‹ Correspondance du maréchal Davout, prince d'EckmühlChapitre 1 sur 99 · JUILLET 1807 — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

JUILLET 1807 — SEPTEMBRE

La guerre qui finissait, après avoir été prompte et irrésistible dans sa première période, jusqu'à l'arrivée à Berlin, s'était singulièrement compliquée dans cette seconde phase qui s'appelait la campagne de Pologne, et la paix qui venait d'être signée sur le Niémen, à Tilsit, se ressentait de ces complications. Si la paix avait 6i6 conclue, après léna, directement avec la Prusse, elle aurait eu sans doute un caractère et des résultats différents. La campagne de Pologne avait tout changé; elle avait subitement dévoilé des horizons indéfinis devant celui qui, après avoir vaincu depuis dix-huit mois r Autriche, la Prusse, la Russie, pouvait se croire le maître du continent et voyait dans ces circonstances extraordinaires une occasion de nouvelles combinaisons, le point de départ de tout un système européen à la fois grandiose et périlleux.

Le traité de paix négocié à Tilsit avec la Russie et avec la Prusse se composait de stipulations de diverse nature, les unes publiques et officielles, les autres secrètes. Dans la partie publique. Napoléon faisait reconnaître par la Russie et par la Prusse les changements qu'il avait accomplis de sa main victorieuse depuis quelques

années et ceux qu'il méditait encore, qu'il réalisait par ce traité même. Ainsi il obtenait la reconnaissance de la royauté de son frère Joseph à Naples, de la royauté de son frère Louis en Hollande, de la confédération du Rhin constituée sous sa protection. De plus, il faisait consacrer dans ce traité deux créations nouvelles devenues possibles par les cessions territoriales qu'il imposait à la Prusse. L'une de ces créations était le royaume de Westphalie que Napoléon érigeait au profit de son plus jeune frère Jérôme et qu'il entendait composer avec les provinces prussiennes de la rive {gauche de TElbe, la Westphalie, la Thuringe, la province de Magdebourg, réunies au duché de Hesse; l'autre création était le grand-duché de Varsovie qu'il formait avec les anciennes provinces polonaises attribuées à la Prusse dans les. partages successifs, et qu'il plaçait, par une concession aux circonstances, sous la couronne du roi de Saxe, En même temps Napoléon rendait à leurs souverains les principautés d'Oldenbourg, de Mecklembourg, mais en les faisant occuper par les troupes françaises pour l'exécution du blocus continental. EnBn comme couronnement de la négociation, comme gage du rétablissement prochain de la paix générale, il était dit que la Russie offrirait sa médiation entre la France et l'Angleterre, tandis que la France, de son côté, se porterait médiatrice entre la Russie et la Turquie.

C'était la partie publique du traité de Tilsit; la partie secrète n'était pas la moins importante. Au fond. Napoléon, transporté sur le Niémen, se voyant mattre du continent, avait cédé à la tentation de se faire une alliée de la Russie qu'il venait de vaincre, d'entraîner l'empereur Alexandre dans ses vastes combinaisons, dans sa lutte contre l'Angleterre. Dans les entrevues que les deux empereurs avaient eues pendant quelques jours à Tilsit, Napoléon, poursuivant son idée d'une grande alliance à l'aide de laquelle on pourrait régler toutes les affaires de l'Europe, avait laissé entrevoir à Alexandre, sinon le partage complet de l'empire ottoman, du moins de grands et solides avantages. 11 lui offrait la conquête de la Finlande, l'extension de sa puissance vers les Balkans. Alexandre, flatté d'un si grand rôle après sa défaite, satisfait dans ses intérêts, avait été séduit, et il avait tout accepté, l'humiliation et le démembrement de la Prusse qu'il avait compromise par la continuation de la guerre, la création du duché de Varsovie qu'il n'aimait guère. Bref, la réconciliation des deux empereurs paraissait complète, et cette paix nouvelle se faisait dans des conditions

