AU PRINCE PONIATOWSKI
Erfîirt, 28 janvier 1809.
Monseigneur, j'ai reçu vos deux lettres des 18 et 20 janvier. Je suis persuadé que lorsque le général Fiszer pourra mettre sous les yeux de TEmpereur les mémoires et réclamations qu'il est chargé d'appuyer, cette démarche aura tout le succès désirable.
J'ai fait usage des renseignements contenus dans la lettre de Votre Altesse du 20.
Quelque invraisemblables que soient de nouvelles incartades, à une époque où Ton peut regarder les affaires d'Espagne comme terminées, et où l'Empereur peut sans inconvénient en retirer les deux tiers de ses troupes, qui sont reconnues pour avoir bonnes jambes et bon cœur, il est cependant prudent d'avoir les yeux ouverts, puisqu'on ne peut se dissimuler que des gouvernements qui ont déjà méconnu leurs véritables intérêts sont en butte à des partis.
Je suis au milieu de tous ces rapports dans la plus parfaite tranquillité d'esprit; dans l'intervalle de trois jours je pourrais réunir 30,000 hommes d'infanterie, 6,000 chevaux, dont 4,000 de cuirassiers, et 60 bouches à feu, tous gens bien disposés et qui débuteraient probablement par donner tout le temps nécessaire au reste des troupes françaises de se réunir, et à toute la confédération du Rhin celui de courir aux armes.
Je prie Votre Altesse de profiter de tous les moyens qu'elle a pour acquérir des données positives sur toutes les marches qui pourraient se faire, et qui à cette époque seraient signifiantes.
On m'a fait le rapport que le régiment de Czartoryski était parti de Gracovie pour la Bohême, où se portaient plusieurs régiments hongrois de nouvelle formation. Ce rapport jusqu'ici ne m'a pas été confirmé des autres points; il vous sera facile de vérifier le mouvement du régiment de Czartoryski.
Le même rapport dit aussi que le régiment du prince de
Ligne s'est porté de Léopol sur Cracovie. Romeuf ma dit que vous n'aviez pas grande confiance dans les forteresses qui emploient une grande partie des troupes à leur défense, et qu'au cas peu vraisemblable de la guerre, vous teniez à la défense de Varsovie.
Je prie Votre Altesse de me communiquer ses idées à cet égard, et comment elle pourvoirait à la défense des forteresses qu'il serait important de ne point abandonner. Faites-moi, à cet égard, un projet complet, et je le mettrai tout de suite soos les yeux de l'Empereur.
Le courrier porte le 28* bulletin. L'armée anglaise avait déjà perdu plus du tiers de son monde, tout son bagage et one partie de son artillerie ; nous n'étions plus qu'à quelques lieues de la Gorogne.
Je sais par des nouvelles particulières qui me sont arrivées par courrier extraordinaire que la presque totalité de l'armée anglaise a été détruite dans une affaire subséquente.
II faut engager M. Lux à ajourner sa demande, le nombre des officiers dans les régiments au service de France étant au delà du complet.
Quant à la demande du commandant de Kallsz, elle dépend de Votre Altesse. Je me rappelle que dans le temps son traitement avait été réduit à 300 francs par mois. Il est assez raisonnable pour se contenter de ce traitement, d'ailleurs suffisant, dans un moment où les finances du ducbé exigent la plus sévère économie.
Le duplicata de votre lettre du 20, que vous m'avez expédié par Kalisz, ne m'est pas encore parvenu ; il est préférable de faire tous les envois par les courriers de l'armée.