I.OITHI..1 SI.IHI.I.DIl
WYiinar, l« «S juillet tî!N.
Dans Yollo podrida du journalisme allemand, tes ingrédients des Schlcgci ne sont pas trop à dédaigner. La nullité universelle, la partialité pour te médiocre, lu servilité et les grimaces révérencieuses au milieu des-quelles est perdu le petit nombre de bonnes productions qui paraissent. trouveront nn adversaire formidable dans un nid de guêpe tel que le.s Fragments. Aussi l'ami Vbiqiti'\ qui a reçu le premier exemplaire, est-il déjà tout occupe à le colporter partout et à en tire cer-tains passages afin de discréditer l'ensemble. Malgré lotit ce qui vous déplaît à juste titre dans cet ouvrage, on ne saurait refuser nux auteurs une certaine gravité, une certaine profondeur jointe à une grande libéralité.
Gœthe.
si:iiii.i-kii Utfîllfc.
K-na, «.ilaofiHiflS.
Notre duc ctunl de retour, il est probable (pie votre voyage ici va se trouver encore ajourné. Je tâcherai I Sobrii|uil itmitié |iiu liollir au iiitiquc Iluttigcr «limt il ruitlail i'acttvitc HUitTlidclle cl linmilloimc.
ENTRE filETHK KT SCIHI.J.ER.
tr.»
pendant ce temps-là, de me débarrasser de l'Alma-nach des Muses, afin de pouvoir mieux profiter d& vos entretiens qui m'aideront à franchir le dernier pas et le plus difficile de Wullemtein. Puisque vous avez envie de connaitre l'économie de cette tragédie, j'en réunirai le schéma, qui se trouve épars dans mes manuscrits.
Je suis très-enrieux de connaître vos nouvelles idées sur la tragédie et sur l'épopée. Ce n'est que depuis que je travaille à Wallewttein que je sens combien les deux genre» sont loin l'un de l'autre. Je m'en suis aperçu surtout dans le cinquième acte, il m'a isolé de toutes les paisibles sensations humaines, car il s'agissait de fixer un moment (lui devait nécessairement être passa-ger. La situation île mon âme m'a fait craindre de m'ôtre égaré sur une route trop pathologique, parce que j'attribuais il ma nature ce qui n'était que le résul-tat de mon travail. J'ai conclu de là que la tragédie ne n'occupe que rie quelques instants extraordinaires de l'humanité, tandis que l'épopée peint l'ensemble dans sa marche constante et calme; voilà pourquoi, sans doute, elle parle toujours à l'Homme, quelles que soient les dispositions de son esprit.
Je fais beaucoup parler mes personnages et les laisse s'exprimer fort largement. Vous ne m'avez pas fait d'observations à ce sujet et vous ne paraissez pas m'en blâmer. Au reste, vous en usez de même dans vos drames et dans vos épopées. It est certain qu'au pour-rait être beaucoup plus sobre de paroles en nouant et en développant une action tragique, cela serait même plus conforme au caractère des personnages agissants.
r.OntlESIHWDANCE Mais l'exemple des anciens qui ont procédé de la même façon et qui certes ne sont guères laconiques dans ce qn'Aristote appelle tes sentiments et les opinions semble révéler une loi poétique plus haute, qui exige qu'en pareil cas on s'écarte de la réalité. Il n'y a plus rien à dire, en effet, dès qu'on se souvient que les personnages poétiques ne sont que des symboles, qu'à titre de figures poétique!» elles ne représentent et n'expriment que les aspects généraux de l'humanité et que le poète ainsi que l'artiste doit ouvertement et loyalement s'éloigner de la réalité et laisser sentir qu'il In fait à dessein.
