AU GÉNÉRAL ZAYONCHECK
Varsovie, 15 mars 1808.
J'apprends, mon cher général, qu'au moment du départ de Varsovie du dernier détachement de la garde impériale, quelques chevau-légers de mauvaise volonté ont abandonné leurs éteDdards en se cachant dans la ville. Ils n'ont pas rejoint dans les trois premiers jours de marche, et j'ai ordonné qu'ils ne fussent plus reçus au corps dont ils ne sont plus dignes de &ire partie. Pour compléter la garde à son passage à Kalisz, je désire que vous fassiez choix dans vos régiments de cavalerie de six hommes nobles polonais, portés de bonne volonté et dignes d'apprécier la faveur qu'ils obtiendront de vous en entrant dans la garde de Sa Majesté. Je désire que vous veuillez bien vous entendre à cet égard avec M. le major Dautancourt, qui aura l'honneur de vous remettre cette lettre.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Skierniewice, 18 mars 1808.
Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse des rapports du commandant de la place de Varsovie et du chef d*escadron Saunier sur la dépréciation de la petite monnaie. Hs étaient du 14.
J'ai l'honneur de vous en adresser un du 16. En vous instruisant que la dépréciation ne fait qu'augmenter, il vous fera connaître les véritables causes de cette crise qui ruinera beaucoup de particuliers et qui occasionnera une grande
perte sur les appointements et la solde, tant que la moitié en sera payée en cette monnaie * .
On ne peut se dissimuler que ce pays, qui éprouTe déjà de grands embarras pour les dépenses et les charges auxquelles il est assujetti, va en ressentir encore de bien plus grands et qui donnent bien des inquiétudes pour Tavenir; on ne peut espérer d'en sortir avec un gouvernement d'une ineptie bien rare, car je ne crois point que l'histoire offre beaucoup d'exemples que des gouvernements aient fait sortir de leur pays du bon argent pour le remplacer par de la fausse monnaie.
Skiernicwice, 21 mars 1808.
Sire, il y a quelques jours que j'ai adressé à Son Altesse le prince de Neufchâtel, major général, un rapport et différentes pièces relatifs à la dépréciation de la monnaie de billon, et la correspondance qui s'en est suivie avec le gouvernement du duché.
J'ai l'honneurde rendre compte à Votre Majesté que, depuis, le mal n'a fait que s'accroître. Différents rapports annoncent quelques rixes entre les militaires et les bourgeois dans les cantonnements, et enti*e autres dans la légion du général Dombrowski; je joins ici copie de sa lettre, que je reçois à l'instant.
Il ne m'est point parvenu de plaintes sur les troupes fi^nçaises de votre 3* corps ; elles sont d'ailleurs payées moitié en monnaie courante, et leur bon esprit me donne lieu d'être ti*anquille.
Le gouvernement de ce pays n'emploie dans ces circon-
' Cette question de la monnaie de billon, qui devenait un moment unf grosse affaire, un grave embarras, était née de ce fait que le gouvernement prussien avait fait fondre une petite monnaie de bas aloi, qui avait envahi le duché de Varsovie. Il en résultait une véritable perturbation notamment dans les rapports entré les troupes, payées en partie avec cette monnaie pjir le gouvernement, et les habitants qui la refusaient. L'agiotage s'en était mêlr et avait aggravé la crise.
^^tances que des palliatifs qui ne remédient point au mal et qui le rendront majeur dans la suite.
On accrédite dans le public que cette crise a été occasionnnée par les autorités françaises. L'arrivée d'un million en billon venant de Berlin pour le payeur du corps d'armée, les a parfaitement servis dans cette circonstance. Il est de fait que cela ne doit être attribué qu'à l'ineptie du gouvernement, qui non-seulement, lorsqu'il voyait la dépréciation qui avait lieu dans les pays voisins, ne prenait aucune mesure, mais a fait exporter la plus grande partie de l'argent courant qui rentrait dans le trésor par les contributions, pour avoir de la petite monnaie qui lui servait à payer les troupes et les employés.
