RÉSIDENT DE FRANCE A VARSOVIE
Varsovie, S avril 1808.
Monsieur le résident, j'ai Thonneur de faire connaître que les circonstances m'ont obligé à faire partir de Varsovie, par mesure de haute police, les nommés Struensée et Raubach, comme n'étant pas étrangers à ce qu'il a pu y avoir de malveillance dans les derniers événements.
Il m'est bien démontré par tous les i*apports et renseignements qui me sont parvenus, que ceux qui ont eu l'idée d'employer beaucoup de Prussiens pour suppléer à l'inexpérience des habitants dans les affaires, ont été trompés dans leurs intentions, que j'aime à croire bonnes. Ces employés, au lieu detre fidèles au gouvernement qui leur donnait du pain, ont constamment été dirigés par cette haine qu'ils portent à la nation polonaise, et ils se sont servis de la confiance qu'on avait dans leur prétendue habileté pour faire prendre de fausses mesures. Tous les propos absurdes que l'on a fait courir sur la remise du duché de Varsovie à la Prusse, toutes les lettres de Berlin et de Kœnigsberg qui appuyaient ces nouvelles, étaient inventés ou propagés par ces mêmes individus.
Je sais bien que toutes ces absurdités ne font pas d'impression sur les esprits sages et clairvoyants; ils sont convaincus que notre souverain n'est pas dans l'usage de déchirer ses traités et de laisser toucher à ce qu'il fait ; mais ceux qui sont moins éclairés et qui sont les plus nombreux n'ont pas la même perspicacité; ces bruits les inquiètent et acquièrent même de l'importance, quand ils voient que ceux qui les répandent occupent des places.
L'expérience et les faits prouvent que les personnes qui, dans de bonnes intentions, je le répète, ont adopté la mesure de se servir des agents du gouvernement antérieur, pour faire mieux aller les choses, se sont trompées, et cela parce qu'elles n'ont pas eu assez de confiance dans leurs propres lumières et dans celles de leurs compatriotes.
Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à considérer ce qui se passe dans les bureaux, où l'on n'a admis que des nationaux, et peser le fait suivant.
Lorsque l'ordre a été donné de charger les Polonais des différents services de l'armée, on a élevé aussi cette crainte d'inhabileté. Dans les premiers mois, il est bien certain qu'on s'apercevait de leur peu d'expérience; mais peu à peu, ils se sont mis au courant, et dans ce moment ils laissent peu de chose à désirer.
C'est à votre sagesse. Monsieur le résident, à faire l'usage que vous croirez convenable de ma lettre.
i58. — A L'EMPEREUR ET ROL
Varsovie, 6 avril 1808.
Sire, depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Majesté, le 31 mars, tout est à peu près rentré dans Tordre. Il y a cependant encore quelques embarras de subsistances et de l'agiotage sur la petite monnaie qu'on ne veut recevoir, dans le commerce, qu'à un taux inférieur à la réduction opérée. Je joins à ma lettre un rapport plus circonstancié du commandant de la place sur cet objet.
Chaque jour accroît la conviction que j'ai qu'il y a eu dans tout ceci de la malveillance, des intrigues étrangères et impéritie de la part des hommes en place. On ne peut se dissimuler que ces intrigues peuvent avoir beaucoup de succès, vu la composition des autorites. Il y a des Prussiens partout, et partout ils se sont conduits de manière à prouver leur malveillance. On a commencé à les mettre sourdement en place, en cherchant à accréditer que cela était nécessaire pour faire marcher la chose, et dans ces derniers temps, on les recrutait publiquement, témoin l'annonce ofHcielle insérée dans la Gazette de Berlin et dont copie est ci-jointe.
J'ai fait connaître à Votre Majesté le mauvais voisinage des Autrichiens qui ne laissent rien entrer dans le duché, tandis qu'ils permettent toute exportation en Russie. Il est arrivé
DU MARECHAL DAVOUT. — 1808. iST
que des habitants de la Galicie ayant trompé la vigilance des douaniers autrichiens, pour introduire des bestiaux dans le duché, ont été dénoncés à ceux-ci par les douaniers du duché qui sont tous Prussiens. La preuve de ce fait a été fournie au gouvernement.
