Il s'agit de Francis Laur
ignoble jjaillanl à cinquante. Tout se paye! Les grandes natures, (jui sont les bonnes, sont avant tout prodigues et n'y regardent ])as de si près à se déjjenser. Il faut rire et pleurer, aimer, travailler, jouir et souffrir, enfin vibrer autant que possible dans toute son étendue. Voilà, je crois, le vrai humain.
A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET
Palaiseau, 29 novembre 1866.
Il ne faut être ni spiritualisle ni matérialiste, dites-vous, il faut être naturaliste. C'est une grosse question.
Mon Cascaret — c'est comme ça que j'appelle le petit ingénieur — la résoudra comme il l'entendra. Ce n'est pas une bête, et il passera par bien des idées, des déductions et des émotions avant de réaliser la prédiction que vous faites. Je ne le catéchise qu'avec réserve ; car il est plus fort que moi sur bien des points et ce n'est pas le spiritualisme catholique qui rétouiïe. Mais la (juestion par elle-même est très sérieuse et plane sur notre art, à nous troubadours plus ou moins pendulifères, ou penduloïdes. Traitons-la d'une manière toute impersonnelle; car ce qui est bien pour l'un peut avoir son contraire très bien pour l'autre. Demandons-nous, en faisant abstraction de nos tendances ou de nos expériences, si l'être humain peut recevoir et chercher son entier développement phy-
sique sans que rintellecl en souffre. Oui, dans une société idéale el rationnelle, cela serait ainsi. Mais, dans celle où nous vivons et dont il faut bien nous contenter, la jouissance el Tabus ne vont-ils pas de compagnie, el peut-on les séparer, les limiter, à moins d'être un sage de première volée? El, si l'on est un sage, adieu l'entrainemenl, qui est le père des joies réelles!
La question, pour nos artistes, est de savoir si l'abstinence nous forlilie, ou si elle nous exalte trop, ce qui dégénère en faiblesse. — Vous me direz : « Il y a temps pour tout el puissance suffisante j)Our toute dépense de forces. » Donc, vous faites une distinction el vous posez des limites, il n'y a pas moyen de faire autrement. La nature, croyez-vous, en pose d'elle-même el nous empêche d'abuser. Ah! mais non, elle n'est pas plus sage que nous, qui sommes aussi la nature.
Nos excès de travail, comme nos excès de plaisir, nous tuent parfaitement, et plus nous sommes de grandes natures, plus nous dépassons les bornes el reculons la limite de nos puissances.
Non, je n'ai pas de théories. .Te passe ma vie à jwser des questions et à les entendre résoudre dans un sens ou dans l'autre, sans qu'une conclusion victorieuse et sans réplique m'ait jamais été donnée. J'attends la lumière d'un nouvel étal de mon intellect el de mes or'ganes dans une autre vie; car, dans celle-ci, quiconque réfléchit emljrasse jusqu'à leurs dernières conséquences les limites du pour et du contre. C'est M. Platon, je crois, qui demandait et croyait tenir le bon. Il ne l'avait pas plus que nous. Pourtant ce lien existe, puisque l'univers subsiste sans que le
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pour el le coalfc qui le consUluenl se délruisenl ix-ciproquemeiil. Comment s'aiipellera-l-il pour la nature matérielle? l'quilibre, il n'y a pas à dire; et pour la nature spirituelle? morfém/(o«, chasteté relative, abstinence des abus, tout ce que vous voudrez, mais ça se traduira toujours par équilibre. Ai-je tort, mon maître?
Pensez-v, car, dans nos romans, ce que font ou ne lont pas nos personnages ne repose pas sur une autre question que celle-là. Posséderont-ils, ne posséderont-ils pas l'objet de leurs ardentes convoitises? Que ce soit amour ou gloire, fortune ou plaisir, dès qu'ils existent, ils aspirent à un but. Si nous avons en nous une philosophie, ils marchent droit selon nous: si nous n'en avons pas, ils marchent au hasard el sont trop dominés par les événements que nous leur mettons dans les jambes. Imbus de nos propres idées, ils choquent souvent celles des autres. Dépourvus de nos idées et soumis à la fatalité, ils ne i)araissenl i»as toujours logiques. Faut-il mettre un peu ou beaucoup de nous en eux? ne faut-il mettre que ce que la société met dans chacun de nous?