On sait positivement que le ministre des finances a accordé des permissions pour plus de 1,200,000 thalers à un banquier nommé Fi^ankel.
J'ai adressé à Son Altesse le major général un rapport plus détaillé il y a deux jours.
II n'y a pas de doute qu'indépendamment de ces exportations permises, il ne s'en soit fait de bien plus considérables par fraudes; on ne doit pas être étonné, d'après de pareilles mesures, de la i*areté de la bonne monnaie et de l'affluence du billon.
J'ai cru devoir. Sire, d'après tous ces faits et la lettre du général Dombrovrski, écrire au ministre de la guerre du duché la lettre ci-jointe. M. le résident, qui est ici avec moi, a jugé aussi qu'il était utile au bien du service de Votre Majesté de leur tenir ce langage ; il écrit enfin à Dresde de la manière la plus pressante à cet égard.
Les rapports d'hier de Varsovie annoncent que les marchands ne veulent plus recevoir de billon à aucun taux.
Il pourrait bien arriver quelque petit événement, mais la tranquillité publique n'en sera pas troublée.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Skierniewice, 21 mars 1808.
Monseigneur, je reçois dans le moment une lettre du général Dombrowski, qui me prévient que des rapports, venant des diCFérents cantonnements occupés par sa légion, lui annoncent diCFérents excès entre les militaires et les boui^eois, occasionnés par la réduction de la petite monnaie, ce qui prive, dit-il, le soldat d'une grande partie de sa solde. Son officier qui vous remettra cette lettre vous en porte une où il vous rend compte également de ces faits.
Nous voilà arrivés à Tépoque où les habitants et militaires vont se ressentir des opérations de nos financiers ; si la plus crasse ignorance ne les excusait pas, on pourrait les accuser d'une grande malveillance. Rien ne ressemble tant à leurs opérations de finances que celles des écoliers qui croient faire une bonne spéculation en convertissant de Tor en petite monnaie.
Si ces scandaleux permis ont enrichi quelques misérables, ils nous ont bien donné le droit, à nous, chefs militaires, de les apprécier, puisqu'ils nous mettent dans des cas dont De manquent jamais de profiter quelques mauvais esprits pour troubler la discipline; je craindrais que cette circonstance n'en ofiFrft des exemples, si le bon esprit des officiers et des troupes ne me rassurait parfaitement à cet égard.
Je suis donc parfaitement tranquille sur les mesures qu^ vous prescrirez à nos officiers; il ne me reste qu'à vou^ demander de presser le gouvernement de prendre des mesure^ pour que le soldat ne soit point lésé et pour qu'il n'ait aucu^ prétexte de plaintes majeures.
Je vous fais connaître, prince, que l'Empereur a dona^ depuis quelque temps l'ordre de payer les troupes française^ ? moitié en monnaie courante et moitié en billon.
Ce n'est que par des mesures sages, fermes et équitables ^ qui feront cesser totalement Tagiotage, et non par des pallia^-^
tifs, que Ton parviendra, sinon à prévenir totalement les maux particuliers, du moins à les adoucir beaucoup et à les rendre supportables.
Skieroiewice, 22 mars 1808.
Sire, j'ai l'honneur de faire connaître à Votre Majesté que la rentrée prescrite dans les caisses de l'armée des fonds provenant des contributions levées en Poméranie, se trouve arrêtée, parce que le ministre de la guerre du duché a reconnu que ces sommes avaient été employées au service de l'armée, et que par ce moyen cela devenait une dette du gouvernement du duché envers le gouvernement français ; il paraîtrait même que l'on aurait fait intervenir Sa Majesté le roi de Saxe dans ces décisions. Dans cet état de choses, j'adresserai incessamment à M. l'intendant toutes les pièces de cette afFaire, afin qu'il prenne les ordres de Votre Majesté.
Quoique j'aie la conviction morale que ce soit plutôt un acte de complaisance que de justice, dont le but est de se feire des créatures, j'ai cru ne pouvoir, par respect pour le roi <le Saxe que l'on a fait intervenir, faire retenir les appointements et mettre le séquestre sur les biens des généraux et officiers qui avaient reçu ces sommes; elles se montaient à plus de 300,000 francs, que Votre Majesté m'avait autorisé à employer pour soutenir le service de la viande en cas de uécessité.
