L'Autre
ET GUSTAVE FLAUBERT ill
Paris, 6 septembre 1869.
On m'a écrit hier d'arriver parce qu'on avait besoin de moi à i'Opéra-Gomique. Me voilà rue Gay-Lussac, quand nous verrons-nous? Dis. Tous mes jours sont encore libres.
Je t'embrasse.
G. SAND
Paris, 8 septembre 1869.
Je te renvoie ton cachepif que lu as laissé dans le sapiu. C'est bien demain jeudi que nous dînons ensemble? J'ai écrit au gros Marchai de venir aussi chez Magny. Ton troubadour.
G. SAND
Mercredi matin.
Paris, mardi 5 octobre 1869.
Où es-tu à présent, mon cher troubadour? Je t'écris encore boulevard du Temple mais peut-être as-tu pris pos-
pcssion de ton délicieux logement Je ne sais pas l'adresse, Lien que j'aie vu la maison, le local et la vue. — Moi j'ai été deux fois dans les Ardennes et dans huit ou dix jours, si Lina ou Maurice ne viennent pas à Paris comme ils en ont la velléité, je repartirai pour Nohant.
Il faut donc se rejoindre et se revoir. Me voilà un peu sfogata de mon besoin de courir, et enchantée de ce que j'ai vu. Dis-moi quel jour, excepté demain mercredi, lu peux me donner, pour dîner avec moi chez Magny ou ailleurs avec ou sans Plauchut, avec qui tu voudras, pourvu que je te voie et que je t'embrasse.
Ton vieux camarade qui t'aime.
G. SAND
A GEORGE SAND
Chère bon maître adoré.
Je veux, depuis plusieurs jours, vou& écrire une longue lettre où je vous aurais dit tout ce que j'ai ressenti depuis un mois. C'est drôle. J'ai ])assé par des états différents et bizarres. Mais je n'ai pas de temps ni de repos d'esprit pour me recueillir suffisamment.
INe vous inquiétez pas de voire troubadour. Il aura toujours « son indépendance et sa liberté », parce qu'il fera comme il a toujours fait. lia tout lâché plutôt que de subir une obligation quelconque, et puis, avec l'âge, les besoins
ilirniiment. Je ne souffre plus de ne pas vivre dans des Alhambra.
Ce qui me ferait du bien mainlenant, ce serait de me jeter furieusement dans Saint- Antoine^ mais je n'ai même pas le temps de lire.
Ouïssez ceci : Votre pièce, primitivement, devait passer après Alssé; puis il a été convenu qu'elle passerait avant. Or, Chilly et Duquesnel veulent maintenant qu'elle passe après, uniquement « pour profiter de l'occasion •>, pour profiter de la mort de mon pauvre Bouilhet. Ils vous donneront un « dédommagement quelconque ». Eh bien, moi, je suis le propriétaire et le maître (S-'Aïssé comme si j'en étais l'auteur, je ne veux pas de ça. Je ne veux pas, entendez-vous, que vous vous gêniez en rien.
Vous croyez que je suis doux comme un moulon! Détrompez-vous, et faites absolument comme si AUsé n'existait pas; et surtout pas de délicatesse, hein? Ça m'offenserait. Entre simples amis, on se doit des égards et des politesses; mais de vous à moi, ça me semblerait peu convenable ; nous ne nous devons rien du tout que nous aimer.
Je crois que les directeurs de l'Odéon regretteront Bouilhet de toutes les manières. Je serai moins commode que lui aux répétitions. Je voudrais bien vous lire Aïsse, afin d'en causer un peu ; quelques-uns des acteurs qu'on propose sont, selon moi, impossibles. C'est dur d'avoir affaire à des illettrés.
cxxx !
Mercredi soir, 13 octobre 1869. '
On n'enterrera notre pauvre ami qu'après-demain, on ;
me fera savoir où et à quelle heure il faut se rendre, je j
t'avertirai par télégramme. >
J'ai vu deux fois aujourd'hui les directeurs. Ce matin il j
était convenu avec Duquesnel qu'on ferait une tentative ' auprès de la T[our] Saint-Y[bars]. Je cédais mon tour à
Aïssé. Je ne venais qu'en mars. Ce soir j'y suis retournée, •
Chilly 7ie veut pas^ et Duquesnel, mieux renseigné que ce ;
matin, regarde la démarche comme inutile et nuisible. J'ai ■■,
allégué alors mon traité, mon droit. La belle chose que le ]
théâtre ! Le traité de M. Saint-Ybars prime le mien. On avait '■
compté que le Bâtard durerait quinze jours et il durera i
quarante jours encore. La Tour Saint-Ybars nous précède '
donc * et je ne peux pas céder mon tour à Aïssé sans être ;
remise à l'année prochaine, ce que je ferai si tu le veux, mais ;
ce qui me serait bien préjudiciable, car je«uis endettée avec "^
la revue et j'ai besoin de remplir ma bourse. — Dans tout t
cela, les directeurs sont-ils des coquins? Non, mais des |
maladroits qui ont toujours peur do manquer de pièces et J
qui en reçoivent trop, dans la prévision qu'elles n'auront i
pas de succès. — Les succès arrivant, si les auteurs \ engagés se fâchent, il faut plaider. Je n'ai pas le goût des