AU GÉNÉRAL COMTE PRIANT
Bamberç, 20 mars 1809.
J'ai reçu, mon cher général, vos différentes dépêches jusqu'à celle du 20 mars incluse. Les observations de M. de Tournon sur la grande quantité de troupes jetées dans le pays d'Erlangen étant fondées, vous pouvez lui dire qu'on va y £aire droit tout de suite.
J'approuve, mon cher général, d'après vos observations, que vous ayez envoyé vos hôpitaux sur W^urtzbourg et vos bagages du côté de Bamberg. Il faut continuer à évacuer vos malades sur V^urtzbourg. Quant à vos bagages, il faut que tout ce qui n'est pas nécessaire aux régiments soit envoyé à Wurtzbourg au lieu de Bamberg. Donnez vos ordres en conséquence. Vos réflexions, je le répète, sont très-justes. Étant comme vous Têtes aux avant-postes, vous devez être libre de
tous équipages pour lesquels les régiments n'auraient pas moyens de transport sous la main. Je regarderais comme échec si, faisant évacuer Bayreuth, pour des opérations, tos y perdiez une seule voiture.
Le départ des troupes bavaroises qui étaient sur votre droib me détermine à jeter dans ce pays le général Pajol avec kl 5* et 7* de hussards et 1 1* de chasseurs. Je vous envoie ci-jobt ritinéraire de ces régiments. Le général Pajol aura son quartier général à Amberg, il correspondra directement avec moL Dans le cas où il apprendrait quelque chose d'important, 3 est autorisé à vous en prévenir par un sous-ofBcier qu'il toos enverrait en estafette.
L'Empereur a nommé général de brigade le colonel Jacqninot, du 11* chasseurs; il commande la brigade de cavalerie légère composée des I", 2* et 12* chasseurs. Vous lui remettrez ses ordres de service, et vous le ferez reconnaître par les régiments qui sont présents. Vous le préviendrez que le 12* de chasseurs est en marche pour rejoindre, et qu'incessamment il rentrera.
Toute la frontière bavaroise se trouvant sans être observée, il est important de remédier à cet état de choses. Le colonel Méda étant déjà au courant de ce service, vous le détacherez avec un escadron de son régiment pour observer, par de petits détachements de 10 à 15 hommes, tous les débouchés de la Bohème, depuis Gham jusqu'à Wimdsfield, dans le pays de Bayreuth. Si ce sont des postes de son régiment qui obsenrent les débouchés de la Bohème dans le pays de Bayreuth, ils y resteront. Vous lui prescrirez de faire interroger les déserteurs et voyageurs suivant les modèles de rapports qui ont été' envoyés, et de ne rien négliger pour avoir des renseignements positifs.
Il faut que ces postes aient l'ordre, dans le cas où les Autrichiens voudraient faire une invasion en Bavière, d'en prévenir directement le général Pajol à Amberg et le commandant bavarois à Straubing, ainsi que vous et moi.
Il faut recommander au colonel Méda de donner ordre à tous ses postes de faire des rapports sur la nature des chemins
du pays. Sous aucun prétexte on ne laissera passer en Bohême des subsistances et des armes, quels que soient les passe-ports dont seraient porteurs les individus. Le gouvernement bavarois a fait cette défense. On fera rétrograder les subsistances et Ton fera connaître ceux qui les envoient et ceux qui ont signé les passe-ports. Quant aux armes, on enverra à Bamberg sous escorte les voitures et ceux qui les conduisent.
Je suis fort content du zèle et de l'activité du colonel Méda, je suis sûr que dans cette circonstance il redoublera Tun et l'autre . Recommandez-lui seulement d'avoir de la mémoire pour distinguer ceux qui lui font de faux rapports et pour leur en témoigner au besoin son mécontentement. Les Saxons à Dresde étant ti*és-inquiets et n'ayant ni direction ni chef, j'ai envoyé à Dresde le général Morand, pour, en cas d'événement, prendre le commandement de l'armée saxonne et empêcher que de fausses mesures ne la livrent aux Autrichiens. Il a dû y arriver le 18.
Je lui ai recommandé de faire placer quelques escadrons saxons pour observer tous les débouchés de la Bohême sur la Saxe, depuis Adorf jusqu'à Dresde.
Toutes ses dépêches doivent être adressées au cotnmandant de Hof. Prenez des mesures pour les avoir promptement de Hof.