Ce contre-temps est d'autant plus fâcheux, qu'au premier moment nous nous trouverons exposés, et alors je n'aurai ^ucun moyen de venir au secours.
Il est de mon devoir de vous dire que dans la détresse où ^ trouvent les finances du duché, les subsistances des troupes ^ particulièrement le service de la viande seront compromis, si l'on ne met des fonds à la disposition de l'ordonnateur ^u corps d'armée, qui ne seraient employés qu'à la dernière extrémité et comme prêt; je puis garantir qu'avec 300,000 fr.
154 GOnRESPONDANGE
par mois, donnés en secours, à propos, tout sera parfaitement assuré.
La détresse du trésor est au delà de toute expression, Tincapacité des financiers ne peut qu*accrottre les inquiétudes; ii me faut cette conviction pour vous parler de faire des avances d'argent, puisqu'il entre dans mes devoirs d'économiser vos finances.
4il. — AU MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE
PRINCE DE NEUFGHATEL, ETC
Skierniewice, 22 mars 1808.
Monseigneur, depuis mon dernier rapport du 18 sur la dépréciation du billon, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse que les choses n'ont fait qu'empirer; à Varsovie, les marchands n'en veulent plus recevoir.
Quelques rixes ont eu lieu dans les départements, et notamment dans celui de Posen; je vous adresse copie d'une lettre du général Dombrowski et de celle que j'ai écrite par suite de celle-là au ministi^e de la guerre du duché de Varsovie.
Les troupes françaises donnent le bon exemple, et je ne crains point d'événements majeurs ; je redoute beaucoup plus l'ineptie du gouvernement.
Votre Altesse verra par tous ces différents rapports combien il est urgent qu'il soit pris des mesures pour la partie de la solde et des appointements qui est encore payée en billon.
Skiernîewice, 22 mars 1808.
Sire, j'ai eu l'honneur d'envoyer à Votre Majesté, le 6 février, copie de la lettre que j'avais adressée à M. Bourgoing ^ Dresde, par laquelle je le priais d'employer ses bons offices pour que le directeur de la poste ne soit soumis qu'à l'autorité du Roi, sauf la partie des finances, du moins tant que I^^
DU MARECHAL DAVOIJT. — 1808. 155
Français seront ici. Je suis entré dans quelques détails pour vous faire connaître mes motifs, dont le principal était le seul moyen de police dont on pouvait tirer parti ici.
Je faisais connaître à Votre Majesté quelques correspondances entamées, qui ne pourront jamais avoir aucun grand danger, mais qu'il est utile de découvrir. Le seul résultat de raa dépêche à Dresde a été qu'on a envoyé l'ordre à M. Zayoncheck de se rendre à Dresde, en prenant pour motif un congé qu'il avait demandé depuis trois mois, et qui lui avait été refusé alors.
En s'y rendant, il est passé ici. Je lui ai observé que depuis quelque temps , il ne me faisait plus connaître la suite de ces L'orrespondances ; il m'a fait des protestations assez équivoques; à peine parti, il s'est arrêté à quelques lieues et m'a écrit la lettre dont copie est ci-jointe. Je vois d'après cela qu'on ne peut plus compter sur un homme d'un caractère iussi versatile; bien entendu que cette lettre est restée sans éponse.
On craint beaucoup ici notre surveillance sur les lettres, et >ardes raisons qui doivent faire désirer qu'elle ait lieu.
Je ne pense pas que les puissances étrangères cherchent à ormer quelques partis dans Varsovie; mais depuis quelque ^mps on y a remarqué beaucoup de gens qui certainement ivaient la mission d'obser\'er.
