G. — AU GÉNÉRAL TESTE
Fauboarg d*Orlëans» 21 juillet 1815.
Je vous donne communication d'une lettre que j'ai reçue du ministre de la guerre et de ma réponse.
Je crois devoir, en attendant l'arrivée des commissaires que je réclame, me rendre à Bourges, pour y commencer la dislocation. Je ne puis douter, par ce qui m'a été dit par l'aide de camp du ministre de la guerre, que les chefs des troupes étrangères ne soient prévenus des ordres du gouvernement et que tout n'ait été fait d'accord. Ainsi, il est presque certain que les troupes étrangères ont renoncé au projet de passer la Loire. Mais comme il faut, dans notre état, prévoir tout
ce qui n'est pas mathématiquement impossible, il faut vous tenir sur vos gardes, sans montrer toutefois la moindre défiance. — Ne négligez rien pour rétablir les communications soit pour le commerce, soit pour les habitants. Demandez une entrevue au préfet, pour lui communiquer la lettre du ministre, ma réponse, et l'instruire de mon départ pour le quartier général et du motif.
Je n'ai rien à ajouter aux instructions que je vous ai précédemment adressées pour la surveillance. Prenez les dispositions suivantes :
Ayez le tiers de votre monde à Olivet, au delà du défilé, bien réuni, pour être maftre du débouché du pont et de la route qui va au château de la Source. Il sera bon que vous ayez tout ce qui est nécessaire pour barricader cette route. Les barricades seront tendues, autant que possible, à Tinsu des habitants; elles seront relevées au jour. Vous les ferez retirer, autant que possible, derrière des haies, et vous éviterez que les habitants connaissent ces précautions.
11 faut faire mettre dans cet emplacement tous vos bagages et n'avoir aux batteries qu'un caisson par pièce.
Il y a ici un dépôt de 20,000 cartouches d'infanterie qu'il faudra aussi faire transporter là.
En vertu de la lettre du ministre de la guerre, je donne des ordres pour faire combler tous les fourneaux des ponts de Blois, d'Orléans et de Tours, parce que je ne doute point que ces arrangements n'aient été pris de concert avec les puissances étrangères; mais si notre bonne foi était trompée, et si, par une insigne trahison, les troupes étrangères passaient la Loire, soit au-dessus ou au-dessous d'Orléans et de Tours, vous feriez charger les fourneaux. Un officier du génie devra avoir la poudre sous la main. Le travail du déblayagc sera peu de chose, ayant tous les outils déjà en position. Vous enverriez des parlementaires au commandant de la ville, et du côté où vous auriez appris le passage, vous demanderez qu'on se retire. Si les réponses n'étaient point satisfaisantes, et que l'ennemi fût passé en force, vous feriez sauter les ponts; vous prendriez les mêmes précautions pour les deux ponts qui sont
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sur le Loiret. Vous aurez en conséquence des détachements de sapeurs auprès de chacun de ces ponts, qui auront dans les maisons les plus voisines les hoites et tout ce qui est nécessaire, et votre retraite sera derrière le Loiret ; vous feriez sauter les deux ponts. Vous devez avoir un détachement de 100 hommes au pont de Saint-Nicolas. Ce poste sera établi sur la rive droite et barricadera toutes les nuits le pont da côté de la rive gauche. Un poste de 20 hommes d'infanterie et de 4 hommes de cavalerie, pour avoir des rapports promptement, sera désormais suffisant vis-à-vis de Fembouchure du canal d'Orléans.
Faites reconnaître toutes les issues qui aboutissent de droite et de gauche de la route d'Olivet, pour qu'elles soient bien gardées, la nuit surtout.
Faites savoir au préfet que les fourneaux ont été comblés, et enfin que nous exécuterons à la lettre toutes les instructions du ministre de la guerre, qui doit, du reste, être assez bon Français pour nous informer secrètement si nous avions à redouter quelque ti*ahison.
Écrivez au général Jeannin de ma part, pour qu*il vous communique tous les jours ce qu'il apprendrait de nouveau. Convenez avec lui de l'endroit où ses lettres vous seront envoyées; vous auriez un détachement qui vous les ferait passer ici. Il donnera les ordres aux commandants qu'il a visà-vis de Beaugency et à Saint-Dié, dans le cas où l'ennemi ferait quelque tentative de ce côté, de vous en informer par le poste de correspondance que vous aurez établi.
Je vous autorise à prendre connaissance de toutes les lettres qui m'arriveraient de Paris, excepté mes lettres particulières ; toutefois, vous ne ferez éprouver aucun retard aux porteurs, qui devront continuer leur route sur Bourges.
Vous m'enverrez un officier à franc étrier, lorsque vous aurez quelque chose de pressant à me communiquer. Pour tout le reste, vous me l'adresserez par la correspondance de gendarmerie qui est établie entre ici et Bourges. Votre intention étant de prendre un logement, faites-le savoir aux com* mandants des troupes et des avant-postes, pour qu'on vous
trouve facilement. Faites log^er vos officiers généraux le plus près possible de vous. — Prenez des mesures pour que vous puissiez faciliter le passage à toutes les personnes qui viendront de Paris, de Montargis et de Chartres, pour avoir connaissance des mouvements des troupes étrangères. — Je vous prie, dans la lettre que vous écrirez au général Jeannin, de lui communiquer les ordres que je vous donne pour les ponts, et rinvitation de ma part d'en faire la même application au pont de Blois.
