CORRESPONDAXCE ENTRE GEORGE SAND
Les braves sont rares. Le livre se vend néanmoins très bien malgré la politique, et Lévy m'a l'air content.
Je sais que les bourgeois de Rouen sont furieux contre moi, « à cause du père Roque et du cancan des Tuileries ». Ils trouvent qu'on devrait empêcher de publier des livres comme ça (textuel), que je donne la main aux Rouges, que je suis bien capable d'attiser les passions révolutionnaires, etc., etc. ! Bref, je recueille, jusqu'à présent, très peu de lauriers, et aucune feuille de rose ne me blesse.
Je vous ai dit, n'est-ce pas, que je retravaillais la Féerie? (Je fais maintenant un tableau des courses et j'ai enlevé tout ce qui me semblait poncif). Raphaël Félix ne m'a pas l'air empressé de la connaître. Problème!
Tous les journaux citent comme preuve de ma bassesse l'épisode de la Turque que l'on dénature, bien entendu, et Sarcey me compare au marquis de Sade, qu'il avoue n'avoir pas lu !.. .
Tout ça ne me dévisse nullement. Mais je me demande à quoi bon imprimer?
A GEORGE SAND
Mardi 4 heures, 7 décembre 1869.
Chère Maître,
Votre vieux troubadour est trépigné et d'une façon inouïe. Les gens qui ont lu mon roman craignent de m'en parler, par peur de se compromettre ou par pitié pour
moi. Les plus indulgents trouvent que je n'ai fait que des tableaux et que la composition, le dessin manquent absolument!
Saint-Victor, qui prône les livres d'Arsène Houssaye, ne veut pas faire d'articles sur le mien, le trouvant trop mauvais. Voilà. Théo est absent, et personne, absolument personne ne prend ma défense.
Autre histoire : hier Rapha 1 et Michel Lévy ont entendu la lecture de la féerie. Applaudissements, enthousiasme. J'ai vu le moment où le traité allait être signé séance tenante. Raphaël a si bien compris la pièce, qu'il m'a fait deux ou trois critiques exceUenlefi. Je l'ai trouvé, d'ailleurs, un charmant garçon. 11 m'a demandé jusqu'à samedi pour me donner une réponse définitive. Puis, tout à l'heure, lettre (fort polie) dudit Raphaël où il me déclare que la féerie l'entraînerait à des dépenses trop considérables pour lui.
Enfoncé derechef. Il faut se tourner d'un autre côté. Rien de neuf à l'Odéon.
Sarceya republié un second article contre moi.
Barbey d'Aurevilly prétend que je salis le ruisseau en m'y lavant (sic). Tout cela ne me démonte nullement.
A GUSTAVE FLAUBERT Jeodi, deux heures du matin, 9 décembre 1869.
Mon camarade, c'est fait, l'article partira demain. Je l'adresse à.... (jui? réponse par télégramme. J'ai envie de