ORDRE DU JOUR
« Le maréchal annonce au corps d'armée la perte que la « France et l'Empereur viennent de faire en la personne de « M. le comte de Chaban, intendant général des finances.
« Cet homme qui était tout, honneur, veilu et fidélité, est <( du nombre de ceux qui ont honoré l'humanité pendant leur «« vie. 11 a rendu les plus grands services au corps d'armée; il « est mort victime de son beau zèle et de son amour pour les *« soldats. Ceux qui sont susceptibles de reconnaissance seront « profondément affligés de cette perte.
«Le maréchal ordonne que l'on embaume les dépouilles * mortelles du comte de Chaban, afin de pouvoir les offrir à la « France comme celles d'un de ses plus dignes enfants. »
Une commission fut nommée pour remplacer cet administrateur. Elle fut composée du maréchal, du préfet M. le baron ie Breteuil, du général Jouffroy, de M. Boisrichard, auditeur au conseil d'État, de M. Cellier, directeur des domaines, et ie M. Lafaurie, inspecteur du Trésor.
Pendant le mois qui venait de s'écouler depuis le 17 février, le général Beningsen, désespérant de nous prendre de vive force, après avoir vu échouer ses entreprises sur Haarbourg, celles sur la ligne de Hamm et dans l'Ile de Wilhelmsbourg, ne comptait plus que sur les maladies, la famine où la déser-
tion; il se bornait à faire de vaines démonstrations qui n atteignaient pas même le but qu'il se proposait, celui de tenir nos troupes sur pied et de nous détruire en nous harcelant sans cesse. Les chefs seuls redoublaient de vigilance; les postes attaqués se défendaient, et Ton ne battit plus une seule fois la générale dans Hambourg.
Le général comte Beningsen avait établi son quartier général à Punnenberg et attendait tranquillement que les succès des alliés eu France décidassent du sort d'une place qu'il ne pouvait empoiler. Il perdait un temps et des circonstances précieux, car si le dégel arrivait, nous étions sauvés. 11 avait établi sur la ligne en avant de Haarbourg le général Lion avec des troupes hanovriennes et hanséates, le général Ahrenschield avec un corps russe et plus tard le général Tolstoy avec son corps. Le lieutenant général Emme occupait avec sa division le terrain situé entre la rive gauche de l'Elbe et la Bille. Le lieutenant général Tschiiplitz occupait l'espace entre la Bille et l'Alster; ces trois corps étaient sous les ordres du lieutenant général Doctorof ; le lieutenant général Markof commandait toute la ligne entre l'Alster et la rive droite del'Elbe vei-s Altona •
Pendant ce temps, on ne pouvait songer à travailler aux ter^ rassements qui restaient à faire pour perfectionner les diver^ ouvrages; on se bornait à casser exactement les glaces dan^ l'immense pourtour de quatre lieues ; on déblayait la neige de^ banquettes et l'on posait les œuvres en charpente des grande blockhaus de Sternschanz et de Schrevirenhof.
Le dégel s'annonça enfin le 23 mars; le maréchal, après avoir donné des ordres au général Loison pour Hambourg et la ligne de Hamm, fit porter des troupes en cavalerie et artillerie légère à Haarbourg et s'y rendit lui-même. L'Elbe n'était plus praticable, et l'ennemi ne pouvait plus venir impunément dans l'ile de Wilhelmsbourg; nous devions profiter de cette circonstance pour nous procurer des fourrages qui commençaient à nous manquer et des vivres en viande sur pied et en légumes; nous devions surtout bien éclairer notre position de ce côté pour assurer la sortie du corps d'armée, si l'ennemi avait eu un grand écheo en France.
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Le 29 mars, le maréchal fit aUaquer tout le développement du camp retranché de Haarbourg[, la droite parle général Pecheux, la gauche par le général Vichery; les troupes russes ne tinrent pas devant les nôtres et abandonnèrent Mahrensdorf, tlinfeldy Einsendorf et Wilsdorf; on fit prendre une grande juantité de bétail et de légumes, et Ton fit quelques prisonniers.
