II
les gens qui ajoutent déjà foi à ce que tous dites à cet égard. D'ailleurs, le ministre de la guerre de Sa Hagesté le roi de Saxe reçoit très-exactement des états des malades et des morts.
Cette lettre tous sera remise par M. de Thielmann, qui se rend à Dresde pour £ure connaître à son respectable et vertueux souverain Fétat des choses.
Ceux qui se sont obstinés à le lui cacher jusqu'à ce jour sont bien aveugles, s'ils ne sont malveillants. Ceux qui, pour protéger des êtres qui à l'incapacité réunissent la mauvaise volonté, se servent du nom du prince de Bénévent et du ministre Maret, méconnaissent bien ces deux grands personnages. Ils connaissent tous deux trop l'Empereur et ils lui sont trop attachés pour, de Paris, chercher par leur influence à prolonger un état de choses si contraire aux intérêts de notre souverain et de ceux de Sa Majesté le roi de Saxe, qui sont communs, en donnant leur protection à des individus qui ne cessent de prouver par mille faits, les uns leur incapacité, et les autres leur malveillance.
Je me suis regardé comme très-heureux, dans ces circoustances, que l'Empereur ait eu ici un résident d'un dévouement sans bornes pour sa personne, clairvoyant, ferme et à l'abri de toute espèce d'intrigues. II n'a rien moins fallu que la bonne harmonie qui existe entre lui et moi, pour déjouer, pour le moment, les projets qu'on a eus, dans ces derniers temps, pour bouleverser tout ce pays.
II est bien à souhaiter que vous employiez le crédit dont doit jouir l'ambassadeur de notre souverain auprès d'un allié aussi dévoué et aussi respectable que Sa Majesté le roi de Saxe, pour qu'il soit pris les mesures que nécessitent les intérêts communs. Elles sont indispensables, tous ceux qui gouvernent ce pays étant tout à fait discrédités et ayant donné trop de preuves de mauvaise volonté.
Je ne vous ai point entretenu de tout ce qui s'est passé relativement à la dépréciation du billon, cette chose étant de la compétence de M. Serra.
nu MARECHAL DAVOUT. — 1808. 17»
VartOTÎe, 30 mars 1808.
Sire, j'ai fait connaître à Votre Majesté, par ma lettre du 28« la formation de magasins en Galicie, sur les points de Radom, OpatoWy Lublin, Zamosc et Strazow. Cette formation de magasins parait avoir rapport à un envoi de régiments qui viennent s'établir dans les deux Galicies.
Je joins ici une note de ces régiments et de leur emplacement. Elle m'est fournie par quelqu'un qui m'a toujours donné de bons renseignements.
Je ne puis m'empécher de faire remarquer à Votre Majesté que les Autrichiens, qui sont très-peu complaisants pour nous et ne laissent rien passer, pas même des volailles, tiennent une conduite toute différente avec les Russes.
Ceux-ci forment des magasins assez considérables à Rowno et à Lutzk en Voihynie.
Ce qui a donné lieu aux nouvelles répandues de grands
transports d'artillerie en Russie, c^est qu'il est parti, de Riga,
3 ou 400 pièces de gros calibre, toutes en fer, à l'exception
d'une demi-douzaine en bronze. Une petite partie de ces
pièces ont été dirigées sur Liban, port de Courlande; et la plus
grande partie sur V^ilna. Elles étaient sans affûts et conduites
par des traîneaux. Il est vraisemblable qu'elles iront jusqu'à
Grodno, pour être embarquées sur les afQuents du Dnieper.
Ces renseignements m'ont été donnés par le lieutenant
Pradine, de la légion du Nord, rentrant de prison de Russie.
n est parti, vers le milieu de février, de Riga où il était resté
malade. Il a trouvé beaucoup de troupes à Grodno, V\^ilna et
particulièrement dans le pays de Bialystock. Il y a beaucoup
de maladies parmi les habitants et les troupes.
Il y a à Bialystock et dans les environs, à peu près 50 ou 60 pièces de campagne.
Je peux compter sur les renseignements que cet officier a donnés, puisqu'il ne parle que de ce quMl a vu.
Le dernier transport de bœufs que le fournisseur de la
viande a tiré de Russie, a éprouvé beaucoup de difficultés, mais il les a levées avec de Targent. Je ne vois là dedans que la culpabilité de quelques subalternes. Cependant, j'enverrai vérifier le fait. Si on éprouvait des difficultés réelles, nous nous trouverions dans les plus grands embarras.
P. S. — La même personne qui m'a fourni les renseignements sur la Galicie que j'ai Tbonneur de transmettre à Votre Majesté, m'assure aujourd'hui que de l'artillerie, environ 12 pièces, est en marche, de Cracovie, se portant du côté de Radom. Elle me confirme aussi la formation des magasins; mais tout cela ne me parait être qu'une suite de cette dislocation de troupes.
Les rapports des troupes que j'ai sur le Niémen annoncent le départ de quelques régiments de Cosaques réguliers et de deux régiments d'infanterie qui étaient sur la ligne. Ces troupes sont remplacées par quelques régiments de Cosaques irréguliers.