DD MARECHAL DAVODT. — 1807. 3

extraordinaires qui ne laissaient point à la vérité d'être inquiétantes. Si, en effet, par quelques-unes de ses parties, le traité de Tilsit était pour les armées françaises le prix naturel de g^randes victoires, il ouvrait d'un autre côté, par quelques-unes des combinaisons publiques ou secrètes qu'il consacrait, une vaste carrière à Tinconnu; il laissait une situation sin^jfulièrement incertaine et précaire. C'était une halte d'un instant, ce n'était pas une paix bien assurée. Napoléon, croyant trop avoir désormais une grande alliance, pouvait être entraîné à bien des entreprises : témoin la ^erre d'Elspagne qui allait bientôt être pour lui une redoutable aventure, en l'obligeant à diviser ses forces dans la mesure d'une domination qui prétendait s'étendre de Danzig au Tage. La Russie, bien que plus ou i9oins liée pour quelques années à Napoléon par la politique de Tilsit, risquait d'éprouver^plus d'uu mécompte d'ambition et pouvait être tentée de se dégager. La Prasse, qui avait été cruellement traitée, mais qui n'était pas assez diminuée pour être complètement impuissante, se sentait humiliée et ulcérée dans son malheur. L'Autriche elle-même, qui n'avait participé aux derniers événements que par un essai inutile de médiation entre Ëylau et Friedland, l'Autriche se croyait menacée et gardait des inquiétudes qu'elle ne parvenait pas toujours à dissimuler. Pour les trois puissances qui venaient d'être coup sur coup vaincues par Napoléon, qui étaient intéressées dans les afifaires polonaises, la création d'un grand duché de Varsovie restait un objet de suspicion et de crainte. De sorte que cette paix de Tilsit aux dehors si glorieux pouvait être grosse de nouveaux conflits. Entre toutes les combinaisons consacrées par le traité de Tilsit, la création du duché de Varsovie était une des plus originales, comme aussi une des plus compliquées, et par ce qu'elle réalisait, et par ce qu'elle laissait à réaliser ou à espérer. Tant que la guerre avait duré. Napoléon n'avait pas voulu se lier d'une manière irrévocable. Il s'était borné à instituer à Varsovie une commission degouvernement national chargée d'administrer les provinces conquises sur la Prusse et de lever des soldats. A la paix, il s'était cru moralement obligé de faire quelque chose pour les Polonais qui s'étaient dévoués à sa cause; mais en disposant des provinces polonaises qui avaient appartenu à la Prusse, il avait voulu éviter tout ce qui aurait pu être trop directement une menace pour les possessions polonaises de l'Autriche et de la Russie. De là ce grand-duché de Varsovie organisé dans une semi-indépendance, avec un statut

constitutionnel, le code Napoléon, un ministère, des assemblées, même une armée nationale de 30,000 hommes, — et placé sous la couronne de Saxe. Napoléon avait cru atteindre un double but : satisfaire autant que possible les Polonais par une apparence de résurrection et s'attacher le roi de Saxe par une extension de puissance, comme il avait fait pour la Bavière, pour le Wurteuiberg^, — se faire de ce prince un allié en Allemagne. Malheureusement ces calculs mêmes n'étaient rien moins que sûrs. Ce que faisait Napoléon était plus propre à exciter les Polonais qu'à les satisfaire, plus propre aussi à entretenir TAutriche dans ses inquiétudes qu'à la rassurer. Un inconvénient grave, peut-être inévitable, de cette combinaison, était surtout de lier Napoléou à son œuvre, de l'obliger à laisser des forces assez imposantes dans le nouveau duché ; et de tout ce qui vient d'être expliqué il résultait pour celui qui restait le chef des forces françaises à Varsovie, une position qui allait offrir bien des difficultés. Le maréchal Davout, chargé de cette mission, qui témoignait certes de la confiance de l'Empereur, se trouvait dans des conditions singulièrement délicates, ayant à contenir les Polonais sans les décourager, à protéger le nouveau gouvernement sans trop l'accabler de sa prépotence et à surveiller aussi l'Autriche en Galicie, sauf à être accusé parfois de jeter trop vite le cri d'alarme. C'est Thistoire de ce commandement que le maréchal Davout prenait au lendemain de Tilsit, au mois d'août 1807, et qu'il allait exercer pendant l'année 1808, au moment même où Napoléon s'engageait en Espagne, en attendant d'être ramené à une nouvelle guerre d'Autriche. {Correspondance de Napoléon, t. XV et XVI.)

PRIXCE DE NEUFCHATEL, ETC

Thorn, 27 juillet 1807».

Monseigneur, j'ai l'honneur d'informer Votre Altesse que je suis arrivé à Thorn depuis deux jours. J'ai trouvé dans cette ville deux bataillons des ti'oupes de Hesse-Darmstadt. Ces

* Le» instructions laissées par Napoléon, avant son départ, pour le mouvement d'évacuation, étaient très-précises et proportionnées aux situations. Elles prescrivaient par exemple au maréchal Soult de ne se replier successivement sur la Passarge, sur la Vistule, sur l'Oder, que lorsque les Prussiens

troupes ne devant pas rester sous mes ordres, je vous prie de vouloir bien me faire connaître la destination que vous voulez leur donner.