J'ai été instruit qu'un nommé Fonbrune, émigré, résidant lîïlûtuellement à Cracovie, était à Varsovie. Le ministre de la Police et le commandant de la place lui ont demandé s'il avait ait sa soumission. Sur sa réponse négative, on l'a fait repartir outde suite. Celles de ses lettres qui doivent parler d'affaires ans être en chiffres sont cependant inexplicables, lui seul en
la clef; les autres sont insignifiantes. Tout ce qu'il y a de cmarquable comme opinion, c'est une lettre de Vienne de ^ princesse Bagration qui lui a mandé que son époux commandait en Finlande contre le dernier des Romains.
Ce Fonbrune, après son départ, annonce à madame de auban qu'il est arrivé à Cracovie le 9 mars et qu'il en part ' 12 pour Vienne, sans donner d'autres détails.
156 CORRESPO:¥DANCE
Malgré que la cour de Prusse ne mérite pas, dans Tétat où elle se trouTe, beaucoup d^attention, cependant tous les bavardages qui ont lieu venant des ex-employés prussiens et des vovageurs de Kœnigsberg, j'ai prié M. Thielmann, aide de camp de Sa Majesté le roi de Saxe, d'envoyer dans cette ville un oflScier saxon intelligent, ayant des moyens d'introduction près des personnes de la cour.
J^adresse à Votre Majesté copie de la lettre de M. Tbielmann, sur la mission de cet officier.
Les employés prussiens continuent toujours à débiter des nouvelles absurdes sur la remise du duché de Varsovie à la Prusse, et Ton remarque que c'est particulièrement de Bialystock que viennent ces nouvelles ; il y a bien dans ce pays un sénateur russe et une autorité militaire de cette nation, mais tous les employés prussiens sont en fonction , et il n'est plus question de les remplacer par des employés russes.
Une lettre de l'ambassadeur de Sa Majesté le roi de Hollande, de Grodno, le 17 mars, et beaucoup d'autres renseignements, annonçaient qu'une armée russe était en marche pour la Finlande suédoise, qu'une division russe qui était dans les environs de Wilna avait dû se porter dans les environs de la Moldavie.
On forme sur le Bug, depuis Grodeck, Brzeck et Ducko, beaucoup d'approvisionnements.
D'un autre côté, le colonel Mathis, qui commande le cordon du Niémen, m'annonce, sous la date du 15 mars, que la division russe cantonnée dans les environs de Wilna, qui avait eu l'ordre de se mettre en marche, vient de recevoir contreordre.
On annonce des régiments autrichiens en marche sur U Turquie.
II Vest passé, il y a quelques jours, à Kalisz, quelques évé^ nements envers des Français, contraires à la bonne harmonie qui existe du reste partout ailleurs. Un colonel Godebskii du 8* régiment d'infanterie, est compromis et parait être anim^ d'un esprit tel, que s'il y avait dans les autres chefs de corp^ polonais des tètes comme la sienne, on pourrait craindre d^
DU MARECHAL DAVOQT. — 1808. 157
voir la bonne harmonie troublée; j*ai envoyé sur les lieux ladjudant-commandant Romeuf, et si les faits ne sont pas exagérés, je réprimerai cette première tentative.
Le général Kniaziewicz, qui a servi avec beaucoup de distinction dans les légions, est venu dans ce pays passer quelque temps; je Fai vu ici, il jouit de la confiance du militaire, et lorsque Votre Majesté le voudra, il se rendra sous vos drapeaux.
Si on peut faire cas des conjectures et citer des observations, il résulterait qu'il règne beaucoup de mécontentement dans la Russie et dans le militaire de cette nation, et que les jours de Tempereur Alexandre seraient en très-grand danger, si on ne craignait pas que vous ne pénétriez en Russie pour venger votre allié et soutenir sa famille. Un maréchal Tuskewiez, qui habite Wilna, a fait les mômes réflexions dernièrement à un officier polonais qui a été attaché au sénateur Gouvion et qui se trouvait là par permission*
Varsovie, 28 février 1808.
Monseigneur , j'ai Thonneur de présenter à Votre Excellence la relation du lieutenant Langeneau, sur ses observa- ^ons pendant son séjour à Kœnigsberg, et comme il est proche parent de la grande maîtresse de la Reine, madame de Woss, ce que j'ai ignoré moi-même, il a été à même de pui- ^^r à la source la plus authentique.
