‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 29 sur 95 · AU GÉNÉRAL GILLY, A NIMES · texte numérisé non relu

AU GÉNÉRAL GILLY, A NIMES

30 mars 1815.

Monsieur le général, TEmpereur est informé qu'il y a des commencements de troubles dans le Midi, qu'il est important de réduire tout de suite.

En conséquence, je mets à votre disposition toutes les troupes qui sont dans votre division militaire et dans la 8% pour que vous concertiez avec M. Teste, porteur du présent ordre, toutes les mesures d'exécution comprises dans la note ci-jointe et toutes celles que les circonstances, votre dévouement à la patrie et à l'Empereur pourront demander.

Je vous investis, au nom de l'Empereur, de tous les pouvoirs nécessaires pour suspendre de leurs fonctions et faire arrêter tous les fonctionnaires civils et militaires qui seraient des boute-feux de guerre civile, s'ils n'étaient bientôt et sévèrement comprimés. Je vous autorise à nommer des commissions militaires pour juger les principaux instigateurs.

J'ai donné ordre au général Dessaix, commandant à Lyon, de vous aider de toutes les troupes que vous serez dans le cas de lui demander pour la coopération à ce mouvement important, et de vous envoyer un régiment. Je vous envoie, ci-joint, un ordre pour le commandant de la 8* division militaire, dont vous ferez usage, s'il y a lieu.

30 mars 1815 K

Sire, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté copie de deux rapports de M. l'inspecteur en chef aux revues Denniée,

* L*Empereur au maréchal Davout. — « Paru, 26 mars 1815. Mon cousin, il feut envoyer sur-le-cliainp M. Denniée, intendant général de la mai-

que j'avais envoyé à Béthune pour faire opérer le remise de» chevaux et de tout le matériel de la maison militaire du Soi.

Je ne puis m'empécher de faire remarquer à Votre Majesté rirrégularité de la conduite de M. le comte de Lauriston, qui s'est permis de donner des passe-ports pour laisser aller dans toutes les directions les militaires qui faisaient partie de la maison du Roi, sans en avoir reçu Tautorisation.

Je prie Votre Majesté de me donner ses ordres sur les cent grenadiers à cheval, montés, et le détachement à pied des cent-suisses, qui sont retenus à Albert.

30 mars 1815.

Sire, le grand nombre de réclamations qui ont lieu pour les avancements faits dans Tarmée, depuis le départ de Votre Majesté, me détermine à lui soumettre le projet ci-joint d'établissement d'un commission qui serait chargée de la révision des avancements et de faire un rapport sur chacun d'eux.

Je la prie de vouloir bien me donner ses ordres à cet égard.

8on militaire du Roi, et les autres employés du même service, au-devant de la maison du Roi, qui demande à se soumettre, afin d'en recevoir les chevaux, les armes et Téquipemcnt, etc. Vous sentez l'importance de conserver tout ce matériel. » {Correspondance de Napole'on, t. XXVIII, p. 86.)

Autre; lettre de l'Empereur sur le même sujet au ministre de la guerre, maréchal Davout :

u Paris, 30 mars 1815, onze heures du soir. Mon cousin, il est très-surprenant qu'on n'ait retiré de la maison du Roi que 500 chevaux; demandez des comptes au général Lauriston et rendez-l'en responsable.

M II faut tout de suite renvoyer les cent-suisses dans leur pays et leur donner des feuilles de route, sans qu'ils passent par Paris. Ordonnez aux grenadiers à cheval de se rendre à Beauvai^. Ordonnez au général Guyot de preadre les bons et de s'emparer des armes et des chevaux de ceux qui ne lui paraîtront pas dignes d'entrer dans la garde. Vous donnerez l'ordre aux maires^ aux préfets et aux sous-préfets, etc., d'arrêter partout les hommes des compagnies rouges de la maison du Roi, quels qu'ils soient, de prendre leurs armes et leurs chevaux, et de diriger sur Paris les chevaux et les armes. Cette opération se fera, qu'ils soient en route ou chez eux, et sans avoir égard si les chevaux ont été fournis par eux ou par le Roi... » {Correspondance de Napoléon, t. XXVIII, p. 58.)

30 mars 1815.

Monsieur le général, je vous transmets copie d'une lettre que je reçois à Tinstant de Sa Majesté TEmpereur : elle est assez détaillée pour que j'aie besoin d'entrer dans de grands détails sur son objet ' .

Le général Buquet, qui vous remettra la présente, vous fera connaître les ordres que je l'ai chargé de donner à celles de vos troupes qui sont à la Flèche et à Tours.