Moi, je suis ma vieille pente, je me mets dans la i:>eau de mes bonshommes. On me le reproche, ça ne fait rien. Vous, je ne sais pas bien si, par procédé ou par instinct, vous suivez une autre roule. Ce que vous faites vous réussit; voilà pouniuoi je vous demande si nous différons sur la question des luttes intérieures, si Yhomme-roman doit en avoir, ou s'il ne doit pas les connaître.
Vous m'étonnez toujours avec votre travail pénible; estce une coquetterie? Ça i)arait si peu ! Ce que je trouve difiicile, moi, c'est de choisir entre les mille combinaisons de
l'action scéniquc, qui peuvent varier à l'infini, la situation nette et saisissante qui ne soit pas brutale ou forcée. Quant au style, j'en fais meilleur marché que vous.
Le vent joue de ma vieille harpe comme il lui plaît d'en jouer. Il a ses hauts et ses èas, ses grosses notes et ses défaillances; au fond, ça m'est égal, pourvu que l'émotion vienne, mais je ne peux rien trouver en moi. C'est Vautre qui chante à son gré, mal ou bien, et, quand j'essaye de penser à ça, je m'en effraye et me dis que je ne suis rien, rien du tout.
Mais une grande sagesse nous sauve; nous savons nous dire : « Eh bien, quand nous ne serions absolument que des instruments, c'est encore un joli état et une sensation à nulle autre pareille (juc de se sentir vibrer. »
Laissez donc le vent courir un peu dans vos cordes. Moi, je crois que vous prenez plus de peine qu'il ne faut, et que vous devriez laisser faire Vautre plus souvent. Ça irait tout de même et sans fatigue. L'instrument pourrait résonner faible à de certains moments; mais le souffle, en se prolongeant, trouverait sa force. Vous feriez après, ce que je ne fais pas, ce que je devrais faire ; vous remonteriez le ton du tableau tout entier et vous sacrifieriez ce qui est trop également dans la lumière.
Vale et me amn.
A GEORGE SAND
Samedi matin.
Ne vous tourmentez pas pour les renseignements relatifs aux journaux. Ça occupera peu de place dans mon livre et j'ai le temps d'attendre. Mais quand vous n'aurez rien à faire, jetez-moi sur un papier quelconque ce que vous vous rappelez de 48. Puis vous me développerez cela en causant. Je ne vous demande pas de la copie, bien entendu, mais de recueillir un peu vos souvenirs personnels.
Connaissez-vous une actrice de FOdéon qui a joué Macdulf dans Macbeth, Duguéret? Elle voudrait bien avoir dans Mont-Revêche le rôle de Nathalie. Elle vous sera recommandée par Girardin, Dumas et moi. Je l'ai vue hier dans Fausùne, où elle a montré du chien. Vous êtes donc prévenue; à vous de prendre vos mesures. Mon opinion est qu'elle a de l'intelligence et qu'on peut en tirer parti.
Si votre petit ingénieur a fait un vœu, et que ce vœu-là ne lui coûte pas, il a raison de le tenir; sinon, c'est une pure niaiserie, entre nous. Où la liberté existera-t-elle si ce n'est dans la passion?
Eh bien! non. De mon temps, nous ne faisions pas de vœux pareils et on était amoureux! et crânement! Mais tout s'associait dans un large éclectisme, et si l'on s'écartait des dames, c'était par orgueil, par défi envers soimême, comme tour de force. Enfin nous étions des roman-
tiques rouges, d'un ridicule accompli, mais d'une efflorescence complète. Le peu de bon qui me reste vient de ce temps-là.
XXXY
Palaiseau, 30 novembre 1866.
Il y aurait bien à dire sur tout ça, mon camarade. Mon Cascaret^ c'est-à-dire le fiancé en question, se garde pour sa fiancée. Elle lui a dit : « Attendons que vous ayez réalisé certaines questions de travail. » Et il travaille. Elle lui a dit : « Gardons nos puretés Tune pour l'autre. » Et il se garde. Ce n'est pas le spiritualisme catholique qui l'étouffé; mais il se fait un grand idéal de l'amour, et pourquoi lui conseillerait-on d'aller le perdre quand il met sa conscience et son mérite à le garder?
