‹ Correspondance entre George Sand et Gustave FlaubertChapitre 72 sur 73 · Ô4 CORRESPONDANCE ENTRE GEORGE SAND · texte numérisé non relu

Ô4 CORRESPONDANCE ENTRE GEORGE SAND

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A MADAME LIXA SAND

Chère madame,

Voire billet de ce malin me rassure un peu. Mais celui d'hier m'avait bouleversé.

Je vous prie de me donner des nouvelles très fréquentes de votre chère belle-mère.

Embrassez-la pour moi et croyez bien que je suis Votre tout dévoué.

A parlir du milieu de la semaine prochaine, vers mercredi ou jeudi, je serai à Croisset.

Samedi matin, 3 juin 1870.

GCCXVI

A MAURICE SAND

Croisset, dimanche "21 juin 1876.

Vous m'avez prévenu, mon cher Maurice, je voulais vous écrire, mais j'attendais que vous fussiez un peu plus libre, plus seul. Merci de votre bonne pensée.

Oui, nous nous sommes compris, là-bas! (Et si je ne suis pas resté plus longtemps, c'est que mes compagnons m'ont entraîné.) Il m'a semblé que j'enterrais ma mère

une seconde fois. Pauvre chère grande femme! quel génie et quel cœur! Mais rien ne lui a manqué, ce n'est pas elle qu'il faut plaindre.

Qu'allez-vous devenir? Resterez-vous à Nolianl? Celte bonne vieille maison doit vous sembler odieusement vide ! Mais vous, au moins, vous n'êtes pas seul! Vous avez une femme... rare! et deux enfants exquis. Pendant que j'étais chez vous, j'avais par-dessus mon chagrin deux envies : celle d'enlever Aurore, et celle de tuer M*** '. Voilà le vrai, il est inutile de vous faire la psychologie de la chose.

J'ai reçu hier une lettre très attendrie du bon Tourgueneff. C'est lui, aussi, qui l'aimait! Mais qui donc ne l'aimait [jas? Si vous aviez vu, à Paris, le tourment de Martine'! Cela était navrant.

Plauchut est encore à Nohant, je suppose? Dites-lui que je l'aime pour l'avoir vu verser tant de larmes.

Et laissez couler les vôtres, mon cher ami, faites tout ce qu'il faut pour ne pas vous consoler, — ce qui serait dailleurs impossible. N'importe! dans quelque temps vous trouverez en vous-même une grande douceur par celte seule idée que vous étiez un bon fils et qu'elle le savait bien. Elle parlait de vous comme d'une bénédiction.

Et quand vous aurez été la rejoindre, quand les arrièrepetils-enfants des petits-enfants de vos deuxfillelles auront été la rejoindre eux-mêmes, et qu'il ne sera plus qi'.eslion depuis longtemps des choses et des gens qui nous entourent, — dans plusieurs siècles, — des cœurs pareils aux

1. Adrien Marx, venu comme reporter du Figaro après la mort de George Sand.

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