Prenez-en connaissance, ainsi que de tout ce qui viendra de Dresde, et envoyez-les-moi ensuite.
Il faut que vos postes de cavalerie légère touchent ceux des Saxons, et que vous soyez en communication avec ces derniers. Concertez-vous avec les commandants saxons d' Adorf et de tous les points sur lequcls aboutissent des débouchés de la Bohême.
Il faut que les commandants des postes du colonel Méda lui fassent connaître la nature des ruisseaux et ce qui résulterait de la destruction des ponts, ainsi que le plus ou moins de facilité qu'il y aurait à les rétablir.
Gomme on n'est pas sur le pied de guerre, il ne faut pas que ces postes établissent des vedettes, mais il faut qu'il y ait de nuit comme de jour de fréquentes patrouilles de deux
hommes qui iront sur la frontière à des heures diCFéi
Faites connaître par une lettre que vous écrirez aux col de ces trois réf];iments de cavalerie légère que les femmes àj militaires doivent rentrer en France, et qu'ils ne doivent o» sener que le nombre de vivandières et de caissons présent par les règlements. Quant aux gros bagages, ils doivent ébc envoyés à la citadelle de Wurtzbourg.
Je vous fais, mon cher général, la même recommaiidatioi| pour toutes les femmes qui sont dans votre division, encon-i mençant par celles des généraux, adjudants commandants et colonels. Elles doivent donner l'exemple et partir dans ks vingt-quatre heures.
Voici, mon cher général, Tétat des postes à établir le lon{ de la frontière de la Bohème dans le pays de Bayreuthi Schirding, et des différents postes établis à maintenir, tantceu de cavalerie que d'infanterie :
Dans la Bavière, à Waldsassen, 10 hommes.
En seconde ligne, 20 hommes à Tirschenreut.
A Bernau, vis-à-vis Tachau, en Bohème, 10 hommes.
A Waidhausen : ce point étant très-important et se trouvant sur la route de Nuremberg à Pilsen, il faut y placer un officier très-intelligent et sachant questionner avec 25 hommes; ce poste aura un détachement de 7 ou 8 hommes, commandé par un sous-officier intelligent, à Heimaden, en face du grand étang qui est près de Waidhausen.
Cet officier sera prévenu que le général Pajol, qui a son quartier général à Amberg, aura un parti de 20 hommes à Hirschau. Il enverra ses rapports à Tofficier commandant ce détachement, qui les transmettra au général Pajol pour me les faire passer; cela ne les dispensera pas d'en adresser un duplicata au colonel Méda.
15 hommes à Waldmunchen, sur la route de Rœtz à Teinitz: il faut que ce soil aussi un poste d'officier intelligent, sachant questionner les voyageurs et déserteurs. Cet officier sera prévenu que le général Pajol, qui aura son quartier général à Amberg, aura un poste de 20 hommes à Neubourg, sur la route d'Amberg. Il fera passer ses rapports au commandant
de ce détachement, qui me les fera parvenir; il en enverra le double au colonel Mëda.
Un poste de 8 hommes commandé par un maréchal des logis ou brig^adier à Cham.
Un poste de 8 hommes commandé par un sous-officier à Furth, sur la route de Klattau à Cham.
Dans le cas où il y aurait des nouvelles importantes à faire connaître, les commandants des postes de Waldmunchen et de Furth, indépendamment de leurs rapports au colonel Méda, les enverraient au détachement qui est à Cham, pour les faire passer au général Pajol à Amberg et au commandant bavarois à Straubing.
Il parait que depuis Furth jusqu'à Passau, il n'y a plus que des débouchés pour des hommes à pied, entre autres à Zvisel et à Grafenau. Il est inutile d'y mettre des postes, mais on peut y envoyer de temps en temps des patrouilles de deux hommes, ne serait-ce que pour voir l'esprit des habitants.
Il est important, je le répète, de désigner pour commandants de ces détachements des hommes intelligents et de bonne conduite.
On donnera à chaque maire des bons pour les rations fournies tant pour les hommes que pour les chevaux, en annonçant que ces bons seront remboursés par M. l'intendant général de l'armée du Rhin.
Il faut que les officiers se pénètrent de l'idée que c'est surtout dans ces petits détachements qu'on est utile par le bon ordre qu'on y maintient et par l'esprit de délicatesse qu'on y déploie.
