‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'Eckmühl (volume 2)Chapitre 83 sur 95 · AU GÉNÉRAL FRESSINET · texte numérisé non relu

AU GÉNÉRAL FRESSINET

Château de la Source, 15 juillet 1815.

Je vous invite à partir en poste pour vous rendre à Lyon, et donner connaissance à M. le maréchal duc d'Albuféra, ainsi qu'à la garnison de Lyon, du parti que l'armée a cru devoir prendre dans l'intérêt de la patrie, de reconnaître le gouvernement du Roi.

Vous passerez par Bourges, vous y verrez le général Neigre, commandant l'artillerie de l'armée. Vous lui donnerez une expédition de notre acte de soumission, en lui faisant connaître tout ce qui l'a précédé. Le général Neigre sera chargé d'en donner communication à tout ce qui se trouve à Bourges, même aux administrations militaires.

De Bourges, vous irez trouver le lieutenant général Drouot qui commande l'infanterie de la garde, à qui vous ferez les mêmes communications. Le général Drouot devra la faire à tout ce qui l'environne.

Vous irez ensuite prés du général Lefcbvre-Desnouettes, à qui vous ferez les mêmes communications; de là à Moulins, près du général Defrance, pour le même objet. Ce général fera ces communications à toutes les troupes qui sont dans le département de l'Allier et aux administrations militaires de Moulins. Vous irez à Lyon, près du duc d'Albuféra et des troupes qui sont dans cette ville et dans les environs.

ment précis, ce qui était d'ailleurs difficile, le maréchal et ses lieutenants s'efforçaient de faire passer leurs idées et leurs sentiments dans un acte de soumission, modèle de dignité.

Le général Fressinet priera de ma part le duc d'Âlbuféra de faire faire ces communications au g[énéral Lecouri[>e, et celui-ci les fera au général Kapp.

De Lyon, vous vous rendrez près de M. le maréchal Brune pour le même objet, et ensuite vous nous rejoindrez.

OlÎTet, ISjuiUet 1815.

Je vous ai fait connaître, par ma dernière dépêche, Tenvoi de trois généraux nommés commissaires de Tarmée près du gouvernement. Vous trouverez ci-joint l'extrait de leur dernière correspondance. Dans cet état de choses, tous les généraux et officiers supérieurs les plus proches ont été d'accord de faire ce que Tamour de la patrie prescrivait, de nous rallier au gouvernement. Une armée ne peut exister sans gouvernement, et un gouvernement, surtout dans les circonstances où se trouve notre malheureuse patrie, ne pourrait rien sans armée. Ce sont ces motifs qui ont dicté toutes nos démarches et l'adresse au Roi dont je vous donne copie.

Je vous invite à y joindre votre adhésion, ainsi que celle de toutes les troupes qui sont sous vos ordres. Une réunion réciproque du gouvernement à l'armée et de l'armée au gouvernement peut seule mettre un frein aux prétentions exagérées et à la tyrannie de l'ennemi qui excède toutes les bornes. J'ai invité l'ordonnateur Volland à vous faire parvenir cette dépêche. Il y joindra des détails qui vous éclaireront sur la véritable situation des choses. J'ignore si les Espagnols ont toujours des intentions hostiles; ils n'auraient plus aucun prétexte, maintenant que l'armée et la nation reconnaissent les Bourbons. Entrez tout de suite en communication avec les généraux espagnols, pour leur faire connaître l'état des choses. S'ils agissaient dans un autre sens, ils nous feraient une guerre nationale pour nous.

Olivet, 15 juillet 1815.

Je reçois à Tinstant votre lettre du 13 juillet. Tous les sentiments que vous exprimez sont dans le fond de mon âme. Ce sont eux qui m^ont déterminé à porter Tarmée à la démarche que nous venons de faire, et dont vous trouverez ci-joint le résultat, dans la copie de notre acte de soumission.

