‹ Correspondance entre George Sand et Gustave FlaubertChapitre 73 sur 73 · Femme de chambre de George Sand · texte numérisé non relu

Femme de chambre de George Sand

noires palpiteront par le sien ! On lira ses livres, c'esl-à-diîe qu'on songera d'après ses idées el qu'on aimera de sonamour.

iMais tout cela ne vous la rend pas! n'est-ce pas? Avec quoi donc nous soutenir si l'orgueil nous manque et quel homme plus q\ie vous doit avoir celui de sa mère!

Allons, mon cher ami, adieu! Quand nous reverronsnous maintenant? Comme j'aurais besoin de parler d'elle, insatiablement!

Embrassez pour moi madame Maurice, comme je l'ai fait dans l'escalier de Noliant, et vos petites.

A vous, du fond du cœur.

Votre GUSTAVE flaubert.

(Conforme à l'original [L. S.].)

A MAURICE SAND

Croisset, mardi 3 octobre 1876.

Merci de voire bon souvenir, mon cher ami. Moi non plus, je n oublie pas, et je songe à votre pauvre chère maman dans une tristesse qui ne s'efface point. Sa mort m'a laissé un grand vide. Après vous, votre femme et le bon Plauchut, je suis peut-être celui qui via regrette le plus? Elle me manque.

Je vous plains des ennuis que votre sœur vous cause. Moi aussi j'ai passé parla! Il est si facile pourtant d'èlre bon! D'ailleurs ça donne moins de mal.

Quand nous verrons-nous? J'ai bien envie de vous voir — pour vous voir d'abord — ftl puis pour causer d'elle.

Quand vos affaires seront terminées, pourquoi ne pas venir, pendant quelque temps, à Paris? La solitude est mauvaise dans certaines situations. Il ne faut pas se griser arec son chagrin malgré l'attrait qu'on y trouve.

Vous me demandez ce que je fais? Voici : cette année j'ai écrit deux contes, et je vais en commencer un pour (faire des trois un volume que je voudrais publier au printemps. Après quoi j'espère reprendre le grand roman que j'ai lâché il y a un an lors de mon désastre financier. — Les choses de ce côté-là se remettent, et je ne serai pas obligé de changer rien à mon existence. Si j'ai pu me remettre à travailler, je le dois en partie aux bons conseils de votre mère. Elle avait trouvé le joint pour me rappeler au respect de moi-même.

Afin d'aller plus vite en besogne, je resterai ici jusqu'au jour de l'an, — peut-être au delà? Tâchez donc de reculer votre séjour à Paris.

Embrassez bien pour moi vos chères petites, mes respects à madame Maurice — et tout à vous, ex imo.

(Conforme à l'original.)

GCGXVIII

A MAURICE SANU

Saint-Gratien par Sannois, 29 août ]8'!7.

Je vous remercie de votre bon souvenir, mon cher Maurice. L'hiver prochain vous serez à Passy, je l'espère — et

nous pourrons tailler de temps à autre une forte bavette. Je compte même me faire contempler à votre table par celui de vos amis dont je suis « Tidole ».

Vous me parlez de votre obère et illustre maman! après vous, je ne crois pas que quelqu'un puisse y penser plus que moi! comme je la regrette! comme j'en ai besoin !

J'avais commencé « un cœur simple » à son intention exclusive, uniquement pour lui plaire. Elle est morte, comme j'élais au milieu de mon œuvre. Il en est ainsi de nos rêves.

Je continue à ne pas me divertir dans l'existence. Pour en oublier le poids je travaille le plus frénétiquement qu'il m'est possible.

Ce qui me soutient c'est Findignalion que me procure la Bêtise du Bourgeois ! Bésumée actuellement par le grand parti de l'ordre, elle arrive à un degré vertigineux! A-t-il existé dans rHistoire quelque cbose de plus ineple que le 16 Mai? où se trouve un idiot comparable au Bayard des temps modernes?

Je suis à Paris ou plutôt à Saint-Gralien depuis trois jours, après-demain je quitte la princesse, et dans une quinzaine je ferai un petit voyage en Basse-Normandie pour cause de la littérature. Quand nous nous verrons jfe vous parlerai longuement, si cela vous intéresse, du terrible bouquin que je suis en train de confectionner. J'en ai encore pour trois ou quatre ans. Pas moins!

Ne me laissez pas si longtemps sans m'envoyer de vr-s nouvelles. Donnez pour moi un long regard au petit coin de terre sacrée ! . . .

Amitiés à voire chère femme, embrassez les chères petites et tout à vous, mon bon Maurice.

Votre vieux

CCGXIX

A MAURICE SAND

Mardi matin, avril 1880.

Mon cher Maurice,

Non! effacez Cruchard et Polycarpe et remplacez ces mots par ceux qu'il vous plaira.

Le Public ne doit pas avoir de nous, tout, — réservons quelque chose pour nous-même. Cela me semble plus décent (quod decet). Vous ne me dites rien d'une Édition complète^ Ah! voire pauvre chère maman! Comme jy pense! et comme j'en aurais besoin! Pas de jours où je ne me dise : « Si elle élail là, je lui demanderais conseil >,

Jusqu'au 8 ou 10 mai je serai à Croisset. Ainsi, mon vieux, quand vous voudrez y venir, vous y serez le bienvenu.

Je vous embrasse tous depuis le plus vieux jusqu'à la plus jeune.

CRUCHARD pour VOUS,

POLYCARPE pour le genre humain, GUSTAVE FLAUBERT pouT la Lilléralure,

COULOMMIERS Imprimerie Paul BRODARD.

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