1* Toute la force militaire, en Prusse, est maintenant de ^G bataillons, 36 escadrons,
2 compagnies d'artillerie à cheval, 8 compagnies d'artillerie à pied.
^t comme tous les cadres sont plus ou moins incomplets, le ^^tal ne surpasse pas le nombre de 20,000, savoir : 1,200 d'artillerie, 5,000 de cavalerie,
158 CORRESFOr^DANCE
13,800 d'infanterie.
2* En outre, il y a le corps du général Blùcher en Poméranie, qui doit être de 10,000 hommes, y compris la garnison de Colberg.
Enfin, il y a encore la garnison de Glatz et Kosel en Silésie.
3^ La pénurie en tout genre est énorme, de façon que par ordre du Roi, il n'y a que 50 hommes par compagnie présents sous les armes; tout le reste est semestrié, même a-t-on renvoyé depuis peu les Silésieus et les Poméraniens au nombre de 3,000, en ne leur donnant que 2 florins polonais par tête pour se rendre dans leurs foyers.
4° Quant au matériel, il y a encore assez de bouches à feu pour une armée de cette force, ayant sauvé les batteries du corps du général Lestocq et celles que Ton avait prêtées à l'armée russe; mais il n'y a pas assez de fusils pour armer cette inËcinterie au complet, même les fusils des présents sous les armes sont de diCFérentes espèces.
5* La cavalerie, même les gardes du corps, sont en cantonnement sur le Niémen.
On tâche de se défaire des chevaux en les donnant aux paysans.
La garnison de Kœnigsberg est de 4 escadrons et 8 batail' Ions ; toute l'artillerie s'y trouve aussi. L'autre infanterie est en garnison à Elbing, Graudenz, Tilsit, Gumbinnen, etc.; sur la route de Wiilenberg à Kœnigsberg, il n'y avait garnison qu'à Bartenstein.
6^ La commission pour l'organisation de l'armée a suspendu ses travaux, parce que tous les moyens manquent. Le plan pour l'avenir doit être d'avoir 80,000 hommes sur pied.
7" M. de Stein, comme premier ministre, a de même la direction de la partie économique de l'armée. Le comte Lotten, aide de camp du Roi, a le portefeuille militaire.
REMARQUES POLITIQUES ET GÉiSÉRALES.
1' Le pays est dans la dernière détresse, les maladies contagieuses ont ravagé des villages entiers. Sur la table du Roi,i'
11 y a que la soupe et deux plats; dans les premières maisons, on n'a plus de vin, et même à la table de M. le maréchal Ralkreuth, on n'avait que du pain de munition de la plus mauvaise qualité.
2' L'empereur de Russie avait emprunté du trésor sauvé par le roi de Prusse 15 millions de thalers. A cette heure, les états de Prusse viennent d'envoyer une députation à Pétersbourg, à la tète de laquelle se trouve le colonel Krusemark, de la part du Roi, pour supplier et négocier le remboursement de cette somme considérable ; ils doivent être même autorisés à accepter du papier-monnaie et, en ce cas-là, acheter en Russie du bétail, du blé , etc. La pénurie d'argent est telle, qu'on sera obligé d'arriérer, dès le l" mars, les appointements du cItII de la moitié, et la solde du militaire d'un tiers.
Toutes les pensions de retraite sont réduites à la moitié, et les grandes même au cinquième.
3' On poursuit les marchandises anglaises avec la plus grande rigueur; même a-t-on mis en jugement des marchandises danoises qui étaient suspectes.
i* Un aide de camp du Roi est envoyé à Paris pour notifier l'accouchement de Sa Majesté la Reine et prier Sa Majesté l'Empereur de tenir l'enfant.
5* On se flatte d'avoir les revenus de la Silésie et des Marches dès le commencement de mars; M. de Stein devait incessamment partir pour Berlin.
6* Un courrier an-ivé de Paris, avait apporté des cadeaux de la part de Sa Majesté l'Empereur.
