I8I9. — AU GÉNÉRAL COLBERT
Doiii^et, ^juillet 1K15» i cinq h«iiret du loir.
Monsieur le général, je reçois à Tinstant votre officier, qui m'annonce que les troupes étrangères ont passé les ponts de la Loire sur lesquels le général Marcognet fort mal à propos n'a point laissé de postes. Ce passage ne peut être qu'un malentendu, ainsi que l'occupation de Moulins. Déjà, sur les représentations qui ont été faites, le général autrichien a repassé la Loire et s'est porté à Bourbon-Lancy. Vous enverrez à la réception de ma lettre aux commandants des troupes étrangères qui ont passé la Loire, pour les requérir de la repasser et les prévenir qu'on va rétablir les postes d'observation. Si ces messieurs n'ont point connaissance de la convention de Paris, ils doivent au moins connaître celle de Lvon qui la confirme. Vous les ferez prévenir que le service du Roi, et la sûreté de l'armée que je commande, me font un devoir de suspendre les ordres de dislocation que j'exécutais. C'est dans le désir d'accélérer le moment de la paix que le Roi avait donné les ordres. Vous finirez par déclarer que si ce mouvement était offensif et si le malentendu n'était pas répjiré, nous serions innocents devant Dieu et devant les hommes, envers le Roi et la patrie, des suites qu'il pourrait avoir; que nous nous adressons à des militaires, et que nous avons lieu de compter sur une réponse dictée par Thonneur et la franchise. Vous ferez dire aux généraux Marcognet et Delcambre d'exécuter les dispositions prescrites hier.
P. S. — Cette conduite est d'autant plus extraordinaire que le ministre de la guerre vient de m'écrire que sous quarantehuit heures je recevrai des instructions sur un arrangement général et sur les pays que devront occuper les troupes françaises et étrangères.
Bourçet, 25 juillet 1815.
Monsieur le général, je reçois votre rapport; j'ai vu avec satisfaction la conduite ferme des généraux Defrance et Vialannes. Faites placer tout de suite quelques faibles postes sur la rive gauche de la Loire, vis-à-vis de Nevers et de Bourbon- Lancy. Mettez-y des officiers intelligents et prudents qui feront connaître que sur votre rapport qu'on avait repassé la Loire, j'exécute les ordres de dislocation de l'armée. Faites occuper Moulins par 3 ou 400 chevaux pour y maintenir Tordre. Couvrez les routes de Limoges et Glermont en occupant Montmarault et Saint-Pourçain. Communiquez avec le général Exelmans, qui doit être à Clermont. — Je lui ordonne de détacher quelques troupes à Roanne. Je donne l'ordre au général Radet d'envoyer les brigades de gendarmerie entre Bourges et Bourbon-Larchambault pour avoir de prompts rapports. Je vous communique la lettre que je viens de recevoir du ministre de la guerre. — J'attends ses instructions que nous exécuterons. — Attendons ses ordres avec confiance, et que le calme se rétablisse partout.
Bourges, 26 juillet 1815.
Monsieur le générdl,je vous adresse copie d'une autre lettre du ministre de la guerre, qui m'accuse réception de notre acte de soumission, que le Roi a accepté avec bienveillance. Ce qui me détermine à vous faire cet envoi, c'est une lettre du général Bachelu, dont ci-joint copie. J'aurais méprisé cet avis sans les circonstances exti^aordinaires où nous nous trouvons; car il faudrait supposer aux Prussiens la plus insigne mauvaise foi, et le projet bien formé de dévaster la France, puisque le Roi a reçu et accepté notre soumission et qu'il nous donne ses ordres. Ce serait donc au Roi et à la France
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qa^ib feraient la guerre en nous altaquant. Si ce mouTemeot a^ait lien, tous enrerriez demander des explications au commandant prussien, et tous tous mettriez en mesure dedéfendre le pont de Tours. Vous euTerrez des postes d'obsenratiou entre Saumur et Tours et Tours et Amboise. J'ai fait éTacaer sur la Rochelle les canons et la poudre qui se trouTaieot à AmI>oise. Si cet ordre n*était pas encore exécuté, qu'il le soit tout de suite.