Cette intrigue de mettre des Prussiens dans toutes les places date de Tépoque où Votre Majesté était à Dresde. Parmi les lettres que j'ai adressées à Votre Majesté, le 3 septembre dernier, et qui avaient été abandonnées par des voleurs qui avaient dévalisé un courrier prussien, allant de Vienne à Memel, il s'en trouvait une qui porte à Tévidence la preuve de cette assertion. On y rendait compte au roi de Prusse des tentatives faites par la commission auprès des entours de Votre Majesté pour obtenir que le duché fût rendu à la Prusse. MM. Zalewski et Bielinski y étaient désignés comme s'étant proposés pour aller recueillir le vœu des habitants qu'ils assuraient désirer cette mesure. Celui qui écrivait cette lettre ajoutait au Roi qu'il pourrait survenir telle circonstance où ^on ambassadeur à Paris pourrait tirer parti de cet état de choses.
Ayant envoyé à Votre Majesté la lettre originale, et n'en ayant pas conservé de copie, je ne puis qu'en rappeler l'esprit ; inais je suis certain d'être plutôt en deçà qu'au delà de ce qu'elle exprime.
J'ai l'honneur d'envoyer copie à Votre Majesté de mes différentes lettres au résident sur cet état de choses.
Ce n'est pas encore ce qui doit donner le plus d'inquiétude, puisqu'on peut les faire marcher en les surveillant et en faisant quelques exemples. Je ne regarde cela que comme de Portes contrariétés; mais ce qui me donne des inquiétudes ■Majeures, c'est l'état de détresse du trésor public, qui est tel, qu'à chaque instant les services sont sur le point de manquer. Ce n'est que par des exécutions militaires qui achèvent la ''uine, qu'on parvient à se procurer quelque argent. Quelque célérité que M. le résident apporte à faire le travail dont Votre Majesté l'a chargé, pour avoir une connaissance exacte de l'état des ressources et des besoins, il se passera toujours
beaucoup de temps, parce que les matériaux ne lui seront pas fournis aussi promptement qu'il le désirait. Pendant tous ces délais, le mal ne fera que s'accroître. Le roi de Saxe a déclaré que ses finances ne lui permettaient pas de faire la moindre chose, il se borne à abandonner ses revenus dans ce pays. II n'y a donc que la bienveillance de Votre Majesté et quelques secours qu'elle voudrait bien accorder, qui pourraient mettre le gouvernement en état de prévenir ou de remédier aux embarras dont nous sommes menacés et dont je ne sais comment on sortirait sans cela.
L'épizootie n'a point cessé entièrement pendant l'hiver, et depuis quinze jours elle reprend avec beaucoup de force dans quelques cantons.
Il y a sur quelques frontières une émigration de paysans occasionnée par la misère, entre auti'es du côté de Rawa et Piotrkow.
Les autorités, du côté de Bromberg et Lomza, déclarent qu'on ne pourra ensemencer les terres faute de bestiaux. Ces maux particuliers, qui ne sont que trop réels, sont encore exagérés pour exciter des inquiétudes et faire regretter le passé.
Voilà, Sire, les détails pour l'intérieur. Quant à l'extérieur, tout est tranquille. Toutes, les communications qu'on a avec les Russes font connaître un grand esprit de mécontentement et qu'on tient beaucoup de propos de malveillance contre le gouvernement.
Il paraît qu'il a été conclu récemment un cartel pour la reddition des déserteurs, entre les Autrichiens et les Russes; mais il serait possible qu'il ne fût applicable qu'aux troupes russes venant de l'Albanie et qui doivent traverser les États autrichiens.
Les magasins qui se forment en Galicie ne me paraissent avoir d'autre objet que la subsistance des troupes, dont j'ai envoyé l'état à Votre Majesté.
Les Russes qui sont sur la ligne ont reçu dans leur pays un ordre semblable à celui que M. le résident a reçu pour les voyageurs qui veulent entrer en France, c'est-à-dire qu'ils veulent retenir les voyageurs jusqu'à ce qu'ils aient reçu de Pétersbourg une permission pour aller plus loin.
Varsovie, le 6 avril 1808.
Sire, Son Altesse rarchichancelier m'annonce que Votre Majesté a daigné me nommer Tun des ducs de TEmpire, sous le titre de duc d'Auerstaedt. Ce titre, qui rappelle un succès dû tout entier au courage des soldats de Votre Majesté et à leur amour pour sa personne, m'impose de grandes obligations : je m'efforcerai de les remplir, et toute ma vie sera employée à mériter les distinctions et les grâces dont Votre Majesté ne cesse de me combler \
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 6 avril 1808.
