A TOULOUSE
Monsieur le général , le général Chartrand m^a remis votre lettre du 6 avril. Je vous réitère ce que j*ai dit hier au sujet de M. de Vitrolles. Faites-le mettre au plus rigoureux secret, en attendant les ordres de TEmpereur. Adressez-moi une copie des renseignements les plus importants que vous aurez trouvés dans ses papiers.
On doit connaître tous les chefs des insurgés, tous les provocateurs à la guerre civile et leurs adhérents; faites-les venir chez vous; déclarez-leur qu'ils seront personnellement responsables des moindres désordres. Le drapeau tricolore est arboré partout en France. Toute tentative en iaveur des Rourbons est un crime envers la patrie et TEmpereur. Poursuivez partout ceux qui porteraient la cocarde blanche; que tous ceux qui feraient des tentatives pour cette cause soient arrêtés et jugés. Tous ceux qui ont refusé des emplois montrent un mauvais esprit; ils peuvent attirer sur eux toute la surveillance des autorités.
Il y a un nommé Donadieu, maréchal de camp, qui depuis longtemps déshonore Tuniforme. S'il est sur les lieux, fieiites-Ie arrêter, saisir ses papiers, et envoyez-le à Paris.
L'Empereur vient de rendre un décret qui fera beaucoup de plaisir dans votre pays, pour Tabolition des droits réunis : faites-le connaître.
Je reçois un rappoil du général Grouchy annonçant que le général Pire poursuivait vivement les débris des insurgés : il a dû entrer hier soir ou ce matin dans Marseille; ainsi tout est fini. Il n'y a plus un village de France où Tautorité de l'Empereur ne soit reconnue et les couleurs nationales arborées. Notre devise, à tous bons Français, doit être : Oubli du passé et sévérité envers les agitateurs qui voudraient susciter des troubles en faveur des Rourbons.
Vous avez bien compris les intentions de TEmpereur, ea
n'étant pas les armes aux militaires qui étaient en congé illimité et organisés en compagnie, puisque TEmpereur peut compter dessus et qu'ils vont être rappelés. 11 part ce soir des instructions pour Texécution de ce décret.
Chargez le directeur de la poste de faire passer la dépêche ci-jointe au général Ambert, à Montpellier.
Prenez bien des mesures pour faire arrêter les agents des Bourbons et intercepter leur correspondance entre vous et la frontière d'Espagne.
Je vois par les lettres du général Poujet de Carcassonne, en date du 5, que le préfet de TÂude a donné sa démission : faites-le partir de votre division.
Je reçois votre lettre du 7 avril. Je presse l'organisation des autorités civiles dans Bordeaux. II faut maintenir les malveillants par votre fermeté.
On doit connaître tous les chefs des insurgés et tous les provocateurs à la guerre civile, ainsi que leurs adhérents. Faites-les venir chez vous; déclarez-leur qu'ils seront personnellement responsables du moindre désordre. Le drapeau tricolore est arboré partout en France. Toute tentative en faveur des Bourbons est un crime envers la patrie et l'Empereur. Poursuivez partout ceux qui porteraient la cocarde blanche; que tous ceux qui feraient des tentatives pour cette cause soient arrêtés et jugés. Ceux qui se sont démis de leurs emplois ou refusent d'en accepter montrent un mauvais esprit et doivent attirer sur eux toute la surveillance des autorités.
J'ai écrit au général Delaborde que je regrettais qu'il eût donné la liberté à M. de Damas et aux autres agents dont il est question dans le rapport de Pau; mais c'est une affaire faite.
La mesure que vous avez prise d'envoyer le général Harispe à Bayonne est très-bonne. Réitérez l'ordre au général Lamotte
de se rendre i Paris; nommez un autre commandant pour Bayonne, en remplacement du général Baurot. Si vous en êtes content, envoyez-le sur un autre point. J^approuve que vous y placiez le général Thouvenot; je vais lui envoyer des lettres de service.
Vous devez être en communication avec le général Morand. Faites-lui passer la dépêche ci-jointe; cependant vous la décachéterez pour prendre connaissance des ordres et instructions qu'elle contient, et les lui envoyer par duplicata.
L'Empereur vient de rendre un décret qui fera beaucoup de plaisir dans votre pays, pour Tabolition des droits réunis; faites-le connaître.