Le 3* corps est en marche, et les trois divisions d'infanterie ainsi que la brigade de cavalerie légère du général Marulaz, la division de dragons du général Laboussaye et la division de cavalerie légère du général Lasalle, arriveront en arrière de la Passarge et de TOmulew le 31. Ces troupes seront cantonnées depuis Deppen jusqu'à Willenberg, sur le territoire prussien. Elles y resteront jusqu'au moment fixé pour l'évacuation de la Vieille Prusse, à l'exception d'une division que je compte envoyer à Varsovie, mais qui ne s'y rendra qu'après le passage des 5* et (>' corps qui y auront encore des troupes jusqu'au 8 courant.

a48.— AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCIIATEL, ETC

Thorn, 28 juillet 1807.

Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Tétat des officiers généraux et colonels employés au 3' corps

auraient rempli toutea leurs obli{j[ntion8, délimitations des frontières, remise àe» papiers, titres, archives, etc. Pour le commandant du 3« corps qui avait une destination spéciale, elles étaient d'abord moins compliquées; les premiers ordres du 12 juillet avaient déterminé la sphère et les conditions uo commandement que le maréchal prenait des ce moment. Ils étaient ainsi <*onçw : « Tout le territoire du duché de Varsovie sera sous le commandement do M. le maréchal Davout. Il aura le commandement des troupes, néfenge des places, artillerie, {;énie, administration, etc. ; il sera chargé de ^ut; à cet effet, il aura sous ses ordres les troupes polonaises, celles Mionnes, le 3* corps d'armée, la division de draf^ons du {général Lahoussaye, la bri{>a(]e de cavalerie léfjère du {général Pajol et celle du général Watier; ^^ <lrax brifrades seront commandées par le {vénérai de division Lasalle. » °ar une disposition complémentaire, le général Oudinot, qui prenait le commandement du corps de réserve du {jénéral Lannes, devait rester sous les ordres du maréchal Soult jusqu'au moment ou celui-ci serait sur l'Oder, et * ce moment passer sous les ordres du maréchal Davout. C'est en consé- <r>«nce de ces ordres que le maréchal avait réglé sea premiers mouvements de retraite et qu'il se trouvait aux derniers jours de juillet à Thorn, en atten- ^'ant d'aller prendre possession d'un commandement très-compliqué, très- "*"Cai, semi -politique, semi- militaire, à Varsovie mc^roe.

Par décret daté du camp impérial de Kœnigsberg, 13 juillet 1807,

d'armée, conformément au modèle qui était joint à sa lett du IG de ce mois.

Pour entrer dans l'esprit de la lettre de Votre Altesse, dois lui donner connaissance des officiers généraux et colone qui n'ont eu d'avancement ni dans Tarmée, ni dans la Légic d'honneur.

Le général de brigade Petit, blessé à la bataille d'Iéna, e depuis longtemps commandant de la Légion d'honneur, ma il n'a eu aucun avancement depuis le passage du Rhin.

Le général de brigade Gautier, officier très-distingué couvert de blessures, pour lequel j'avais demandé le grac de général de division, n'est encore qu'officier de la Légic d'honneur.

Le général de brigade Marulaz, officier également distingi et couvert de blessures, est commandant de la Légion d'boi neur, mais n'a eu aucun avancement. Il a eu plusieurs afFair brillantes à la tête de la cavalerie légère du 3* corps, notan ment le 17 juin devant Labiau; il poursuivit l'arrière-gan de l'ennemi avec vigueur, lui enleva 200 chevaux et Ht i grand nombre de prisonniers.

Le colonel Valterre du 30' régiment de ligne : j'ai demam pour cet officier supérieur le grade de général de brigade un commandement de place ; il est estropié des suites de s blessures, de manière à ne pouvoir plus sei-vir activement.

Napoléon faisait une (Hstrihution d*ai{>les de la hoçrîon d'honneur aux diff rents corps de la {p>andc armée. Le décret était ainsi conçu : « ...Voula donner une preuve particulière de notre satisfaction pour les services g nouj* ont été rendus pendant cette cainpaf^ne par les différents ré{riinents q composent notre Grande armée, nous avons décrété et décrétons ce qui sui Article 1*'. Il est accordé des aigles d'argent de la Lé{pon d'honneur po rtre distribuées aux ofKciers et soldats qui se sont le plu.-* distingués da lis régiments soit d'infanterie, soit de cavalerie, soit d'artiHerie, composa noM corps d'armée, sans que les états-majors puissent y être compris, no réservant de statuer particulièrement à leur égard, w

Suit l'énumcralion des aigles attribuées aux divers corps d'armée, div sions de cavalerie, artillerie. Le 3* corps du maréchal Davout est compi dans la distribution pour « 320 aigles d'argent, dont 200 aux officiers et i* aux sous-ofiBciers et soldats »» . (^Correspondance de Napoléon , t. X^ p. 419-420.)

m. — AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Thorn, 31 juillet 1807.