Vous défendriez le passage du Cher depuis son embouchure jusqu'à Bléré et Montrichard, et s'il était forcé, vous vous retireriez derrière Tlndre, après avoir détruit les pouts du Cher. Il faut pour cela disposer de tos sapeurs. «Vous préviendriez de Tattaque le général Bachelu à Selles et le général Jeannin à Blois. Ce dernier se retirerait derrière le Cher par Contres et Saint- Aignan. Faites reconnaitre les points que vous seriez dans le cas d^occuper sur Tlndre. Votre gauche serait à Saumur, et la masse de votre retraite surChàtellerault. — Vous feriez occuper le Port de Piles et la Haye. — Vous feriez détruire au besoin les ponts qui seraient sur votre gauche, c'est-à-dire entre le Port de Piles et Tembouchure de rindre.
Vous feriez bien d'envoyer à l'avance, pour occuper tous ces points, quelques détachements commandés par de bons ofHciers, ainsi que des sapeurs pour tout préparer. — Si le rapport du général Bachelu vous parait avoir quelques fondements, il faudrait faire filer vos bagages sur Tlndre. Il est vraisemblable que ce sera une fausse alerte, et que les démonstrations des Prussiens ne sont que pour faire quitter Tours, qu'ils convoitent pour y frapper des contributions.
Les Autrichiens ont passé la Loire le 22 ou le 23 à Bourbon- Lancy, au mépris des conventions de Lyon et de Paris. Vous verrez par l'extrait ci-joint du rapport du général Milhaud, qu'ils se sont retirés. Hier, par un malentendu, le général Marcognet avait ôté les troupes qu'il avait vis-à-vis de la Charité; ils ont tout de suite fait filer du monde et se sont mis à piller les villages. — Sur cette annonce, j'ai écrit au général Colbert la lettre dont copie est ci-jointe, pour vous guider
dans la correspondance que vous seriez dans le cas d*avoir avec le général prussien.
 la première nouvelle que vous me donnerez d'hostilités commises contre vous, je porterai mon quartier général à Ghàteauroux, où je réunirai la garde, infanterie et cavalerie.
Dans une de vos dernières dépêches, vous vous plaignez de n'avoir pas assez de généraux. Choisissez parmi ceux qui étaient avec le général Ambert ceux que vous croirez les meilleurs et les plus actifs.
J'ai renvoyé votre lettre au payeur. Le ministre du Trésor a donné des ordres pour que les payeurs versent dans la caisse du payeur général. Il faut de l'ordre et de la régularité. Je l'inviterai à faire des fonds au payeur que vous avez nommé provisoireme nt .
L'aide de camp du ministre de la guerre m'a dit de la part de Son Excellence que sous très-peu de jours les arrangements relatifs à l'occupation respective des pays par les alliés et les Français allaient être terminés, et qu'il allait envoyer des instructions très-détaillées pour ce qui concerne l'armée.
Vous trouverez ci-joint copie de la lettre de l'intendant Marchand, qui prescrit aux entrepreneurs généraux et à leurs agents de pourvoir à la subsistance des troupes.
Je vous ai déjà fait connaître qu'Amboise était sous vos ordres. En cas de mouvement rétrograde, vous feriez évacuer entièrement ce poste.
Bourges, 26 juillet 1815.
Monsieur le général, je reçois votre lettre du 26. Si ce rapport se vérifie, ce sera le comble de la mauvaise foi et de la perfidie; mais il est vraisemblable que Ton veut faire des démonstrations pour nous faire quitter la Loire et venir lever des contributions dans ce malheureux pays. Ce serait la preuve aussi de la résolution prise de ravager la France. Les Autrichiens ont passé la Loire à Bourbon-Lancy et sont venus à Moulins;
mais sur nos fortes représentations ils se sont retirés et ont repassé la Loire. Le général Marcognet ayant par un malentendu retiré ses postes vis-à-vis de la Charité, quelques pillards autrichiens sont venus de ce côté-ci pour piller; mais tout m'annonce qu'ils se sont retirés à Tapproche de nos troupes, qui ont été reprendre Ieui*s postes. Je donne connaissance au général Lamarque de votre rapport. Adressez-lui aussi tout ce qui vous parviendra. — Je lui donne des instructions dans rhypothèse où, contre toute vraisemblance, votre rapport se réaliserait. — Il doit vous en prévenir, ainsi que le général Jcannin, qui se retirerait par Contres et Saint-Aignan. II est bon que vous fassiez occuper Villefranche et en général tous les ponts du Cher sur votre droite jusqu'à Yierzon exclus. Enfin, si l'ennemi forçait le passage du Cher, vous vous replieriez derrière l'Indre, occupant Loches, Chàtillon et Palluau. — Faites reconnaître les chemins praticables pour l'artillerie et les bagages qui mènent dans ces directions. Vous laisserez la route de Yierzon à Châteauroux sur votre gauche, parce qu'elle servira à d'autres troupes. Envoyez à l'avaDce quelques détachements commandés par de bons ofBciers avec des sapeurs sur ces différents passages de l'Indre.
