AD GÉNÉRAL LEFEBVRE-DESNOUETTES
Bour(;c$, 23 juillet 1815.
Je reçois à Tinstant le rapport qu'un corps autrichien s'est présenté devant Moulins. Tout me porte à croire que c'est un malentendu, et qu'il n'y est arrivé que parce qu'il n'a pas trouvé de troupes entre Moulins et Bourbon-Lancy. Il n'a d*ailleurs pas commis d'hostilités, quoiqu'il soit au milieu de nos dépôts. Cependant, il faut se mettre en mesure. Rendezvous tout de suite à votre cavalerie. Envoyez un parti pour communiquer avec le général Milhaud, à Bourbon-Larchambault, et si vous apprenez que décidément ce mouvement soit hostile, vous vous replierez sur Bourges, en concertant votre mouvement avec les troupes du comte d'Erlon que vous préviendrez de ce mouvement, pour qu'il concentre ses troupes. — Il faut recommander au comte d'Erlon de faire prendre dans ses cantonnements pour deux jours de vivres s'il le peut.
1813. — AD GÉNÉRAL MILHADD.
Bourges, 24 juillet 1815, sept heures du malin.
N'ayant point reçu de nouveaux rapports, depuis celui où vous m'annoncez que les Autrichiens sont entrés à Moulins, je suppose que les choses sont toujours dans le même état. Il est possible qu'ils n'aient eu d'autre objet que d'occuper ce point, parce que c'est une des grandes communications de Lyon a Paris. J'espère que j'aurai réponse, dans la journée, aux explications précises que j'ai demandées. Quoi qu'il en soit, il faut vous établir sur la route de Glermont à Moulins. Le point de Saint-Pourçain me parait celui où vous devez réunir la majeure partie de vos forces. Je sais que vous ne serez pas couvert là par une rivière, mais il doit y avoir des accidents de terrain favorables pour appuyer une retraite. Vous feriez, si vous y étiez forcé, votre retraite sur Glermont,
620 C0RRESP0NDA5CE
où est déjà le général Exelmans. Commaniquez avec lui. J*atteiuls à chaque instant des ordres et instructions da , ministre de la guerre et même des commissaires; mais la sou- I mission étant feite et acceptée, si des hostilités ont lieu contre Tarmée, sa destruction est arrêtée, et nous devons nous comporter jusqu'à la fin comme des hommes d^honneur.
Boorges, 34 jaillet 1813, sii heures da matin.
Je reçois à Tinstant votre lettre. Ce que vous me dites de Tesprit des troupes m'afflige pour l'honneur de Tarmée et de notre malheureuse patrie. J'aurais cru que ce qui restait du 1*' corps était animé du feu le plus sacré. Ce feu sacré existait dans les troupes du 1" corps que je commandais. Là, les généraux, les officiers et les soldats ne délibéraient pas; la confiance était entière et réciproque, entre les chefs et les troupes. Et à quelle époque, j'ose le dire, l'ai-je plus méritée qu'aujourd'hui, où je sacrifie famille, repos et existence à l'amour de ma patrie et à l'honneur de l'armée? Ce que vous me mandez est décourageant pour un chef; mais je trouverai dans m'es sentiments et dans mon caractère la force d'âme nécessaire dans ces circonstances. — Annoncez à vos troupes que le ministre de la guerre m'a fait connaître, par une lettre du 19, que le Roi avait accueilli avec bienveillance la soumission de l'armée. Les Autrichiens doivent en être maintenant informés, ne serait-ce que par une lettre que je leur ai écrite et dont vous trouverez ci-joint copie. — Je m'en réfère à tout ce que je vous ai mandé hier par le major polonais, pour tout ce que vous avez à faire. Je n'ai point reçu de nouveaux rapports de Moulins. Il est possible qu'ils aient tenu à occuper ce point, parce que c'est l'une des grandes communications de Paris à Lyon. Quoi qu'il en soit, je donne l'ordre de prendre position à droite de Rourges. La cavalerie du général Lefebvre-Desnouettes s'échelonnera entre Bourges et la Charité. S'il n'y a rien de nouveau, demain ou après-
demain y je ferai faire aussi un mouvement à votre corps. Je le rappellerai à Bourges, n'ayant que des postes d'observation sur la Loire.
Faites bien connaître à vos troupes, dans un ordre du jour, que nous sommes Tarmée du Roi, et que si Ton commet des hostilités envers nous, c'est attaquer le Roi et la France. Montrons du calme, et nous sortirons avec honneur de cette crise-ci.
BourfTet, 24 juillet 1815.
