Voir la réponse, n" CCCCXLI
[1677] 1)1 MAUKlHAI. I)K VIVONNE. U3
quelles ayanl pusse mes espériinces je ne puis m'empt''clicr (le vous en faire mes compliments et de vous nssurer préscnlemcnt que Sa Majesté a résolu les moyens de vous secourir, j'y donnerai non seulement l'applicalion que je dois au service de Sa Majesté, mais encore, s'il est possible d'y ajouter quelque chose, je le ferai avec le plus grand plaisir du inonde, quand je ferai réflexion que je contribuerai en quel(|ue manière à voire satisfaction particulii-re et h vous tionner les moyens d'acquérir de nouveaux mérites auprès de Sa Majesté.
« Par le passé, n'y avant rien eu de réglé pour la Sicile, je n'ai pu que vous envover l'argent à mesure que l'on en faisoit le fonds et que faire marcher les troupes qu'il plaisoil à Sa Majesté de résoudre (|ui v passassent, sans que l'on pût pourvoir à rien par avance, soit h cause du manque d'information ou à cause de l'étal des affaires générales.
« Présenlcnienl que les conquêtes (]ue vous avez faites ont mis Sa Majesté en état de pouvoir espérer des avantages réels des dépenses el des efforts qu'Elle feroil pour vous secourir, Elle a pris la résolution de faire une véritable guerre en Sicile, en a résolu les moyens el m'a chargé de prendre le même soin de leur emploi que mon devoir m'oblige de prendre de la guerre qui se fait ailleurs. J'ai cru vous devoir dire ce ([ue dessus afin de vous faire mieux comprendre (|nolle est la résolution de Sa Majesté et l'application avec la(|uclle elle sera exécutée dorénavant'. »
Le roi informé de l'élat de santé de Vallavoire « a jugé qu'il ne seroit pas de longtemps en état de servir el
1. Celle lettre, en partie publiée par C. Roussel [op. cit., t. Il, p. 445 el suiv.), marque une attitude toute nouvelle de Louvois par rapport à l'cxpéUilion de Sicile. Pendant deux ans, il ••lait resté à l'ocarl de l'expédition. Il en blàmail « sinon lo principe, du moins la direction el le développement ». Au début de 1677, il semble converti par les succès de Vivonne k la conquête de la Sicile et se montre disposé à mettre tout eu œuvre
qu'ainsi il éloit de sa prudence de vous envoyer de nouveaux ofTiciers généraux; Elle a résolu pour cela de faire Messieurs de Montauban' et de Mornas lieutenants généraux ». Le roi nomme en outre La Villedieu maréchal de camp, et envoie M. de Casaux^ pour servir en la même qualité. Il est très expérimenté dans l'art des fortifications.
Le roi voulant donner à Vivonne un homme capable de commander l'infanterie, nomme brigadier d'infanterie le sieur Camus de Morlon^ premier capitaine au régiment
pour la faire aboutir et seconder les désirs du roi. Peut-être songeait-il que la guerre portée à l'intérieur allail quitter le domaine de la marine, celui de Colbcrt, pour entrer dans le sien.
Louis XIV, qui n'avait guère eu jusque-là pour l'expédition en Sicile qu'une attention quelque peu distraite et semblait n'avoir pas eu grand espoir en ses résultats, se mit à penser à la nouvelle des victoires de Vivonne qu'elle pourrait servir à sa gloire et à sa politique et décida l'envoi d'un renfort très important.
Quant à Colbert, il triomphait, d'après le légat Contarini (cite par Galatti, op. cit., 3' éd., p. 267) : « Il ministro Colbert esulta di tali fortunati successi, essendo stato il solo protettore di quella impresa nel consiglio, e con l'esito favorevole Iode la propria costanza in mantener viva quella diversione importante, elle finalinente s'e avanzata a gran passi di privare la Spagna di cosi bella parte d'Italia. «
1. René de la Tour du Pin, marquis de Montauban, brigadier de cavalerie en 1667, lieutenant général le 5 janvier 1677, mort en juillet 1687.
2. Isaac de Beon de Casaux, mousquetaire en 1658, lieutenant en 1659, maréchal de camp le 25 janvier 1676, était en Catalogne au moment où il passa en Sicile. Lieutenant général le 28 juin 1678, gouverneur de Bergues, de Thionville (1681), mort en 1681. C'est le 15 février 1677 que le roi lui ordonna de partir pour la Sicile et manda à Vivonne qu'il le fît reconnaître en Sicile comme maréchal de camp (ms. de Polignac, année 1611, n" 118).