Il est inutile. Monsieur le général, de vous dire que dans le cas où les Prussiens se présenteraient pour passer la Loire, vous et le général Jeannin devez faire les plus fortes protestations, et si vous, et les troupes que vous commandez, vous remplissez vos devoirs envers le Roi et l'honneur, vous opposerez la plus forte résistance.
Prenez des mesures pour assurer vos subsistances. On avait transporté à Blois des poudres pour faire sauter les ponts. Il faut donner l'ordre à votre commandant d'artillerie de les faire transporter à la Rochelle ou Rochefort. Si vous êtes obligé de vous retirer du Cher sur l'Indre, il faudra détruire les ponts sur le Cher, ou au moins les encombrer de manière à faire gagner vingt-quatre heures de temps. Les Autrichiens rivalisent avec les Prussiens pour les dévastations. Plus de mille malheureux livrés au désespoir sont venus se réfugier sur la rive gauche. Sur la nouvelle transmise par le général
Colbert que les Autricbiens avaient passé la Loire, je lui ai écrit la lettre dont je joins ici copie pour vous servir de gouverne dans votre correspondance.
Bourges, 26 juillet 1815.
Monsieur le général, je reçois vos dépêches du 24: Vous trouverez ci-joint copie d'une lettre du ministre qui oixlonne le licenciement des bataillons de gardes nationales et des corps francs. Cela répond à Tobjet de l'une de vos lettres.
Je transmets l'extrait du rapport du général Taraire au ministre. Je fais partir un officier de la jeune garde, pour diriger de Yierzon sur Ghàteauroux les troupes de la jeune garde que vous y avez envoyées.
Boiirge», 27 juillet 1815.
Je viens de recevoir votre dépêche, pour la dislocation des régiments de cavalerie. Ces dispositions vont recevoir leur exécution. Je vous adresserai, ce soir ou demain, les itinéraires. — Je suppose que je recevrai bientôt les ordres pour l'infanterie, la garde, les états-majors, les administrations et tout ce qui tient à l'armée, personnel et matériel. Je fais observer à Votre Excellence que dans les ordres qu'elle m'a adressés pour la cavalerie, il n'y en avait point pour celle de la garde. En attendant, je dirige tout le matériel d'artillerie dans les différentes places du pays où les troupes étrangères ne pourraient pas entrer.
Il vient de paraître ici une ordonnance portant une liste de proscriptions qui a été criée et vendue publiquement dans Paris \ Si je devais ajouter quelque foi. Monsieur le ministre,
1 A peine rentré sur le sol français, le Roi, à son passafjc a Cambrai, le 28 juin, avait fait une proclamation habilement mesui'ée, avec promesse d'une
sur tout ce que vous avez dit aux généraux Gérard, HaxoetKellermann, et que je rapporte ici : « Que l'armée fasse une sou- « mission pure et simple, et comptez que le Roi fera plus que it vous ne désirez » ; si je devais ajouter foi à ce que m'ont dit les différents officiers que vous m'avez envoyés, notamment M. Varin, votre aide de camp, qui m'a assuré, ainsi qu'à tous les généraux et officiers qui se trouvent au quartier général, « que Votre Excellence l'avait chargé de nous assurer que « les bruits répandus relativement aux proscriptions étaient «tout à fait faux, qu'aucune persécution n'aurait lieu, que « dans les circonstances actuelles quelques personnes seraient « seulement privées de la faculté de rester à Paris et d'apte procher le Roi » — et je me suis empressé de faire connaître ces détails dans toutes les divisions, pour détruire le mauvais effet qu'avaient produit des listes de cette nature que Ton avait déjà reçues, et des avis que plusieurs officiers généraux avaient reçus de leur famille, de perquisitions faites dans leur domicile à Paris ; si je devais, dis-je, ajouter foi à tous ces
amnistie, — en exceptant toutefois « les auteurs et indti{;ateurs de la trame qui avait renversé le trône », et en laissant aux CYiambres le dan(;ereux priviic{*e <le drsi{;ner ceux qui seraient livrés à la yen|;eancc des lois. Un mois aprr.^, la restauration étant définitivement accomplie, le 24 juillet, une ordonnance royale, précisant la portée de cette exception, établissait deux catégories, deux listes de personnes plus ou moins frappées, ou menacées. La première liste se composait de {généraux et officiers dont la trahison avait précédé le 23 mars, et qui devaient être juj^és par des conseils de f*uerre. Elle comptait dLv'huit noms. En tête se trouvaient le maréchal Ney et le colonel de la Bédoyère. La seconde liste, qui comptait trente-huit noms de généraux ou fonctionnaires, se composait « des individus qui devaient sortir de Paris dam trois jours, et se retirer au lieu que leur indiquerait le ministre de la police, en attendant que les Citambrcs statuassent sur ceux qui devaient être traduiti devant les tribunaux ou bannis du royaume » . Dans cette liste étaient compris les {{énéraux dont parle le maréchal dans sa lettre, qui fut en effet soumise au Roi comme il le demandait, mais ne modifia pas les résolutions arrêtées.