Il est inutile de vous dire qu'en cas de besoin, vous devez faire détruire les ponts de bois sur le Loiret.
Bourges, 22 juillet 1815.
J'ai reçu vos rapports, où vous m'annoncez l'arrivée de 17,000 Autrichiens à Bourbon-Lancy. Vous avez fort bien fait d'envoyer un parlementaire au général eu chef autrichien. Je ne doute point que sa réponse ne soit satisfaisante, d'autant plus qu'il ne doit pas ignorer que j'ai reçu les ordres de disloquer l'armée; cette mesure faisant cesser tout état de guerre, on doit en espérer une prompte paix. Ayez seulement sur les bords de la Loire quelques postes d'observation visà-vis de Bourbon-Lancy et sur les autres points du passage de la Loire, et cela depuis Nevers jusqu'au corps du maréchal Suchet, qu'on m'a dit être commandé par le général Quesnel.
Demain et après, on étendra beaucoup les cantonnements, ce qui préparera la dislocation.
Bourges, 23 juillet 1815.
II faut laisser ignorer le départ du comte d'Erlon à son corps d'armée. J'espère qu'il ne sera que momentané. Je préviens le général Delcambre que des Autrichiens se sont pré-
sentes à Moulins. J'aime à croire qu'il n'y a dans tout ceci qu'un malentendu, et que les premières explicatioDS qu'on aura avec eux ce soir les éclaircii'ont. — Quoi qu'il en soit, il est nécessaire que le général Delcambre envoie des officiers à Moulins, et si le mouvement continuait, il faudrait détruire les ponts de la Charité et de Gien, et replier les troupes sur Bourges. — Je rallierai la garde à pied et à cheval et le corps du général Yandamme. Tout devra se faire dans le plus grand ordre. L'ennemi recevra alors, j'espère, le prix de sa perfidie. — Il faut que le comte d'Erlon fasse faire, s'il est possible, pour deux jours de vivres, dans ses cantonnements.
Boarcet, 23 juillet 1815 K
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de mVcrire aujourd'hui. J'y ai vu avec beaucoup de peine que vous vous étiez retiré de votre corps d'armée. Je vous engage à y rentrer. Vous devez assez me connaître pour être bien convaincu que tant que je commanderai, je ne souffrirai point que vous soyez la victime de votre obéissance. Je vous proteste que je vous ferai informer à temps, si des mesures de rigueur étaient prises envers vous. — D'ailleurs, je vous fais obseiTer que vous êtes tout à fait dans l'erreur, à l'égard de notre soumission. Le ministre de la guerre m'a écrit que le Roi l'avait reçue, et qu'elle avait fixé l'attention bienveillante de Sa Majesté, et que des ordres seraient donnés très-prochainement pour la réorganisation de l'armée.
L'officier qui vous remettra ma lettre vous dira les démarches que je fais et dont je dois beaucoup attendre. Je vous engage donc à continuer à commander votre corps d'armée, je vous suis garant que vous y serez en sûreté.
Je suis informé qu'un corps autrichien se réunit à Gien et
* Lf {général Drouet, comte <l*ErIon, informé qu*il était compris clans 1« li«lo8 de proscription qui se proparaient, qui étaient en effet 8i{;néc8 le Î3, avait cru devoir quitter son commandement.
DU MARECHAL DAVOUT. — 1815. 6i7
devant la Charité. Entrez tout de suite en explication avec les commandants de ce corps, pour leur faire connaître que les troupes françaises ne peuvent avoir aucune intention hostile, puisqu'elles obéissent maintenant au Roi, et que, d'après ses ordres, elles font un mouvement de dislocation pour se cantonner.
Faites tout ce qui dépendra de vous pour rétablir les communications à la Charité; cela est d'autant plus important que je viens d'apprendre qu'un corps autrichien a passé la Loire et s'est porté sur Moulins, sans apparence toutefois d'hostilités.
Bourges, 23 juillet 1815.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence copie de deux rapports qui m'ont été faits par M. le lieutenant général Milhaud, et copie de ma lettre au commandant en chef des troupes alliées de la Haute-Loire. — L'armée était en mouvement pour opérer une dislocation préparatoire dans les cantonnements. — Je dirige le matériel sur Rochefort et la Rochelle. — Je laisse continuer le mouvement de la majeure partie du matériel sur ces deux places, mais je crois prudent de ralentir le mouvement des troupes, jusqu'à ce que nous soyons informés des véritables intentions des Autrichiens et que j'aie reçu la réponse de Votre Excellence à ma lettre du 21 .
Du reste, les rapports du côté d'Orléans disent que l'on fait des sondes et des reconnaissances qui annonceraient des projets de passage.