‹ Correspondance entre George et Gustave FlaubertChapitre 41 sur 63 · A MADAME HORTENSE CORNU · texte numérisé non relu

A MADAME HORTENSE CORNU

Votre dévouement s'était alarmé à tort, chère madame, j'en étais sûr! Voici la réponse qui m'arrive poste pour poste.

Les gens du monde, je vous le répète, voient des allusions où il n'y en a pas. Quand j'ai l'ail madame Bovary on m'a demandé plusieurs l'ois « esl-ce madame X*** que vous avez voulu peindre? » el j'ai reru des lettres de gens i)arl"ailemenl inconnus, une entre autres d'un monsieur de Reims qui me félicitait de idvoir vérité! (d'une infidèle).

Tous les jtharmaciens de la Seine-Inl'érieure se reconnaissant dans HoHials voulaient venir chez moi me llanquer des gil'tles. Mais le plus beau (je l'ai découvert cinq ans plus tard) c'est ([u'il y avait alors en Afrique la femme d'un médecin militaire s'appelanl madame Bovaries el qui ressemblait à madame Bovary, nom que j'avais inventé en dénaturant celui de Bouvarel.

208 CORRESPOXDA.NCE ENTRE CEORGE SAND

La première phrase de noire ami Maurv en me parlant <le V Education senlimenlale a été celle-ci : « Est-ce que vous avez connu X, un Italien, professeur de mathématiques? Votre Senecal est son portrait physique et moral ! tout y est jusqu'à la coupe des cheveux! »

D'autres prétendent que j'ai voulu peindre dans Arnoux, Bernard-Latte (l'ancien éditeur), que je n'ai jamais vu, etc., etc.

Tout cela est pour vous dire, chère madame, que le public se trompe en nous attribuant des intentions que nous n'avons pas.

J'étais bien sûr ([ue madame Sand n'avait voulu l'aire aucun portrait : 1" par hauteur d'esprit, par goût, ])ar respect de l'art, et ^^ \mr moralité, par sentiment des convenances — et aussi, par justice.

Je crois même, entre nous, que cette inculpation l'a un l)eu blessée? — Les journaux, tous les jours, nous roulent dans l'ordure, sans que jamais nous leur répondions, nous dont le métier çei)endanl est de manier la plume, et on croit que i)0ur faire de Veffet, pour être applaudis, nous allons nous en prendre à tel ou telle.

Ah! non! i)as si humbles! notre ambition est plus haute, et notre honnêteté plus grande. — Quand on estime son esprit on ne choisit pas les moyens qu'il faut pour plaire à la canaille. Vous me conq)renez, n'est-ce pas?

Mais en voilà assez. J'irai vous voir un de ces matins, en attendant ce plaisir-là, clièrc madame, je vous baise les mains et suis tout à vous.

Dimanche soir.

GLVIII

Nohant, 3 avril 1870.

Ton vieux troubadour a passé par de cruelles angoisses, Maurice a été sérieusement, dangereusement malade ^ Heureusement, Favre, mon docteur à moi, le seul en qui j'aie foi, est accouru à temps. Après cela, Lolo a eu de violents accès de fièvre, autres terreurs! Enfin notre sauveur est parti ce matin nous laissant [iresque tranquilles et nos malades se sont promenés au jardin pour la première fois. — Mais ils veulent encore bien des soins et de la surveillance et je ne les quitterai pas avant quinze jours ou trois semaines. Si donc tu m'attends à Paris et que le soleil l'appelle ailleurs, n'y aie pas de regret. Je tâcherai de t'aller voir de Paris à Croisset entre un matin et un soir.

Au moins dis-moi comment tu vas, ce que tu fais. Si tu es sur pied de toutes façons.

Mes malades et mes bien portants t'envoient leurs tendresses, et je t'embrasse comme je l'aime, ce n'est pas peu.

G. SAND

Mon ami Favre a beaucoup de goiit pour toi et désire le connaître, ce n'est pas un médecin qui cherche pratique, il ne pratique que })Our ses amis et on l'otrenserail en vou-

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