Monseigneur, j'ai reçu la lettre que Votre Altesse m'a fait Thonneur de m'écrire, pour m'annoncer le nouveau bienfait que Sa Majesté daigne m'accorder. Je dois tant à ses bontés <lueje ne sais plus comment en exprimer ma reconnaissance; inais je tacherai au moins de les mériter par mon dévouement et mon zèle. Je prie Votre Altesse de mettre aux pieds de Sa Majesté l'expression de mes sentiments.
* D'après ces lettres, le maréchal Davout était informé dcfl ce moment <|u il recevait le titre de duc d'Auerstaedt, en même temps que les autres principaux maréchaux recevaient des titres pareils. Jusque-là, Napoléon •ivait procédé avec une certaine lenteur. Il avait commencé par Murât, qui avait été fait (^and-duc de Berg et qui venait d'être fait roi de Naples, au moment où Joseph était transféré en Espagne. Napoléon avait fait aussi tout •i'aliord Berthier prince de Ncufchâtcl, puis Bernadotte prince de Ponte- (Jorvo et M. de Talleyrand prince de Bénévent; après la prise de Danzig, il avait fait Lefcbvre duc de Danzig, sans attendre la fin de la campagne. Maintenant le système était tout h fait constitué par un décret du i*^** mars 1808, lor la hiérarchie nobiliaire, sur les majorats, et à la suite de ce décret, PEmpereur avait fait une assez large distribution de titres, en commençant naturellement par ses principaux lieutenants. Les lettres patentes constituant le duché d'Auerstaedt sont datées de Bayonne, 2 juillet. Les autres sont à peu près de la même date; mais ce n'est guère que vers l'automne de 1808
Veuillez aussi recevoir mes remerctments pour la part que vous voulez bien prendre à ce témoignage de la bienveillance de not resouverain en ma faveur.
PRINCE DE NEUFCHATEL, ETC
Varsovie, 8 avril 1808.
Monseigneur, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Altesse d'une violation du territoire du duché de Varsovie par des hussards du régiment de l'empereur d'Autriche. Je dois entrer dans quelques détails pour faire connaître à Votre Altesse la conduite astucieuse du colonel de Neipperg, commandant ce régiment de hussards et le cordon sur la frontière de la Galicie.
Le 13 du mois dernier, un hussard déserta du cordon de la Galicie et vint se réfugier dans le village d'Obryti, sur le territoire du duché, prés de Nur; ce déserteur annonça aux gens qui lui donnèrent l'hospitalité pour la nuit qu'il avait été poursuivi à outrance par le brigadier et deux hussards du poste d'où il était déserté, et qu'il ne devait qu'à la bonté et à la vigueur de son cheval de leur être échappé.
Le lendemain 14, au matin, le brigadier de ce poste et les deux hussards qui avaient poursuivi, la veille, le déserteur, et de plus un soldat invalide, garde-frontière, passèrent le Bug et vinrent au village d'Obryti pour y rechercher le déserteur; celui-ci s'ctant obstiné à ne vouloir pas les suivre, son sabre et les équipages de son cheval lui furent enlevés ; ensuite le
qu'on commence à voir fi{^rcr clans la correspondance tous ces titres Ac Davout duc d'Auerstaedt, Soult duc de Dalmatie, Lannes duc de Montebello, Ney duc d'Ëlchîngen, Masscna duc de Rivoli, Bessières duc d'Istrie, Mortier dac de Trévise, etc. D'autres devaient venir plus tard. Beaucoup de généraux de division étaient faits comtes dès l'orij^ne, notamment Priant, Morand, Gudin, Saint-Hilaire, Molitor, Nansouty, Lasalle, Le^prand, Laariston, Latour-Maubour^;, Rapp, etc. Les fjénérauz de brigade étaient barons. Il ne s'agit ici que de noter cette phase de TEmpire et la date du duché il*Auori:tacdt.
brigadier et les hussards se rendirent au château d'Obryti, où, le pistolet au poing, ils forcèrent le concierge du château à leur livrer le cheval du déserteur, avec lequel ils repassèrent le Bug et rentrèrent en Galicie.
