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On n*a point à retracer ici la marche des événements dans celtc- ^ëriode de 1814-1815, la campagne de France, l'abdication de "Napoléon à Fontainebleau, la rentrée des Bourbons, cette première i^nnée assez malheureuse de la Restauration, le foudroyant retour le Tile d'Elbe. Le 20 mars 1815, à neuf heures du soir. Napoléon, i-près avoir traversé la France au pas de course, entraînant tout sur on passage, était rentré aux Tuileries, occupées le matin encore >ar la royauté, et depuis quelques heures déjà envahies de nouveau )ar une foule bruyante d'amis, d'anciens serviteurs de l'Empire. je maréchal Davout, qui n'avait sûrement trempé dans aucune onspiration, mais qui, de sa retraite de Savigny, avait suivi les vénements, était accouru à son tour aux Tuileries, où, seul peuttre entre les maréchaux, il pouvait reparaître la tète haute, libre e tout engagement. Napoléon, en Tapercevant, l'avait accueilli vec les plus vives démonstrations d'amitié, et sans plus de retard, entant bien que les affaires sérieuses devaient se traiter avec les ommes sérieux, il l'avait prévenu de laisser partir tout ce monde ui encombrait les salons, de rester, — qu*ils avaient à s'entreînir ensemble.
A onze heuresdu soir, ces deux hommes, qui ne s'étaient pas vus epuis Smorgoni, aux premiers jours de décembre 1812, se retrouaient tête à tète, et entre eux s'ouvrait une conversation intime, bre, toute confidentielle. Napoléon ne se faisait pas absolument
illusion sur sa situation; il ne se dissimulait pas les difBcaltél qu'il allait rencontrer, le besoin qu'il avait d'être puissamment secondé par tout le inonde. Dans sa pensée, il avait déjà reconstitué son gouvernement en rappelant dans leurs ministères M. DecrèSi M. Mollien, le duc de Gaëte; il réservait les relations extériearei à M. de Caulaincourt, connu et estimé des cabinets étran(;er8. Il voulait placer au ministère de l'intérieur Carnot, qu'il avait utilement employé à Anvers, et auquel il donnerait le titre de comte pour dég[uiser son passé républicain. Pour la police, il hésitait à se fier à Fouché, et il ne se décidait qu'en se promettant de le faire surveiller par le duc de Rovig^o. Quant au ministère de la g^aerre, il était dévolu d^avance à Davout, qui seul pouvait l'exercer avec autorité. — Là-dessus, le maréchal se récriait et rappelait à Napoléon ce qu'il lui avait dit d'autres fois, que quel que fût son dévonei ment, il y avait trois choses qui étaient au-dessus de ses forces, que le ministère de la guerre était une de ces trois choses. Et Davout donnait librement, familièrement ses raisons, disant qui! avait sa manière de servir qui n'était pas la manière de tout le monde, qu'étant accoutumé à ne pas s'épargner lui-même, il avait des sévérités, des exigences qui ne plaisaient pas à tous; il ajoutait aussi qu'il était soupçonneux, — en quoi les événements ne Ini avaient pas toujours donné tort, — et qu'avec tout cela il ne convenait pas au poste où un autre serait plus utile; que pour loi, il servirait beaucoup mieux sur le champ de bataille qu'au ministère. Napoléon combattait vivement ces raisons, et, en fin de compte, il n'hésitait pas à ajouter : u Eh bien! je vais vous parler à cœar ouvert et vous dire tout. J'ai laissé et je dois encore laisser croire que j'agis de concert avec mon beau-père, l'empereur d'Autriche; on annonce de tons côtés que Tlmpératrice est en route avec le roi de Rome, qu'elle va arriver d'un jour à l'autre. La vérité est qu'il n'en est rien, que je suis seul, seul en face de l'Europe. Voilà ma situation! voulez-vous m'abandonner? » — A quoi le maréchal répliquait sur-le-champ sans hésitation : « Sire, je n'ai qu'une réponse à faire, j'accepte le ministère! » £t c'est ainsi que le soir môme du 20 mars, Davout devenait, par dévouement, le ministre de la guerre du nouveau règne.
