A TOULOUSE
9 «Tril 1815.
Monsieur le général, je reçois à l'instant votre lettre du 4, pour m'annoncer la manière dont vous avez déjà déjoué les projets de nos ennemis les plus acharnés, ceux qui voulaient allumer la guerre civile dans notre belle patrie.
Sa Majesté me charge de vous témoigner toute sa satisfaction. J'ajoute que votre conduite n'a étonné aucun de ceux qui connaissent votre caractère, et moi, en particulier, j'ai reconnu un officier général que j'ai su apprécier depuis que je l'ai connu.
L'arrestation de M. de Vitrolles est d*une grande importance * . Il faut le faire mettre au plus rigoureux secret et
* Il •*a{pt ici de M. de Vitrolles dont on a public récemment les Mémoirts, qui aux derniers temps de TEmpire avait été un des a{;ents les plus actifii àei Bourbons, et depuis, sous la Restauration, fut le conseiller remuant du comte d'Artois. Dans les conseils tenus aux Tuileries le 19 mars, M. de Vitrolles
prendre les plus grandes précautions pour qu*il ne puisse pas s'échapper. Demain ou après-demain, je vous ferai connaître les intentions de Sa Majesté à son égard. L'Empereur regrette que vous ayez laissé partir M. de Damas. La chose est faite; ainsi toute réflexion sur les inconvénients qui peuvent eu résulter serait oiseuse.
Il faut faire venir un ou deux régiments dans Toulouse et vous occuper de faire rentrer toutes les armes qui avaient été distribuées aux gardes nationaux et à ces levées que le dernier gouvernement a faites.
Le général Maurice Mathieu a des lettres de service pour la division que vous commandez; cependant restez-y tant que votre présence pourra être utile au service de TEmpereur. Le général Maurice Mathieu ne prendra le commandement qu'après votre départ.
Le général Solignac est porteur d'ordres qui prescrivent au général Cassagne et à d'autres de rentrer à Paris. Si vous jugez nécessaire de le garder, ainsi que le général Cosson, vous pouvez le faire. Quant au général Yillate, vous lui donnerez l'ordre de se rendre à Paris.
Prenez toutes les mesures pour la sûreté des places des frontières d'Espagne qui sont dans l'arrondissement de votre
avait vivement insisté pour que le Roî, au lieu de se diriger sur le Nord pour quitter la France, se retirât dans TOuest, en Vendée, où il serait resté i\ la tète de la résistance contre Napoléon; il n*avait pas réussi. M. de Vitrolles était aloi^ parti le 20 mars avec le maréchal Gouvion Saint-Gyr pour Orléans; de là il 8*était rendu à Bordeaux, auprès de la duchesse d*Angoulême, et avait ardemment encouragé toutes les tentatives de résistance, communiquant partout sur son passage les instructions qu'il avait reçues du Roi. De Bordeaux il s'était rendu à Toulouse, où il avait essayé d'établir un centre d'action au nom du Roi, décrétant des levées d'hommes et même des contributions, compromettant dans ses tentatives le maréchal Pérignon, qu*il plaçait de son autorité propre à la tête de quelques rassemblements royalistes. 11 venait, on le voit, d'être arrêté an milieu de sa campagne, qui n*avait pas eu d'ailleurs des résultats bien décisif, et aussitôt que son arrestation avait été connue du gouvernement impérial, des ordres étaient donnés pour qu'il fût tenu au secret, conduit à Paris sous escorte, puis enfermé k Viucennes, où il était retenu comme un ennemi dangereux pour l'Empire. Il restait prisonnier d'Etat pendant les Cent- Jours, jusqu'au lendemain de Waterloo, — • moment où Fouché devait se hâter de le faire sortir de sa prison, avec la pensée de renouer par lui des négociations avec les royalistes.
division. Prenez aussi des mesures pour faire arrêter tous les agents des Bourbons et les provocateurs à la guerre civile. Si le duc d'Angouléme ne s'est point échappé, par les mesures qui ont été prises, je ne vois point ti*op comment il pourrait le faire. Donnez des ordres dans Tétendue de votre commandement pour qu'il soit arrêté.
Vous ferez bien, en attendant, si le nouveau préfet n était pas arrivé, ainsi que les nouveaux commissaires civils que l'Empereur a envoyés dans vos pays, vous ferez bien, dis-je, de nommer quelqu'un pour remplir les fonctions de préfet...
Le général Morand a dû diriger des troupes sur Toulouse venant du côté de Limoges; je suppose qu'elles arriveront lorsque vous recevrez cette lettre.
1557. — AU GÉNÉRAL VANDAMiME.
9 avril 1815.
Monsieur le général, je suis informé que les émigrés et les étrangers cherchent à opérer un mouvement à Dunkerque, pour s'emparer de cette ville *.
Sa Majesté a jugé à propos d'envoyer un ofGcier général actif et ferme pour en prendre le commandement, et je vous ai désigné en conséquence. L'ordre ci-joint vous tiendra lieu de lettre de service, en attendant celle que je vous enverrai incessamment.
