CCCLXXVI
Le marquis dk Pheuilly au duc de Vivonne.
[Devant Scaletta,] 5 novembre 167G.
Preuilly, désespéré du silence de \'ivonne, insiste encore pour avoir des renforts et des munitions. 11 demande un assaut immédiat et prévoit une honteuse retraite s'il n'est pas secouru à temps. — (Ms. de Polignac, année 1616, n° 172.)
Puisque vous ne voulez pas absolument nous envoyer du secours, vous voulez bien que je vous dise aussi qu'il est tout à l'ait impossible tjue nos soldats et même les officiers résistent davantage à la fatigue qu'ils font, et que devant qu'il soit quatre jours nos troupes seront entièrement perdues et que vous ne devez faire aucun fonds dessus. Si, Monseio^neur, vous les voulez employer à quelque action de vio^ueur entre ci et ce temps là. ils sont encore en état de le faire et le souhaitent plutôt que de périr misérablement comme ils font; c'est ainsi mon sentiment et suis fortement persuadé qu'il faut attaquer le fortin de la marine et Saint François de Paule, si vous voulez prendre la place, et si le siège traîne en longueur nous y perdrons nos troupes ; il faudra lever honteusement le siège et nous y laisserons notre canon; outre que je suis persuadé que les ennemis ne sont pas si endormis qu'ils ne songent à secourir la place et s'ils tombent sur notre quartier nous ne sommes point en état de leur résister. Le secours de M. de Montastruc ne nous soulage point du tout et celui de Champagne et Normandie est si peu de chose que
[1070] Dr MARÉCHAL DE VIVONNE. 51
cela no se doit pas compter, ne faisant pas en huit compagnies cent vingt hommes.
Les capitaines c(ui sont à Messine songent si peu à envoyer des vivres à leurs compagnies (|u'il y t'U a deux qui n'ont [loint de vivres depuis deux jours; et si le mauvais temps continue nous courrons risque il'ètre obligés de tout abandonner.
Je vous assure, Monseigneur, (jue je me trouve en de grandes extrémités et (|ue j'en prévois encore de plus grandes si ce siège dure. .l'attends avec impatience des nouvelles de ce que vous voulez faire et vous voulez profiter du reste de nos forces. Nous n'avons plus de poudre; je vous supplie d'ordonner à M. de Boirvaux de nous en envoyer. Il y a deux jours (jue je n'ai plus d'ordre. Je suis...
Il faudra, s'il vous plait, ordonner cju'on nous envoie des vivres par terre et que la cavalerie escorte par San Placido ' .
Poudre qu'il faut faire venir de Messine. 20 000
Plomb 10 000
Mèche 10 000
Qui sont sur un brûlot 700
IJoulets de 24 1 500
Il laut le tout au premier jour.
CCCLXXVll.
Lk ULC DK ViVO.\.\E .\U MiVRQUlS DE PUKUILLV.
[Devant Scalella,] 5 novembre 1G7C.
\'ivonne engago l'rcuilly à priMidre ])atience jusqu'au luomcnl
l. CouvL'iil voisin do. Scaielta.
où l'assaut pourra être fait. Les troupes souffrent beaucoup dans les divers postes, mais il connaît leur valeur et ne les abandonnera pas. - (Ms. de T'nlignac, année IGlli, n" 173.)
J'ai reçu votre lettre, mon petit bonhomme*. Je sais aussi bien que vous la fatigue de vos troupes, mais je connois leur valeur et celle de Messieurs les officiers; ainsi je ne doute point de leur constance à souffrir ces travaux pour le temps qu'il y a à attendre (jue notre batterie soit en état. Après cela, nous les consolerons de toutes leurs fatigues par le plaisir que nous leur donnerons en leur fournisant des actions de valeur et dignes de la gloire de la marine. Nous avons reconnu par où il les faudra faire; promettez-leur donc que ce sera bientôt, afin ([u'ils attendent le peu de temps qui nous reste pour mettre les choses en état de les exécuter.
Nos troupes souffrent beaucoup de fatigue de ce côté ci. Les postes sont éloignés du camp et de très difficile accès. Cela a fait qu'il a fallu que les troupes soient demeurées quelquefois deux fois vingt quatre heures à la tranchée, sans pain, à travailler pendant un temps très rigoureux. Ce sera une beauté pour le siège de Scaletta quand les choses seront achevées, et c'est les grandes difficultés et les grands obstacles qui sont la beauté des actions de guerre. Je ne vous dis point ceci pour animer vos troupes, connoissant leur mérite et le zèle qu'elles ont pour le service du roi. Mais il ne faut pas que nous en abusions, c'est pourquoi je vous prie de les vouloir soulager en ne met-
1. On sait que le marquis de Preuilly d'Huraières, ainsi interpellé par Vivonne, était alors chef d'escadre et devait être promu lieutenant général l'année suivante.