Les postes de chasseurs français les plus voisins furent appelés par les paysans pour s'opposer à ces violences ; mais leurs auteurs, n'ayant que le Bug à traverser sur la glace, avaient déjà disparu lorsqu'ils arrivèrent.
Aussitôt que le rapport de cet événement me fut parvenu, j'en fis demander satisfaction au colonel de Neipperg, commandant le cordon autrichien; sa réponse fut qu'il était effectivement à sa connaissance que des violences avaient été commises sur le territoire du duché de Varsovie, mais qu'elles Tavaient été par des déserteurs des troupes autrichiennes qui s'étaient pris de querelle, attendu que les uns voulaient passer "ur le territoire russe, tandis que l'autre avait persisté à se i^éfugier sur le territoire de Varsovie.
Peu satisfait de cette réponse que je ne balançai pas à egarder comme une finesse de M. de Neipperg, j'envoyai un >fHcier de mon état-major sur les lieux où les violences ivaient été commises, avec ordre de prendre les renseignements les plus détaillés sur cette affaire; le résultat des lémarches de cet officier confirma les premiers rapports, et je lemeurai convaincu que la réponse de M. de Neipperg n'avait té qu'un moyen d'éluder la satisfaction demandée. Je fis onner de nouveau connaissance de ces détails à M. de Neip- •erg, et j'insistai pour qu'il fût fait justice des coupables : il 'en tint encore cette fois à sa première réponse, en ajoutant à appui le témoignage d'un officier russe qu'il dit être en miston près de lui, et qui assurait que ces déserteurs autrichiens vaient passé sur le territoire russe et y avaient vendu leurs bevaux.
Dans cet état de choses, j'exigeai que M. de Neipperg l'assurât, sur sa parole d'honneur, que ni les hussards de son fgiment qui avaient commis des violences à Obryti, ni leurs levaux, n'étaient rentrés dans la Galicie, et que tous avaient issé sur le territoire russe; je lui fis observer que s*il me
donnait cette parole, je le regarderais comme plus certam qu< tous les rapports qui m'étaient parvenus jusqu'à ce moment quelque positifs qu'ils fussent. Cette manière de le presse lui fit changer alors de contenance, et il convint qu'il avait éU trompé lui-même, sur les véritables circonstances de cetti affaire, et qu'il demeurait avéré qu'un caporal etdeux homme: de l'un de ses postes avaient effectivement commis des acte: de violence à Obryti pour se saisir du cheval du déserteui qu'ils poursuivaient, mais que ce caporal, craignant sans douti d'être puni pour ses violences, avait déserté dans la nuit apréi avoir été relevé dans son poste et avoir reçu l'ordre de rentrei à l'escadron.
M. de Neipperg a annoncé avoir puni des arrêts l'officier qu l'avait induit en erreur par les premiers rapports, et avoir mil aux fers le seul des hussards coupables des violences, qui fû' resté au poste. Je n'ai pas regardé cette espèce de satisfactior comme suffisante, et j'ai exigé qu'il fut rendu un cheval, a qui a été exécuté; je le ferai vendre au profit des pauvres
Je ne laisserai pas échapper cette circonstance de faire remarquer à Votre Altesse le caractère de M. le colonel àt Neipperg, qui est reconnu ici de tout le monde pour être un véritable intrigant et l'espion de toutes nos démarches; il esl encore avéré que pendant la dernière campagne, il n'a néglige aucune occasion de nous nuire et de favoriser nos ennemis. Il a entres autre facilité le passage d'un aide de camp du général Lecourbe et neveu de M. Precy, chirurgien en chef àt l'armée. Le général Savary connaît parfaitement cette affaire, ainsi que les mauvais services que n'a cessé de nous rendre M. de Neipperg.
L'officier russe qu'il dit en mission auprès de lui est auss un intrigant connu et qui a fait différents voyages à Memel et i Vienne. Je l'ai vu à Varsovie l'été dernier; il y est revenu der nièrement et en est parti à mon arrivée, sachant que j'étais ai fait de ses démarches dans cette ville, où il cherche toujour à entretenir des liaisons. Je viens d'ordonner le renvoi ai 3* bataillon en France d'un officier du 30* régiment qui a e^ des rapports avec lui, malgré la défense qui lui en avait et
faite '. II est encore à observer que ce capitaine russe doit être depuis peu de retour de Vienne, et que cependant M. de Neipperg le représente comme venant du territoire russe, où il dit avoir vu les déserteurs et les chevaux dont il a été parlé plus haut.