Le lieutenant général comte d'Erlon ayant réuni près de Lille la majeure partie des troupes qui se trouvaient dans la 16' division militaire, c'est ce qui fait que la garnison de Dunkerque doit être faible. Voilà sans doute le motif du mauvais
1 L'Empereur au maréchal Davout. — <* Paris, 9 avril 1815, huit heures du soir. Mon cousin, faites partir cette nuit un lieutenant (général ou un maréchal de camp, capable et ferme, pour commander Dunkerque. Ecrivez au comte d'Erlon et recommandez-lui de veiller sans cesse sur Dunkerque : tous \eê efforts des émi{;rcs et de Fennemi se portent sur cctfe, ville, où ils voudraient oprrer un mouvement pour s'en emparer. Faites partir aussi 50 gendarmes à pied de Paris, bien connus et bien choisis. Ils se rendront par les voitures publiques à Dunkerque. Si vous avez un bon inspecteur ou colonel, faites-le partir également, n (^Correspondance deNapoie'on,t. XXVIlI,p. 84.)
esprit de quelques habitants, qui a pu donner cet espoir à nos ennemis. II est donc instant de redoubler de surveillance et d activité, surtout envers ceux qui entrent et s'introduisent dans la ville. Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous ferez partir tout ce qui faisait partie de la maison du Roi, et vous les éloignerez à deux marches, au moins, des côtes et fîrontières.
Vous vous ferez remettre tout de suite la liste de tous les étrangers qui se trouvent à Dunkerque, et vous ferez partir, dans la journée, ceux qui n'y seraient pas par des motifs plausibles et qui n'o£Friraient pas pour répondre quatre ou cinq citoyens notables.
11 sera bon de faire prendre les endroits les plus proches des ports et des lieux les plus favorables pour loger la garnison et cinquante gendarmes qui partent demain matin par les voitures publiques pour y aller.
Ci-joint copie de ma lettre au duc de Rovigo, à cet égard.
Il faut armer les places et les ouvrages qui défendent Tentrée du port.
Dunkerque étant très-près de la frontière, il faudra avoir sur la ligne des postes de gendarmerie et de cavalerie, et convenir de signaux de nuit, dans le cas où une troupe se porterait sur la ville.
Il est très-important que vous fassiez occuper Gravelines et que vous ayez de fréquentes communications avec Calais, Gravelines, Montreuil, Boulogne et Bergues.
Vous prescrirez au général commandant Calais de loger la majeure partie de la garnison dans la citadelle. Enfin vous prendrez les mesures que les circonstances vous suggéreront pour le bien du service de TEmpereur.
Indépendamment de la correspondance que vous aurez avec le général Drouet, comte d'Erlon, vous m'adresserez aussi des rapports directs des points qui vous seront particulièrement recommandés.
10 avril 1815.
Sire, le général Chartrand arrive h Tinstant : il in*appotte des dépêches de Toulouse, Montpellier et Carcassonne. Le plus grand enthousiasme règne dans ce pays. Le joug des Bourbons est secoué, et partout on est à la poursuite des chefs <le rinsurrection.
- J'envoie le général Chartrand à Votre Majesté, en attendant que je lui fasse un rapport.
Je joins ici une lettre interceptée que m'a envoyée le général Delaborde, de l'ambassadeur du Roi à Madrid.
Une dépêche du général Grouchy, du 8, de Lyon, annonce l'entrée du général Pire à Valence et la poursuite des insurgeai qui se trouvent dans toute la direction.
Un rapport annonçait aussi au général Grouchy que le général Gilly se portait de Ntmes sur Avignon pour se réunir, et que sous vingt-quatre heures tout devait être fini.
10 aTril 1815.
Monsieur le général, je viens de vous écrire par le télégraphe, pour vous recommander de veiller sur Dunkerque. Je suis informé que les émigrés et les étrangers cherchent à opérer un mouvement dans cette ville, pour s'en emparer. Donnez des ordres pour qu'on redouble de surveillance et qu'on en impose aux malveillants. S'il n'y a pas assez de troupes à Dunkerque et que vous pensiez qu'il faille y en jeter, faites-le.
Je recommande à votre attention toutes les places de la 16' division militaire, notamment Montreuil et Bergues.
50 gendarmes à pied, bien connus et bien sûrs, partiront demain pour se rendre à Dunkerque; ils seront logés à proximité des portes de la ville ; moitié resteront chez eux, et moitié
exerceront une {jrande surveillance au dedans comme au dehors : ils seront commandés par un officier intelligent qui enverra des hommes déguises sur la frontière pour questionner, afin de connaître les mouvements de Tennemi. S'il s'en faisait d'extraordinaires, il en préviendrait le commandant de la place, qui vous en rendra compte.
Le général Vandamme se rend en mission extraordinaire à Dunkerque : il est autorisé, en cas de besoin, à donner les ordres que la circonstance exigerait aux commandants de Calais, Bergues, Gravelines, Dunkerque et Boulogne. Les commandants de ces places continueront à vous faire leurs rapports, et en adresseront de particuliers au général Vandamme, pendant tout le temps qu'il devra rester à Dunkerque.