Femme de chambre de George Sand
nôtres palpiteionl par le sien ! On lira ses livres, c'est-à-dire qu'on songera d après ses idées et qu'on aimera de son amour.
Mais tout cela ne vous la rend pas! n'est-ce pas? Avec quoi donc nous soutenir si l'orgueil nous manque et quel homme plus que vous doit avoir celui de sa mère!
Allons, mon cher ami, adieu! Quand nous reverronsnous maintenant? Comme j'aurais hesoin de parler d'elle, insaliablemenl!
Embrassez pour moi madame Maurice, comme je l'ai lait dans l'escalier de Nolianl, et vos petites.
A vous, du fond du cœur.
Votre GUSTAVE flaubert.
(Conforme à l'original [L. S.].) CGCXVI
A MAURICE SAND
Croisset, mardi 3 octobre 1876.
Merci de votre bon souvenir, mon cher ami. Moi non plus, je n oublie pas, et je songe à votre pauvre chère maman dans une tristesse qui ne s'efface point. Sa mort m'a laissé un grand vide. Après vous, votre femme et le bon Plauchut, je suis peut-être celui qui la regrette le }ilus? Elle me manque.
Je vous plains des ennuis que votre sœur vous cause. Moi aussi j'ai passé par là! 11 est si facile pourtant d'être bon! D'ailleurs ça donne moins de mal.
Quand nous verrons-nous? J'ai bien envie de vous voir — pour vous voir d'abord — et puis pour causer d'elle.
466 CORRESl'ONDAiVCE ENTRE GEORGE SAND
Quand vos affaires seront terminées, pourquoi ne pas venir, pendant quelque temps, à Paris? La solitude est mauvaise dans certaines situations. Il ne faut pas se griser avec son chagrin malgré l'attrait qu'on y trouve.
Vous me demandez ce (jue je fais? Voici : cette année j'ai écrit deux contes, et je vais en commencer un pour faire des trois un volume que je voudrais publier au printemps. Après quoi j'espère reprendre le grand roman que j'ai lâché il y a un an lors de mon désastre financier. — Les choses de ce cùté-là se remettent, et je ne serai pas obligé de changer rien à mon existence. Si j'ai pu me remettre à travailler, je le dois en partie aux bons conseils de votre mère. Elle avait trouvé le joint pour me rappeler au respect de moi-même.
Afin d'aller plus vite en besogne, je resterai ici jusqu'au jour de l'an, — peut-être au delà? Tâchez donc de reculer votre séjour à Paris.
Embrassez bien pour moi vos chères petites, mes respects à madame Maurice — et tout à vous, ex imo.
(Conforme à l'original.)
A MAURICE SAND
Saint-Graticn par Sannois, 20 août ISl?.
Je vous remercie de votre bon souvenir, mon cher Mau rice. L'hiver prochain vous serez à Passy, je l'espère — et
nous pourrons tailler de temps à autre une forte l)avelle. Je compte même me faire contempler à votre table par celui (le vos amis dont je suis « Tidole » .
Vous me parlez de votre chère et illustre maman! ajjrès vous, je ne crois pas que quelqu'un puisse y ])enser }ilus que moi! comme je la regrette! comme j'en ai besoin !
J'avais commencé « un cœur simple » à son intention exclusive, uniquement pour lui plaire. Elle est morte, comme j'étais au milieu de mon œuvre. Il en est ainsi de nos rêves.
Je continue à ne pas me divertir dans l'existence. Pour en oublier le poids je travaille le [dus frénétiquement qu'il m'est possible.
Ce qui me soutient c'est l'indignation que me procure la Bêtise du Bourgeois ! Résumée actuellement par le grand parti de l'ordre, elle arrive à un degré vertigineux! A-t-il existé dans l'Histoire quelque chose de plus inepte que le 16 Mai? où se trouve un idiot comparable au Bayard des temps modernes?
Je suis à Paris ou plutôt à Saint-Gratien depuis trois jours, après-demain je quille la [)rincesse, et dans une quinzaine je ferai un petit voyage en Basse-Normandie pour cause de la littérature. Quand nous nous verrons je vous parlerai longuement, si cela vous intéresse, du terrible bouquin que je suis en Irain de confectionner. J'en ai encore pour trois ou quatre ans. Pas moins!
Ne me laissez pas si longtemps sans m'envoyer de vos nouvelles. Donnez pour moi un long regard au petit coin de terre sacrée!...
Amitiés à voire chère femme, embrassez les chères petites et tout à vous, mon bon Maurice.
Votre vieux
CCGXVIII
A MAURICE SAND
Mardi matin, avril 1880
Mon cher Maurice,
Non! effacez Criichard et Polycarpe et remplacez ces mots par ceux qu'il vous plaira.
Le Public ne doit pas avoir de nous, tout, — réservons quelque chose pour nous-mème. Cela me semble plus décent (quod decet). Vous ne me dites rien d'une Edition complète'^ Ah! votre pauvre chère maman! Comme j'y pense! et comme j'en aurais besoin! Pas de jours- où je ne me dise : « Si elle était là, je lui demanderais conseil ».
Jusqu'au 8 ou 10 mai je serai à Croisset. Ainsi, mon vieux, quand vous voudrez y venir, vous y serez le bienvenu.
Je vous embrasse tous depuis le plus vieux jusqu'à la plus jeune.
CRUCHARD pour VOUS,
POLYCARPE pour le genre humain, GUSTAVE FLAUBERT pour la Littérature.