire faire dans tous les districts qui doivent fournir à Magdebourg, une circulaire dans le sens de celle-ci, le moment étant favorable vu l'éloignement de l'ennemi.
1 On a vu déjà les ordres de TEmpereur pour la formation et la mise en marche du corps du général Vandamme, qui se dirip.eait sur Bremen, où s'était réFuf^ié le général Carra Saint-Cyr. Le maréchal parle encore comme s'il comptait être rejoint par le général Morand, dont on n*ayait aucune nouvelle et dont on verra plus loin la triste fin.
DO MARECHAL DAVODT. — 1813. tl
Lukow, 3 arril 1813, neuf heures du soir.
J'ai l'honneur de vous adresser le rapport que je reçois du général Montbrun, et des détails sur la conduite peu délicate de ce freluquet de Czernichef.
Il est vraisemblable que l'arrivée de ces mille Suédois est on de ces mille contes russes; quoi qu'il en soit, je suis dans Dne bonne direction. Demain nous partirons tous avant le jour pour Dahlenbourç, et je ferai tirer des coups de canon, s'il y a quelques doutes que le général Morand soit encore dans Lunebourg, pour le prévenir de notre marche. En outre, des émissaires ont été envoyés avec la promesse que je leur donnerais dix louis de récompense s'ils apportaient une réponse. Partout les partis russes avaient fait arborer la cocarde prussienne. Au demeurant, comme aucun Français isolé n'a été insulté par des habitants, j'ai cru qu'il ne fallait faire aucune attention à la conduite pusillanime des autorités et des habitants. En outre, c'est l'affaire du roi de Westphalie. Je dois dire qu'il y a eu plus de peur que d'enthousiasme et de mauvais esprit. En général, la canaille seule y a pris part. A Lunebourg, ville française où les habitants ont fermé les portes aux Français et les ont maltraités, c'est une autre affaire; j'y déploierai une grande sévérité, et je ferai ce que me prescrivent mes devoirs envers mon souverain. Je regarde ces projets d'insurrection pour la Westphalie et le Hanovre comme totalement avortés. Je crois qu'ils avaient d'autres plans. Tous ces moyens de passage qu'ils avaient l'indiquent. Il est possible que sous quarante-huit heures il y ait des événements très-heureux. Je prie Votre Altesse Impériale d'envoyer tous mes rapports à Sa Majesté, n'ayant pas le temps d'en expédier des doubles.
Dannenberg, 4 aTril 1813.
J'ai rhonneur d*adresser à Votre Altesse Impériale le rapport d'un batelier parti avant-hier de Hambourg. Je Tai questionné moi-même; ses déclarations ont le cachet de la vérité. C'est un contre-temps que cet événement sans lequel l'opération des Russes aurait été sans résultat. On peut cependant regarder comme en partie échoué son projet d'insurrection du Hanovre et de la Westphalie. L'avant-garde se porte aujourd'hui sur Lunebourg. Je serai ce soir à Dahlenbourg. Des patrouilles vont aller sur la rive gauche de l'Elbe.
Gohrde, le 5 arril 1813.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Impériale le rapport du maire de Bleckede où l'ennemi a effectué en partie son passage de l'Elbe de la rive gauche sur la rive droite ; le reste a repassé à Boitzenbourg. Il confirme ce que je vous ai mandé de la prise totale du corps du général Morand à Lunebourg ' . Ce général est mort des suites de ses blessures à Lunebourg, et il a été enterré hier à Boitzembourg, où les Russes ont maintenant de très-grands moyens de passage. Je serai obligé de concentrer les troupes vis-à-vis de ce point. Je vais le reconnaître ainsi que Bleckede, pour voir s'il y a Heu de faire des ouvrages pour s'opposer à un passage. Nous n'avons pas d'officiers du génie. Je prie Votre Altesse Impériale de m'en envoyer un. J'ignore la force du corps du général Carra Saint- Cyr; mais il est bien important que j'aie des forces à Haarbourg pour empêcher des partis ennemis de passer sur ce point. Je
' Cest le (général Morand dont on a vu plus haut que ]*Emperear 8*inqaie« tait yivement, et qui, en continuant sa retraite, venait d*avoir avec les Russes une affaire où il était mortellement blesse et où une partie de »es troupet avait été prise, au moment où le maréchal croyait être rejoint par lui.