J'expédie tout de suite et directement un ofBcier pour diriger sur Angers le 1'^ bataillon du 15* de ligne et le 3' escadron de

* L'Empereur au maréchal Davout. — « Paris, 30 mars 1815. Mon cousin, j*ai donne le commandement de la 12* division au {général Morand. Dites-lui de réunir le 40' ré{;iment de ]if;ne, qui est à Rochefort ; le 61*, qui est à Nantes ; le 71*, qui est ^ la Rochelle, ainsi que toute la cavalerie qui se trouve dans la division et une batterie d'artillerie. Qu*il se mette k la tête de ces troupes et qu'il s'approche de Bordeaux, afin de faire la réunion des troupes, d'en chasser la duchesse d'Anfjoulême et de faciliter le mouvement du général Glausel. Le général Clausel, aussitôt qu'il sera maître de sa division, mettra en état la ville de Rayonne. Si le général Morand apprend en route que la duchesse est partie et que le général Clausel est maître de Bordeaux, il se dirigera du côté de Toulouse pour dissiper les rassemblements, se réunir <\ la division de Nîmes et arrêter le duc d'Angoulêrae. Pendant ce mouvement, le lieutenant général Morand donnera le commandement à un bon général de' brigade. Mandez-lui qu'il peut évacuer Alençon. Recommandez au général Morand de mettre de la promptitude dans l'exécution de ces opérations. Qu'aassitôt que Rordeaux sera soumis, il en laisse le commandement au général Clausel et se combine avec lui.

M Prévenez le général Dessaix, qui commande à Lyon, de faire marcher deux pièces d'artillerie, 300 hommes de cavalerie et 400 d'infanterie au pont de la Drôme. Si les Marseillais s'avançaient, qu'il organise un millier d'hommes à Lyon et ^ Valence pour renforcer sa colonne.

■ Recommandez au général La Salcette de maintenir libre le Dauphiné, et donnez-lui une colonne d'infanterie et de cavalerie, qu'il placera à Gap «rec les gardes nationaux du Dauphiné.

« Envoyez plusieurs Provençaux nu prince d'Essling pour l'instruire que des forces considérables marcheront sur Nîmes et sur Toulouse, et qu'il est temps qu'il rassemble ses troupes et qu'il montre un peu d'énergie.

« Vous investirez le général Morand d'un pouvoir extraordinaire pour commander les quatre colonnes mobiles qui agiront sur le pays entre la Loire et le Midi. • {Correspondance de Napoléon, t. XXVIII, p. 53.^

chasseurs à cheval. Faites venir aussi à Angers le 2* batailloQ du 15' que vous avez dû diriger sur Laval.

L'essentiel est d'apporter la plus grande célérité dans Teiécution de ces mesures et de montrer des troupes françaises. Partez avec le 3' dragons, et les autres troupes vous suivront.

Vous pourrez disposer, ainsi que le mande TEmpereur^da 40* régiment qui se trouve à Rochefort et du 71' à la Rochelle. Cependant faites jeter dans ces places de bonnes gardes nationales, pendant que vous ferez votre mouvement et qu'on y arme les marins. Enfin, prenez toutes les mesures nécessaires pour assurer ces places.

Il feut que vos proclamations soient pleines d'énergie contre les fauteurs de guerre civile. Si vous trouvez des rassemblements, vous n'aurez à sévir que contre quelques émigrés auteurs et instigateurs de ces trames odieuses ; vous en ferez justice et vous renverrez chez eux les paysans et habitants momentanément égarés. A la premièi*e apparition de quelques troupes, toutes celles qui seraient à Bordeaux feraient comme toutes les autres; la population suivrait la même impulsion, qui n'est que comprimée.

Mettez-vous tout de suite en communication avec le général Souham qui est à Périgueux. Le général Buquet vous transmettra les ordres et instructions que je lui ai adressés.

Je ne puis trop vous recommander les mesures à prendre pour assurer la subsistance de vos troupes, mais en même temps de maintenir une bonne discipline.

Le général Grouchy part pour aller prendre le commandement des 17' et 19' divisions. Je lui recommande d'entrer en communication avec vous par le général Souham.

Destituez les autorités civiles qui seraient animées d'un mauvais esprit et mettez-les en surveillance ; faites arrêter les plus dangereux et saisir leurs papiers, et vous les ferez remplacer par des hommes sûrs. Faites établir les estafettes sur la route que vous tiendrez, depuis Angers. J'écris à M. le comte de Lavalette pour qu'il les organise de Paris à Angers. Tous les commandants militaires et les autorités civiles sont sous

OS ordres ; ainsi vous leur donnerez ceux que vous jugerez )nvenables au bien du service.

Comme il serait trop long de leur faire une circulaire, vous cuverez ci-joint un ordre qui vous donne des pouvoirs extraxlinaires et met sous vos ordres les autorités civiles et miliires de tous les pays où vous serez dans le cas d'aller. Je dois relever une erreur (jui s'est glissée dans la lettre de Empereur. Le général Clausel ne marche pas avec des troupes ir Bordeaux. Il est parti pour prendre le commandement de illes qui s'y trouvent. J'ignore où il est; je n'en ai pas de mvelles depuis son départ de Paris.