Monseigneur, j'ai Fhonneur d'adresser à Votre Altesse trois pièces qui m'ont été transmises par le directeur de la police à Varsovie et qui sont relatives à une violation du territoire polonais par des soldats autrichiens qui y ont enlevé quelques soldats déserteurs. J'envoie sur les lieux un officier pour prendre connaissance des faits et demander, s'il y a lieu, satisfaction auprès de l'officier supérieur autrichien qui commande de ce côté.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

Thoru, l*' aoûl 1807.

Monseigneur, Votre Altesse ne m'ayant pas fixé, dans ses instructions, l'époque à laquelle je devais me rendre à Vari>ovie, je compte laisser ces troupes sur le territoire prussien ùpeu prés jusqu'à l'époque à laquelle, d'après la convention, nous sommes tenus de l'évacuer, c'est-à-dire jusqu'au 20 août.

J'ai été en cela déterminé par deux motifs principaux : le premier est de tirer du territoire prussien le plus de ressources en vivres et surtout en viande qu'il sera possible d'en ^•rer, ce qui ménagera d'autant le duché de Varsovie; le second a été de me soustraire au déluge de plaintes auxquelles doit donner lieu le passage des 5* et 6* corps, plaintes iiuxquelles il m'aurait été impossible de remédier, et qui seront d'autant plus nombreuses que du 5 au 8 août il y aura deux jours pendant lesquels 30,000 hommes séjourneront à Varsovie. Il parait d'ailleurs que les mesures pour assurer les ^subsistances dans les lieux de passage, jusqu'à Varsovie, n'ont pas été très-bien prises, ce qui donne lieu à beaucoup de tlésordres.

Il y a eu quelques rixes particulières entre des Français et des Polonais à Varsovie, mais qui n'ont pas eu de suite.

A Lubraniec, il s'est passé un £ait assez grave. Des soldats d'un détachement polonais ont attaqué des Français qui travaillaient dans un magasin appartenant au 7' régiment d'inBintcrie légère : ils les ont battus et chassés, et se sont ensuite emparés d'une partie des effets que renfermait ce magasin. 12 soldats polonais, reconnus comme les plus coupables, sont arrêtés; je les fais interroger, et ils seront remis, avec toutes les pièces relatives à cette afibire, au général polonais commandant la légion à laquelle ils appartiennent, pour être mis en jugement.

A Varsovie, il y a beaucoup de bavardages. Cependant ils paraissent diminuer depuis qu'on a connaissance de la nouvelle constitution \

' Le M fltatut i^iistitutioniiel • donné au {^nd-duclié de Varsovie est du SS juillet 1807. Il avait été décrété pendant le court séjour qpe Napoléon faisait À Dresde en revenant en France. Il se composait de quatre-vingt-huit articles, et il était .sanctionné par Napoléon lui-même, qui le représentait dans son décret comme Texécution • de ses engagements envers les peuples de Varsovie et de la Grande Pologne, en conciliant leurs libertés et privilt'^es avec la tranquillité des Etats voisins » . H déclarait • la couronne ducale hérédittiirc dans la personne du roi do Saxe et de ses descendants », et il organisait une sorte de régime représentatif naturellement assez mitigé, avec un ministère responsable, un conseil d*Etat, deux Chambres, un Sénat et une chambre des nonces. L*armée était fixée à 30,000 hommes, • gardes nationales non comprises » Le • statut constitutionnel » proclamait la liberté des cultes (sauf la reconnaissance de la religion catholique comme religion de TÉtat), Tabolition du servage, Tégalité des citoyens devant la loi, Tinstitution du code civil français, la publicité des procédures et jugements, Tinamovibilité de la magistrature, etc.

Une convention signée le même jour, 22 juillet, entre la France et la Saxe, réglait la remise des « pays, villes et territoires » du duché de Varsovie aux commissaires du roi de Saxe. Un article disait que Tarmée du grand-duché devrait « se joindre, en cas de guerre, aux armées de la confédération du Rhin ■. Un autre article (VIII) portait que le roi de Saxr acceptait Toffre faite par Tempereor Napoléon « de laisser dans le duché de Varsovie trente mille Français pour en faire respecter les frontières jusqu'à ce que le nouveau gouvernement soit pleinement établi et l'armée complètement organisée • . Enfin, Napoléon se réservait le droit d'entretenir seul un résident à Varsovie. (Recueil des traités^ conventions et actes diplomatiquex eoncernant la Pologne, par le comte d'Angebero.)