7* Sa Majesté le Roi, en parlant à M. Langeneau à la cour, lui dit : a Votre uniforme, monsieur, ne peut faire naître en '^oi que des réminiscences bien désagréables. »
8* Le même bruit a couru à Kœnigsberg, que le duché de 'arsovie reviendrait à la Prusse. Il est certain qu'il y a un parti polonais-prussien, et qu'il a existé une correspondance. Loin de vouloir soupçonner le prince Joseph, il me faut cependant rapporter ce que madame de Wos a dit dans un téte-à- ^^te. En louant beaucoup le prince Joseph, elle a continué : * Il nous a écrit encore » , et tout à coup elle a rompu le
discours. Même à la cour on a cru qu'il y avait eu une révolte à Varsovie. On n*aime pas les Français, mais on déteste les Russes. De même a-t-on pris en grippe les pauvres Saxons, qu'on déchire; surtout a-t-on pris de mauvaise part que la cour de Dresde n'ait pas encore nommé un ministre. Puissé-je obtenir le consentement de Votre Excellence pour cette commission! L'arrivée de M. Langeneau n'a causé aucun soupçon à Kœnigsberg.
Skierniewice, 22 mars 1808.
Sire, vous voulez que je reste, puisque Votre Majesté, au lieu de m'accorder un congé, a autorisé ma femme à venir me rejoindre \ Le désir que j'avais de quitter ce pays est basé sur la crainte que j'ai manifestée depuis Tilsit d'être au-dessous des difficultés qui naissent des circonstances et des intrigues de toutes les têtes chez qui le mouvement et la légèreté sont de nécessité. Je n'écoutais dans ce désir que le bien de votre service; mais puisque votre intention est que je reste, je ferai de mon mieux. Dans ce moment, quelque difficiles que soient les circonstances, la présence de votre résident m'inspire un encouragement réel, puisque je ne puis douter qu'il joint à des connaissances et à du talent un dévouement à toute épreuve
1 Le maréchal Davout, après une lon([ue campagne et quelques mois d'an séjour fort laborieux en Pologne, n*aurait pas été, en effet, fâché de prendre un congé, de pouvoir tout au moins faire un voyage à Paris. Il y était porte sans doute un peu par le sentiment des difficultés au milieu desqaellef il vivait, mais encore plus parce que depuis dix-huit mois il était séparé de sa femme, qui de son cdté, bien naturellement, était tout aussi impatiente de le revoir. Il mettait toutefois sa délicatesse à ne pas solliciter ce congéf pensant qu*une telle demande serait de sa part une indiscrétion, et que s'il n*y avait pas eu d'inconvénient pour le service, l'Empereur se serait prêté spontanément h ses désirs. La maréchale, à ce qu'il semble, t'était chai]gée de la négociation auprès de l'Empereur, qui la tourmentait on la plaisantait en lui annonçant une longue absence du maréchal. On trouverait à ce sajet des détails de cette histoire intime dans la correspondance de Davout et de sa femme. En réalité. Napoléon, loin de traiter le maréchal en disgracléi tenait à le laisser à Varsovie, parce qu'il était certain d'avoir un lieutenant
pour votre personne; il fallait dans ce pays un homme de ce caractère et à Tabri de toutes les petites intrigues. Votre Majesté peut compter sur la meilleure intelligence entre son résident et son général en chef.
J'ai profité du départ du général Henry Wolodkowicz, qui se rend à Paris et qui y sera plus vite que la poste, pour vous envoyer, Sire, ces diÉFérentes dépêches. Je ne puis parler de ses talents militaires, n'ayant pas eu occasion de les éprouver, mais je lui dois la justice qu'il est attaché à la France, il m'en a donné beaucoup de preuves.
Skieroiewice, 22 mars 1808.
Sire, suivant les ordres de Votre Majesté, on a travaillé aux places de Thom, Sierock, Modlin et Praga; les grandes gelées ont forcé de suspendre les travaux en terre, mais on a continué ceux en bois. Aussitôt que la saison le permettra» on •éprendra ceux en terre.
L'enceinte de Thorn est achevée ; cette place est à l'abri dun coup de main, et pendant cette campagne on achèvera les ouvrages avancés.
Modlin a le corps de place assez en état.
