Cette lettre fut écrite le 5 novembre au soir
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veinbre, mais;i lail demi-tour en voyant If village ocnipé. Le marquis do IJrancamonlo réunit de très nombreux paysans vers Mascali et fait courir le bruit qu'il va tenter d'enlever Taormina. Mais La Villedieu pense qu'il veut surtout barrer avec cette milice la route de Catane. « Quoiqu'il en puisse Hre, nous irons notre chemin à notre ordinaire. Vous savez ce qu'est notre f,'arnlson. Je vous en ai informé au vrai et au juste.
« Nous avons depuis quelques jours une désertion assez, considérable. Il y a une seule compagnie du régiment de Louvigny, qui est celle de Payon, qui a perdu huit hommes de ses plus vieux soldats, et une de Champagne qui en a perdu dix.
« Il est venu h ce soir une tartane de Messine qui, h ce que m'a dit un officier i|ui étoitvcnu dedans, nous apporte quelques médicaments pour notre hôpital. Mais nous n'avons encore rien vu. »
Les malades et blessés sont couchés sur la terre sans matelas. L'intendant n'a encore rien envoyé pour l'hôpital.
« C'est une pitié que l'état où sont nos pauvres malades ou blessés, tous couchés sur la terre.
« Je sais qu'il y a plusieurs officiers h Messine cl au camp en bonne santé qui devroient être ici, étant des compagnies qui y sont. Je vous supplie encore une fois, Monseigneur, de leur faire ordonner qu'ils aient h se rendre un chacun à leur compagnie. Il y en a même (|ui sont parlis d'ici m'ayant demandé congé pour aller à Messine pour y faire le décompte de leur régiment. Ils prennent leurs excuses qu'on ne le leur a pas voulu faire. Je les avois fort priés en partant d'ici de n'être {juc quatre jours absents. Cependant, il y a près de ([uin/.e jours qu'ils sonl partis, ne faisant rien pour les affaires ([ui les ont laii aller là. Ils doivent s'en retourner et je vous prie. Monseigneur, de leur faire aussi ordonner d'une manière ou d'une autre
qu'ils aient ii s'en venir incessamment. Il y a des capitaines de Cluimpafjne el de Schomberg et d'autres officiers. Nous n'en avons pas ici au pied de la lettre que le quart de ce qu'il devoil y être.
« Nous ne savons aucune nouvelle positive de l'état de votre siège. Vous croye/, bien, Monseigneur, que je suis dans une grande impatience d'en apprendre un heureux progrès.
« Il y a déjà quelques jours que je me lève dans la chambre. .F'ai même sorti une fois en chaise, mais je ne suis point en état d'agir comme je le voudrois et comme il seroit nécessaire que je le fisse.
« Nous avons ici des officiers prisonniers de guerre qui nous embarrassent fort et.qui nous obligent de leur monter une assez forte garde qui nous est un surcroît de fatigue qu'il seroit bon de nous épargner. Je suis extrêmement embarrassé de ce marquis de Mongiuffi qui étoit dans une cave quand vous êtes parti d'ici. Il éloit tombé malade, ce qui m'obligea de le tirer de là et de le faire mettre dans une chambre où il est gardé. Mais toute la précaution qu'on peut prendre ne sauroit empêcher qu'il n'ait commerce avec des gens d'ici et d'autres lieux des villages autour. Ainsi, Monseigneur, il seroit bon de l'ôter d'ici comme les autres officiers et au plus tôt. Ils sont sept officiers en tout. « Nous voyons souvent des vaisseaux croiser ici devant; ordonnez, s'il vous plaît, à quelqu'un qu'il les vienne prendre. La chose, de bonne foi, est de conséquence, outre qu'ils nous sont ici fort à charge. Je ne parle pas de M. de Cicinelli, qui n'est pas encore en état d'être transporté'. Et celui-là, à ce que j'en puis connoître, quand il seroit en bonne santé, ne nous donneroil pas beaucoup de peine. Il me paroît avoir le procédé d'un honnête homme et de qualité. » — (Ms. de Polignac, année 1616, n° 179.)
1. Le colonel prince de Cicinelli avait été grièvement blessé
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CCCLXXXIIl.
La Vll.M'-.DIKlI AU DUC DE ViVONNE.
Taoriiiina, (i iiovciiilirt; 1676.
Une atlaque dos ennemis à Oiardini a été ropoussée. La Villedieu H'pond à Vivnnne au sujet du ravitaillement de Taormina et propose d'occuper Aci après Scaletta. — (Ms. de Polignac, année H'ilG, n" 180.)
Je vous l'-crivis amplement hier au soir, Monseif;neur, croyant (|iic .M. de Villeneuve, capitaine des grenadiers du régiment de Crussol, partiroit ce matin. Mais il a été retenu par un événement dont je vous vas rendre compte.