Les employés prussiens tiennent beaucoup de propos et cherchent à intimider les Polonais; mais cela n'est d'aucune

conséquence.

PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC

ThorQ,8 août 1807.

Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse qu'hier 7, vers huit heures du matin, des canonniers et soldats du train étant occupés à charger des munitions de guerre sur un bateau, le feu prit aux munitions qui se trouvaient sur une prolonge et la fit sauter. Cette explosion fut suivie de celle du bateau en chargement auprès duquel se trouvait la prolonge. Il y avait sur le bateau environ 30 milliers de poudre et beaucoup de projectiles. La prolonge n'était éloignée que de 8 à 10 toises du magasin à poudre. Les dégâts occasionnés par les explosions sont considérables : 50 personnes, dont 40 militaires, ont été tuées ou blessées. Plusieurs maisons du voisinage se sont écroulées, tous les toits et les fenêtres du reste de la ville se sont plus ou moins ressentis de la commotion.

Le magasin à poudre, si rapproché du lieu de l'explosion, a été ébranlé jusque dans ses fondements, la toiture a été emportée et le feu s'est manifesté ; les généraux Levai et Jordy ont fiait battre la générale et se sont portés sur les lieux avec ^ous les militaires qui se trouvaient dans la place ; le danger était imminent. Le magasin contenait à peu près 400 milliers de poudre, dont l'explosion eilt entraîné la destruction totale de la ville de Thom et la perte de ceux qui s'y trouvaient. Les habitants se sauvèrent hors la ville, mais le courage et le dévouement des généraux et de toutes les troupes ont été à la hauteur du péril. On est entré dans le magasin, enfin on a dirigé les pompes de la ville avec intelligence, et presque contre toute espérance, l'incendie a été éteint avant qu'il se ™t communiqué à la poudre, et la ville a été sauvée.

Sur cent événements semblables, on ne pourrait espère une seule chance favorable.

Le 3' bataillon du 21' régiment de ligne;

La 19* compagnie du 5* régiment d'artillerie à pied, ui détachement de la V* compagnie d'ouvriers d'artillerie, l compagnie de pontonniers du capitaine Heckmann, la 3* com pagnie du 1" bataillon du 48* régiment, les 2* et 6* compagnie du 2* bataillon de sapeurs, la 7' compagnie du 5' bataillon d* sapeurs, méritent les plus grands éloges pour le zèle ave lequel ils ont secondé le dévouement des généraux Levai e Jordy.

Parmi les militaires qui ont particulièrement fait preuve d dévouement, car il en a fallu dans cette circonstance, le rapports m'ont signalé notamment : le capitaine Vatrin, di 3' régiment d'artillerie à pied; le capitaine Leroy, de l 2' compagnie du 2* bataillon de sapeurs; le capitaine Cornu aide de camp du général Jordy; le capitaine Roux, de 1; G* compagnie du 2* bataillon de sapeurs; François Bernard soldat du 10' bataillon bis du train; les nommés Frapier caporal, Delachambre et Forcade, canonniers au 3* régimen d'artillerie à pied.

Je prie Votre Altesse de mettre sous les yeux de Sa Majest( la conduite vraiment intrépide des militaires que je viens d< désigner. J'ai l'honneur de lui observer que les capitaine: Vatrin, Leroy et Cornu ne sont pas membres de la Légioi d'honneur, et que le général Jordy, ancien militaire, couver de blessures, et qui a encore payé d'exemple dans cette circonstance difficile, n'est qu'officier de la Légion d'honneur

On compte au nombre des morts le capitaine Jurey, di 3' régiment d'artillerie à pied; cet officier, qui, d'après h témoignage de ses chefs, était infiniment recommandable pai sa manière de seiTir, laisse une veuve et plusieurs enfants

On cite avec éloge le sang-froid et la bravoure d'un bateliei du pays, nommé Wiadrowski. Il montait un bateau égalemen chargé de poudre et très-rapproché du lieu de l'explosion Déjà le feu était communiqué à son bateau ; il est parvenu î l'éteindre avec le plus grand satig-froid, il a ensuite manœuvre

DU MARÉCHAL DAVOUT. — 1807. Il

pour gagner le large et, par ce moyen, a sauvé son bateau et sa cargaison.

Depuis deux jours j'étais absent de Thom, pour visiter les dépôts du corps d'armée; Tévénement a eu lieu quelques lieures avant mon retour dans la place.

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