‹ Correspondance entre George et Gustave FlaubertChapitre 12 sur 63 · Alexandre Manceau, graveur, ami do Maurice Sand · texte numérisé non relu

Alexandre Manceau, graveur, ami do Maurice Sand

là-bas. Y peuses-lii quelcjuefois au « vieux troubadoui' de pendule d'auberge, qui toujours chante et chantera le parfait amour »? Eh bien, oui, quand même! Vous n'êtes pas pour la chasteté, monseigneur, ça vous regarde. Moi, je dis qu'elle a du bon, la rosse!

El, sur ce, je vous embrasse de tout mon cœur et je vais faire parler, si je peux, des gens qui s'aiment à la vieille mode.

Tu n'es pas forcé de m'écrire ([uand tu n'es pas en train. Pas de vraie amitié sans liberté absolue.

A Paris, la semaine prochaine, et {mis à Palaiseau encore, et puis à Nohant.

.l'ai vu Bouilhet au lundi. J'en suis éprise. Mais quelqu'un de nous claquera chez Magny. J'y ai eu une sueur froide, moi si sohde, et j'y ai vu tout bleu.

A GEORGE SAND -^i^ v-"^

Croisset, mardi. yy^

Vous êtes seule et triste là-bas, je suis de même ici. D'où cela vient-il, les accès d'humeur noire qui vous envahissent par moments? Gela monte comme une marée, on se sent noyé, il faut fuir. Moi je me couche sur le dos. Je ne fais rien, et le flot passe.

Mon roman va très mal pour le quart d'heure. Ajoutez à cela des morts que j'ai apprises : celle de Cormenin (un ami de vingt-cinq ans), celle de Gavarni, et puis tout le

reste; enfin, ça se passera. Vous ne savez pas, vous, ce que c'est que de rester toute une journée la tête dans ses deux mains à pressurer sa malheureuse cervelle pour trouver un mot. L'idée coule chez vous largement, incessamment, comme un fleuve. Chez moi, c'est un mince filet d'eau. Il me faut de grands travaux d'art avant d'ohtenir une cascade. Ah! je les aurai connues, les affres du style!

Bref, je passe ma vie à me ronger le cœur et la cervelle, voilà le vrai fond de votre ami.

Vous lui demandez s'il pense quelquefois à « son vieux troubadour de pendule », mais je crois bien! Et il le regrette. C'était bien gentil nos causeries nocturnes (il y avait des moments où je me retenais pour ne pas vous bécotter comme un gros enfant). Les oreilles ont dû vous corner hier au soir. .Je dînais chez mon frère avec toute la famille. Il n'a guère été question que de vous, et tout le monde chantait vos louanges, si ce n'est moi, bien entendu, qui vous ai débinée le plus possible, chère maître bien-aimée.

J'ai relu, à propos de votre dernière lettre (et par une filière d'idées toute naturelle), le chapitre du père Montaigne intitulé « quelques vers de Virgile ». Ce qu'il dit de la chasteté est précisément ce que je crois.

C'est l'effort qui est beau et non l'abstinence en soi. Autrement il faudrait maudire la chair comme les catholiques? Dieu sait où cela mène! Donc, au risque de rabâcher et d'être un Prudhomme, je répète que votre jeune homme a tort '. S'il est continent à vingt ans, ce sera un

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