Les ennemis, ce matin au |)oint du jour, au nombre lie neuf cents hommes île troupes réf;lées composées des deux régiments de CicincUi et d'un autre espaf^nol avec plus de six cents paysans soutenus de toute leur cavalerie, sont venus attaquer la garde que je vous ai mandé ci devant que je faisois monter pour conserver le village des Jardins', mais ce capitaine qui étoit de garde s'ét^mt retiré dans une maison a si bien soutenu <|ue les ennemis l'ont quitté deux fois, dont il en a tué douze ou quinze sur la place, entre les- (|uels il y a trois capitaines.
et fait prisonnier avec d'autres officiers de Taornaina, en essayant de sauver .Mola. Son détachement de huit cents hommes environ fut taillé en pièces et dispersé par le capitaine de t;haslenet, commandant d'un bataillon du régiment de (Crussol.
1. C'est-à-dire de Giardini, au pied «te Taormina, au bord de la mer.
fiO CORRHSPONDANCE [1676]
Dès que j'ai entendu cette attaque, je me suis levé de mon lit, et quoiqu'avec peine j'ai sorti et descendu avec environ deux cents hommes, voyant que les ennemis étoient venus pour la troisième lois attatjuer la maison où étoit notre dite garde en résolution de la brûler et le monde qui étoit dedans, ce qu'ils auroient fait sans doute s'ils n'eussent vu arriver le secours. Us se sont enfin retirés avec beaucoup de honte. Il est venu un de leurs cavaliers (\u\ m'a assuré qu'il y avoit eu dans cette attaque quatre vingts ou cent hommes tués ou blessés et qu'ils s'étoient retirés avec beaucoup de confusion.
J'ai reconnu entre les morts ce petit capitaine nommé Vcrkiel qui avoit été changé contre Périnet. L'on ne peut pas soutenir une attaque avec plus de conduite et plus de bravoure qu'a fait notre capitaine de garde qui se nomme Biernes, du régiment de Schomberg. Ils sont venus vigoureusement à lui. Il y en a eu cinq ou six de tués dans la maison même, qui étoient en bas et les nôtres en haut, n'y ayant qu'un plancher entre eux qu'ils ont rompu à l'envi les uns des autres soit pour tirer en attaquant et les nôtres pour avoir les ennemis en bas.
De bonne foi, il ne se peut rien de plus brave que ce qu'a soutenu là le sieur Biernes, qui avoit avec lui un sous lieutenant du régiment de Crussol, Conrart, qui a aussi fait des merveilles. Cette garde n'étoit que de quarante cinq hommes, dont il s'en étoit sauvé dix ou douze à l'approche des ennemis qui doivent avoir une grande honte de n'avoir pas enlevé si peu de gens dans une misérable maison de paysans (]u'on abatteroit à coups de levier.
J'ai trouvé ce poste trop exposé pour l'avenir, car les eiiiieiuis auroienl pu y revenir. Je l'ai fait lever ce soir. Je ne doute pas (|u'ils ne viennent brûler ce village, mais il n'y a pas moyen de l'empêcher.
Je ne comprends point (|uel étoit le dessein des ennemis. J'étois averti ([u'ils s'assembloient pour venir altaciuer cette place. Je ne le pouvois pas croire. Cependant, il y a cinci jours (|u'ils étoient partis de CaUnie et (|u'ils avoient l'ait descendre leurs paysans des monta-nes. Ce ne pouvoil pas être dans le dessein d'enlever cette garde, car il n'y a que trois jours (juc je la fais monter. Cependant, elle les a arrêtés sans ([u'ils aient osé passer plus avant. Ils se sont retirés au village le plus proche d'ici dans la plaine, d'où nous avons vu oe soir leur camp et leurs feux. Je ne sais s'ils auroient envie de revenir. Nous tâcherons de les recevoir ici, s'ils y viennent, aussi bien (|u'on les a reçus ce matin à notre garde.
Vous voyez bien, Monseigneur, que les avis cju'on vous a donnés ne sont pas bons que Brancamonte étoit retiré de la plaine de Mascali.