Monsieur le général, depuis la lettre que je vous ai écrite ce matin sur l'apparition des Autrichiens à Moulins, je n'ai reçu aucun rapport de ce côté, ce qui me fait penser que ce mouvement n'aura pas de suite. Le général Exelmans, qui doit être déjà à Clermont, ne m'a point écrit non plus; mais je crois nécessaire de couvrir la route de Châteauroux sur Limoges par laquelle je fais évacuer le matériel de l'artillerie. Veuillez, en conséquence, à la réception de ma lettre, envoyer 2 à 3,000 hommes d'infanterie pour occuper Guéret, Moutier d'Ahun et Aubusson. Je désire que les troupes soient à destina* tion le 27. Vous attacherez une batterie à ces troupes avec quelques caissons d'infanterie. Vous les ferez commander par un officier général. Prescrivez surtout d'occuper soigneusement les ponts sur la Creuse entre Aubusson et Guéret, en crénelant les maisons. Attachez à une de vos divisions le 21* de ligne, fort d'environ 500 hommes, avec un cadre considérable d'officiers que vous trouverez à Châteauroux. Toute la garde sera ici ce soir. Placez vos troupes entre Châteauroux et Limoges. Tirez vos subsistances du pays situé entre la route de Châteauroux à Limoges et la route de Guéret.
S2S C0RBESP05DAXCE
Bourses, 35 jailUf 1815.
MoDâieur le général^je %'ous communique la lettre que je TÎen.^ de receToir du ministre de la guerre, et l'extrait d'un rapport du général Mi Ihaud, annonçant que les Autrichiens ont repassé la Loire. Exécutez les dispositions que je vous ai prescrites : portez la tête de vos troupes à Limoges. Il sera bon de vous porter à Clermont et Riom. Il y a dans ce dernier endroit une position inexpugnable, qui garde la route de Moulins. Il Eaudra £aire occuper Guéret par un bataillon. Je compte mettre demain la garde en mouvement et la porter à Châteauroux. Ainsi, vous devrez avoir évacué Châteauroux aprèsdemain. Il ne £aut rien changer aux dispositions prescrites aux généraux Teste et Tallin. Je leur écris directement. Seulement il est inutile quMls chargent les fourneaux des ponts du Loiret. J'ordonne au général Radet d'établir entre vous et moi une ligne de correspondance de gendarmerie pour correspondre directement et éviter les dépenses de frais de poste que nous ne pouvons plus payer.
Le général Exelmans doit être à Clermont. C'est, je présume, son arrivée qui aura obligé les Autrichiens à évacuer Moulins. Il se trouvera dans le Puy-de-Dôme plus de 3,000 chevaux de la cavalerie du général Exelmans. La batterie d'artillerie, rinEanterie et les caissons d'infenterie que vous y envoyez sont plus que suffisants pour garder le pavs. Il y a des défilés que l'on peut garder avec un bataillon contre un corps d'armée. — Ces défilés sont ceux de Thiers et d'Arabert. Celui de Tbiers est situé sur la route de Clermont à Lyon par Roanne, et celui d'Ambert sur la route de Montbrison par Ambert. Vous donnerez des ordres pour les occuper. Cela facilitera l'immense matériel que je renvoie à Rochefort et à la Rochelle. Je crois que vous ferez bien de charger le général Berthezène de ce commandement. Il s'entendrait bien avec le général Exelmans. — Recommandez la plus grande discipline. — Vous arrêterez la queue de vos troupes à Argenton.
Le général Mîlhaud se trouve à Bourbon-Larchambault et portera une partie de ses troupes à Saint-Pourçain. Le général Pajol sera à Saint-Amand. Il recevra des ordres pour occuper Montluçon.
Bourges, 23 juillet 1815.
Monsieur le général, par les informations que j'ai, le duc d'AIbuféra avait fait une convention en tout semblable à celle de Paris, c'est-à-dire qu'il devait se retirer sur la rive gauche de la Loire. Tâchez de savoir où est ce général et où sont ses troupes. Les Autrichiens étaient d'autant plus dans leur tort, qu'en supposant qu'ils ne reconnussent pas la convention de Paris, au moins ils devaient reconnaître celle de Lyon, puisqu'ils l'avaient faite eux-mêmes. Envoyez les officiers payeurs à Bourges, la solde de juillet est couverte. Envoyez à Angouléme le matériel des dépôts qui sont à Moulins. Je vous recommande la plus forte discipline dans les troupes.
Bourges, 25 juillet 1815.
J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 23. Je m'empresse de vous renvoyer votre aide de camp qui portera à Votre Excellence copie des rapports que j'ai reçus du général Milhaud, faisant connaître que les Autrichiens ont évacué Moulins et repassé la Loire. Votre Excellence verra par ces pièces qu'il n'y a pas maintenant de sujet de mésintelligence. Je vais faire continuer les mouvements des troupes pour les étendre et leur donner le moyen de subsister sans trop charger le pays. J'attends les ordres que Votre Excellence m'annonce pour la nouvelle organisation de l'armée.
6t» CORRESPONDANCE