3. Simon Camus de Morton, qui mourut en 1712. Sa nomination comme brigadier est du 28 décembre 1676 [Jbid., n" 117).
[ir,77] DU MARITIIAI. DE VIVONNE. 115
(l'Auvergne, avec ordre de passer en Sicile. Pour suivre Vivonne en campagne tandis que l'intendant restera dans les places, le roi envoie en Sicile l'intendant Guénin, qui a été l'intendant de l'armée du maréchal de Créquy, et deux commissaires des guerres fort capables.
Louvois envoie à Vivonne l'état des officiers et munitions d'artillerie qu'il envoie en Sicile. Il en enverra d'autres au fur et à mesure des besoins. « Et parceque la fourniture du pain aux troupes est le fondement de toutes choses », l.ouvois charge le sieur Herlhelot de la fourniture du pain pour les troupes et envoie d'amples provisions de blé et d'avoine, qui seront renouvelées.
« A l'égard des troupes, Sa Majesté a résolu de vous envoyer six bataillons d'infanterie, savoir deux qui seront composés il'un régiment suisse et huit compagnies de deux cents hommes chacune, qui sera commandé en qualité de colonel par le sieur Sloupa, frère du sieur Stoupa, maréchal de camp, lequel est un très bon officier. Les compagnies du dit régiment sont remplies toutes de vieux soldats et sont commandées par des officiers fort capables, en sorte que vous pouvez compter que ces deux bataillons embarqueront plus de onze cents (sic) hommes, vieux soldats ou officiers. Cet embar(|uement se doit faire du 20' février au dernier du môme mois.
« Pour ce qui est des i|uatre autres bataillons, il y en a trois de nouvelles troupes, et l'autre est sur pied depuis deux ou trois ans. Vous en garderez ce que vous trouverez de bonnes compagnies. L'intention tlu roi est que le surplus soit reformé et incorporé dans les bataillons qui sont présentement en Sicile pour les rendre complets et que les officiers supernuméraires repassent en France pour y recevoir de nouvelles commissions. » Les troupes suisses recevront sans cesse de nouvelles recrues et resteront au complet.
« Il faut chercher avec le commissaire qui est en Pro- II 10
146 CORRESPONDANCE [lOT']
vence el avec des gens do Lvon qui onl travaillé aiiirefois à des recrues pour la république de Venise, pendant (|u'clle avoil la guerre en Candie, les moyens de faire des hommes que l'on mettra dans la citadelle de Marseille à mesure qu'ils arriveront, pour vous les envoyer par tous les bâtiments qui partiront de Provence. »
En avril partira un régiment de cavalerie de huit vieilles compagnies, « avec lequel, et vos dragons remontés, Sa Majesté suppose que le corps de cavalerie qui est h vos ordres sera suilisant pour être supérieur non seulement h celui que les ennemis ont présentement, mais encore h celui qu'ils pourront avoir ci après ».
Le roi n'envoie de chevaux ni pour l'artillerie ni pour les vivres. « L'on ne vous envoie point de chevaux d'artillerie ni de chevaux des vivres tant à cause de la difficulté de les y faire passer (|ue parceque tout le monde assure que vous pouvez en acheter dans le pays, il quoi l'on ajoute que les plus importantes conquêtes qui sont à faire en Sicile étant le long de la mer, les galères et les vaisseaux suffiront pour tous les transports de farine et de munition de guerre et que vous n'avez besoin de chevaux d'artillerie ou de vivres que pour de petites entreprises qui se pourront faire dans le milieu de l'île. »
« Sa Majesté connoît bien qu'il faut faire quelque dépense pour les fortifications; mais comme il n'y en a point de meilleures que de chasser les Espagnols de l'île et que s'ils y étoient les maîtres, les meilleures fortifications, quoiqu'il fallût un temps et un argent infinis pour les achever, n'empêcheroient pas que les places ne fussent prises, » le roi ne veut pas qu'on entreprenne de grands travaux de fortification, mais seulement le strict nécessaire « pour mettre les postes hors d'insulte », d'autant plus qu'au printemps les Espagnols ne seront pas en état de rien entreprendre en Sicile. Le roi d'Espagne n'a pas payé sa dette (sept cent mille écus) envers la flotte hollandaise,
[\r<^^] nn MARknui. de vivonne. ^^^
(|ui en ;mcun c:is ne consentira à retourner nu service de rKs|):if,'ne, dont les Hollaniliiis sont très méconlenls.
