‹ Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de MessineChapitre 23 sur 171 · INTRODUCTION. XXXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIII

mit (le mettre en relief d'une manière éclatante la puissance maritime de la France à celte époque et marqua le début du déclin de l'hégémonie navale des Hollandais. Lorsque l'expédition de Sicile devint trop coûteuse et aurait pu même être périlleuse pour les armes du roi, Louis XIV eut la sagesse d'\ renoncer, de rendre disiiouibles les troupes et les vaisseaux qui y étaient affectés, et l'on aurait tort de considérer la retraite de La Feuillade comme le seul résultat d'nii éciiec'.

La manœuvHî politique, navale et militaire était terminée.

Aurait-elle pu aboutir à des résultats plus brillants? Assurément, mais il aurait fallu dès le début, dès janvier tr)75, envoyer en Sicile un corps expéditionnaire plus Momiireux et que Louis XIV lût plus déterminé qu'il ne

lerranée avait provoqué, l'évacuation de Messine. « Ma non mène le divoisioni iloUa Sicilia che i fomenti délia Unghena coucorsero a scomare gli sforzi de' collegati, coslretti a rivolga l'armi pcr rimeltere in devers i propri sudditi e non era loro permesso adopeiarle contre quelle polenso a danno délie quali s'orano insieme congiunti » {Relations des ambassadeurs vénitiens, série II (France), t. III, p. 298 et 331).

1. D'après une lettre de Bussy, écrite d'Autun le 15 avril, il semble que les contemporains ont eu l'impression d'un insuccès à Messine et en rechorcliaient les causes et les resiiousabilités : « Quand on a envoyé La Feuillade à Messine, on savoit bien ((u'oii l'alloil aiiandonner, et c'a été pour en sauver la honte à Vivoiine. Cependant, les gens qui y voient clair n'en chargent pas La Feuillade. Tout le mal étoit fait quand il y fut, si mal il y a, et peut-être même n'est-ce pas la faute de Vivonne » (Correspondance, t. IV, p. 8(i).

Successivement IG 000 hommes avaient été envoyés par le roi en Sicile. Les commissaires, au retour de La Feuillade à Toulon, ne constatèrent la présence que de (IS.SI hommes. Il en manquait donc 10 000, morts ou disparus (C. Ilousset, t. II, p. 474 et note).

XXXIV mXRODUCTION.

l'était en réalité à « faire des conquêtes » en Méditerranée. Il aurait fallu aussi un autre général que Vivonne, un général plus audacieux, plus entreprenant, moins timoré et moins attentif à tout ce qui pouvait survenir derrière lui. Si Vivonne rendait loyalement à Du Quesne l'hommage éclatant qui lui était dû pour ses qualités géniales de marin', il n'était pas lui-même un grand homme de mer et commit au cours de la campagne de lourdes fautes. Comme général, Vivonne aurait dû, pour réussir en Sicile avec le peu de monde dont il disposait, avoir une conception toute différente de la guerre. Élevé aux côtés de Louis XIV, U ne comprenait pas autrement que lui la manière de faire campagne : tenter des coups de main, organiser des sièges, établir des garnisons dans les places conquises, recommencer plus loin. Cette méthode lente et coûteuse n'était pas applicable en Sicile comme en Flandre. De même que Louis XIV, nerveux et inquiet comme beaucoup d'indécis, Vivonne redoutait la moindre imprudence, ne s'avançait qu'après avoir mûrement étudié, discute son plan et s'être informé le plus souvent des avis de ses lieutenants, qui, d'autre part, critiquaient sa lenteur et sa timidité.

Vivonne, que sa situation et ses titres désignaient pour le commandement à Messine, n'avait pas, quoique très brave, très zélé et consciencieux, les qualités nécessaires pour transformer la « diversion » en une conquête. Peu militaire, médiocre marin, Vivonne fut par contre un excellent gouverneur de Messine, se montra à l'égard de ceux dont il était le vice-roi très doux, juste et conciliant, et parfois même plus Messinois que Français, si l'on peut dire, tant il mit souvent d'ardeur à défendre à la cour

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