‹ Correspondance du maréchal de Vivonne relative à l'expédition de MessineChapitre 71 sur 171 · LustrifTo dans le texte · texte numérisé non relu

LustrifTo dans le texte

dont, aussi bien que celui (|ui arriva à la ÎAme et celui des deux flûtes de Ponant, fera donner de bons ordres par la Cour de ne plus commettre les vaisseaux du roi avec de si léf^ères carènes. Dieu veuille que cet exemple serve tout de bon ! En voilà donc trois dans une année, y compris celui-ci, dont on ne doute pas de la perte, vu l'état auquel il étoit selon les dépositions que vous verrez, si vous l'avez aj^réable.

Étant doublé Marittimo à dessein de croiser entre le cap Bon et la Savillane^ et es environs de Pantellaria où nous avions grande espérance de réussir des premiers vents d'est. Mais le jour de l'An il s'est fait un coup de vent par un orage de pluie du sud-ouest, et ensuite à l'ouest, avec une mer si creuse sur des fonds inégaux qui sont dans ce canal de Malte, qui a tant fait pàtir le vaisseau Saint Esprit par son avant et par son étambot^, que nous avons été contraints de nous venir rassembler sous le cap Passaro. Et quoique ce vaisseau ait eu sa carène, son ancienne voie d'eau continue toujours quand il met le devant dans la mer, et nous ne doutons pas que cette grande voie d'eau ne soit sous les jottereaux^ ou sous le taiilenier* un pied au dessus de l'eau, en sorte qu'il ne faut bouger des pompes quand ce vaisseau travaille.

1. Torrc Sibitiana, localité à l'extrémité de la Sicile, au sud de Marsala.

2. F.tamhot, pièce de bois droite et forte placée à l'extrémité de la quille d'un vaisseau dont elle termine l'arrière. Le gouvernail est suspendu à l'étarahot.

3. Jottereaux, « courbes clouées latéralement de chaque côté de la tête d'un bas mât » (Dictionnaire nautique de Jal).

4. Le taillenier, ou poulaine, ou guibre était aussi appelé l'éperon du navire.

(16771 III' MMIKI'IIM. I)K VIVONNE. 139

Voyant les vtîiils continuer à l'ouest, nous sommes venus jusc|ues a Au},'usta le 9', le Saint Esprit, le le Grand, le Vaillant, le Parfait et deux brûlots. Le Fortuné est demeuré dehors par mon ordre. Pour le Téméraire et les deux autres brûlots, nous ne les avons pas vus depuis le coup de vent où ils demeurèrent sans doute à la cape. Le Prudent arrive présentement pour se rajuster, et demain il [)ouna ressortir avec un brûlot si le vent se met à l'est, (jui amènera les vaisseaux dont on a avis qu'ils sont cliaryés dans le j^oll'o de Venise, car, en vérité, depuis (jue nous sommes sortis il ne lait pas de temps pour naviguer et ie tais travailler à chercher les moyens de réparer ce qui se pourra en ce lieu pour retourner rejoindre les vaisseaux qui sont restés dehors, afin de ne pas retourner sans ([ueUiue iruit, n'ayant pas trouvé ici aucun ordre de vous contraire à ce dessein.

Cependant, les vaisseaux le Grand et le Téméraire avant besoin de carène, et croyant que leur rang approche pour cela, je les renvoie à Messine dans la pensée qu'il vous plaira de m'en renvoyer deux autres de ceux qui sont carénés, afin de profiter de la chute de tous ces vaisseaux qui sont de partance du premier bon vent et (lue j'apprends (ju'ils passeront une partie au sud de Malte.

Ainsi la croisière au cap Spartivento ne peut réussir, vu que par les conditions stipulées par l'Espa-^ne à tous les vaisseaux qui vont au blé pour eux ils ne doivent nullement passer par le Phare.

J'envoie sous l'escorte du Grand et du Téméraire cette prise, la Paulc, (jui s'est travestie à l'angloise sans pourtant aucun aveu, seulement vu certificat du

consul anglois de Naples, qui dit que ce vaisseau a()parlient à des Anglois de Livourne' et lui ont donné un autre nom de la société, quoique pai- une autre expédition d'AI<,'er il lui donne encore un autre nom, ainsi ([ue nous vous ferons voir à notre retour. Dieu aidant.