Vous devez déjà savoir que Montpellier, Nimes et Montauban sont soumis, ainsi que tout ce qui est sur la rive droite de la Loire, et que les tentatives des émigrés et perturbateurs ont échoué là comme partout ailleurs.
Tout doit être terminé à Marseille, d'après les derniers rapports que je viens de recevoir. Les insurgés étaient dispersés sur tous les points, et les troupes de ligne se ralliaient au signal des couleurs nationales.
10 avril 1815.
Sire, je reçois des prestations de serment des officiers de l'armée française qui ont servi dans la ci-devant maison du Roi.
Je prie Votre Majesté de vouloir me dire si cet acte les excepte de la mesure du décret de Votre Majesté du 25, qui leur ordonne de s'éloigner à 30 lieues de Paris *.
1 L*Emporeur au maréchal DavouC. — « Paris, 10 avril 1815. Mon cotuiii, voat devez envoyer ili la police le nom de tous les officiers de la maison du Roi qui prêtent le serment. Tous ceux qui ont servi avec nous et qui n'ont marqué par aucun acte extérieur, tous ceux enfin qui ont le cœur pour moi resteront à Paris, et même vous les emploierez sans faire attention s'ils sortent de la maison du Roi. • {Correspondance de Napoléon, t. XXVIII, p. 88.)
10 avril 1815.
Le général Ambert a commandé la 9* division militaire au nom du dernier gouvernement. Quoique ce général soit bon, j'ai pensé qu'il convenait, par ce motif, au service de Votre Majesté, de le remplacer dans son commandement.
Je voulais proposer à Votre Majesté d'envoyer à Montpellier, pour remplacer le général Ambert, M. le général Verdier; mais ce général ayant désiré être employé pour commander une division active, j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté de donner ce commandement au général Albert; je la prie de me donner ses ordres à cet égard.
lOaTril I8r> '.
Monsieur le maréchal, j'ai reçu votre lettre du 9 avril : je la mettrai ce soir sous les yeux de l'Empereur.
Vous trouverez ci-joints une note et la copie de la formule du serment, qui vous a été adressée : je suppose qu'elle vous sera parvenue. Dans le cas contraire, vous pourriez en signer une conforme au modèle que je vous envoie.
Vous pouvez compter. Monsieur le maréchal, que je ferai
' Le nfinrcclini Soult, duc de Dalmatic, se trouvait dans une situation bien particulière. D'abord peu favorable aux Bourbons, puis réconcib'é avec la Restauration et appelé pour son {*rand nom militaire au ministère de la {(uerre, il sV'tait compromis et avait compromis le {gouvernement royal lui-même, par la manière dont il avait exercé son autorité à Téf^ard des officiers en demisolde, particulièrement à Tégard d'un des jeunes généraux les plus populaires, le général Exelmans, qu'il avait fait mettre en jugement. Il avait peu réussi comme ministre de la guerre; il s'étiit vu pris de nouveau en défiance, môme accusé d'avoir favorisé secrètement le retour de l'Empereur, ei finalement il avait été presque congédié à la veille du 20 mars. Napoléon, a son arrivée, s'était abstenu de toute mesure à l'égard du maréclial, comptant sur sa soumission « après ce qui venait de lui arriver avec les Bourbons, — et il ne se trompait pas. L'Empereur allait même prendre leducdc Dalmatic pour major général dans la campagne près de s'ouvrir.
4î4 CORRESPONDANCE
auprès de l'Empereur tout ce qui pourra vous être agréable. Je le ferai par amitié pour vous, par reconnaissance de ce que vous avez £ait pour moi sous le dernier gouvernement, et parce queje suis convaincu que mes démarches seront dans Tintérét du service de TEmpereur.
10 aTnl 1813.
Sire, j'ai Thonneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté un rapport que M. le préfet maritime de Rochefort a communiqué à M. le lieutenant général Charpentier, qui me Ta transmis par sa lettre du 7 de ce mois.
J'ai réitéré à ce général les ordres déjà donnés de faire armer Rochefort, ainsi que toutes les fies qui dépendent de la division militaire qu'il commande.
llaTrilISlS.