Je ferai partir demain pour Angers le général Travot; il ra à votre disposition. Il commandera la colonne mobile argée de dissiper les rassemblements qui se formeraient ns la Vendée. Il y est aimé, estimé et craint. S'il ne vous trouvait plus à Angers, vous lui laisseriez vos >tructions. Il vous portera les renseignements sur les troupes pandues dans les différentes divisions militaires. Employez i ruses du métier pour accélérer les résultats : annoncez-vous rtout avec de très-grandes forces ; répandez avec profusion ; nouvelles et donnez-leur la plus grande publicité. Faites donner des bons bien en règle pour les fournitures i seront faites pour les subsistances et les transports des mpes, et vous vous entendrez avec les préfets, pour que le nboursement en soit effectué le plus promptement possible.

31 mars 1815 >.

Général, vous verrez par la lettre de l'Empereur dont je ns ici copie qu'il vous a désigné pour commander supérieu-

L*Empercur au maréchal Davout. — « Paris, 30 mars 1815. Mon cousin, ;e8 partir le général Grouchypour la 7* et la 19* division, dont il aura le cornndement supérieur, et investissez-le des pouvoirs nécessaires pour prendre les des nationales et les diriger sur les points du territoire de la 7* et de la 10* ision qu*elles doivent garder. Faites partir le général Pire et deux généraux

brigade dont les opinions soient bien prononcées, pour que le général

rement les 7' et 19* divisions militaires, avec des pouvoirs extraoïtlinaires.

Vous pourrez disposer de toutes les troupes qui sont dans les divisions militaires et lever les gardes nationales. Je joins ici un ordre pour que tous les commandants aient à vous obéir.

Vous êtes investi de toute Tautorité pour faire suspendre et arrêter tous les fonctionnaires publics, civils et militaires, qui seraient les instigateurs des troubles. Vous êtes autorisé à nommer des commissions militaires pour juger les coupables, et vous renverrez chez eux les paysans momentanément égarés.

Je ne puis trop vous recommander les mesures à prendre pour la subsistance des troupes, mais en même temps pour maintenir la discipline la plus sévère.-

Suspendez et destituez même les autorités civiles qui seraient animées d'un mauvais esprit; mettez-les en surveillance. Faites arrêter les plus dangereux, saisir leurs papiers et les remplacer par des hommes sûrs.

Je joins ici l'extrait de mes ordres au général Morand, qui a dû commencer son mouvement d'Angers aujourd'hui, pour se porter dans le Midi, afin que vous puissiez, au besoin, vous mettre en communication avec lui, et concerter les mesures à prendre pour étouffer, dans son principe, ce commencement de guerre civile.

Les rapports font mention de quelques généraux de Tarmée française et de divers régiments qu'on sait être animés d'un bon esprit, par la mission donnée par eux au général Chartrand, qui a quitté Rennes le 23, pour venir prendre les ordres de l'Empereur, pour le mouvement à faire par ces troupes. Faites savoir à ces généraux, par l'exemple du maréchal Saint-Cyr, que l'Empereur ne se ressouviendrait plus de ce qui a été fait, s'ils se rangent toutde suitedu côté de la patrie, mais qu'ils se mettraient dans une position fâcheuse s'ils versaient le sang français.

Le général Souham, à Périgueux, a fait son mouvement

Grouchy paisse les placer selon les circonstances. Il serait convenable qu'ils partissent dans la nuit.

• P. 5. — Envoyez à Lyon le général Radet, avec mission pour la gendarmerie .des .7*, 8* et 19* divisions militaires, i* {Correspondance de Napo* leon, u XXVIII, p. 59.)

dès le 25, et a envoyé son aide de camp porter à TEmpepeur les expressions de son dévouement. Je lui ai envoyé des ordres pour se porter vers Bordeaux avec 600 hommes et les gardes nationales qu'il m'a écrit être dans le meilleur esprit.

Il est inutile de vous indiquer plus au long les mesures que vous devez prendre. Vous avez toute autorité sur le civil et le militaire, et vous êtes investi de pouvoirs extraordinaires.

Je vous autorise, général, à prendre chez les payeurs des 7' et 19* divisions militaires, sur votre quittance, les fonds qui Vous seraient nécessaires dans la mission qui vous est confiée, à la charge d'en compter et d'en régulariser l'emploi»

Envoyez plusieurs Provençaux au prince d'Essling, pour lUnstruire que des forces considérables marchent sur Ntmes et sur Toulouse, et qu'il est temps qu'il rassemble ses troupes et <ïu'il montre un peu d'énergie.

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