Le 30 et le 31, on chassa Tennemi des villages de Ruhnberg, ilerkenfeld, Sinsdorf et Laujenbeck, et Ton foun*agea tout le lays en avant de Haarbourg sans que Tennemi songeât à s^ pposer; cette expédition eut tout le succès qu'on pouvait n attendre. Pendant ce temps, le maréchal avait fait attaquer i digue de Neuland et la batterie de BuIIenhusen par le hef de bataillon Hervo, sou aide de camp, avec deux comagnies de 108*. On avait abordé franchement Tennemi, on vait franchi les palissades, enlevé la batterie et poursuivi les roupes russes, la baïonnette dans les reins, jusqu'au village 'Over. Le maréchal s'y était transporté au grand galop; il econnut que l'ennemi avait négligé d'occuper dans sa fuite leux maisons placées sur un tertre, sur la rive gauche de la lewe, par le moyen desquelles, s'il se ravisait, il pouvait nous mpécher de construire un ouvrage sur la digue qui va à rierkenfeld. La disposition du terrain était telle qu'on ne pouait arriver à ces maisons qu'en marchant à découvert sur une ligue étroite de 250 toises de long et à fleur d'eau, entre l'Elbe )i la grande inondation, et sous le feu de 300 hommes retranchés lerriere la grande digue d'hiver de la Sewe. Le maréchal, ayant ait reconnaître par son aide de camp Laloy qu'il n'y avait )as de coupure sur cette digue, ordonna à 25 voltigeurs du 111* le marcher. Cette petite troupe, encouragée par l'exemple du capitaine Laloy, qui se mit à sa tète avec cette rare intrépidité lont il donnait tous les jours de nouvelles preuves, et par le maréchal des logis Noël, ordonnance du maréchal, chemina sur ;ette digue et s'empara des maisons malgré le feu de l'ennemi. ?ar un bonheur inouï, nous n'eûmes que deux blessés.
Le maréchal laissa sur ce point le colonel Decastres, un de les aides de camp, avec ordre de retrancher à la hâte et léfendre la digue qui va à Merkenfeld; cet ouvrage mettait à
couvert plus de fourrages qu'il n'était nécessaire pour aller 1^ ^
jusqu'à la saison nouvelle, et beaucoup de bestiaux qui étaient P^^
sur cette digue et dans les maisons de l'inondation. On avait y^^
ordonné en même temps l'attaque de Mohrbourg; les postes ^-^
ennemis avaient été repoussé^ dans leurs batteries, la nnit
était venue, et le maréchal s'était rendu sur les lieux. Nos
troupes se trouvaient arrêtées par un ouvrage bien palissade,
protégé par des abatis et entouré d'eau ; ne consultant que (i'Ht
leur courage, elles voulurent franchir cet obstacle, mais la ^^
mort du chef de bataillon Leguerney et de quelquns braves
qui furent tués sur les palissades, et la nuit qui était devenue
obscure, déconcertèrent cette attaque. Nous j perdîmes une
cinquantaine d'hommes mis hors de combat, dont 4 officiers; 1^^
il était minuit lorsque le maréchal se retira le dernier, après Ufo^
avoir pourvu à tout. p ^
A peine commençait-on à prendre un peu de repos, qu'âne V^- ^
vive fusillade et le bruit de l'artillerie se firent entendre au |nol
loin du côté d'Over. Le colonel Decastres et le major Vinache
avaient travaillé toute la nuit pour faire retrancher, fraiser et \f<
palissader le poste de la digue qui va à Merkenfeld ; on y avait
placé une pièce de canon ; un épaulement d'infanterie proté- |i^
geait le flanc droit de cet ouvrage, le flanc gauche était pro- 1^
tégé par l'inondation de la Sewe. L'ennemi avait fiait avancer \q
avant le jour deux bataillons avec des fascines pour coinbler
nos fossés et des torches pour incendier les maisons ; il marchait
dans le plus grand silence, espérant mettre notre surveillance
en défaut. Ils furent accueillis par une vive fusillade à bout
portant et par la mitraille de la petite pièce; après un quart
d'heure de combat, il se retira en désordre, laissant 40 morts
dans nos palissades et dans l'inondation. L'ennemi secondait
cette attaque par le feu de trois batteries, deux sur la digue
de la Sewe et la troisième dans l'Ochsenwerder.
Le maréchal avait envoyé de Haarbourg le général Delcambre avec une poignée d'hommes, pour s'emparer de Ttle de Neuhof, y faire une tête de pontet s'y retrancher; ce général s'en acquitta en homme habile et entreprenant; il surprit l'ennemi et exécuta les ordres qui lui avaient été donnés.