Sire, le maréchal duc d'Albuféra, dans une lettre qu'il m^écrit, en date du 9 de ce mois, me dit :
fc J'ai depuis longtemps songé que la ville de Lyon, par sa « position, pouvait facilement être mise à l'abri d'un coup de « main par des ouvrages en terre, que sa population défen- « drait bien au besoin.
fc Si l'Empereur approuve cette disposition, je vous deman- « derai, Monsieur le maréchal, un bon officier du génie, pour a mettre la main à l'œuvre tout de suite. »
Je prie Votre Majesté de me faire connaître ses intentions sur cette proposition du duc d'Albuféra.
11 avril 1815.
Monsieur le général, nous attendons à chaque instant la nouvelle de la soumission de Marseille et de Toulon. Aussitôt qu'elle parviendra, on tirera cent coups de canon, dans toutes les places de guerre \
* On a TU par de précédentes dépêches les mesures prises pour le rétablissement de Taulorité impériale dans l'Ouest, à Bordeaux, à Toulouite et en Provence. La soumission de la Provence avait exi^é un peu plus de temps et nécessité une petite campagne par suite de la présence du duc d*An{;ou!éme qui avait fait tout ce qu'il avait pu pour la défense de la cause royale; au lendemain du 20 mars , le prince, accouru à Marseille et à Mimes, avait trouvé les populations violemment surexcitées, animées d'ardentes passions royalistes, et il avait résolu de se mettre ù la tète de la résistance. Il avait des forces qui auraient été assez importantes si elles eussent été sûres : le 58* et le 83' de ligne que lui laissait prendre le marécbal Masséna, en restant lui-même à Marseille et à Toulon provisoirement neutre, — le 10* de ligne du colonel d'Amhrugcnc, le 14* de chasseurs ^ cheval, plus un assez grand nombre de volontaires. Avec ces forces, le duc d'Angoulême se proposait de remonter le Rhône de sa personne, de marcher sur Montélimart, Valence, Vienne, disant marcher en même temps une seconde colonne aux ordres des généraux Ernouf, Loverdo, Daultanne par la vallée de la Durance et de l'Isère, sur Grenoble. Puis on devait se porter ensemble sur Lyon, et de faiit, conformément ù ce plan, le prince avait enlevé le Pont-Saint-Esprit le 28 mars, ÔLiit arrivé le 29 à Montélimart et était entré le 3 avril à Valence, attendant la marche de son autre colonne. Pendant ce temps, l'Empereur et le maréchal Davout, informés coup sur coup de ces événements, avaient expédié sur-lechamp le général Grouchy avec une division qu'on faisait partir en poste; ils envoyaient même le maréchal Suchet avec des pouvoirs extraordinaires. D'un autre côté, le général Gilly recevait des instructions pour rallier le plus de forces possible à Nimes, tandis que le général Morand, envoyé d'abord dans l'Ouest, devait se rejeter sur Bordeaux, sur Toulouse etsur la Provence.
Ces mesures, on le voit par les lettres ci-dessus, n'avaient pas tardé à produire leur effet. Le duc d'Angoulême, placé à Valence le*4 et le 5 avril, s'était trouvé dans une situation très-critique, ayant déjà devant lui le général Grouchy, derrière lui le général Gilly qui avait repris le Pont-Saint-Esprit et lie pouvant plus compter sur la colonne des généraux Ernouf et Loverdo qui venait d'échouer sur la route de Grenoble, — abandonné d'ailleurs par les troupes. Il n'avait plus qu'à se replier en descendant le Rhône, au risque de tomber sur le général Gilly et d'être obligé de Uaiter avec ce général, d'accepter une capitulation que le baron de Damas signait pour lui, d'après laquelle il pouvait aller s'embarquer à Cette. La capitulation accordée par le général Gilly ne pouvait cependant être valnlde qu'après approbation du g''néral Grouchy, qui, lui-même, n'osait se décider sans demander des ordres à Paris,
L KsskiMrt^raw a été «ritnrm^aenC ia^irfut de ik ■■■îiir drtt ^'y«* aT#ri coùdoit To» of^mt>>a^. Vc-** arci m>:iû <le dob- "•«aoi dio.U a la coufiaikce de Sa Myrte, et ^ se feiidte d'avofT a Toa^ anooncer qae TELoipemir TÎeai de ToiHa donner urie prenTe, en rcraf donaant !e co^m iiati Mf irff n fjoty^ d'anuffe. J'enToie ao doc d.VlLaféra de» •>rdfe$ qoi tous feront connaître la compcir?îtion de ce o>rp» et les ^KMTeBcnb que rou% derrez faire. 11 re:rte encore da. lieutenant» génenn «tt marécbaux de camp â désigner. 1I> vont Fétre et recevront Tordre de vou^ rejoindre. En attendant. otîli«ex ceox qoeToos avez «ou» ]a main. Elabli^Nsez to> troupe» en cantonneBOt, vL^à-vU de^ Piémoutai--. un peu en arrière, et n'ainant que des avant-poUa? Tiv-â-rh d'eux.