Les soldats congédiés du service de Prusse continuent à traverser le pays. Le roi de Prusse réduit sa petite armée de plus de moitié \
PRINCE DE NEUFGHATËL, ETC
Varsovie, 31 mars 1808.
Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse qu'un nommé Daboville, Français, ayant assassiné son bienfaiteur, fut condamné dans le temps par le tribunal
1 Ces pas8a{;e8 de soldats prussiens avaient dû être représentés par quelque rapport indirect avec exagération à TEmpereur, qui, prenant feu aussitôt,
avait écrit dès le 16 février au major général : « Vous témoî^erez mon
mécontentement nu maréchal Davout de ce qu'il a permis le passage d'un régiment prussien sur le territoire du duché de Varsovie. Les Etats du roi de Saxe, faisant partie de la confédération du Rhin, sont inviolables; aucune troupe étrangère ne doit y passer. Ecrivez au maréchal Davout qu'il s'abstienne d'accorder le passage désormais, qu'il donne des coups de fusil à qui que ce soit qui voudra violer ce territoire. » (Correspondance de Napoléon, t. XVI, p. 333.)
criminel du département de la Moselle; il en rappela, et le premier jugement ayant été annulé pour le défaut de formes, Tindividu fut renvoyé devant le tribunal du département des Forêts. Pendant l'instruction de la nouvelle procédure, il parvint à s'évader des prisons de Luxembourg, passa à Saint- Domingue avec la deraière expédition, et rentra en France au moment de la formation des camps sur la côte. Il vint à celui de Bruges, sous le nom de Lallemant, et obtint un emploi dans Tadministration des hôpitaux. Les camps furent levés, et le 3* corps, pour se rendre en Autriche, passa par Luxembourg; Daboville-Lallemant eut Fimprudence d'y paraître et fut dénoncé à M. Saunier, chef d'escadron de la gendarmerie, qui m'en fit son rapport. J'ordonnai que ce Daboville fût arrêté et conduit de brigade en brigade dans les prisons de Luxembourg. On ignore comment il fit pour s'évader pendant son transfert dans cette ville, où il ne parvint pas. On ignore aussi comment il était venu en Pologne et avait réussi, sous le nom de Lallemant, à se faire placer capitaine au 3* régiment d'infanterie du duché de Varsovie. Il fut découvert par la gendarmerie, et j'ordonnai de nouveau son arrestation, en en donnant avis au ministre de la guerre du duché. Deux gendarmes, accompagnés de deux chasseurs à cheval, se rendirent à Czarnoczin pour arrêter Daboville-Lallemant, ce qui eut lieu ; mais Lallemant, ayant probablement eu avis de son arrestation, avait pris ses mesures. Sa compagnie, qui était seule cantonnée à Czarnoczin, fut rassemblée; on maltraita les gendarmes et on les mit dans l'impossibilité d'agir. Lallemant profita de ce désordre, fit seller ses chevaux et partit avec deux soldats de sa compagnie, emmenant également avec lui le cheval d'un des chasseurs etse dirigeant vers la frontière de la Russie qui se trouve très-peu loin de ce lieu. Les représentations des gendarmes furent inutiles; ils ne furent remis en liberté que par l'intervention du commandant de la place de Lomza (officier français), qui fut prévenu de cet événement et envoya un détachement de cavalerie pour les délivrer.
Lallemant fut traduit par contumace au conseil de guerre
permanent de la 1** légion polonaise, qui rendit le jugement ci-joint qui le condamne à la peine de mort.
J'ai également demandé que le lieutenant qui prit le commandement de la compagnie, après le départ du capitaine Lallemanty fût mis en jugement pour avoir méconnu la force publique en retenant les deux gendarmes, et que cette compagnie fût relevée et envoyée à Varsovie, pour être surveillée.
Varsovie, 31 mars 1806.
Sire, chaque quart d^heure me donne la conviction qu'il existe une intrigue. J'ai fait connaître à Votre Majesté la résistance bien extraordinaire du gouvernement, relativement aux mesures à prendre pour la monnaie de billon. La mesure qui a enfin été prise a satisfait tous les esprits. Depuis cette époque, des émissaires, j'en ai eu le rapport, ont couru les environs, pour empêcher qu'on apporte rien au marché. Le pain est rare. Cet état de choses ne pourrait durer longtemps.
Il y a trop d'habileté dans toutes ces menées, pour que cela vienne des principaux d'ici. Ce ne sont que des machines. Les ministres ne le sont que de nom. Il y a derrière celui des finances un nommé Struensée, derrière celui de la justice un nommé Bachmann, et un nommé Raubach derrière le ministre de la police.
Ces trois individus, connus pour avoir beaucoup de moyens, sont des hommes extrêmement dangereux, et si je ne me trompe, profitant de l'ineptie des ministres, ils mènent toute cette trame. Je me propose de les faire arrêter. J'espère que la visite de leurs papiers produira quelques renseignements. Dans tous les cas, ce sont des hommes bons à chasser.