Chaque commandant de ces postes sera porteur d'un ordre ainsi conçu :
« Il est ordonné à M. ... avec ..., chasseurs, d'aller à ... Les « autorités sont invitées à faire donner les rations aux hommes ce et aux chevaux, sur des bons signés du commandant du « détachement (faire connaître la composition des rations). ce Ces bons seront remboursés aux prévôtés, suivant la fixation « qui sera arrêtée entre M. l'intendant et les autorités supé- 4» rieures. Les détachements observeront la meilleure discî-
« pline. L^indisciplinc est défendue dans tous les pays, etew!;' à « serait un crime parmi les Bavarois, les vieux amis desFiiMl* U' * M çais, et chez un souverain Tallié du nôtre. » m^-y
Vous ferez vous-même, mon cher général, ces ordres aiDU^irr d conçus, dont chaque commandant sera porteur et dont 11^ rt remettra copie certifiée aux autorités. fc rtx
Je désire que ces détachements soient promptement reDdas;ll5 ainsi vous leur ferez un itinéraire à raison de 6 à 8 millafffKiîrjour, mais pas moins de 6. w-- ^
Le colonel Médaa environ une centaine d^hommes employa s''";^^ d'après ces ordres. 1 -
Le colonel Méda sera de sa personne, avec le reste Je» ^^ Tescadron, à Neustadt, qui se trouve sur la route de Egerà» ' Ambcrg. II sera bon de prévenir le colonel Méda que le bailh Iz;' de Neustadt est, par tous les renseignements que j'ai, un hornone I i dévoué à la cause commune et qui remplit bien ses deToiis; L/ il pourra être de la plus grande utilité au colonel Méda pour I ' procurer des renseignements, en envoyant en Bohème des E. hommes sûrs. Il faut que le colonel Méda prenne ses précan- |i tions pour que les rapports de ses différents postes lui par- 1^ viennent avec célérité et qu'il vous les fasse passer de même; 1 et s'ils contenaient des nouvelles impoilantes, il devrait aussi I m'en adresser copie directement. Le colonel Méda prévien- 1 drait aussi, dans ce cas, le général Pajol à Amberg. I
Vous remetti*ez au colonel Méda le tableau ci-joint des 1 dénominations actuelles des régiments autrichiens, cela loi | servira à déterminer les corps dont les déserteurs et voyageurs entendent parler. Il doit chercher à reconnaître les régiments par la couleur de leurs uniformes plutôt que par leurs noms, qui, variant souvent, donnent lieu à des erreurs.
Au moment où j'ai demandé votre aide de camp pour vous faire porter cette dépêche, j'ai appris qu'il était parti; cela me contrarie, dans la crainte que cette dépêche ne soit portée trop lentement. Je ne veux pas la prolonger en vous envoyant un itinéraire que je vous ai annoncé pour les trois régiments du général Pajol; je vous laisse le soin de le faire en vous désignant l'emplacement :
DU MAREGliAL DAVOUT. — 1809. 413
Le 7* de hussards à Amberg avec le général Pajol ;
Le IV de chasseurs à Neumarck, à Weibourg, sur la route de Batisbonne à Nuremberg ;
Le 5* de hussards à Hersbruck.
Ces régiments seront cantonnés de manière que chacun puisse être réuni en six heures.
Les cantonnements seront indiqués de concert avec les autorités locales, qui prendront des mesures pour les subsistances. Vous ferez vous-même les itinéraires de manière que les régiments fassent au moins entre 4 et 6 milles par jour.
Un officier de chaque régiment, porteur de l'itinéraire et de l'indication de la force de chaque régiment, les précédera de vingt-quatre ou trente-six heures pour assurer les subsistances et les logements.
Chaque itinéraire poitera la recommandation faite plus liaut pour les postes de correspondance.
Vous prescrirez aux colonels de conserver soigneusement les cartouches. Vous leur recommanderez de ne point faire connaître leur itinéraire et leur destination. Cette discrétion donnera lieu à mille conjectures dans le pays et bientôt chez les Autrichiens. II faut que Tordre pour les femmes et les bagages inutiles reçoive son exécution avant le départ de ces régiments, et qu'aucun militaire, quel que soit son grade, ne se permette de se faire suivre de ses femmes et des bagages qui doivent être renvoyés. Ces trois régiments feront la brigade du général Pajol, qui correspondra directement avec moi.