Outre le dan^rer de donner pour supplément à Tamnistie de Cambrai une série de proscriptions et de mises en ju{;ement bientôt suivies d*exécutioiii lamentables, comme celles de Ney et de la Bédoyère, le plus 8in{;ulicr arbitraire avait présidé à la composition de ces listes. Par une anomalie de plo^i Tordonnance du 24 juillet était rendue sur le rapport du ministre de la police, Fouché, duc d*Otrante, qui plus que tout autre avait trahi les Bourbons ou N.-ipoléon, — et probablement tout le monde.
discours, je devrais supposer que cette liste de proscription est fausse, et seulement Teffet de la malveillance. Vos discours, Monsieur le marécbal, sont rassurants, mais trop d'indices prouvent qu'ils sont dënuës de fondement, que Votre Excellence a peut-être été elle-même induite en erreur, et qu'il est évident que l'on va ajouter à tous les maux qui pèsent déjà sur notre malbeureuse patrie les vengeances et les proscriptions. — 11 en est de ces dernières contre l'injustice desquelles j'ai personnellement à réclamer.
Je vois dans l'article 1" les noms des généraux Gilly, Grouchy, Clausel et Delaborde; s'ils y sont mis pour leur conduite à Pont-Saint-Esprit, Lyon, Bordeaux et Toulouse, c'est une erreur, puisqu'ils n'ont fait qu'obéir aux ordres que je leur ai donnés en ma qualité de ministre de la guerre. Il faut donc substituer mon nom aux leurs.
La même observation peut s'appliquer au général Allix, s'il est proscrit pour sa conduite à Lille; au colonel Marbot, pourcelle qu'il a tenue à Valenciennes ; au général Lamarque, qui ne pourrait avoir contre lui que la pacification de la Vendée.
Je vois sur cette liste le nom de Dejean fils : j'ignore si l'on a voulu parler du général Dejean, fils de l'inspecteur général du génie. Si l'on voit un pareil nom sur la liste de proscription, il n'y a pas de raison pour que tous n'y soient mis, puisque ce général était sans activité de service à l'époque du 20 mars, et qu'il n'a figuré dans aucun acte.
Ne prenez pas. Monsieur le marécbal, ces réflexions comme étant dictées par l'humeur; elles sont l'effet de la profonde douleur que j'éprouve pour les maux qui vont fondre sur notre malbeureuse patrie.
Du reste, l'armée est soumise, et j'oserai répondre que tous les ordres que vous donnerez de la part du Roi seront exécutés avec abnégation et dévouement. Vous connaissez assez l'armée française. Monsieur le marécbal, pour savoir que la plupart des généraux qui sont signalés dans l'ordonnance du Roi du 24 juillet sont distingués par de grands talents et de beaux services. Le général Drouot, qui y figure, a toujours
mérité, par son caractère et ses vertus , Testime générale ^ Puissent ces réflexions, Monsieur le maréchal, porter Votre Excellence à faire les plus vives représentations au Roi !
11 ne me reste plus qu'à réitérer à Votre Excellence que je donne définitivement ma démission de {général en chef, et la demande que je lui ai faite d'envoyer ici des commissaires pour Texécution des ordres qu'elle a donnés et sera encore dans le cas de donner pour la dislocation et le licenciement de l'armée.
Plusieurs des généraux proscrits connaissent maintenant le sort qui les attend, et vont prendre le parti de s'y soustraire.
Puissé-je attirer sur moi seul tout l'efiFet de cette proscription ! C'est une faveur que je réclame dans l'intérêt du Roi et de la patrie.
Je vous somme. Monsieur le maréchal, sous votre responsabilité aux yeux du Roi et de toute la France, de mettre cette lettre sous les yeux de Sa Majesté.