Cette intrigue, si mon imagination n'attache pas trop d'importance à bien des circonstances, doit avoir des ramifications à Dresde et à Paris.
M. de Thielmann, aide de camp du Roi, vient de partir pour Dresde, pour éclairer son souverain sur ce qui se passe.
M. de Bo8e avoue un systéme^de lenteur dont il ne fait I application que dans des cas où il faudrait la plus grande céléritéy et dans ceux où ce système serait sans inconvénients, il y met une précipitation qui doit me donner des soupçons. Par exemple, instruit par M. Bourgoing de mes réclamations pour qu*on laisse M. Zayoncheck, directeur de la poste, maître de sa chose, et pour qu'on ne désorganise pas ses bureaux, voyant bien qu'il nous était utile, courrier par courrier, il Ta appelé à Dresde, ^ sous le prétexte d'un congé demandé il y a plus de trois mois et qui lui avait été refusé. Le major général, le 19 février, m'envoie l'ordre de renvoyer en France tous les commandants de place français qui ne font pas partie du corps d'armée; aussitôt qu'on en est instruit, on fait rendre au Roi, le 4 mars, un décret assez équivoque, qui paraîtrait donner le choix de tous ces commandants au ministre de la guerre polonais. Heureusement qu'ils sont tous nommés et que quelques-uns font assez bien leur service pour que je sache en gros ce qui se passe dans le pays.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté copie de la lettre
du major général, de celle du ministre et du décret du Roi.
D'un autre côté, dés le 1*^ mars, le gouvernement a demandé
à Dresde, des ordres relativement à la monnaie de billon, et
il n'a pas encore reçu de réponse.
Je ne puis m'empécher de faire connaître à Votre Majesté tous mes soupçons. Elle les appréciera à leur juste valeur.
Voici ce qui me reste des conversations que M. de Thielmann a eues avec le résident de Votre Majesté et avec moi.
M. le comte de Rose subjugue le Roi, et les intentions de ce ministre me paraissent très-suspectes. M. de Rose, avant la guerre, était un des ennemis de Votre Majesté; il l'a prouvé par de mauvais vers et par sa conduite. Enfin, pour influencer la conduite du Roi, on ne se borne pas à la corresponflance de M. de Champagny, ce qui devrait être pour éviter des contradictions et des intrigues; on fait émettre des opinions, des jugements à des personnes qui, j'en suis convaincu, n'y pensent pas. C'est ce qui m'a déterminé à écrire au
ministre de Votre Majesté à Dresde la lettre dont copie est ci-jointe.
Enfin, suivant M. de Thielmann, M. de Marcolini, qui passe pour avoir toute la confiance du Roi, était trés-m écoutent de cet état de choses, et le Roi lui-même en était très -contrarié.
Ce sont des choses que, quoiqu'elles me soient étrangères, je crois de mon devoir de communiquer à Votre Majesté, d'après ce qui se passe.
Les Allemands nous inondent de petites brochures. La plus remarquable est celle intitulée : D'Alembert à Ftédérie II, sur le démembrement de la Pologne^ et dédiée au prince Poniatowski. Tout cela ne produit aucune sensation, quel que soit le but de ceux qui publient ces pamphlets.
J'ai parlé hier au prince Poniatowski, suivant les intentions de Votre Majesté, du traité que vous faisiez proposer au roi de Saxe, pour prendre à votre solde, 8,000 hommes de troupes polonaises. Le prince en a parlé à ses entours. Ce matin, le colonel Potocki est venu me rendre compte que cette nouvelle circulait dans toute la ville, et à Tordinaire, les intentions bienveillantes de Votre Majesté étaient méconnues; on citait Saint-Domingue. Mais les bons esprits auront le dessus dans quelques jours, et tout sera apprécié. Sur ce rapport, j'ai invité le prince à venir me voir, j'ai été satisfait des explications qu'il m'a données. Elles le justifient, mais non l'indiscrétion de ses entours. Au surplus, les esprits sont frondeurs et légers, et ne sachant trop ce qu'ils veulent *.
' L'Empereur au maréchal Davout. — « Rayonne, 17 avril 1808. Mon cousin, je reçois votre lettre du 30 mara. Les Polonais sont légers, actifs* Les grandes villes en général ont ce caractère, Varsovie plus que toute autre ; elles sont comme la surface de la mer qui n'est jamais la même deui jours de suite. Mais les Polonais sont au fond attachés à la France. Voa.« sentez qu'en prenant des Polonais à mon service j'ai consulté Tintérét de la Pologne. J'ai des soldats en France autant que j'en veux. J'ai même consenti que, dans la capitulation qui a été faite pour cet objet, on insérât la clause que les Polonais ne pourront pas être embarqués pour un service de mer oo pour les colonies. Ecrivez au sieur Bourgoing pour qu'il accélère le départ de ces troupes et pour qu'on ne fasse pas partir de compagnies \ moins qu'elles ne soient à 140 hommes effectifs. Ce n'est pas une nuée d'officier» que je veux, mais des corps dont je puisse me servir. • {Correspondance de Napoléon, t. XVII, p. 17.)