Nous étions au V avril; la débâcle de TEIbe s'était faite sans accident, et la position presque désespérante où nous nous trouTions depuis quatre-vingt-quatre jours de forte gelée allait cesser. Le travail des glaces était fini, et nous avions Tespoir d'améliorer le sort de nos malades, dont 950 avaient succombé dans le mois de mars. Les soldats s'étaient aguerris comme les plus vieilles troupes; la discipline la plus parfaite existait à tel point que, pendant tout le blocus, pas un officier ou un soldat n'avait été puni pour une faute grave. Les troupes étaient )ien habillées et au courant de la solde, et avaient des masses \e linge et de chaussure. Nous avions conservé 2,000 hommes e belle cavalerie et 1,500 chevaux d'artillerie dont la subsismce n'allait plus nous inquiéter, puisque toutes les sorties DUS fournissaient les moyens de les nourrir. Nous avions encore n viande salée, lard et vin, de quoi subsister pendant plus de X mois. Nous étions maîtres de toute la digue jusqu'à la Sewe; mte l'inondation et les villages qui s'y trouvaient nous apparnaient ; on avait organisé un service de bateaux pour aller en ^cueillir les ressources. On pouvait de nouveau remuer la terre ; terminer les ouvrages avancés ; le dégel avait fait fondre la 3igede la redoute de Schrewenhsof, poste avancé dans l'Elbe, . son commandant avait vu avec étonnement que la redoute i'il avait si heureusement défendue tout l'hiver n'était conruite qu'en roseaux ; on fit terrasser cet ouvrage. L'ennemi ayant montré beaucoup de bâtiments armés sur Elbe et entre autres des flottilles anglaises, toutes les difféintes issues des canaux de l'Elbe furent bouchées par des tacades et des bâtiments chargés de pierres, liés ensemble et »ulés. On ne laissa de libres que les deux grands bras ffendus par nos ouvrages et nos batteries. La moitié du mois d'avril se passa dans ces occupations verses. Le nombre de nos malades diminuait sensiblement îpuis que les grandes fatigues des glaces ou des postes de lit avaient cessé. On pouvait donner du repos, et il y avait tire de ne pas fatiguer le soldat. On varia la nourriture de la irnison; on remplaça les distributions de cheval par moitié 3 viande salée, des harengs et du lard. On avait eu grand
soin de déblayer les rues des neiges et des glaces qui, encombrées avec les immondices, auraient pu dans le dégel occasionner des maladies épidémiques. Les veilleurs de nuit et le corps de pompiers du pays, qui avaient été organisés pour la police de Tintérieur de la ville, y rendirent de grands services. On faisait face avec une grande régularité aux dépenses communales et administratives, et le service du trésor, alimenté par les deux monnaies, se faisait comme en pleine paix. On avait fait ensemencer les jardins dans la ville, les faubourgs et les postes occupés par nous, pour nous assurer des légumes et pour distraire les soldats.
L'ennemi renouvela alors et avec plus de suite ce système qu'il avait employé de répandre à nos avant-postes des bulletins et des écrits menaçant la garnison et provoquant les habitants à la révolte ; ces écrits exhortaient à la désertion les soldats des divers départements qui avaient été réunis à la France; mais ces soldats de nations diverses étaient retenus par rhonneur, une discipline paternelle qui pourvoyait à tous leurs besoins, et l'exemple de leurs chefs qu'ils voyaient partager leurs privations, leurs fatigues et leurs dangers. Ils répondaient aux provocations verbales par d'amères plaisanteries et par des coups de fusil et de mitraille, lorsque la trahison, sous le voile de l'amitié, voulait s'emparer de nos postes et en égorger les garnisons, comme sur la digue de Mohrbourg et celle en arriére de Tiffentag.