Cependant, je crois qu'il est nécessaii-e de ne point entrer en raisonnement avec le consul ni autres de ce vaisseau que l'on n'ait vu les pièces et même leur empêcher le commerce avec la terre, afin qu'ils ne dépêchent pas en Italie pour faire venir des expéditions à leur poste. J'en ai averti Beaulieu, et il sera bon, s'il vous plaît, de lui recommander et d'empêcher le commerce d'aucun des matelots de l'équipage de la prise qui sont sur son bord et f|ui sont partie An-lois, Italiens, Espagnols et gens ramassés même de ceux qui étoient sur les hollandois.

Il semble présentement que le temps se veuille faire beau; ainsi le plus tôt que les vaisseaux que vous aprouverez qui nous viennent joindre pourront sortir ce sera le plus avantageux. Je laisserai ici un rendezvous quand j'en partirai, qui sera qu'aux environs de Malte. Ainsi nous serons en lieu où nous pourrons recevoir aisément vos ordres.

Je suis, avec beaucoup de respect, etc..

1. Louis XIV, averti de l'incident, manda dans la suite à Vivonne d'user à l'égard des vaisseaux anglais ou qui se déclaraient tels d'une extrême circonspection et de ne les arrêter <|a'avec la plus grande prudence.

[1677] I)L' MVIIKIIIAL !)K VIVONNE. lil

LdllS \1V M DIT. I)K VlVON.XK.

[Sainl-(iorm;iiii-cn-[,:ivo,] (i janvier ItîVV.

1,1' idi aiiiKiiicL' à Vivonnc (ju'il a reçu l'assurance que les Hollandais n'enverront aucun vaisseau dans la Mt-diterranée au cours de l'année.

« J'en ai des avis si certains et confirmes par tant d'endroits (ju'il n'y a aucun lieu d'en douter. .Vinsi In nombre des vaisseaux que je destine pour servir dans les mers de Sicile sera tellement supérieur à nos ennemis (ju'il n'y a pas apparence qu'ils osent se mettre en mer. n

Le roi a résolu de faire passer en Sicile de nombreuses troupes dont une partie doit quitter Toulon « à l'avance », dès le 15 ou 20 février. Il a donné ordre à Toulon de préparer les vaisseaux nécessaires à l'embarquement de 1 600 hommes d'infanterie qui arriveront à Messine avant le 15 mars*.

Il a donné ordre pareillement d'armer le Hoyul Louis et quatre autres navires qui seront [)réts vers le 15 ou 20 mars. 11 mande ii Vivonne de renvoyer cinq navires pour aider au transport des troupes « et que d'ailleurs il ne seroit pas convenable que le vaisseau le Royal Louis sortît du port sans être accompagné d'un plus grand nombre de vaisseaux ». Vivonne donnera ordre à Du Qucsne d'aller en avril avec les dix vaisseaux qui lui restent au-devant de ce convoi, commandé par Gabaret, et de le rejoindre soit à l'île d'Elbe, soit entre les caps Bon et Car-

1. Sur celle résolution, voir plus loin, p. 175 et n. 2. Arnoul fui averti le jour même de la décision du roi. Celui-ci lui envoya les instructions et avis nécessaires pour la préparation du convoi (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 21323, fol. 15-23, 129, cl Arch. nul.. Marine, b^ 35, loi. 12, 17, 21).

bonaro, ou même aux îles Saint-Pierre, suivant que le convoi passera par le nord ou par le sud. — (Ms. de Polignac, année 1611, n" 40; Arch. nat., Marine, 152 35, fol. 11.)

CGCCXXVI.

Le chevalier Colbert au duc de Vrvo>'M<:.

Malte, 7 janvier 1677.

Le chevalier Colbert' demande la restitution d'un vaisseau de blé à destination de Malte qui a été saisi par quatre vaisseaux de guerre français et conduit à Messine-.

« Je vous supplie, Monseigneur, de considérer la perte que feroit dans celte occasion notre pauvre Religion qui a été assez maltraitée depuis un an par les ravages qu'a fait ici la peste, et de donner vos ordres pour qu'on le lui restitue. » — (Ms. de Polignac, année 1611, n° 11.)

CCCCXXVIL

Loirvois AU DUC de Vivonne.

[Saint-Germain-en-Laye,] 12 janvier 1677.

Louvois annonce à Vivonne les grands efforts que le roi a résolu de faire pour assister ses troupes en Sicile.

« Celle-ci sera seulement pour vous informer des résolutions qu'il a plu au roi de prendre touchant la Sicile; les-

1. Antoine-Martin Colbert, fil.s du ministre, d'abord chevalier de Malte, devint colonel du régiment de Champagne en 1678 et capitaine de galère en novembre 1679. Il commanda plus tard toutes les galères de Malte, reçut la commanderie de Boncourt en 1681, devint capitaine de vaisseau en 1686 et quitta la marine en 1693.

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