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Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de Messine

Akt. 14. — Le Conseil aésij,'ne les ouvrn-^cs ii publier, et choisit les personnes les plus c.p:.bles d'en préparer ei d'en suivre la publication.

Il nomme, pour clia.iuc ouvrage ii publier, un Commissaire responsable, chargé d'en surveiller l'exécution.

Le nom de l'éditeur sera placé en léle de chaque volume.

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une déclaration du Commissaire responsable, porlani (pie le travail lui a paru mériter d'être publié.

Le Commissaire responsable soiissii^né déclare que le (orne II de la CounKSPONDANCE du mviu-xhai. m: Vivonne, pré/mré par M. Jean Couuev, lui a paru diiine d'être putdiè par la SociiVri; diî l'Histouu: de Phance.

l'ail à Paris, le -j') septembre 1020.

Sif^né : H. STEIN.

Certifié :

Le Secrétaire de la Socuté de l'Histoire de France, a. DELACHENAL.

in 2009 witli funding from

University of Ottawa

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INTRODUCTION

Au cours du printemps de l'année 1674, la situation du royaume de France ne laissait pas d'être grave. Louis XIV assistait h l'écroulement du système d'alliances que la diplomatie de Lionn.; avait élaboré contre la Hollande. Tous les alliés avaient à se plaindre du roi et se sentaient dupés. Les uns après les autres, ils passaient à l'ennemi et se déclaraient partisans de Guillaume d'Orange. L'Angleterre avait commencé. Charles II, contraint par le Parlement de se dégager des jiromesses faites à Louis XIV, fit la paix, le 19 février, avec la Hollande. Les évèques de Munster et de Paderborn, les archevêques de Mayence et de Cologne suivirent et traitèrent avec les Provinces-Unies. Le duc de Brunswick-Lunebourg, le 20 juin, l'électeur de Brandebourg, le l"'' juiUet, rompirent à l.nir tour avec Louis XIV. A la France, « entourée d'une multitude d'ennemis, tous intéressés h sa défaite », il ne restait guère comme alliés que l'électeur de Bavière, soudoyé par Louis XIV, et le roi de Suède; encore ce dernier n'était-il engagé que sous certaines conditions à une action commune. Ainsi isolée en l'Europe, la France avait à défendre presque partout ses frontières, dans les Pays-Bas, sur le haut et le bas Rhin et en RoussiUon, où l'Espagne l'attaquait.

Tandis que Turenne et Condé luttaient avec avantage contre les coalisés, qui, d'ailleurs, s'entendaient mal

Il INTHODUCTION.

ensemble, la diplomatie française sut trouver de nouveaux aUiés pour remplacer ceux que le roi avait perdus. Elle s'efforça de prendre les ennemis h rebours et de les affaiblir en les occupant ailleurs. Les Hongrois réfugiés en Transylvanie s'étaient insurgés contre l'empereur, qui, pour se venger d'un complot, avait institué en Hongrie un régime de terreur. Louis XIV envoya des hommes et de l'argent aux révoltés, dont le chef, Tékéli, remporta de grands succès. En Pologne, il favorisa l'élection, en mai, d'un noble polonais, Sobieski, dont la femme était française S et qui s'engagea par traité secret, moyennant subsides, h soutenir les mécontents de Hongrie et à faire la guerre à l'électeur de Brandebourg dans Iv. duché de Prusse. Vers la fin de l'année, la Suède allait, de son côté, entrer en scène et euvojer 15000 hommes dans la marche de Brandebourg.

Sur ces entrefaites, l'occasion se présenta à Louis XIV d'inquiéter l'Espagne comme il inquiétait l'Empereur et l'électeur de Brandebourg ; ce furent les Messinois qui la lui offrirent.

Ce n'est pas sans peine ni sans à-coups que les Italiens du royaume de Naples et de la Sicile supportaient la domination espagnole. Au milieu du xvii'' siècle, l'Italie méridionale fut le siège de plusieurs révoltes graves, mais qui toutes échouèrent. Le caractère à la fois léger, impulsif et versatile des habitants, la jalousie et la discorde qui les séparaient avaient été les meilleurs agents de l'Espagne pour les ramener à l'obéissance. Aussi bien était-ce un

1. Maric-Caziniire d'Arquicn, femme de Jean III Sobieski. Cf., sur la politique polonaiso de Louis XIV en 1674, Martine Rémusal, l'n :imb:is>iadeur de France en Pologne (lôli-lôSO) dans la Revue de Paris du !'>■• octobre 1919, p. 563 et suiv. Cet ambassadeur était le maniui.s François-Gaston de Béthuiie.

INTRODUCTION. m

principe essentiel de la politique espagnole appliquée depuis Ferdinand le Catholique au gouvernement des Deux- Siciles que de diviser pour régner. La tâche était aisée, car Messine et Palermese haïssaient et toutes deux détestaient Naples, qui, de son côté, avait pour les Siciliens le plus irréductible mauvais vouloir. Dans chaque ville, la noblesse et le peuple s'entre-déchiraient.