répète ce que j'ai mandé à Votre Altesse Impériale qu'il serait nécessaire de mettre à ma disposition une partie du corps westphalien. La perte du corps du général Morand est sensible en ce moment, où il faut montrer des forces partout pour arrêter Tesprit de rébellion qui dans quelques endroits était porté au plus haut point.
Une lettre du major général, du 29 mars, m'annonce que Votre Altesse Impériale doit me faire connaître les intentions de l'Empereur sur une mission que Sa Majesté me confie dans la 32* division militaire. J'attends les instructions de Votre Altesse Impériale préalablement, je fei*ai des exemples à Lunebourg. Je pense. Monseigneur, qu'il serait nécessaire de faire une tète de pont sur le Weser. J'ignore les ordres que Votre Altesse Impériale peut avoir donnés à cet égard; je la prie de m'envoyer ses instructions. Je vais faire porter un des deux bataillons du général Poinsot qui sont à Stendabl à Salzwedel, pour faire rentrer à la division Putbod le bataillon qui y était détaché.
Je vois par une lettre du général Monthion que Votre iltesse Impériale se porte en avant de Magdebourg. Il est bien important, si Ton arrive à Brandenbourg, de faire détruire toutes les barques et nacelles existant sur le canal de Plauen et sur la Hawel. Si l'on avait pris ces précautions, l'ennemi n'eut pas rassemblé de quoi jeter deux ponts sur le bas Elbe.
Dahlenbourg, 6 avril 1813, deux heures après midi.
J'ai rhonneur d'adresser à Votre Altesse Impériale copie d'une lettre du général Tettenborn au général Gzernichef, <iuej'ai interceptée hier en accompagnant la reconnaissance qui se portait sur Bleckéde, oii l'ennemi a repassé l'Elbe. J'y joins les gazettes de Hambourg qu'avait le porteur de la lettre qui est en notre pouvoir. Au moment où il allait paraître devant une commission militaire pour y être jugé, il s'est
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qni arrÎTe lia HeckJesLaiiixirr laoxr TUBe. JUr^iefàss et toat près ie &xlutLt-oax^ 4ft> âaCf'afrs Cif miicn., :a sue Eût le rapport qDÎl a raiLT »ie Toirj^ur ^ffidr i)r niiai&f i^r ctstLf rrre. Cela est peu pv«>t*i&t>ut. ^'la» ^laimt:^ ja âaruLTivç en. meànre, je Tais sur le? L«?tzx. E^kb&zx. j' jn^ & l«ni*ft:grr, j'e^pew d'ici à ce temp^ reotT-xr •£<*$ ix^iCracTUias ^il ixn «cg£ ia£^>QC«re? par le prince de Xeczi^tucei poor ji nis»e eo. eCU de >iêge de h 3â* diTb»oQ: ^ eiie» dJf^£rLDelIC Ô'.irTiTer. je pcmidrai» celles qui me parijtPMit cocii?ciiiess> >l3 sifrrx'e de Sa Mjje>tê '.
Sur les 160 i-^iteanx. je a en ai tu refl»xiter <|Qe 40. 11 est probable que le» aaCnK> aop^oc refl»>Mitê ua nuit* car on m'a asâoré qn'on ne Ie> avait pk> tu? deseeodre. An soiplus, j'aurai ce soir de> certitudes à cet ê^ard.
DuMf y»ur;» T avril lïlX »nf ksiur» «la auiîa.