Il «Trfl IfljL
L'intention de l'Empereur e>t que Ton £use publier, snr toute» les frontière», que tou> les officiera, $ous-officiers et Âoldat9 piémontais, italiens, etc., qui ont senri sous nos aigles, Mrront admis k rentrer dans les mêmes régiments où ils ont été, ou dans ceux que Ton forme pour les receroir. 11 bïïi faire réfiandre cet avis par des petits billets imprimés, non aignéij que Ton enverra le plus loin possible. On peut mène indiquer que c'est à Chalon-sur-Saône que Ton forme ces régiments. H faut, du reste, que ces billets n'aient aucun caractère officiel : ils peuvent être rédigés comme venant d*un Piémontais ou d'un Italien.
et rela prenait qaelquei jours. Pendant ce temp<, le maréchal Ma»éoa, au prise* avec les passions roynliiiceii qui menaçaient Marseille et Toulon, qui auraient pu comprrjmettre particulièrement Toulon en livrant ce port nx An{;l:iis, le m.iréclial Masséna se décidait à en finir en relerant le drapeaa tricolore et en forçant Marseille à se soumettre. Au 10 avril toat était à pen prè4 terminé en Provence, TEmpire était rétabli.
11 avril 1815.
Sire, Votre Majesté n'approuve pas la proposition des généraux Damas et Turreau de Linières, pour commander la levée des gardes nationales dans les 2" et 7" divisions militaires.
J'ai l'honneur de lui proposer, en remplacement, les lieutenants généraux Lorencez et de Laroche. Mais pour mettre chaque général dans le pays qu'il connaft le mieux, je propose. les changements suivants : pour la 2* division militaire, le lieutenant général comte Loison; pour la 3% le lieutenant général Lorencez; pour la 4*, le lieutenant général Rouiller; et pour la 7% le lieutenant général de Laroche.
Je prie Votre Majesté de me faire connaître si elle approuve la proposition des lieutenants généraux Lorencez et de Laroche.
MINISTRE DE l'iNTÉRIEUR.
12 avril 1815.
Monsieur le comte, le maréchal de camp Goguet, commandant le département du Cher, faitpasserune plainte desofificiers éliminés de la garde nationale de Bourges, contre les royalistes qui les ont persécutés et fait persécuter par les autorités. Cette réclamation, appuyée par le général Goguet, est accompagnée de la liste de ces mêmes officiers, au nombre de 16. Cette liste porte leur profession actuelle et leur ancien état. Us appartiennent presque tous à des professions industrielles et lucratives (à l'exception d'un notaire, d'un juge de commerce, etc.). Plus de la moitié a servi dans l'armée ; ils paraissent donc tous réunir toutes les qualités qui devaient les faire rechercher et conserver dans la garde nationale, et il est par conséquent très-présumable que, sur une population de 15 à 16,000 âmes, comme celle de Bourges, seize officiers de
428 GORRESPONDAKCE
la garde nationale, hommes établis, n'ont pu être éliminés, sans que Tinfluence de Tesprit de parti y ait été pour beaucoup, ainsi que le pense le général Goguet.
12 ami 1815.
Sire, le duc d'Âlbuféra me mande, en date du 9 avril, qu il a jugé plus convenable de charger le général Préval de Tinspection générale des dépôts de cavalerie et d'infanterie du Midi, que de l'employer comme chef d'état-major. Le général Préval est, en outre, chargé de visiter les places de ces frontières, de presser la confection de l'habillement et équipement des troupes, et de présider aux achats de chevaux, aux distributions d'armes. Le maréchal espère que, par son activité, le général Préval rendi*a disponibles un bon nombre d'hommes qui sont dans les dépôts sans rendre aucun service ; il prie Votre Majesté de confirmer cette disposition.
J'ai l'honneur de prendre les ordres de Votre Majesté à cet égard.