La situation n'était certes pas aisée, surtout dans les premiers moments oiî des tentatives de résistance se produisaient à l'intérieur, dans l'Ouest et dans le Midi, — en attendant les grandes difBcultés extérieures qui ne pouvaient manquer d'éclater avant peu. Le
maréchal Davoiit, pendant ce ministère de trois mois, suffisait à tout par son énergique et infati(jable activité, multipliant les ordres dans les premières semaines pour la pacification intérieure, et préparant d'un autre côté les forces dont on allait avoir besoin, pour soutenir une dernière lutte contre l'Europe. Dans cet immense travail, il ne laissait pas d'être contrarié par ceux qui, ainsi quMl Pavait prévu, supportaient mal la rude indépendance de son caractère, et l'Empereur lui-môme, plus ou moins circonvenu par son entoura(je, n'était point sans avoir parfois ses mouvements d'humeur contre son ministre de la guerre. En réalité, cependant, il avait une confiance absolue dans le maréchal, et lorsqu'au moment de la campagne, au mois de juin, celui-ci demandait de nouveau à aller à l'armée, l'Empereur ne cachait pas qu'il avait besoin de laisser à Paris quelqu'un qui eût toute sa confiance, qu'il ne pouvait choisir aucun autre que Davout. Ason départ pour le Nord, il tenait à laisser le prince d'Eckmikhl avec les pouvoirs de ministre de la guerre, de gouverneur de Paris, de commandant en chef des gardes nationales, des levées en masse et des troupes de ligne qui se trouveraient dans la ville. Ce n'était pas une défaveur, c'était au contraire la plus grande marque de confiance; mais c'était une erreur. Le maréchal était certainement beaucoup moins utile à Paris que sur la frontière, où la question allait se décider par les armes.
Trois mois étaient à peine passés depuis le 20 mars, l'Empereur avait à peine quitté Paris vers le 10 juin, après avoir présidé au champ de mai (1*^ juin), après avoir ouvert (7 juin) les chambres nouvelles qu'il venait de réunir, selon l'ordre constitutionnel récemment adopté, — tout se précipitait dans une campagne de quelques jours. Ledénoûment éclatait dans le désastre du 18 juin 1815, à Waterloo, et dès lors s'ouvrait pour la France, à Paris même et un peu partout, la crise suprême et définitive. Napoléon était rentré au palais de l'Elysée, le matin du 21 juin. A partir de cette heure jusqu'aux premiers jours de juillet, tout était confusion. Napoléon se retrouvait à Paris en fugitif plutôt qu'en souverain. Les royalistes sentaient naturellement renaître leurs espérances. Les partis recommençaient à s'agiter. Les chambres troublées, inexpérimentées, flottaient entre toutes les influences, entre toutes les intrigues qui se nouaient autour d'elles : tout cela, tandis que les armées alliées victorieuses à Waterloo s'avançaient sur Paris. Pendant ces journées, le prince d'EckmUhl, qui ne cessait d'avoir
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un des principaux rôles, passait par plusieurs phases. Au premier moment, il aurait voulu que Napoléon, se décidant sur le champ, suspendit les chamhrcs, reprit une dictature temporaire, ralliât toutes ses forces et fit appel à tous les Français, pour tenir tête à rinvasion nouvelle : c*était le conseil qu'il donnait à TEmpereor dès les premières heures de son retour; mais Napoléon n'en était plus là, il se sentait vaincu par les circonstances, et au lieu de suivre le conseil de son ministre, il se décidait bientôt à abdiquer une seconde fois. Même après l'abdication de Napoléon, le priace d'Eckmùhl ne désespérait pas encore de tenir tête à Tennemi; ille croyait possible. Maintenu (généralissime de l'armée, par la commission executive qui venait de se former, il prenait toutes ses dispositions avec les forces qu'il ralliait ou concentrait en quelques jours sous Paris. Il se déclarait en mesure de livrer bataille; mais s'il était prêt à enga[j;er sa responsabilité de chef militaire dans l'action, il tenait à avoir l'appui, l'adhésion de ceux qui représentaient dans cet interrègne le gouvernement, et les hommes qui avaient provisoirement le pouvoir étaient plus disposés à traiter encore une fois qu'à combattre. Au milieu de ces perplexités, do reste, depuis la seconde abdication de Napoléon, Davout lui-raéme, éclairé par sa raison autant que par son patriotisme, commençait à comprendre que tout tendait inévitablement à une restauration nouvelle des Bourbons, et au fond il en admettait la nécessité; il aurait voulu seulement que, dans son intérêt même, le Roi, ralliant l'armée autour de lui, s'interposât entre la France et les alliés arrivant sur Paris.
A tous les moments de celte terrible crise, dans tous les cas, le maréchal Davout, ministre, généralissime, n'avait d'autre préoccnpation que de défondre ou de sauvegarder l'indépendance nationale, et lorsque après la capitulation du 4 juillet qui terminait tont, il était chargé de ramener l'armée française sur la Loire, il emportait cette suprême et patriotique préoccupation. La correspondance qui suit est comme l'histoire du ministère du maréchal pendant les Cent-Jôurs, et quelques-unes de ses plus belles lettres, écrites pendant ce dernier commandement, sont comme le couronnement de sa carrière militaire. Après cela, il allait passer quelques années en disgrâce, interné à Louviers ou dans une sorte d'exil, avant d'être rendu à son rang de maréchal de France et d'être appelé à la Chambre des pairs de la seconde restauration. (Voir avec les lettres du maréchal la Correspondance de Napoléon^ t. XXVIII.)