Il y a un équilibre que la nature, notre souveraine, met elle-même dans nos instincts, et elle pose vite la limite de nos appétits. Les grandes natures ne sont pas les plus robustes. Nous ne sommes pas développés dans tous les sens par une éducation bien logique. On nous comprime de toutes façons et nous poussons nos racines et nos branches où et comme nous pouvons. Aussi les grands artistes sontils souvent infirmes, et plusieurs ont été impuissants. Quelques-uns, trop puissants par le désir, se sont épuisés vite. En général, je crois que nous avons des joies et des peines trop intenses, nous qui travaillons du cerveau. Le
l»aysan (jui fail, niiil el jour, iiik; rtide besogne avec la terre el avec sa femme, n'est pas unenalure puissante. Son cerveau est des jiliis faibles. Se dévelopjier dans tous les sens, vous dites? Pas à la fois, ni sans repos, allez! Ceux qui s'en vantent blagnent un ])eu, ou, s'ils mènent tout à la fois, tout est manqué. Si l'amour est pour eux un petit pot-au-feu et l'art un petit gagne-pain, à la bonne lieure; mais, s'ils ont le plaisir immense, touchant à l'infini, et le travail ardent, touchant à renlhousiasme, ils ne les alternent pas comme la veille et le sommeil.
Moi, je ne crois pas à ces don Juan (jui sont en même temps des Byron. Don Juan ne faisait pas de poèmes, et Byron faisait, dit-on, bien mal l'amour. Il a dû avoir ([uelquefois — on peut compter ces émotions-là dans la vie — l'extase complète par le cciuir, l'esprit et les sens; il en a connu assez pour être un des poètes de l'amour. 11 n'en faut pas davantage aux instruments de notre vibration. Le vent continuel des petits appétits les briserait.
Essayez quelque jour de faire un roman dont l'artiste (le vrai) sera le héros, vous verrez quelle sève énorme, mais délicate el contenue; comme il verra toute chose d'un œil attentif, curieux et tranquille, et comme ses entraînements vers les choses qu'il examine et pénètre seront rares et sérieux. Vous verrez aussi comme il se craint lui-même, comme il sait ([u'il ne peut se livrer sans s'anéantir, et comme une profonde pudeur des trésors de son âme rempêche de les répandre et de les gaspiller. L'artiste est un si beau type à faire, que je n'ai jamais osé le fair<' i-éellemenl; je ne me sentais pas digne de toucher à celte figure belle et trop compliquée, c'est viser trop haut pour une simple
femme. Mais ra pourra lùen vous tenter quelque jour, et <ja en vaudra la peine.
Où est le modèle? Je ne sais pas, je n'en ai pas connu à fond qui n'eût quelque tache au soleil, je veux dire quelque côté par où cet artiste touchait à Fépicier. Vous n'avez peut-être pas cette tache, vous devriez vous peindre. Moi, je l'ai. J'aime les classilications, je touche au pédagogue. J'aime à coudre et à torcher les enfants, je touche à la servante. J'ai des distractions et je touche à l'idiot. Et puis, enfin, je n'aimerais pas la perfection; je la sens et ne saurais la manifester. Mais on pourrait hien lui donner des défauts dans sa nature. Quels? Nous chercherons ça quelque jour. Ça n'est pas dans votre sujet actuel cl je ne dois pas vous en distraire.
Ayez moins de cruauté envers vous. Allez de l'avant, et, quand le souffle aura tout produit, vous remonterez le ton général et sacrifierez ce qui ne doit pas venir au premier plan. Est-ce que ça ne se peut pas? Il me semble que si. Ce que vous faites paraîtsi facile, si abondant! c'est un tropplein perpétuel, je ne comprends rien à votre angoisse.
Bonsoir, cher frère; mes tendresses à tous les vôtres. Je suis revenue à ma solitude de Palaiseau, je l'aime; je m'en retourne à Paris lundi. Je vous embrasse bien fort. Travaillez bien.
G. SAND
MONSIEUR GUSTAVE FLOBERT A CROISSET, ROUEN, Le timbre de la poste porte : Paris, i décembre 1866.