J'ai rhonneur d'adresser à Votre Altesse copie de toute la correspondance qui a eu lieu dans cette affaire.
Varsovie, 12 avril 1808.
Sire, depuis la lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Majesté, le 6 avril, ce qui s'est passé a ajouté à la conviction que j'avais, qu'il y a beaucoup d'intri{][ues étrangères dans tout ce qui se passe dans ce pays. Je devais supposer que le décret du conseil des ministres du 27 mars ramènerait la tranquillité; mais de Causses mesures ont encore fait renaître les plus vives inquiétudes dans le public. Le ministre des finances a donné l'ordre de ne recevoir dans toutes les caisses qu'un tiers en billon au taux de la réduction, et les deux autres tiers en courant. Cela ayant été connu a été le prétexte d'un nouvel agiotage, et dans les quarante-huit heures, le billon perdait 18 au delà de la réduction portée à 33 1/3 pour 100, ce qui faisait 51 1/3 pour 100 de perte. Les boutiques ont été de nouveau fermées. C'est surtout dans les départements que l'inquiétude a été extrême. Le gouvernement ayant alors rendu le décret dont copie est ci-jointe, tout est rentré dans l'ordre. On n'a rien négligé pour nous mettre dans le
' Sor ce rapport qui lui était soumis par le major général, le 25 avril, ^
Baronne, Napoléon, qui saîvait tout avec la même attention, écrivait : « Il
faut donner ordre pour que cet ofBcier soit mis en prison. Il est ridicule
que le maréchal Davout Tait envoyé dans le 3* bataillon; le 3* bataillon a
besoin de bons officiers comme les doux premiers. Il devait lui infliger une
punition. Aujourd'hui, M. de Ncipperg est publiquement connu pour avoir
été Tennemi des Français; il faut donc lui fermer toute entrée k Varsovie;
c'eut lui qui a fait déserter un petit chirurgien, neveu de Précy, qui est
aujourd'hui lieutenant-colonel au service de Russie. » (Correspondance de
Aapoleon, t. XVII, p. 46.)
194 CORUESPONDANGE
cas de tirer des coups de fusil. Le désordre qui existe dan toutes les parties du gouvernement, et surtout dans la police aggravait les difficultés. Les boulangers, les bouchers, et sur tout les premiers, s'obstinaient à ne pas garnir leurs boutiques mais sur la menace, qui a eu un commencement d'exécution de faire fournir du pain aux habitants par la boulangeri* militaire, la malveillance qui leur était suggérée a et déjouée : à peine eut-on vendu 2,000 rations que tout rentrai dans Tordre.
Voici les bruits que Ton répand dans le pays, comme moyei (le jeter de l'inquiétude et du découragement :
On dit que le duché de Varsovie doit être remis au roi de Prusse, et ce bruit circule en Galicie et dans les provinces russes ;
Que la monnaie de Prusse sera entièrement démonétisée, ce qui occasionne le désordre des marchés;
Que Votre Majesté veut forcer le Pape à se faire luthérien: ci-joint la traduction d'un avis qu'on fait circuler dans le pays i\ ce sujet;
Qu'on veut démolir la plus grande partie de Varsovie pour établir des fortifications ;
Que les Français ont fait fabriquer beaucoup de faux billo» à Berlin, pour achever de ruiner le pays;
Que presque toute l'armée polonaise sera envoyée en Afrique.
Ces nouvelles sont répandues pour la multitude, et comme elles me reviennent de tous les points du duché, il n'y a pas de doute qu'elles ne soient fabriquées dans l'intention d'inquiéter et de décourager.
11 est d'autant plus facile de faire circuler ces bruits que presque tous les employés des ministères et des administrations sont des Prussiens qui n'aiment pas plus les habitants que ceux-ci ne les aiment.
Indépendamment de ces moyens d'intrigues, il existe ici une congrégation religieuse connue sous le nom de Benonistes ou Pères de la Rédemption. C'est un reste de l'institution des Jésuites, et qui a des ramifications en Italie, en Allemagne
et en Russie. Cette société a la plus grande inJEluence sur le peuple'.
Je vais entrer dans quelques détails à cet égard.