J'ai reçu aujourd'hui trois de vos lettres, l'une d'aujourd'hui par un gentilhomme napolitain qui est venu voir M. de Cicinelli, les deux autres d'hier, dont le sieur Vincenzo Crisatïi m'en a donné une. Je me servirai de lui le mieux que je pourrai et vous rendrai compte exactement de tout. L'autre de vos lettres d'hier étoit dans un paquet où il y en avoit plusieurs du comte de Prades que je ferai tenir au plus tôt et dans celle là où vous me mandez qu'on vous a donné avis qu'il y avoit quinze ou seize cents sahnes d'orge dans un village voisin de TaoVmina. Je n'en ai pas
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oui parler. .l'ai bien oui dire dès le coininenccnienl qu'il y en avoit beaucoup plus à Mascali. 11 faut que ce soit là assurément qu'on a voulu dire. Mais la cavalerie des ennemis y a toujours été depuis que nous sommes ici et dans un autre village à plus d'une grande lieue et demie au deçà du dit Mascali, qu'on nomme Gatalabiano, où les ennemis ont une assez lorte garnison. Leur garde avancée se voit aisément d'ici tous les jours. Ainsi, quand même toutes les maisons de la plaine seroient pleines de paille, ce ne seroit pas une chose praticable d'y avancer avec notre infanterie et je ne sais pas comment vous voudriez que je fisse transporter de la paille de là ici, quand même il n'y auroit aucun ennemi à la plaine. Outre que l'abord de cette ville est ditricile et presqu'impossible pour ces sortes de voitures, on n'a pas laissé dans cette place ni un cheval ni un mulet. Nous avons toutes les peines du monde de faire transporter du blé au moulin et la. làrine des moulins a la ville. Vous nous croyez mieux assurément dans nos affaires que nous ne sommes. Il est vrai que jusques à cette heure le soldat a subsisté aisément à cause des bœufs et des vaches qu'on avoil pris dans la montagne dans le temps que toutes les troupes étoient ici. Mais dans peu de jours nous courrons risque d'être dans une grande disette s'il ne nous vient des gens que nous puissions envoyer en parti dans ces montagnes.
Le marquis de Gallodoro m'avoit promis de m'en envoyer, mais depuis la friponnerie qu'il m'a fait faire ici il ne me fait plus l'honneur de me donner de ses nouvelles. Il n'y a assurément qu'à marcher droit avec moi. Si je ne leçois bientôt de ses nouvelles et qu'il
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ne me donne avis comme les choses se passent où il (;st, je le ferai bien venir à la raison. Il m'a écrit une •,n-an<lo lettre, il y a quelques jours, où il ne sait pas trop ce (ju'il veut dire se voulant justifier. Mais se justifiant mal de ce dont je vous ai écrit ci devant, je sais de science certaine et d'original (jue c'étoit lui (lui avoit fait enlever notre bétail et il a fait sauver ceux par qui il l'avoit fait faire au lieu de me les envoyer comme je le lui demandois.
A l'éj^ard de la cavalerie, il n'y a rien du tout ici de (|Uoi la faire subsister. Quand je vous en avois parlé, j'avois cru (|ue votre dessein étoit de chasser celle des ennemis de la plaine de Mascali où en ce cas-là je crois (jue la nôtre auroit pu trouver de quoi subsister. Ce n'est pas cjuc (juclques cavaliers rendus des ennemis ne m'aient dit que la paille devenoit rare dans la plaine, et à moins (|ue de s'avancer assez avant je ne doute pas que notre cavalerie n'y subsistât avec peine et au moins pour le grain, car pour le reste il y a force cannes de sucre, dit on, que les chevaux mangent fort bien.
Mais si vous me voulez permettre de vous dire mon avis, Monseigneur, je crois (lu'api'ès la prise de Scalella on pourroit avec toute notre cavalerie et plus d'infanterie que nous pourrions mettre ensemble s'avancer et se poster dans Aci cjui est une ville, dit on. abondante de toutes sortes de choses sui-loul des grains, et il ne seroit pas diflicile de s'en em|)arer, car elle est sans murailles, et je crois qu'on y pourroit demeurer en sûreté avec toute la cavalerie et un corps considérable d'infanterie, d'où l'on pourroit courir dans la plaine de Catane et y obliger les gens ù
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nous lournir leurs grains, et même on pourroit en l'aire transporter ici du dit Aci ; sans cela, je prévois dans peu une grande désolation non seulement dans Taorniina, mais dans tous les villages qui se trouvent entre ici et Messine qui n'auront pas un grain de blé si l'on ne t'ait cette démarche pour tâcher à leur en faire avoir. Je ne vois pas même ailleurs où vous |)()uvez employer votre cavalerie ni où elle puisse plus aisément subsister. Il me semble quand vous avez pris la résolution de vous saisir de ce poste ici que c'a été dans cette visée. Il y auroit sur cela' mille choses à dire (jui sont trop longues à écrire et que vous savez, Monseigneur, mille fois mieux que moi.
La corvée d'aujourd'hui^ m'en aura donné pour dix ou douze jours davantage pour la guérison de ma blessure. Mais comment entendre une si forte escarmouche sans s'émouvoir, (juoiqu'il en puisse arriver. Il n'est pas permis dans de pareilles occasions de donner le plus à sa santé. J'ose vous dire que ma sortie n'a pas été inutile et les ennemis auroient sans doute forcé notre garde si je n'avois été à son secours. La chose s'est heureusement passée pour nous. Mais il ne faut pas s'y exposer trop souvent. C'est pour cc^la t|ue j'ai fait retirer cette garde. Je suis. Monseigneur, avec tout le respect possible...
CCCLXXXIV.
I^' INTENDANT d'OpPÈDE AU DUC DE ViVONNE.
[Messine,] 7 novembre 1676.
D'Oppède insiste pour que Vivonne laisse les galères rentrer