Monsieur le bruits que vous fête dans la lilerature pa. vos talent distinguée j'en ai fête aussie dans les tems de la manière que j'ai pue dans mes moyens j'ai debuttée en 1804 sons les hospisses de la célèbre M''*' Saqui et ramportée des suqsès et laissée des souvenirs dans les analles de la voltige et corégrafie equilibriste dans tout les pays que j'y ai bien étée aprécié par les généraux et autres oficiors de l'empire dont j'ai étée solicité jusque dans une âge avancée que des femmes de préfets et de ministre ne pourraient pas s'en tlatée j'ai lue vos ouvrages distinguée notamenl M'^'^ Bovarie que je me sens capable de vous en servir de modèle quant elle casse la chaîne de ses pies pour aller ou son cœur l'apjtelle. Je suis bien conserver pour mon âge avancée et que si vous avez des répugnances pour une artiste dans le malheur, je me contenterais de vos sentiments idéalles. Vous pouvez donc compter sur mon cœur ne pouvant disposée de ma personne étant marié à un homme léger qui m'a mangée un cabinet de cire dont toutes figures de personnages célèbre rois empereurs, ancien et moderne et crimes célèbres que si j'en avais eue votre permissions on vous aurait mis du nombre. J'ai eue ensuitte une place dans les chemins de fer sous gare pour la tenue des cabinets dont la jalouzie de mes rivalle me lont fait perdre c'est dans ces
sentiment que je vous écris que si vous dégniez écrire l'iiistoire (le ma malheureuse existence vous seuUe en seriez digne et y verriez des choses dont vous seriez digne d'appréciée je me represanterait à votre domicilie a rouen que jeu ai eue ladresse par Monsieur Bouilhet qui me connaît bien maiant recherché dans son jeune âge il vous dira que j'aie le phisique encore agréable et toujours fidelle à tous ceux qui mont connu soit dans le civille ou le militaire et dans ces sentiment serait pour la vie voire al'ectionnée.
VICTOIRE POTELET ditte MARENGO LIRONDELLE femme DODIN.
Rue Lanion, 17, Belleville.
A GEORGE SAND
Nuit de mercredi, 5 décembre 18G6.
Oh! que c'est beau la lettre de Marengo l'hirondelle! Sérieusement je trouve cela un chef-d'anivre ! Pas un mot qui ne soit un mot de génie. J'ai ri tout haut à plusieurs reprises. Je vous remercie bien, chère maître, vous êtes gentille comme tout.
Vous ne me dites jamais ce que vous laites. Le drame, où en est-il?
Je ne suis pas du tout surpris que vous ne compreniez rien à mes angoisses littéraires! Je n'y comprends rien moi-même. Mais elles existent pourtant, et violentes. Je
ne sais plus comment il faut s'y prendre pour écrire el j'arrive à exprimer la centième partie de mes idées, après des làlonnements infinis. Pas primesaulier, votre ami, non ! pas du tout ! Ainsi voilà deux jours entiers que je tourne et retourne un paragraphe sans en venir à bout. J'ai envie de pleurer dans des moments ! Je dois vous faire pitié ! et à moi donc !
(Juant à notre sujet de discussion (à propos de votre jeune homme), ce que vous m'écrivez dans votre dernière lettre est tellement ma manière de voir, que je l'ai non seulement mise en pratique, mais prèchée. Demandez à Théo. En tendons -nous cependant. Les artistes (qui sont des prêtres) ne risquent rien d'être chastes, au contraire! Mais les bourgeois, à quoi bon? Il faut bien que certains soient dans l'humanité. Heureux même ceux qui n'en bougent.
Je ne crois pas (contrairement à vous) qu'il y ail rien à faire de bon avec le caractère de Y Artiste idéal; ce serait un monstre. L'art n'est pas fait pour peindre les exceptions, et puis j'éprouve une réi)ulsion invincible à mettre sur le papier quelque chose de mon cœur. Je trouve même qu'un romancier napas le droit d'exprimer son opinion sur quoi que ce soit. Est-ce que le bon Dieu l'a jamais dite, son opinion? Voilà pourquoi j'ai pas mal de choses qui m'étouffenl, que je voudrais cracher et que je ravale. A (juoi bon les dire, en effet! Le premier venu est plus intéressant que M. G. Flaubert, parce qu'il est plus général et par conséquent ]dus typique.