Notre malheureuse patrie peut être sauvée si le Roi se réunit à nous avec autant de bonne foi que nous en mettons. Vous ne vous faites point d'idée de la tyrannie et des brigandages des troupes étrangères, surtout des Prussiens. Le but des étrangers est de dévaster et de partager la France. Ils ne s'en cachent point. Tout ce qui porte un cœur français, n'importe les opinions qu'ils ont professées jusqu'à présent, doit se réunir pour sauver le Roi et la patrie. Cherchez à voir MM. Larochejaquelein et Sapinaud, et tâchez de concerter avec eux des mesures; car, ainsi que je vous l'ai mandé, nous marchons à présent sous les mêmes drapeaux.

J'ai ordonné à toutes les troupes de ligne et gendarmes qui étaient dans les départements de la Sarthe et de la Mayenne, de se rendre à Tours. Le général Ambert y a été dirigé avec quelques troupes. Vous prendrez le commandement du tout, et vous établirez votre corps d'armée à Tours et derrière le Cher, ayant votre droite à Bléré. Il faut maintenant faire faire quelques ouvrages et avoir des troupes en avant de Tours, pour conserver cette tête de pont. Si des troupes étrangères s'y présentent, vous leur déclarerez nettement que vos troupes ne faisaient pas partie de la garnison de Paris, et que vous n'êtes pas tenu à en observer les conditions. Vous y ajouterez que vous ne pouvez évacuer ce point de la rive droite sans un ordre formel de moi, et vous demanderez qu'on attende la réponse, à moins qu'on ne déploie des forces majeures contre vous. Alors vous évacuerez en protestant contre cet acte hostile. Vous ne pouvez rendre trop forts les ouvrages faits pour la garde du pont de Tours. Mettez un

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vigoureux commandant à Angers. Ne laissez aucune barqae entre Tours et Nantes ; que tout soit replié à Saumor et Nantes. Faites connaitre dans toute Tétendue de votre commandement cet état de choses et le parti qu'a pris l'armée. La conduite des étrangers doit rallier tous les Français. Votre troupe sera beaucoup fatiguée par la chaleur. Prenez beaucoup de voitures pour porter les sacs et les hommes les plus fatigués. Je vais établir mon quartier général à Bourges.

Voici la position de Tannée : les 2* et 6* corps, qui forment au moins 12,000 hommes, entre Blois et Selles; la garde de 15,000 hommes, infanterie et cavalerie, aux environs de Bourges; le l*' corps occupant Gien, la Charité et Nevers. 5 ou 600 chevaux occupent Moulins et Glermont. 3 ou 4,000 chevaux de réserve sont en arriére de Bourges.

Nous obsen'ons en outre tous les ponts de la Loire ; ceux de Gien et d'Orléans sont fortement occupés et retranchés.

Ainsi vous voyez que l'attitude que nous prenons peut avoir des résultats dans les négociations et, si l'on nous réduit au désespoir, nous fournir les moyens de sauver notre malheureuse patrie; mais il faut pour cela de l'union. Je répète que je désire beaucoup voir MM. Larochejaquelein et Sapinaud. S'ils viennent aussi loin que nous, ils verront que nous sommes aussi bons Français qu'eux, que nous sommes tout entiers au Roi et à notre malheureuse patrie. Ayez des communications avec Tours. Dans le cas où vous apprendriez qu'il pourrait y arriver des troupes étrangères avant vous, alors vous passerez la Loire à Saumur et vous viendrez par la rive gauche. Il faut faire enlever et verser dans la caisse de votre payeur tous les fonds qui se trouvent dans les caisses des receveurs et payeurs de Nantes, Poitiers, et dans toute l'étendue de votre commandement. On remplira toutes les formalités nécessaires pour mettre leur responsabilité à couvert. Vous lèverez toutes les difficultés qu'ils pourraient opposer.

1794. — AU GÉNÉRAL HAMELINAYE

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