Vous recommanderez à ce général de placer aux endroits désignés dans l'instruction des avant-postes pour se mettre en communication avec le 1*' régiment de chasseurs. Vous lui direz de ma part qu'il envoie deux officiers intelligents pour reconnaître tout le cours de la Nab, depuis sa source jusqu^à son embouchure près Ratisbonne, en indiquant ses ponts, les défilés et les obstacles qu'elle offre, etc.
Un autre officier sera chargé de reconnaître la W^ilz, depuis sa source jusqu'à son embouchure dans la Nab. La Wilz est la rivière qui passe à Amberg. La Nab est celle qui passe à
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Weyden et ]lea.^ladu et qai prend sa âoarce sur les Êrontièrol^t^ do pay^ de Bayreuth, do ojCé de Benieck. *^ ^^
Je deâire, moo cher général^ que pour FespâlîtîoD de ton V^^ ce:» ordres toqs n'employiez pas Totre <^ef d'ëtat-m^or, fâ V- ^ e^ one commère. Parlez-moi clairemenl sur son coiii|ite, 1^^ ainsi qae «ur celai do coeunandant de la place. Ik'-
Annoncez à tons les commandants de régiments que soii IvtroL» on quatre jours ils peoTcnt envoyer à Wartzbonrg atec les pièces nécessaires pour toucher chez le payeur généial les appointements et la solde arriérés. Le colonel aura des fondi en caisse, inritez-le à aTancer quelque chose aux officiers et soldats. Ce ne sera qu'une aTance de quelques jours, mais qui sera utile.
Envoyez-moi l'itinéraire des trois régiments et même des détachements, afin que je connaisse leur marche et le jour de leur arrivée.
Recommandez bien au général Pajol et à tous les colonek de ne point dire en partant où ils vont, à qui que ce soit, même à leurs camarades.
Règle générale, il feut que les officiers qui vont en avant, pour faire préparer les vivres et les logements, ne disent point aux autorités vers quel point ils continuent leur route.
Vous dir^z au colonel Méda que dans le cas où il y aurait d'autres débouchés de la Bohême sur la Bavière, que ceux qui viennent d'être indiqués, il doit, aussitôt qu'il en aura connaissance, y placer un poste de sept ou huit hommes avec les mêmes instructions.
Recommandez au général Pajol et au colonel Méda de voir leurs oiîHciers et de leur parler dans les principes que je viens d'exposer. 11 faut qu'ils maintiennent la bonne harmonie et qu'ils vivent dans la meilleure intelligence avec les habitants et les troupes bavaroises.
J'ai appris, mon cher général, avec indignation par des déserteurs que j'ai questionnés, que le commandant de la place de Bayreuth les faisait jeter dans un cachot, et qu'ils étaient mal nourris. Faites vérifier ce fait, et vous m'en rendrez compte. En attendant, prenez des mesures pour qu'à l'avenir
ils reçoivent les vivres comme les soldats et qu'ils soient libres. On leur donnera des feuilles de route pour aller où ils voudront. Si c'est pour prendre du service en France, la feuille de route portera les subsistances.
S'il y en avait quelques-uns qui, par leurs dépositions, vous parussent suspects, il ne faut pas les faire mettre en prison, mais les laisser libres en les surveillant, et leur faire donner les vivres.
Vous prescrirez au colonel Méda de donner à ses postes l'instruction de se comporter à l'égard des Autrichiens, pour les communications, comme ils se comportent avec nous, c'est-à-dire que s'ils les empêchent de leur côté, il faut lés empêcher du nôtre.
Je tiens beaucoup à ce que les détachements du colonel Méda et même les régiments du général Pajol fassent quelques dépenses pour le pays; ainsi il faut donc leur donner des à-compte sur la solde et les appointements.
Envoyez-moi, mon cher général, l'historique de tous les gens que vous avez en prison à Bayreuth.
Je désire, mon cher général, que vous disiez au colonel Méda et au général Pajol qu'il serait bon que les soldats allassent à la messe le dimanche ; on nous a beaucoup calomniés sous ce rapport en Autriche, et c'est là le meilleur moyen de faire tomber ces calomnies.
Je désire, mon cher général, que les officiers que le général Pajol doit envoyer en avant des régiments, et ceux qui seront chargés des reconnaissances, soient non-seulement intelligents, mais encore qu'ils parlent allemand, ainsi que les ordonnances qu'ils auront avec eux.