[J67fi] ni' MARKCIIAI. DK VIVONNE. 53
tant qii'im bataillon de J,^^^do à la tranchée. Ce petit repos les mettra eu état de pouvoir exécuter les sentiments de leur cœur, quand les choses seront prêtes de deçà de commander les actions de vij^ueui-.
M. l'intendant, qui est à Messine, s'est chargé de vous fournir les choses nécessaires. Je vous prie donc de vous adresser à lui. .l'ai donné ordre à M. de Boirvaux pour ce (|ui est de son chef.
J'ai des espions et des };ardes et des partis de tous les côtés où les ennemis pourroient s'assembler. Jusqu'ici, ils ne font aucune démarche. Je renouvellerai encore mes diligences pour être averti et si ils font quelques mouvements et que ce soit de votre côté que doive tomber l'orage, je vous supplie de croire ([ue vous n'en serez pas seulement averti, mais que j'aurai l'honneur de vous aller trouver et que je ne suis pas homme à avoir embar(|ué d'aussi braves gens que Messieurs de la marine, (|ue j'estime tant et de qui je suis si fort serviteur, pour les abandonner et ne pas courre avec eux les mêmes risques ^ Je ne vous prie point de les exhorter à la patience. Je vous supplie seulement de vouloir retenir leur bravoure jusqu'à ce que les choses soient en état de l'employer à propos et croyez moi sans compliment votre très humble serviteur plus sincèremenl (|uc personne dn monde*.
1. Dr lail, d'ai)rès la Gazelle, \'ivonne prôchait d'exemple t!l no se ménageait pas : « Le maréchal duc de Vivonne visiloil sans cesse les postes avancés et il animoit les troupes à supporter une fatigue extraordinaire, ayant toujours été à pied, à la tête de l'inlanterie, dans des marches pénibles. » (Gazette, 1616, p. 851-852.)
2. Cette lettre fort belle par la forme et par le fond mérite
54 CORRESPOtSDANCE [1676]
ccaxxvm.
MONTASTRLC AU DUC DE VH'ONNE.
[Devant Scalelta,] 5 novembre 1076.
11 demande h Vivonne du pain de munition, afin que les soldats ne restent pas trois jours entiers sans manger. Personne ne porte rien h vendre à l'endroit où il est campé, et Preuilly lui refuse deux quintaux de biscuits. » Il nous est comme impossible de retenir nos soldats de ce quartier et aller courir dans les autres camps. » — (JVls. de Polignac, année 1676, n° 174.)
ccaxxix.
Le duc de VlYOXNT. AU M.UOH DE MESSINE.
[Devant Scalelta,] 5 novembre 1676.
Ordre pour faire venir à Scaletta treize compagnies d'infanterie, dix de Picardie et trois de Provence. — (Ms. de Polignac, année 1676, n" 175.)
5 novembre 1676.
Au Salvador 2 compagnies.
A Saint Georges 1 —
A Don Blasco I —
d'être remarquée, car elle met en lumière des sentiments de fierté et d'honneur, une assurance de soi-même dans le commandement digne d'un grand chef et dont l'expression ne se montre pas fréquemment dans la correspondance de Vivonne. A vrai dire, le maréchal, qui savait si bien remonter le moral abattu de son subordonné après avoir d'un mol singulièrement vif calmé son énerveraent, n'annonçait aucun soulagement à la situation pénible de ses troupes. C'est, du reste, ta conclusion que Preuilly tira lui-même de celte lettre (cf. sa réponse à Vivonne, n» CCCLXXXV).
[167(>] Kl' MAKKCIIAl. DE VIVONNE. 55
A Sainte Claire 1 compagnie.
Saint iJartlK-leiny 1 —
Au Saint Esprit 1 —
Au Segrel 1
A Saint Martin 1 —
A Torre Viltoi-ia 2 —
A Landria 1
A Saint Vincent ' —
A Porta Realc 2 —
Au Castellazzo 3
Gonzaj^a •*
MatagrilTone ~ —
Aux Capucins ^
Il reste à Messine trente sept compagnies. Monseigneur le maréchal veut (jue l'on en tire dix de Picardie pour venir au siège de Scaletta; il en restera donc vingt sept. De ces vingt sept, on en a déjà réglé vingt quatre ci dessus pour les postes. El comme il en reste trois, on vent (lu'oii les tire du régiment de Provence poui" venir prendre le poste (lue les quatre compagnies de Normandie occupent au dessus de M. de Preuilly et se joindre aux (jualre compagnies de Normandie (jui y sont. Il faudra aussi que l'on tire des vingt sept compagnies trois hommes par compagnies pour garder les (|uatre postes.
• Lk Sénat de Messink au ulc de Vivonne*.
Messine, 5 novembre 1676.
I.e Sénat est inr|iiiel du succès «lu sièfje tie Scalella. 11 a