A l'instant je reçois le rapport que Tennemi £ait des préparatifs de passage vis-À-vis de Donutz. Je joins ici le rapport allemand au moment où Tofficier d'état-major qui m*a apporté la lettre du général Monthion passait à Dannenberg. Aujourd'hui, à deux heures du matin, un pariementaire s*est présenté pour M>mmer le commandant d'une compagnie qui gardait ce
' Par lettre da 6 arril 1813, rEmpercnr écrÎTaît aa Vice-Roi : — « Paris, 6 avril 1813. Mon fiU, la 32* division eu mite kor» la Gon»timûon« comme ▼OUI Taorez m par le Moniteur trhier. Tonte la 3S* division est sons vos ordres. Le major fjénéral Ta écrit an (général Saint-Cvr et au général Vandamme; <:e qui n'emp^he pas ces denz généranx de correspondre <lirectement avec le major général • {CorrespoméoMct de SapoiéoHy t. XXV,
p. im.)
Rn parlant ainsi, l'Empereur sous-entendait toujours, comme il Pavait écrit plusieurs fois d'ailleurs, que le prince d'Eckmiihl, relevant lui-même du Vice- Itoi commandant en chef de l'armée, gardait la direction supérieure des opérations du bas EIIh*, avec ce qu'il avait de troupes, ainsi qu'avec les forces du général Carra Saint-Cyr et du général Vandamme, arrivant sur Bremen.
point d'évacuer la place. Je me porte sur ce point pour juger si c'est un passage réel, ou seulement un parti ennemi; mais puisque Votre Altesse Impériale a repassé TElbe, je crois qu'il serait essentiel qu'elle portât sans perdre de temps des troupes sur Salzwedel ; elle couvrirait au moins Brunswick et le Hanovre. Je lui observe que le général Poinsot, avec les 10 bataillons du I" corps, occupe Werben, Seebausen, Osterburg et Stendahl. Ces bataillons étant destinés à faire la garnison de Magdebourg, je prie Votre Altesse Impériale de leur hire donner directement des ordres lorsqu'elle le jugera à propos, puisque, si je leur ordonnais de se replier maintenant, toute votre gauche serait à découvert et inondée de partis ennemis. Osterbourg, Seehausen, Stendahl et Salzwedel sont des endroits environnés de murailles, et où Ton est à l'abri des partis de cavalerie.
Je prie Votre Altesse Impériale de donner des ordres sur le Weser, pour qu'on détruise les barques, les ponts, et qu'on bsse de petits ouvrages pour se mettre à l'abri.
Metzingen, 8 avril 1813, à ciaq heures du matin.
J'ai rendu compte hier à Votre Altesse Impériale qu'un parti ennemi était venu sommer Dannenberg. Je me suis reporté sur ce point que ce faible parti a abandonné.
Cette nuit, l'ennemi s'est encore présenté. Des bruits vagues parlent d'un passage qui aurait eu lieu entre Dannenterg et Werben. Des rapports annoncent qu'on a vu beaucoup de troupes remonter la rive droite venant du côté de Lauenbourg. Il n'y a aucun parti ennemi depuis Zollenspisker jusqu'à la hauteur d'Hiltzacker sur la rive gauche.
Je reçois une lettre du général Poinsot, du 7, à quatre heures in matin, de Werben, qui m'annonce qu'il a reçu ordre de se retirer sur Magdebourg avec ses 10 bataillons; ainsi toute la droite depuis Schnackenbourg jusqu'à Magdebourg va se trouver découverte et inondée de partis ennemis, si l'on n'y a
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pas envoyé d^antres troupes. Dans cet état de choses et pou me conformer aox ordres de Votre Altesse Impériale, je vai me diriger sur SalzwedeL Le gênerai Poinsot me dit qu c'est un passage de rennemi à Dessaa qui a motiré son ordre Cest le seul avis que j'en aie en. II est bien temps que Vo mette de l'ensemble dans les opérations. II était bien facil d'arrêter ou de beaucoup retarder le passage de Tennemi, e brûlant tous les ponis de la Saaie. J'en ai parié plusieurs foi à Votre Altesse Impériale même par écrit.