ET BAGHELU.
Bourges, 27 juillet 1815.
Depuis le départ de mon aide de camp Laloy, j'ai reçu une lettre du ministre de la guerre, qui me fait connaître la ligne de démarcation arrêtée. Je vous en adresse copie. — Les généraux des troupes étrangères auront certainement reçu communication de ces arrangements; ainsi, vous pouvez regarder comme non avenues toutes les dispositions prescrites dans ma dépêche d'hier. Ces instructions ne devraient être suivies que dans le cas où, contre toute vraisemblance, on vous attaquerait, car il y aurait vraiment de l'extravagance à se laisser égorger avant la dislocation de l'armée.
1 Le digne général Drouot, un des hommes les plus purs de l'armée, qui avait suivi l'Empereur à l'île d'Elbe et était revenu avec lui, fut mis en jugement au mois de décembre 1815 et solennellement acquitté par le conseil de guerre. Dès le lendemain de son jugement, il était reçu par le Roi, qui le ti-aitait avec une grande considération.
DU MARÉCHAL DAVODT. — 1815. 633
Boargef, 28 juillet 1813.
Vous avez sans doute eu connaissance par les journaux d'une ordonnance qu*on a fait rendre au Roi le 24 juillet, qui ordonne Tarrestation et le jugement de plusieurs généraux, et la mise en surveillance de plusieurs autres, pour être ensuite mis en jugement. Nous étions bien loin de nous attendre à cela, après les discours du ministre de la guerre. Cette nouvelle nous avait plongés tous dans la plus vive douleur; mais les explications qui nous ont été données par les lieutenants généraux comte Gérard, Valmy et Reille, qui viennent d'arriver, ont diminué ce sentiment, puisqu'ils nous donnent l'assurance que le Roi et ses ministres ont eu la main forcée. — Le général Ambert, qui retourne à Tours, vous donnera tous ces détails. Ces ordonnances ne m'ont pas encore été adressées directement. J'ai cru devoir écrire de la manière la plus forte au ministre contre cette mesure en général, et j'ai réclamé vivement contre l'injustice d'y avoir mis plusieurs noms, tels que ceux des généraux Grouchy, Gilly, Delaborde et Clausel. J'ai déclaré que si ces généraux y étaient inscrits pour leur conduite à Lyon, Pont-Saint-Esprit, Toulouse et Bordeaux, ce n'était que par erreur, et qu'il fallait substituer mon nom aux leurs, parce qu'ils n'avaient agi que d'après mes ordres et instructions comme ministre de la guerre. J'ai ajouté, pour ce qui vous concernait, qu'il n'y avait pas d'autres motifs que la pacification de la Vendée. J'ignore l'effet que produiront mes vives représentations. Je regarde comme convenable, dans l'intérêt de notre malheureuse patrie, que vous remettiez votre commandement au général Ambert, de manière que cela ne produise pas un mauvais effet sur vos troupes, que vous écriviez au gouvernement pour prendre des ordres, et lui témoigner tout votre étonnement de voir vos services récompensés de cette manière.
634 CORRESPOND AiSCE
Bonrgef, 38 juillet 1813.
Je VOUS prie de remettre la lettre ci-jointe au général Lamarque. Cet officier général se trouve compris sur une ordonnance du 24 juillet; ce ne peut être que par erreur, puisque aucun des cas prévus par cette ordonnance ne lui est applicable. — Je l'engage à ne pas attendre l'arrivée officielle de cette ordonnance, à vous remettre son commandement, et à écrire au gouvernement. Je vous engage à lui donner tous les détails que vous tenez de la bouche même des lieutenants généraux Gérard, Valmy et Reille. — En attendant les ordres du gouvernement, prenez toutes les précautions pour maintenir vos troupes. Passez-en la revue et voyez tous les officiers.
Par l'extrait ci-joint de la convention, il semblerait que les troupes étrangères auraient le droit d'aller sur la rive droite de la Loire jusqu'à son embouchure; elles pourraient donc occuper Nantes et Angers ; mais nous avons des citadelles à Angers et à Nantes. J'ignore ce qui a été stipulé à cet égard; je vais en écrire au ministre. Écrivez-lui aussi pour savoir si vous devez laisser occuper ces places par les troupes étrangères. — Demandez-lui aussi des instructions pour Brest, Saint-Malo, Ghàteauneuf et Lorient, et pour tous les forts que nous avons sur les côtes.