Vers le 12 avril et les jours suivants, ces écrits provocateurs changèrent de langage, et prenant le ton de la modération, nous annonçaient de très-grands avantages obtenus en France par les alliés; nos dernières nouvelles certaines de France étaient du 20 mars; elles nous avaient annoncé que l'ennemi avait éprouvé de telles pertes que nous devions espérer d'apprendre bientôt que notre patrie était délivrée; tout le reste nous venait de l'ennemi et ne devait nous inspirer aucune confiance. Dans les premiers temps, il ne s'annonçait que par des menaces que le bon esprit, la bravoure, la persévérance des troupes et la prévoyance du chef avaient rendues vaines, à l'époque où Hambourg ne pouvait être regardé comme une
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véritable place de guerre; maintenant que notre position était devenue bonne sous tous les rapports, nous devions conserver la même attitude, déjouer toute surprise et attendre les événements. Le maréchal recommanda la plus exacte surveillance. Le 18 avril, le général Beningsen reçut la nouvelle de la prise de Paris et de l'abdication de Napoléon ; cette dernière circonstance nous parut tellement absurde qu'elle détruisit dans nos esprits tout Teffet que Tennemi se proposait de I envoi de la lettre du major général russe qui l'annonçait '. Le
' Aux prcmic-res ouvertures qui lui avaient été faites par rintermédiairc ■Il lieutenant colonel danois Auhert, au nom du général en chef russe, ^ comte Beningsen, et qui avaient pour objet de porter à sa connaissance ''^ événements de France, l'abdication de Napoléon, le maréchal avait "''pondu par un simple accusé de réception, en ajoutant : « ...Un homme • Honneur ne se regarde pas comme délié de ses serments de fidélité, parce pesoii souverain peut avoir éprouvé des revers... » (14 avril.) A une nou- ■<^ne communication transmise, après l'arrivée d'officiers russes de Paris, par ^ président d'Altona, M. de Blucher, qui s'était lui-môme adressé au major li{;onnet, commandant aux avant-postes, le maréchal avait fait répondre par ^11 chef d'état-major, le général César de Laville, qui écrivait le 20 avril, au •^•ijor fligonnet : « M. le maréchal vient de recevoir votre lettre à laquelle tait jointe celle de M. Blucher, qui annonce que des officiers russes viennent i «irrivcr à son quartier général, demandant la permission de venir à Ham- 'oui-g, pour apporter à Son Excellence des dépèches de notre gouverneicnt. L'Empereur et Boi ne se servirait pas d'officiers ru.sses s'il avait des rdres ou des dépêches à faire passer à Son Excellence. Ainsi, M. le marchai se voit forcé de refuser les officiers et les dépêches dont ils sont por- 'urs. Son Excellence désire que vous envoyiez en réponse ii M. de Blucher, iiremcnt et simplement copie de ma lettre... »
Le maréchal, en soldat fidèle, se conformait strictement au décret de 1811 ir le service des places en temps de guerre. Ce décret qui réglait sa conduite
qu'il rappelait, portait, article 110 : « ...Tout gouverneur ou commandant qui nous aurons confié une place de guerre, doit se ressouvenir qu'il tient ms ses mains un des boulevards de l'empire ou l'un des points d'appui des •niées, que sa reddition avancée d'un seul jour 'peut êti'e de la plus grande >nséquence pour la défense de l'Etat et le saUit de l'armée. En conséurnce, il sera sourd à tous les bruits répandus par l'ennemi, aux nouvelles rcctes ou indirectes qu'il lui ferait parvenir; lors même que l'ennemi vourait lui persuader que les armées sont battues, que la France est envahie,
résistera à ses insinuations comme a ses attaques, et ne laissera point ébranrr son courage ni celui de la garnison... » Le maréchal, n'ayant ni ordres i informations officielles directes, était résolu à remplir son devoir jusqu'au ont, et il n'entendait pas surtout qu'on lui parlât d'une reddition plus ou loins déguisée. Tout ce qu'il acceptait, on va le voir, était d'envoyer un de .»s lieutenants à Paris, en restant bien entendu sous les armes, toujours prêt
se défendre.
tJ46 CORRESPONDANCE
maréchal avait consenti à plusieurs conférences qui avaient été demandées par l'intermédiaire de M. de Blucber, président d'AItona ; elles avaient eu lieu en avant de Sternschaus, entre le lieutenant g^énéral russe Ostermann et le commandant d*Âltona, d'une part, et de la nôtre les généraux Loison et César de Laville. Le maréchal demandait qu^un officier français pût se rendre en sûreté à Paris pour connaître les événements, et nous décider à son retour sur le parti que rhonneur et l'intérêt de notre patrie nous permettraient de prendre. L'ennemi, en se défendant d'abord de cette idée et en retardant ensuite le départ du général Delcambre, que le maréchal avait désigné pour cette mission, nous faisait espérer que ces nouvelles, qu'il nous empêchait de vérifier, pour raient bien être un piège; l'ennemi demandait la cessation des travaux et la détente des inondations.
Le général Beningsen fit alors porter à tous nos avantpostes des drapeaux blancs avec le chiffre de Louis XVIII, pour provoquer la garnison à une révolte; mais la plupart de nos soldats, conscrits de l'armée et nés après la révolution, ne pouvaient être remués par des emblèmes tout à fait nouveaux pour eux, et les officiers savaient trop ce que demande l'honneur dans une place assiégée, pour ourdir la moindre intrigue qui ne manque jamais, quelque respectable qu*eQ soit le motif, d'être appréciée à sa juste valeur.