Kri Ks|)aj,'ne, les affaires vont très mal cl empêchent la formation d'une Hotte. « Celui (|ui y (,'ouverne présentemenl publie qu'il veut avoir une flotte de vaisseaux espagnols pour reprendre la Sicile et envoyer pour cet effet un homme en Hollande pour acheter des vaisseaux à crédit. Il y a apparence qu'ils ne sortiroienl point que l'argent ne soit arrivé et quand ils passeroient en Espagne ils y pouriroient assurément auparavant que l'on eût trouvé le moyen de les y armer et ne seroient jamais en état de se montrer devant la flotte que Sa Majesté a résolu de mettre cet été sous votre commandement. «
Il faut que Vivonnne facilite aux marchands de blé l'accès de Messine. Le roi veut renforcer les corps italiens à son service et demande des réserves messinoises et des officiers pour le régiment Royal Italien. Ceux qui amèneraient en France des compagnies de deux cents hommes, à cinq ou sept écus par homme, en seraient capitaines. Ceux (|ui amèneraient cinquante hommes au même prix seraient lieutenants, et vingi-cin(| seraient enseignes. Seignelay doit aviser pour le passage immédiat de ces troupes italiennes en France. — (Ms. de Polignac, année 1611, n» 63; Arch. de la Guerre, vol. 517, fol. 244.)
CCCCXXVIII.
Le duc DR ViYOxxE A Loirs'Ois.
Messine, 14 janvier 1677.
Vivoniie .se plaint' de ce (]ue Messine n'a aucun magasin de blé; .son approvisionnement reste incertain et précaire.
1. Le début de cette lettre est en parlie publié par C. Roussel, op. cil., i. Il, p. 444, n. 1.
« Quoique je vous aie écrit assez au long par mes précédentes, je ne laisserai pas de vous répéter par celle ci les mêmes choses, parceque nous sommes dans une situation de souffrances qui nous oblige, pour ainsi dire, de nous plaindre malgré que nous en ayons. Je vous dirai donc, Monsieur, en premier lieu, que je passe ma vie dans les plus cruelles appréhensions lorque je songe cpie ni le roi ni la ville n'ont aucun magasin de blé. »
La ville et l'armée subsistent au jour le jour. La ville n'a plus que pour un mois de blé. Vivonne demande (|ue le roi envoie à Messine un fonds d'argent (jue la ville recevra en prêt et s'obligera à rembourser dans quatre ou cinq ans, ou qu'il envoie « quelques personnes riches et habiles dans le commerce et i[ui tiennent du génie ou de M. Jacquier ou de M. Berthelot*, qui se chargeassent par ordre de Sa Majesté de fournir à la ville et aux armées du roi la quantité de blé qui sera nécessaire pour leur subsistance et même d'en tenir toujours pour six mois dans les magasins ». Le Sénat doit écrire au roi à ce propos et même envoyer des ambassadeurs pour obtenir une réponse à la lettre qu'il a déjà écrite sur ccla^.
1. François Berthelot, fournisseur de l'armée et commissaire général des poudres, secrétaire des commandements de la Dauphine en 1679.
2. La lettre du Sénat (14 janvier 1677) se trouve aux Arch. de la Guerre, vol. 610, n" 4. Le Sénat exposait au roi ses doléances au sujet du ravitaillement de la ville et se plaignait surtout de ce que de nombreuses marchandises entrées en franchises pour le service de l'armée étaient ensuite frauduleusement vendues aux particuliers dans Messine, sans acquitter les droits d'entrée établis. D'où grave préjudice pour la ville, alors que diverses personnes en tiraient de gros bénéfices.
Cette pétition resta sans réponse. Aussi le Sénat recommença-t-il en août 1677 à exprimer à Louis XIV ses desiderata dans un nouveau mémoire (Arch. de la Guerre, vol. 610, n*" 30 et 31).
[I677| DU Markciiai. ok vivo.nne. 149
Vivonne demaiulc encore un fonds pour la rép.i ration des places conquises. Toutes les places en ont besoin, mais particulièrement Taormina, Scaletta etGesso. « Nos places conquises sont toutes ouvertes comme des marchés publics », et les ennemis les j^uettenl.
« Lors([ue je vous parle, Monsieur, d'envoyer de l'argent pour faire cette <lépeDse, je vous prie de ne vous en point effaroucher, car il ne s'agit point d'une grande somme d'argent. SI nous avions présentement cinq mille écus nous mettrions tous les postes que le roi a en ce pays en un état de défense et contre les ennemis et contre les habitants (les lieux. Je parle de ceux qui sont aux environs de Messine depuis Taormina, car je n'y comprends point Augusta, (|ui tout seul en pourra bien demander autant ou plus; et je ne vois point que Sa Majesté se puisse dispenser de faire travailler au dit Augusia. 11 y a un ouvrage h corne commencé par les ennemis et qui leur a coûté furieusement, lequel venant à fondre comme il est inévitable (jue cela arrive s'il n'y est point promptement remédié, cinquante mille écus ne rétabliront pas le dommage que cette place recevra en ce rencontre.