Je réitère mes obserrations sur le Weser, pour qu'o prenne de promptes mesures* qu'on Ëisse remonter à Minde toutes les barques et nacelles qui se trouvent entre !$iembour et îlinden et au-dessus de Bremen^ et réunir à Brementout c qui se trouve entre Bremen et l'embouchure du Weser, < ensuite qu'on Ëaisse quelques petits ouvrages pour mettre le ponts à l'abri d'un parti. Cela est pressant, car tout annonc que Tettenbom va se répandre dans le pays avec des milliei de proclamations. Déjà le général Montbrun annonce qu^il s fiait précéder de proclamations excitant le peuple au soulève ment et à prendre les armes.
II fiaut prévoir le cas où l'on serait obligé de se porter sur ] Weser et y faire pré(virer« au nom de l'Empereur, des four des magasins, de l'approvisionnement, des établissements, etc L'homme qui était porteur de la lettre du général Tettenbor a fait des déclarations assez importantes. Je vais les transmettr au gouvernement westphalien.
Lukow, 8 avril I813« ctaq heam da soir.
J'ai l'honneur d'accuser réception à Votre Altesse Impérial de sa lettre du 7, où elle m'informe qu'elle porte le 8 ou le son quartier général à Stassfurt, en ajoutant que je dois con mencer mon premier mouvement sur Salzwedel pour m rapprocher d'elle '. Elle aura vu, par ma lettre de ce math
' Le moarement qae le prince Eugène arait fiit en se porunt en arant <
dont je joins ici un duplicata, que ses intentions sont remplies. Je serai demain de très-bonne heure à Salzwedel avec le régiment étranger, 2 régiments de la division Puthod, 2 brigades de cavalerie légère et la grosse cavalerie du corps du général Sébastiani.
Le général Montbrun part demain de Lunebourg et sera le même jour à Uelzen avec 500 chevaux, un régiment de la division Puthod et 4 bouches à feu.
Par les rapports de cette nuit, il n'y avait pas encore d'ennemi sur la rive gauche, entre Hitzacker et Haarbourg. Une cinquantaine de Cosaques se sont présentés cette nuit devant Dannenberg. Quelques rapports disent qu'ils ont déjà &it passer des troupes du côté de Domitz, où ils doivent avoir réuni beaucoup de moyens de passage.
On parle de Suédois, mais je crois que ce bruit est prématuré, attendu que par une gazette récente de Hambourg, il ny avait pas longtemps que l'avant -garde était arrivée à Stralsund ^
Je dois rappeler votre attention, Monseigneur, sur la lettre de Tettenborn que je vous ai adressée; elle fait connaître le plan de nos ennemis. Gzernichef, avec son parti, devait agir pour soulever le pays de Brunswick et embarrasser par là les approvisionnements et les communications. Quoique Tettenborn ne parlât pas du point où il devait agir, j'ai quelques raisons de croire que c'est sur Hanovre.
L'évacuation de Lunebourg découvre entièrement cette partie. Il est donc important que l'on en fasse partir les dépôts elles malades, et qu'on n'y laisse que les hommes montés.
^^!<^ebo^Il^ n'ayait duré, on le voit, que peu de jour», puisque déjà il se F^Mîtait sur la rive (gauche de TElhe, à Suissfurt. Ce nouveau mouvement en vrière était motivé, à ce qu*il semble, par le bruit d*un passage de l'ennemi •■r la rive (;aocbe, vers Dessau, et par la préoccupation qu'avait le Vice-Roi ^ maintenir seê communications avec la Grande Armée, qui se réunissait à Hrfart.
* A la suite d'une entrevue que Bernado:te avait eue avec l'empereur Aleiandre à Abo, l'accession de la Suède à la coalition était en effet con- ^nrae. Bemadotte devait avoir le commandement d'un corps mixte composé ^ Suédois et de Russes. Il ne se hâtait pas cependant; il était plus pressé àt mettre la main sur la Norwége, qui devait ^trc le prix de son alliance.
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