On était cependant à peu près d'accord de cesser les hostilités, lorsque le 27 plusieurs chaloupes canonnières anglaises, soutenues par de fortes masses russes derrière la digue de Mohrbourg, vinrent attaquer par l'Elbe le fort de Harbourg, cherchant à tourner les positions retranchées que nous occupions sur les digues. Le fort répondit par un feu très-vif et très-bien dirigé; une chaloupe fut coulée, et deux fortement endommagées; le commandant de cette flottille eut le bras emporté et se retira avec elle hors de la portée du canon. Le maréchal était accouru dans l'ile et avait vu ses précautions et ses défiances justifiées. L'armée voyait aussi combien l'esprit de prévoyance était nécessaire à la guerre et évitait les plus grands malheurs. La date seule de cette tentative répond
ctorieusement à ceux qui, loin des événements, et tranquilles ms leurs foyers, ont jugé que le maréchal devait se rendre ut de suite aux premières insinuations de Tennemi '• Nous étions au 28 avril, et nous ne concevions pas com-
* C'ei^t le fait qui devenait peu après le grand sujet de récrimination contre
maréchal Davout, accusé en même temps de toute sorte de méfaits dans n commandement de Hambourg : exécutions militaires, séquestration de
banque, expulsion de milliers dliabitants comme bouches inutiles, desirtion des maisons qui gênaient la défense, etc. Tandis que le défenseur de inibourg donnait le plus bel exemple militaire et conservait un corps irmée à la France, les passions haineuses se déchaînaient contre lui et se p.indaient en accusations qui ne laissaient pas de troubler le nouveau gournemcnt. A sa rentrée en France, le maréchal, sur Tinvitation d*ailleurs
ministre de la goeiTe, général Dupont, avait adressé au Roi un • mémoire itificatif » où il n*avait pas de peine à rétablir la vérité, en prouvant victo- 'usement qu'il n'avait fait qu'exécuter avec modération des ordres posid^
se conformer aux plus strictes nécessités de la guerre. Quant au fait du apeau blanc, il ne le niait nullement, il le remettait dans son vrai jour, il xpliquait en soldat, de la manière In plus simple. Pendant l'espèce de Sv^e qui s'était établie vers le 20 avril, les Russes, abusant de la position, aient e.ssayé de forcer les avant-postes en se couvrant de drapeaux blancs, ms l'espoir sans doute de troubler la garnison et de déterminer une appance de capitulation de la place. Ce n'était pas du tout ce qu'entendait le aréchal, qui ajoute dans son Mémoire :
« ...Cette idée (d'une capitulation), qui blessait notre honneur, augmenta >tre défiance et nous porta à attendre des nouvelles officielles de notre •uvernement, bien persuadés que si un changement avait réellement eu lien, 1 n'eût rien négligé pour nous en donner la connaissance certaine. L'ennemi ors, en nous présentant des drapeaux ^blancs, renouvela ses attaques, insulta )s avant-postes et les força même quelquefois à se replier; peu de jours très, il tenta de surprendre Haarbourg, par une attaque combinée de ch.inpes canonnières et de colonnes d'infanterie sur la digue. Nous repousmes la force par la force ; nous tirâmes sur un ennemi qui nous faisait la lerre, au moment même où il déployait des drapeaux en signe de paix. Et >ilà sans doute sur quelle base on a établi cette injuste accusation que j'ai it tirer sur le drapeau blanc avec la connaissance certaine du rétablisseent du trône des Bourbons! J'en appelle h l'honneur de l'ennemi : ses oupes n'étaient-elles pas massées derrière les drapeaux qu'il nous présenit? Et d'ailleurs, je le demande, quelle utilité pour nous de tirer sur ces rnes de paix, si nous n'eussions eu en vue de repousser un agresseur qui, lis couleur d'amitié, voulait désorganiser l'armée et tenter quelque surprise? ose donc le déclarer. Sire, tout homme de cœur et de sens, dans de telles injonctures, se fut conduit comme je l'ai fait... »
Au demeurant, en cela comme en tout, le maréchal avait agi avec la cor- ■ction d'un militaire intègre, et au lieu de l'en blâmer puérilement, on irait dû l'honorer pour sa conduite. Le roi Louis XVIII l'aurait fait sans >ute s'il l'eût osé.