Il y a quelques mois qu'ayant vu dans les journaux que des Pères de la Rédemption avaient été chassés de Suisse et de Bavière, parce qu'ils y troublaient la tranquillité et que ces religieux étaient en correspondance avec un nommé Hofbauer, vicaire général de Tordre et résidant ici, je fis demander à
' L'Empereur aa maréchal Dayoat. — » fiayonne, 25 mai 1808. Mon coqsId, tâchez de bien vivre avec le {gouvernement et les autorités saxonnes. Vous prenez les affaires un peu trop chaudement. Il n*y a point de doute que dans la position où se trouve la Polojçne, il n'y ait des frottements, des iQtrigaes, de Tinadvertance. Leur armée manque d'armes, mais toutes les armées de TEurope, hormis les nôtres, en manquent : le nombre de leui-s troupes est trop considérable pour eux. Je viens de permettre qu'il en passe '«000 à mon service. Il ne serait pas pardonnable du ne pas tenir le reste Kir un bon pied. Dans la position où vous vous trouvez, plus que dans toute «utre, il faut de la patience et du sang-froid.
• J'ai lu avec la plus sérieuse attention votre Mémoire sur les moines ^blis à Varsovie. Il paraîtrait qu'ils sont de la même affiliation que ceux <}iiej'ai fait chasser d'Italie et de France. Je fais faire les instances les plus fbrteg auprès des cours d'Allemagne pour qu'ils soient chassés. Je fais faire '"S^lenient les instances convenables auprès du roi de Saxe. Ces moines ont '^^ créés il y a plusieurs années, et on a essayé effectivement d'en inonder la France. Outre que j'ai défendu leur réunion, j'ai fait fermer leurs maisons *^ les ai fait renvoyer chacun chez eux. Je ne doute point que le roi de ^iie ne donne des ordres pour chasser ces moines d(*s Etats de Pologne ; *oui me rendrez compte dans un mois de ce qui aura été fait. •
Napoléon écrivait le même jour, 25 mai, de fiayonne au ministre d(;s relayons extérieures, M. de Champagny : « Je vous envoie une lettre du mare' ''■lal Davout, sur une corporation religieuse établie à Varsovie. Je désire que *oug en fassiez un extrait, que vous en écriviez à mon ministre en Saxe, que voua en parliez au ministre de Saxe qui est ici^ et que vous fassiez des ioitances en Westphalie, en Bavière, à fiade, etc., pour que ces gouverne- <Bents aient l'œil sur ces moines et même que la police du pays soit requise <)eles chasser comme ennemis dti repos public. Vous enverrez copie de cette lettre k mes ministres de la police et des cultes pour que l'un et l'autre de ces ministres exercent leur surveillance sur ces corporations en France. Ecrivez à mon chargé d'affaires k Varsovie, pour que des renseignements plus précis soient pris sur ces moines. Il faut demander que les moines de Varsovie soient chassés. C'est une résurrection des Jésuites qui ont été chassés dans toute l'Europe. Tout ce qu'on me dira contre ces moines ne n'étonnera pas; ils ont la plus grande haine contre la France. Il parait donc convenable qu'ils soient chassés de Varsovie, que leur compagnie soit dissoute, leur maison fermée, et c'iartm tonu de se rendre ail lieu de sa naissance... » (Correspondance de Napoléon^ t. XVII, p. 192.)
196 COHUESPONDAMCË
M. Otto, par M. Bourgoing, des renseig[nements pour être à même d*apprécier la correspondance de cet Hofbauer.
Je joins ici la note qu*a envoyée M. Otlo. Là-dessus, on a &it chez ces moines une descente pour examiner leurs papiers, et Ton a acquis par cet examen la certitude que ces fj[ens sont réellement les ennemis de tout gouvernement, et en particulier de celui de Votre Majesté. Sous peu j'aurai rhonneur de vous adresser, Sire, tous ces papiers, qui feront connaître l'organisation de cette corporation et les ramifications qu'elle a. Il faut laisser passer la semaine sainte, pour donner suite à tout cela, faire les interrogatoires, etc. Un nommé Litta, nonce du Pape, est un des grands ordonnateurs.
