‹ Correspondance entre George et Gustave FlaubertChapitre 40 sur 63 · Malfjré toiil, Calmann-Lévy · texte numérisé non relu

Malfjré toiil, Calmann-Lévy

— C'est ce qu'elle ne fera pas, j'en réponds.

— Écrivez-lui pour qu'elle vous le dise.

— Je ne me permettrai pas cette démarche.

— Mais je voudrais savoir la vérité, cependant! Connaissez-vous quelqu'un qui... Alors madame Cornu m'a nommé.

— Oh! ne dites pas que je vous ai parlé de ça!

Tel est le dialogue que madame Cornu m'a" rapporté. Elle désire que vous m'écriviez une lettre où vous me direz que l'impératrice ne vous a pas servi de modèle. J'enverrai cette lettre à madame Cornu, qui la fera passer à l'impératrice.

Je trouve celle histoire stupide et ces gens-là sont hien délicats! On nous en dit d'autres, à nous!

Maintenant, chère maître du bon Dieu, vous ferez absolument ce qui vous conviendra.

L'impératrice a toujours été très aimable pour moi et je ne serais pas fâché de lui être agréable. J'ai lu le fameux passage. Je n'y vois rien de blessant. Mais les cervelles de femmes sont si drôles !

Je suis bien fatigué de la mienne (ma cervelle) ou plutôt elle est bien bas pour le quart d'heure! J'ai beau travailler, ça ne va pas! Tout m'irrite et me blesse; et comme je me contiens devant le monde, je suis pris de temps à autre par des crises de larmes où il me semble que je vais crever. Je sens enfin une chose toute nouvelle : les approches de la vieillesse. Lombre m'envahit, comme dirait Victor Hugo.

Madame Cornu m'a parlé avec enthousiasme d'une lettre que vous lui avez écrite sur une méthode d'enseignement-

A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET

Nohant, H mars IS'O.

Je ne veux pas de ra, tu n'entres pas clans la vieillesse. Il n y a jias de vieillesse dans le sens hargneux et misanthrope. Au contraire, quand on est bon, on devient meilleur, et, comme déjà tu es meilleur que la plupart des antres, lu dois devenir exquis.

ïu le vantes, au reste, quand lu te proposes d"èlre en colère contre tout et tou^. Tu ne pourrais pas. Tu es fail)le devant le chagrin comme tous ceux qui sont tendres. Les forts sont ceux qui n"aiment pas. Tu ne seras jamais tort, et c'est tant mieux. Il ne faut jias non jtlus vivre seul: quand la force revient, il faut vivre et ne pas la renfermer pour soi seul.

Moi, j"espère que tu vas renaître avec le printemps. Voilà la [ihiic qui détend: demain, ce sera le soleil qui ranime. Nous sortons tous détre malades, nos filles rudement enrhumées. Maurice assez secoué par une courbature avec froid, moi reprise de frissons et d'anémie; je suis bien bien ]iatienle et j'empêche tant que je peux les autres de s'impatienter, tout est là; l'ennui du mal double toujours le mal. Quand serons-nous sages comme les anciens rentendaient ? cela, en somme, voulait dire patients., pas autre chose. Voyons, cher troubadour, il faut être patient, un peu, pour commencer, et puis, on

s'y habitue; si nous ne travaillons pas sur nous-mêmes, comment espérer ([u'on sera toujours en train de travailler sur les autres?

Enfin, au milieu de tout cela, n'oublie pas qu'on t'aime et que le mal que tu te fais nous en fait aussi.

J'irai te voir et te secouer sitôt que j'aurai repris mes jambes et ma volonté qui sont encore en retard. J'attends, je sais qu'elles reviendront.

Tendresses de tous mes malades. Le polichinelle n'a encore perdu que son archet et il est encore souriant et bien doré. Le baby de Lolo a eu des malheurs, mais ses robes habillent d'autres poupées. Moi, je ne bats que d'une aile, mais je l'embrasse et je t'aime.

G. SAND

GLYI

A GEORGE SAND

Mars 18"iO.

Chère maître,

Je viens d'envoyer votre lettre (dont je vous remercie) à madame Cornu, en l'insérant dans une épître de votre troubadour où je me pei-mets de dire vertement ma façon de penser.

Les deux pa}iiers seront mis sous les yeux de la dame et lui apprendront un peu d'esthétique.

Hier soir j'ai vu VAtilre, et j'ai pleuré à diverses reprises. Ça m'a fait du bien. Voilà! Comme c'est tendre

ET r.USTAVE FLAUIÎEHT 207

el exaltant! Quelle jolie (Piivre, el comme ou aime Tauleur ! Vous m'avez bieu manqué. J'avais besoin de vous bécotler comme un petit enfant. Mon cœur oppressé s'est détendu, merci. Je crois que ça va aller mieux! Il y avait beaucoup de monde. Berton et son fils ont été rappelés deux fois.

CLYII

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