Il y a des jours, néanmoins, où je me sens au-dessous du crélinisme. J'ai maintenant un bocal de poissons rouges
et ça m'amuse. Ils me tiennent compagnie pendant que je dine. Est-ce bêle de s'intéresser à des choses aussi melones! Adieu, il est lard, j'ai la lêle cuilc. Je vous embrasse.
C JL 3 JL IV Décembre 1866. '<*■
« Ne rien mettre de son cœur dans ce qu'on écrit? » Je ne comprends pas du tout, ob! mais du tout. Moi, il me semble qu'on ne peut pas y mettre autre chose. Est-ce qu'on peut séparer sou es[)rit de son cœur? est-ce que c'est quelque chose de différent? est-ce que la sensation môme peut se limiter? est-ce que l'être peut se scinder? Enfin ne pas se donner tout entier dans son œuvre, me paraît aussi impossible que de pleurer avec autre chose que ses yeux et de penser avec autre chose que son cerveau. Qu'est-ce que vous avez voulu dire? vous me répondrez quand vous aurez le temps.
Paris, 8 «Icccmbrc 1866.
Vous me demandez ce que je fais? Votre vieux troubadour est content, ce soir. Il a passé la nuit à refaire un
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deuxième acte qui ue venait pas bien et qui est bien venu, si bien que mes directeurs sont enchantés, et que j'ai bon espoir de réussir la fin — laquelle ne me plaît pas encore, mais il faudra en sortir. Enfin je n'ai rien à vous dire de moi qui soit bien intéressant. Quand on a une patience de bœuf et le poignet rompu à casser des pierres, bien ou mal, on n'a guère de péripéties et d'émotions à raconter. !Mon pauvre Manceau m'appelait le cantonnier^ et rien de moins poétique que ces êtres-là.
Et vous, cher brave ami, vous avez des angoisses et des douleurs d'enfantement? c'est beau et c'est jeune, n'en a pas qui veut !
Quand ma belle- fille met au monde de chers petits enfants, je me livre de cœur à un tel travail en la tenant dans mes bras, que ça réagit sur la bête, et que l'enfant arrivé, je suis [ilus malade qu'elle et même sérieusement. Il me semble que votre peine actuelle réagit sur moi et que j'en ai mal à ma tète. Mais, hélas ! je ne peux aider à aucune naissance, et je regrette presque le temps où on croyait hâter la délivrance en brûlant des cierges devant une image.
Je vois que ce coquin de Bouilhet m'a trahie, il m'avait promis de recopier d'une folle écriture la lettre de Marengo pour voir si vous y couperiez. On m'en écrit de sérieuses qui sont de cette force-là. Comme il est bon et gentil, votre grand ami! il est adoré à l'Odéon et ce soir on m'a dit que la pièce allait de mieux en mieux. Moi j'ai été l'entendre de nouveau, il y a deux ou trois jours, et j'en ai été encore plus ravie que la première fois.
Allons, allons, bon courage quand même et quand vous
VOUS reposez, souviens-toi qu'on t'aime. Des tendresses à la maman, au frère, à la nièce.
G. SAN»
A GEORGE SAND
Croisset, nuit de samedi. IS aJAt . \%i
J'ai vu le citoyen Bouilhet qui a eu dans sa belle patrie un vrai triomphe. Ses compatriotes qui l'avaient radicalement nié jusqu'alors, du moment que Paris rapi)laudil, hurlent d'enthousiasme. — Il reviendra ici samedi prochain pour un ])anquet qu'on lui offre, — 80 couverts au moins, etc. !
Quant à Marengo l'hirondelle, il vous avait si bien gardé le secret (ju'il a lu l'épitre en question avec un étonnement dont j'ai été dupe.
Pauvre Marengo! c'est une figure! — et que vous devriez faire quelque part. Je me demande ce que seraient ses mémoires écrits dans ce style-là? — Le mien (de style) continue à me procurer des embêtements qui ne sont pas minces. J'espère cependant, dans un mois, avoir passé l'endroit le plus vide! Mais actuellement je suis ])crdu dans un désert; enfin, à la grâce de Dieu, lanl pis! — Avec quel plaisir j'abandonnerai ce genre-là pour n'y plus revenir de mes jours!
Peindre des bourgeois modernes et français me pue au nez étrangement! Et puis il serait peut-être temps de
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s'amuser un peu dans rexislencc, cl de itrendre des sujets agréables pour l'auteur?