Je suis assuré que la circulaire relative au Pape, dont je viens d'entretenir Votre Majesté, est répandue par eux. Tous les propos que j'ai rappoilés circulent plus particulièrement dans la classe du peuple qu'ils gouvernent. Les difficultés dej» boulangers ont eu lieu à leur instigation : je suis fondé à le croire par bien des rapports.
Cet Hofbauer, le vicaire général, a fait un voyage en Suisse et en France. Il est de retour depuis quelque temps. Les propos qu'on sait de lui donnent la conviction, indépendamment des pièces que j'enverrai, que c'est un homme très-dangereux. Au reste, ces moines sont détestés par tout le clergé polonais.
Hofbauer est en grande correspondance avec le confesseur du roi de Saxe. Je suis convaincu que si ce prince était de mauvaise foi, il ne faudrait croire à personne; mais il est circonvenu, et il se passe des choses extrêmement nuisibles à ses intérêts comme aux vôtres. Comme M. Bourgoing n'y voit pas, car s'il y voyait, il vous trahirait, en ne vous faisant rien coniiaitre, je supplie Votre Majesté d'envoyer dans ce pays des hommes intelligents et fidèles.
Ce pays-ci est toujours dans le même état : il a besoin de remèdes prompts, d'une organisation, et l'on ne veut pas se départir d'un système de lenteur qui est tout ce qu'il y a de plus nuisible. On s'est borné à la nomination des préfets; encore la majeure partie ne sont-ils pas à leur poste, et on ne leur fait aucune injonction. Quant aux sous-préfets, on diffère toujours
leur nominaliou pour faire des choix meilleurs. C'est ce désurdrequi accrédite l'opinion de la remise du duché à la Prusse, ainsi que la circonstance que les administrations de Bialystock sont encore entre les mains des Prussiens, quoique les Russes occupent ce pays militairement.
Au surplus, la bonne conduite de vos troupes et l'activité de votre résident empêchent que ces intrigues aient beaucoup de succès. Il n'y aura de danger que dans le désordre des finances, qui ne permettra pas d'assurer la subsistance des troupes si l'on ne vient pas à notre secours. Ce danjer, je le répète, devient tous les jours plus pressant.
Je ne puis cependant dissimuler à Votre Majesté que s'il y arait des intrigues russes, cette malveillance aurait bien plus de suites. Il y a bien des gens disposés, mais ils n'agissent pas et se bornent à des propos.
A Bialystock, Grodno, Wilna, les officiers et généraux russes disent assez généralement qu'on reconnaît, dans toute la Russie, qu'on a eu tortde ne pas adopter leprojctdu prince Czartoryski, de réunir à cet empire toute la Pologne. Dans certaines sociétés, ici, on tient le même langage. S'ils ont manqué quelques circonstances favorables, ils n'ont aucune probabilité d'y réussir |>arla force des armes. Ils peuvent avoir une armée nombreuse, nais ils ont beaucoup de jeunes gens, beaucoup de vieillards. (>eaucoup de malades, et point de moral, surtout contre nous.
Les ofBciers russes sur le Niémen annoncent qu'on doit ormer au mois de mai un camp du côté de Wilna pour exercer aux manœuvres françaises, chaque corps ayant Qvoyé un certain nombre d'officiers et sous-officiers à Pétersourg, pour les apprendre ' .
' On a TU déj^, dans la correspondance de l*Eniperear avec le niaréclial iToai, une mendon des affaires d'Espagne et même les premières lettres tées de Bayonne, ou Napoléon s'était rendu au mois d*avril 1808, sentant, mme il le disait, le besoin « de se rapprocher des Pyrénées » . C'est qu*en '(ift, tandis que Davout restait aux prises avec ses embarras de Pologne, Impereur s'engageait de plus en plus du côté des Pyrénées, et à vrai dire, I affaires espagnoles avaient commencé dès le lendemain de la paix de Isit, dès le retour de Napoléon en France. A peine rentré à Paris, l'Empereur, tout plein de s.i puissance, se croyant
i9S CORRESPONDANCE
La débâcle de la Yistule ayant été accompagnée d'une crue d'eau extraordinaire, le pont a été emporté aux trois quarts. Ce qui reste est à fleur d'eau et ne résistera pas. Je fais rassembler des moyens pour jeter un pont de bateaux. Je rends compte de cet événement à Son Altesse le major génei-al, en le priant de prendre les ordres de Votre Majesté pour savoir si son intention est qu'on en construise un autre sur pilotis.