« M. de Brezels, qui la commande, m'écrit par une lettre que je reçus hier au soir que depuis qu'il fait un peu de beau temps l'ouvrage se soutient, mais que si les pluies avoient continué ou si elles recommencent, comme il peut très facilement arriver, la saison étant extrêmement pluvieuse cette année, il faut par nécessité s'attendre que la place d'.Vugusta s'ouvrira par cet endroit là.
« Je ne veux point. Monsieur, entrer dans les raisons d'état, mais je suis obligé de vous dire que si les armées du
On verra plus loin (n" DX.Ln et note) que les Français et les armateurs messinois, par une très active guerre de course sur mer et raônie sur terre, s'elTorçaient de capter des approvisionnements et des inar<-handises de toute sorte destinés aux Napolitains pour aider au ravitaillement de .Messine.
150 CORRESrDNDANCE [11)77]
roi ont à rester quelque temps dans ce pays, Elle ne peut absolument se dispenser de faire cette dépense. Pendant le siège de Scaletta le canon du roi l'a tellement détruite que le soldat n'a point de lieu où se mettre à couvert. Taormina négligée par les ennemis et Gesso détruit par eux en l'abandonnant se trouvent dans le même état que Scaletta. De sorte «jue des soldats ne pouvant point soutenir la fatigue de n'être point logés et étant réduits d'ailleurs à leur simple paye et privés d'ustensiles, ils se trouvent comme obligés de déserter pour ne pouvoir souffrir tant de maux, ce qui leur est d'ailleurs facile à faire, les places n'étant point fermées. Aussi pouvons nous dire que tous nos régiments hormis Louvigny et Crussol sont diminués de moitié pour ainsi dire depuis que les troupes sont en garnison.
« La troisième dépense qui me paroît aussi indispensable est celle des équipages pour la munition. L'action de la marine est trop incertaine, comme je l'ai déjà réprésenté à Sa Majesté par plusieurs de mes précédentes. De sorte que quand nous aurions même à suivre nos conquêtes eu attaquant des places maritines nous ne pouvons prendre aucune mesure certaine sur les voitures des bâtiments de mer comme nous l'avons éprouvé la dernière campagne. Que si Sa Majesté nous renvoie des troupes et que nous ayons à marcher au dedans du royaume il nous sera impossible de le pouvoir faire si nous n'avons pas cet équipage de munition comme vous le savez mieux que moi. Ainsi, Monsieur, j'espère que vous ne nous le refuserez pas, aussi bien qu'un train d'artillerie par les mêmes raisons que j'ai alléguées sur le sujet de la munition qui est l'incertitude de la mer et tout ce que je vous ai représenté dans les lettres que M. de Brégy vous aura rendues au sujet des embarras horribles que j'ai expérimenté durant le siège de Scaletta. « Ce que j'ai en dernier lieu à vous demander. Monsieur, c'est un fonds pour les espions oi pour les déserteurs. Si je n'ai un équipage de munition et de bons munilionnaires
Hf,771 ni' MAIIKCIIM, DE VlVdNNE. 151
je ne puis faire aucuiio ruse de guerre ni me manier pour ainsi dire pour prendre mes temps en général d'armée, et les ennemis sauront comme moi tout ce que je pourrai faire quand je n'aurai qu'un parti à prendre. De même si je n'ai des espions je ne saurai jamais leur résolution et si j'avois quelque argent à répandre je crois qu'il n'en iroit pas de la sorte.
« Quant aux déserteurs des ennemis, jusqoes h présent, MM. les intendants ne leur ont donné que le simple pain, faute de voilure pour les faire passer en Italie ou en France. Nous les gardons longtemps h Messine où, n'ayant que le pain, ils consomment tout ce qu'ils ont et au de là. Et cela fait (ju'il s'en présente peu pour déserter voyant la dépense qu'ils ont h faire. Un fonds pour les faire passer sur tous les hàlimciits (|ul passent par le canal ou autre seroit de grand secours au service du roi dans ce pays.
« Si pendant l'hiver M. de Vauban ou M. de Lalonde' pouvoienl venir donner un coup d'onl à Augusta et aux autres places de ce pays, ils y seroient de grande utilité. M. de Lavigne n'est pas encore assez fort pour faire quelque chose de soi-même où l'on se puisse reposer. Je vous supplie, Monsieur, d'avoir quelque égard h mes prières pour cela.
u Dans mes précédentes, j'ai oublié à vous dire (pi'il seroit très important de donner à l'armée de terre des tentes pour faire camper les régiments. La Sicile ne porte que des arbres fruitiers et (|ui produisent de l'huile ou de la soie. Quand on les détruit on ruine entièrement le pays et cette destruction nous fait extrêmement haïr. On y remédieroit à ces maux là par des tentes comme en Catalogne. C'est pourquoi je vous prie de vouloir bien parler à Sa Majesté pour en envover a ses troupes qui sont en ce pays. «