USA. — AU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR
Paris, le 21 mars 1815.
Monsieur le comte, j'ai Thonneur de communiquer à Votre Excellence que je suis prévenu par un rapport militaire que M. le général Dupont a donné ordre au payeur du département du Loiret de mettre à sa disposition tous les fonds qu'il pouvait avoir.
Le conseil général du même département a, par une délibération, mis à la disposition du même général une somme de 600,000 francs pour être employée à la solde des troupes.
J'ai donné des ordres, d'après ceux de l'Empereur, pour l'arrestation du général Dupont et pour que les fonds qui ont été mis à sa disposition soient réintégrés dans les caisses.
Je vous donne également avis que je suis informé aussi que M. deTalleyrand, préfet du Loiret, et le maire d'Orléans, emploient toutes soi*tes de moyens pour exciter les citoyens à la révolte et à la guerre civile.
Paris, 21 mars 1815.
Le ministre de la guerre a donné au maréchal Gouvion Saint-Cyr l'ordre de venir à Paris.
Le général Bonnet est parti tout de suite pour Orléans, avec ordre : 1' de faire arrêter le maréchal Gouvion, en cas de refus de sa part d'exécuter celui qui l'appelle à Paris; 2** de
diriger sur Paris les 46* de ligne et 5' cuirassiers, desquels on a cherché à égarer les espriu ; 3* il est chargé de donner ordre au général Donadieu et au commissaire des guerres Marcodo, tous deux partisans du comte d'Artois, de venir à Paris.
Le général Bonnet a été autorisé à donnera Tours et àBlois tous les ordres que le bien du service lui dictera.
Le général Pajol a été mis à la disposition du général Bonnet.
Le général D'henin a reçu ordre de prendre le commandement de toutes les troupes qui sont à Chartres, et d'exécuter les ordres qui lui seraient adressés dans l'intérêt du service de Votre Majesté par le général Bonnet à Orléans.
De nouvelles instructions ont été portées au général Teste par M. le général Gobrecht, pour feire reconnaître Tautorité de Votre Majesté à Arras; faire arrêter et mettre à la citadelle tous ceux qui seraient munis d*un mauvais esprit, et notamment un certain marquis de Goupigny ; arrêter tous les courriers porteurs de dépêches de Louis XViil et de ses agents; entrer en communication avec les commandants des places qui avoisinent Arras, pour leur faire connaître les instructions qu'il a reçues et les charger de s'y conformer.
Paris, le 21 mars 1815.
Monsieur le maréchal, j'ai Thonneur de vous prévenir que rintention de Sa Majesté Tempereur Napoléon est que vous vous rendiez sur-le-champ à Paris pour prendre ses ordres. Vous • remettrez le commandement des troupes réunies dans le département de TAube au général Rigaud, commandant du département, après leur avoir assigné des cantonnements et pris les mesures nécessaires pour assurer la subsistance des hommes et des chevaux. Je prie Votre Excellence de faire connaître au général Rigaud, avant son départ, les dispositions qu'elle aura prises à cet égard, avec ordre de s'y conformer.
Vous ferez connaître à tous les officiers généraux et de
Fëtat-major, qui ont reçu des lettres de service pour être employés à Tarmée que vous deviez organiser à Troyes, qu'elles sont révoquées, et qu'ils doivent se rendre à Paris pour y recevoir une nouvelle destination.
L'Empereur ordonne encore que vous fassiez prendre la cocarde tricolore aux troupes, que vous prescriviez aux colonels de faire remplacer les drapeaux blancs par des aigles, de quelque matière qu'elles soient, et que vous fassiez prêter ^ux troupes serment de fidélité à Sa Majesté *.
Paris, 21 mars 1815.