Sierock est la place la moins avancée; elle serait de peu de l'essource dans l'état actuel.
^dèle et sûr dans un poste difficile. L*Emperear croyait le maréchal néces- ^ûre là où il était, ce qui était évidemment une marque de confiance, et il ■leTonlait pas lui accorder le congé qu'il aurait désiré, qu'on demandait poQr loi; mais il autorisait la maréchale à se rendre en Pologne, auprès de ^n mari. C'est ce qui avait lieu effectivement. La maréchale se rendait à Mrsovie, où elle passait quelque temps, faisant avec autant de grâce que de 'dignité les honneurs de la maison du maréchal, présidant à une série de ^<^tet officielles, recevant la noblesse polonaise, les chefs de l'armée, les P^nonnages de la diplomatie. La présence de cette gracieuse femme con- (nboait à mettre de l'agrément et de la facilité dans les relations, en adou- '^ot pour le maréchal, les ennuis d'un commandement lointain, souvent *^piiieui, — moins ingrat toutefois que les commandements exercés en ce l^oment même par ses compagnons d'armes en Espagne, où le maréchal n'a J^nuûs paru depuis le commencement jusqu'à la fin.
If. 1]
Praga n'a plus que trés-peu de travaux en terre à Eaire et est dans un très-bon état de défense.
On a fait à tous les ponts sur la Vistule et à celui de Sierock des brise-glace, et avec des précautions, j'espère qu'on les sauvera lors de la débâcle.
Le pont de Sierock, qui était trop étroit, a été beaucoup élargi.
Je rappelle à Votre Majesté qu'il n'y avait pas de pont sur pilotis à Modiin pour communiquer de la rive droite à la rire gauche de la Vistule. On avait jeté un pont de bateaux qui a été levé à l'époque des froids.
Beaucoup de ces bateaux ont été rendus aux particuliers, d'autres ont été détruits; ainsi il n'existe plus de moyens de jeter un pont de bateaux. J'ai fait réunir tous les bois nécessaires pour faire un pont sur pilotis, mais je crois devoir attendre. Sire, vos ordres pour y faire travailler.
Je dois observer qu'il existe déjà à Modiin, pour communiquer de la place à l'Ue formée par le Bug, un pont sur pilotU qui a aussi ses brise-lame.
Skierniewîce, 23 mars 1808.
Sire, j'ai adressé à votre grand chancelier de la Légion d'honneur la copie d'une lettre de M. le comte de Bose, à laquelle étaient jointes quatre croix de commandeurs, quinze de chevaliers de l'Ordre de Saint-Henry, pour être distribuées, suivant le consentement de Votre Majesté Impériale et Royale, par l'organe de votre ministre des aCFaires étrangères, M. de Champagny, à des officiers français de votre 3* corps.
Le grand cordon de l'Ordre de Saint-Henry m'est aussi envoyé par Sa Majesté le roi de Saxe avec votre consentement; M. de Bose, dans sa lettre, observe que puisque les officiers n'avaient pas été désignés, c'est que Votre Majesté paraissait pouvoir s'en rapporter au choix du général qui les commande, ci il me demandait les noms et les grades des officiers élus
leur expédier les brevets d'usage. A ma lettre à M. Lacéétait jointe la liste des généraux et officiers désignés, avec e de soumettre le tout à Votre Majesté, i cru, Sire, quoique n'ayant rien reçu d'officiel de la de mon gouvernement, devoir, pour ne pas désobliger Sa ité le roi de Saxe, faire les choix et recevoir les décora- . La lettre de M. Bourgoing m'annonçant que la détertipn de Votre Majesté était de me laisser le choix des lires français auxquels Sa Majesté le roi de Saxe accordait coration, m'a confirmé dans le parti que j'ai pris, li cherché dans les choix, à &ire une chose qui pût parèrement être agréable au roi de Saxe, et en même temps £aire porter sur des officiers qui s'étaient rendus recomlabiés par leurs services.
li l'honneur de vous adresser copie de cet état, ainsi que ettres du comte de Bose et de Sa Majesté le roi de Saxe.