Je me suis mal exprimé en vous disant « qu'il ne fallait pas écrire avec son coMir » ; j'ai voulu dire : ne pas mettre sa personnalité en scène. Je crois que le grand art est scientifique et impersonnel. Il faut, par un effort d"es[)rit, se transporter dans les personnages et non les attirer à soi. Voilà du moins la méthode; ce qui arrive à dire : Tâchez d'avoir beaucoup de talent et même de génie si vous pouvez. Quelle vanité que toutes les poétiques et toutes les critiques! — et l'aplomb des messieurs qui en font m'épate. Oh! rien ne les gène, ces cocos-là!
Avez-vous remarqué comme il y a dans l'air, quelquefois, des courants d'idées communes? Ainsi, je viens de lire, de mon ami Du Camp, son nouveau roman : les Forces perdues. Cela ressemble par bien des côtés à celui que je fais. C'est un livre (le sien) très naïf et qui donne une idée juste des hommes de notre génération devenus de vrais fossiles pour les jeunes gens d'aujourd'hui. La réaction de 48 a creusé un abîme entre les deux France.
Bouilhet m'a dit que vous aviez été à un des derniers Magny sérieusement indisposée, toute " femme en bois » que vous prétendez être.
Oh! non, vous n'êtes pas en bois, cher bon grand conir! « Vieux troubadour aimé », il serait peut-être opportun de réhabiliter au théâtre Almanzor? Je le vois avec sa toque, sa guitare et sa tunique abricot engueulant, du haut dun rocher, des boursiers en habit noir. Le discours pourrait être beau. Allons, bonne nuit; je vous baise sur les deux joues tendrement.
Paris, 17 décembre 1866. ^
Il y a quelque chose comme huit jours, on est venu chez moi le matin pour me demander l'adresse du cordonnier, ma bonne n'a pas voulu m'éveiller, et à midi seulement j'ai lu la lettre, le porteur s'annonçait comme venant de la rue — et de l'hôtel du Helder. J'ai répondu tout de suite que Simonin demeurait rue Richelieu 15. Je m'adressais à votre mère, croyant que c'était elle qui m'écrivait. Je vois qu'elle n'a pas reçu mon mot et je n'y comprends plus rien, mais il n'y a pas de ma faute.
Votre vieux troubadour est encore malade comme un chien aujourd'hui, ça ne l'empêchera pas d'aller au Magny de ce soir. Il ne pourrait pas claquer en meilleure compagnie ; encore qu'il préférât le bord d'un fossé, au printemps.
Tout va bien d'ailleurs et je pars pour Nohant samedi. Je suis occupée à lancer de mon mieux le livre d'entomologie que Maurice publie et qui est très réussi.
Je fais pour lui ce que je n'ai jamais fait pour moi, j'écris aux journalistes.
Je vas recommander mademoiselle Bosquet à qui je pourrai, mais ça, ça s'adresse à un autre public et je ne suis pas aussi bien accueillie des littérateurs que des savants. — Mais certainement Marengo l'hirondelle est à faire et le troubadour abricot aussi. Tout ça c'était des
Cadio (le la révolution qui commenraient à être ou à vouloir être quelque chose, n'importe quoi. Je suis des derniers venus, et, vous autres nés de nous, vous êtes entre les illusions de mon temps et la déception crue des temps nouveaux. Il est tout simple que Du Camp se rencontre avec vous dans une série d'observations et d'idées, ça ne fait rien. II n'y aura pas ressemblance.
Oh non! je ne vous ai pas trouvé un litre, c'est trop sérieux, et puis il faudrait tout connaître. Dans tous les cas, aujourd'hui je ne suis bonne qu'à rédiger mon épitaphe.
Et in Arcadia ego, vous savez. Je vous aime, cher ami frère, et vous bénis de tout mon cœur.
G. SAND
Lundi.
A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET
Paris, 9 janvier 1867.
Cher camarade.
Ton vieux troubadour a été tenté de claquer. Il est toujours à Paris. Il devait partir le 25 décembre ; sa malle était bouclée ; ta première lettre l'a attendu tous les jours à Nohant. Enfin, le voilà tout à fait en étal de partir et il part demain malin avec son fils Alexandre', qui veut bien l'accompagner.
C'est bêle d'être jeté sur le liane et de perdre pendant