Messine, très jalouse de ses privilèges, qui faisaient d'elle une sorte de république aristocratique, était pleine de ressentiment à l'égard du gouvernement espagnol. Assailli par les réclamations de tous les autres ports de l'île, le roi d'Espagne avait suspendu l'un des privilèges les plus chers aux Messinois et les plus avantageux pour eux, le monopole de l'exportation des soies siciliennes. Puis il n'avait pas voulu recevoir les députés de Messine à Madrid comme les ambassadeurs des têtes couronnées. Enfin, son représentant à Messine, le capitaine général ou stratigo, don Luis de Hojo, en excitant le menu peuple contre la noblesse et en provoquant un conflit sanglant (30 mars 1672) h la suite duquel il comptait s'emparer des bastions de la viUe, gardés de tout temps par la milice urbaine, suscita de légitimes méfiances. Deux partis se formèrent : les Meiii, favorables au stratigo et à l'Espagne, et les Malvizzi. défenseurs des libertés publiques.

Le prince de Ligne, vice-roi de Sicile, intervint pour ramener la paix. Il désavoua les agissements des complices du stratigo et, par là, le stratigo lui-même. Mais, désavoué à son tour par le gouvernement de Madrid, il résigna la vice-royauté de Sicile. La faction des Malvizzi faisait des progrès tous les jours. Un incident au cours de la fête de la Madone délia Lettera, le 6 juillet 1074, fit éclater dans les rues de Messine une violente insurrection. Le

rv INTRODUCTION.

marquis de Bayona, successeur du prince de Ligue, accourut de Palerme par mer. Mais, comme il refusait de faire aux Messinois la concession d'entrer dans la ville; sans troupes et d'exiler le stvatigo, sa galère fut accueillie à l'entrée ilu port à coups de canon. La guerre était déclarée et la révolution déchaînée. Le stratirjo continua à se défendre jusqu'au 29 juillet, mais, contraint de capituler, il quitta la ville le 4 août avec ses gens et ses bagages.

Les chefs des insurgés ne se dissimulèrent pas que Messine ne pouvait lutter toute seule contre le roi d'Espagne. Ils appelèrent à leur secour.s le roi de France. N'était-il pas l'ennemi naturel de la monarchie espagnole et en guerre avec elle précisément à cette époque? N'était-il pas déjà intervenu à diverses reprises dans les affaires des Deux-Siciles en favorisant le mécontentement des Italiens et leurs tentatives de révolte contre leurs maîtres? L'héritier des prétentions séculaires de la monarchie française sur le royaume de Naples resterait-il indifférent h l'appel de secours contre l'ennemi commun et à l'occasion qui s'offrait d'agir dans les anciens domaines de Charles d'Anjou lassés de la domination espagnole?

Dès le 21 juillet 1674, les Messinois envoyèrent deux députés, Antonio Caffaro et Lorenzo di Tomraaso, au duc d'Estrées, ambassadeur du roi à Rome, sous prétexte d'acheter du blé à Gênes. Ils furent introduits au palais Farnèse par deux exilés de Messine réfugiés h Rome, Giuseppe Balsamo, baron de Cattani, et Filippo Cigala'.

A Rome, plus encore que le duc d'Estrées, le cardinal César d'Estrées, son frère, évèque de Laon, veillait aux inté-

1 . C. Roussel affirmfi à tort qu'une députation fut envoyée au roi de France directement [Histoire de Louvois, t. II, p. 378). Les lettres que nous citons plus loin indiquent le contraire.

INTRODUCTION. '

rêts de la France'. Il était, en somme, le véritable ambassadeur. Fin <lii>lomate, très averti et avisé, entreprenant et actif, a avait été formé de bonne heure à l'école de son père, ambassadeur à Rome sous Louis XIII. Le but de la politique qui lui était personneUe était de frapper mortellement la puissance espagnole en Italie. Les deux députés raessinois reçus dans le plus grand secret au palais Farnèse trouvèrent donc les d'Estrées tout disposés à écouter les propositions des Messinois.

Le duc d'Estrées se hâta d'écrire au roi (le 2 août 1674) pour lui rendre compte dans les plus grands détails de ses rapports avec le baron de Cattani et Filippo Cigala, et des demandes des deux ambassadeurs messinois. Il lui rapporta tout ce.qu'il savait par eux de l'état de Messine et du reste de la Sicile, des «lispositions prises par les Esyiagnols et les révoltés, et des forces de chaque parti. La ville pouvait attendre cinq semaines un secours de France. Le duc d'Estrées envova sans délai à Messine une felouque pour engager les Messinois à persister dans leur révolte et fit partir sur-le-champ pour Marseille, via Livourne, Antonio Caffaro et son compagnon, « afin que, écrivait-il à Louis XIV, si Votre Majesté juge à propos de les secourir de quelque manière qu'EUe veuille le faire, ils se trouvent sur les lieux pour donner toutes les lumières nécessaires, tant pour l'abord de Messine que pour les autres conduits, et qu'ils se prévalent en même temps pour la sûreté de leur retour » . En même temps, le duc d'Estrées remit aux deux Messinois une lettre pour le duc de Vivonne, s'en remettant à lui pour faire ce qu'U jugerait « de plus convenable au service de Sa Majesté- », et engagea Antonio Caffaro et son

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