ment il était possible que, dans le cas où les événemenii annoncés au général Beningsen auraient eu lieu, le gouTeF^ nemcnt établi en avril ne nous fit rien parvenir d'officiel; nous faisions continuer nos ouvrages, nous maintenions la solde au courant et nous nous occupions d'améliorer par toutes sortes de moyens la santé de nos malades qui avait tellement gagné dans ce mois que nous n'avions eu que 350 morts dans les hôpitaux; au milieu de ces contrariétés sans cesse renouvelées pour empêcher le départ du général Delcambre, le maréchal reçut l'avis que M. Davout, son parent, était arrivé à Âltona, porteur de journaux français; il avait été expédié de Paris par madame la maréchale, princesse d'Eckmiihl, dont la sollicitude fut d'autant plus heureuse que le nouveau ministre de la guerre ne nous donnait aucune direction.
L'ennemi profita de la juste impatience que nous avions de recevoir des nouvelles positives de France par un canal non suspect, pour obtenir comme faveur particulière et comme condition expresse à l'entrée du parent du maréchal à Hambourg que le général en chef russe pût établir son quartier général à Altona, avec un bataillon pour sa garde.
Les nouvelles et les journaux furent communiqués aux généraux en chef de corps, et il n'y eut plus aucune difficulté à conclure un arrangement qui fit cesser les hostilités jusqu'au retour du général Delcambre, qui partit définitivement pour porter notre adhésion et prendre les ordres.
Il fut convenu de ne plus entreprendre d'ouvrages de part et d'autre pour l'attaque ou la défense , de laisser entrer 4,000 livres de viande fraîche par jour pour le service des hôpitaux. Tout le reste devait rester dans le même état.
Le 29 avril, le maréchal fit connaître à l'armée les événements survenus en France, le drapeau blanc fut arboré, les hostilités cessèrent de part et d'autre, on suspendit les travaux de la place et des fies; les jours suivants, on détendit les inondations, on distribua tous les effets d'habillement, d'équipement et de chaussure, on rendit aux négociants ce qui n'était pas strictement nécessaire en munitions de bouche et en effets qui existaient dans nos magasins; on permit la sortie des
postes en ordre et par détachements pour que les régiments pussent acheter des vivres frais à Âltona. On distribua des cartouches pour les exercices à feu auxquels on occupait les soldats.
Le 5 mai, le général Fouché, commissaire du roi de France pour la remise de Hambourg, Haarbourg et dépendances aux )uissances alliées, qui devaient en prendre possession au plus ard au 31 mai, en exécution de la convention faite par Son Utesse Royale le comte d'Artois, lieutenant général du royaume, irriva à Hambourg; on dressa les inventaires des magasins.
Le 11 mai, le lieutenant général comte Gérard arriva à 'armée et en prit le commandement; il se conduisit dans cette irconstance avec cette loyauté et délicatesse dont il a donné ant d'exemples; il continua à faire payer la solde et toutes les lépenses du corps d'armée, montra beaucoup de fermeté entre les prétentions du général en chef de l'armée russe et rçanisa le départ des troupes et administrations françaises n trois colonnes qui partirent les 27, 29 et 31 mai avec rmes, bagages et artillerie.
L'effectifdu 13* corps étaità cette époque de 31,000 hommes, Dnt 5,000 malades qui restèrent dans les hôpitaux et furent lus tard ramenés en France, 100 bouches à feu avec double )provisionnement et 4,000 chevaux de cavalerie ou de trait. Le maréchal Davout, prince d'Eckmiihl, se rendait à Paris ms le sein de sa famille, lorsqu'il reçut un ordre d'exil pour
terre de Savigny. Depuis sa rentrée en France jusqu'au ) mars 1815, le maréchal ne fut appelé à aucune fonction
à aucun serment, et ne parut pas même à la cour '...
1 Le prince d'Eckmiihl, qui avait tenu à marcher avec une des colonnes de Q corps d'armée en rentrant en France, avait reçu, en route, l'ordre de ne s paraître à Paris ; il s'était retiré dans sa terre de Savi^ny^ur-Orge, où il ssait trcs-paisiblement huit ou dix mois, traité un peu en sa-ipect si ce n'est ennemi. C'était non-seulement une injustice, mais aussi une singulière iladresse de s'aliéner plus ou moins un si éminent homme de guerre. Le iréchal, sans être hostile, restait dans tous les cas Jibre de tout engageant pour des circonstances qui n'allaient pas tarder à se présenter.