Mon cher maréchal, tu dois connaître et tu as pu juger par les pièces publiées les événements et leur résultat. 11 faut que tous les Français se rallient pour prévenir la guerre civile et repousser l'étranger. Ce n'est pas dans le cœur d'Oudinot qu'il est besoin de réveiller ces sentiments. Je suis informé par un général que nous estimons l'un et l'autre, que, séparé de la garde, à Chaumont, ton unique dessein était de reporter sur les places frontières, déjà- menacées et convoitées par l'étranger, les troupes que tu avais déjà mises en mouvement sur une autre direction. J'ai reconnu dans ta résolution de ne souffrir, sous aucun prétexte, une invasion de territoire, ton dévouement à l'intérêt commun de la patrie. Les ordres que je te transmettrai de la part de l'Empereur n'auront ni d'autre motif, ni d'autre but. Il me tardera, et comme ton ami et comme ministre, d'en pouvoir donner, je dirai mieux, d'en réitérer l'assurance. Amitié *.
' Le man'^cfial Victor, duc de Bellune, avait reçu du {jouvernement royal la mission de former un corps d'armcc en Champagne et en Lorraine. Il n'en avait pas le temps : en prosence des événements, il ne pouvait plus rien; mais se considérant toujours comme lié par le serment qu'il avait prr^té au Roi, il refusait de reconnaître TEmpcreur et (gagnait la frontière belge. Il était bientôt rayé de la liste des maréchaux (10 avril).
' Le duc de Reggio commandait a Metz au nom du Roi, auquel il s*était «incèromcnt rattaché depuii« la Restnnrntion. Sans pouvoir emporter In mou-
Paris, 21 mars 1813.
Mon cher maréchal, j'ignore où cette dépêche vous parviendra; elle vous confirmera l'entrée de TEmpereur à Paris. Sa marche depuis Cannes jusqu'ici a été un triomphe. Toutes les troupes qui étaient en marche sur Lyon, ainsi que toutes celles qui étaient dans les pays environnants, se sont réunies à lui, de même que le maréchal Ney avec son corps.
Les maréchaux duc d'Albuféra et duc de Reggio ont envoyé ce matin prendre ses ordres. Je prendrai, ce matin, ceux de Sa Majesté pour ce qui vous concerne. En attendant, mon cher maréchal, je vous conjure, au nom de la patrie, de prendre toutes les mesures pour empêcher les places fortesde tomber au pouvoir des étrangers, et qu'on n'y reconnaisse pios les ordres de Louis XYllI ou de ses ministres et agents. On doit même leur refuser l'entrée des places. Dans trois ou quatre jours l'Empereur aura une armée de 60,000 hommes, organisée, qu'il pourra porter de Paris sur les points menacés. Il suffit donc, pour le moment, de se mettre à l'abri d'un coup de main, d'une surprise ou d'une trahison'.
▼ement qui, là comme partout, entraînait les soldats vers rEmpereur, il i^ tentait personnellement oblî(;é envers le Roi. D*un autre côté, îl ne pooTiit qu*être ému de l'appel que lui adressait le maréchal Davoat, dans des termes d*amitié familière qu'on retrouve toujours entre ces deux hommes, dans tonte la correspondance. Pour concilier ses nouveaux en{;a{rementa et ses souvenirs, Oudinot se retirait dans son pays natal, à Bar-le-Duc.
* Le maà*échal Mortier, duc de Trévîse, était à Lille avec M. le duc d'Orléans, envoyé aussitôt pour conserver cette place et maintenir la garnison- La population était favorable à la cause royale ; les troupes, en demeurant calmes, n'attendaient, on n'avait pas tardé à le savoir, que le moment de se prononcer pour l'Empereur et d'arborer la cocarde tricolore. A son arritcea Lille, le 22 mars, le roi Louis XVIII était informé de Tétat réel des choses; il apprenait qu'il ne pouvait guère compter sur la fidélité des troupes, qo" serait reçu par elles avec respect, mais qu'il serait imprudent à lui de prolonger son séjour, encore plus de faire appel à des soldats étrangers qv' seraient certainement reçus à coups de fusil par la garnison. Le Roi ne ps** sait, en effet, que vingt-quatre heures à Lille; après des délibérations asiex confuses sur la direction qu'il devait prendre, il se décidait à gagner la fron« tière belge. Il quittait Lille sans incident fâcheux, escorté par quelques esca-