D'un autre côté, une exécution plus courte et plus la-conique, cul été pauvre* sèche, trop durement réaliste et presque insupportable à cause du rapprochement des situations violentes, tandis qu'une exécution large et complète produit toujours une certaine tranquillité agréable, même dans les situations les plus passionnées qui) le |>oiHe dépeint. Sciiiii.EH.
srinu ni a (UF.riif:.
f.'ii.),l»2»(iortt I7US J'avais l'intention d'allrr moi-même vous compli* monter sur l'anniversaire de votre naissance; mais \c ne me sens pas Itien, je me suis levé très-tard, et il a fallu renoncer mon projet. Pour me dédommager, j'ai pensé à vous de tout mon coeur et j'ai pris plaisir à tue rappeler longuement tout le bien que vous m'avez fait. .l'ai reçu ces jours derniers une visite à laquelle j'étais loin de m'attendra Fichte est venu me voir et
ENTRE GŒÎHB ET SGIIIl.tEll.
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il a été tr«8-aimal)l*\ Puisqu'il a fait le premier pas, j'ai cm devoir l'accueillir amicalement; et comme nos relations ne pourront jamais devenir utiles (nos deux natures se conviennent trop peu), je tâcherai du moins de les rendre bienveillantes et agréables.
Le plaisir que vous procurent ordinairement les pro~ verbes grecs, je le trouve aujourd'hui dans le recueil des fables d'Hygin. C'est un grand amusement que de voir défiler devant soi toutes ces ligures fantastiques animées par la poésie; on se sent, pour ainsi dire, sur son propre terrain et entouré d'une immensité de ligu-res. Je ne voudrais même rien changer au désordre nonchalant de ce tableau; il faut avoir tu Ce livre d'un bout à l'autre, pour bien sentir tout ce qu'il y a de grâces et de plénitude dans l'imagination grecque. J'y ai aussi trouvé beaucoup de sujets pour le poète tragique. te plus beau de tous c'est Métlée, mais il faudrait prendre sa vie entière et en faire tout uu eyetc. La fable de, Thjcsle et de Pélopiit est égale* ment un très-beau sujet. Quant au voyage des Argo-nautes, j'y :ti remarqué des motifs qu'on ne trouve ni dans Odyssée ni dans Y Iliade, ce qui me fait croire qu'il y a dan» ce voyage le germe d'un poeme épique. l'ne chose curieuse, c'est que tout ce grand cycle de mythes que je parcours à présent n'est qu'un tissu de y.iliintmfs, nu, comme dit pudiquement Hygiii, de Compressas, d'où sortent et sur lesquels reposent tous !••*« grands et effroyables conflits. Il me semble que te serait uni1 œuvre utile do reprendre l'idée grossiè-ivitti>iii exécutée p.tr Hygiii pmiruii nièt'lt* tout diltï'tent
CORRESPOSn/UlCE dit nôtre, de la reprendre avec esprit et en l'appro-priant à l'imagination moderne. Un pareil recueil des fables grecques réveillerait ('esprit poétique et serait aussi agréable au lecteur qu'utile au poëte.
Ma femme se rappelle à votre souvenir et vous fait mille compliments. Scwu,i:n,
r;(f!TIIK « SfMllUF.H.
Weimnr, le 8» anal 1798.
.le vous remercie de tout mon coeur de votre bon souvenir à l'occasion de t'anniversaire de ma nais-sance, et surtout de l'intention que vous aviez de venir me voir. La journée s'est écoulée, pour moi, au milieu de distractions sans aucune utilité. Que ne puis-je être bientôt près de vous r Moi aussi je me suis plusieurs fois amusé de la lec-ture d'Hygin, et j'aimerais beaucoup à ta retire en entier avec vous. J'ai toujours en confiance dans le voyage des Argonautes, et puisque, d'après te système nouveau, l'épopée n'est point soumise aux règle» de l'unité, ce sujet contient des motifs qu'il devrait être facile de développer.
Puissiez-vous être en bonne santé et surtout en pleine activité! J'espère toujours pouvoir passer une partie du mois de septembre près de vous.
Tâchez d'utiliser autant que possible les rapports qui viennent de se rétablir entre Ficlite et vous, lui aussi pourra y gagner quelque chose. Quant ù des re-lations intimes il ne faut pas y penser, mais il est tou-jours intéressant d'être bien avec un l«'l hoiiuuc. Gœtiih.
ENTRE 0IKT11E ET SCMUJïR.
SclllU.EIL
SCHILLER A flflETHE.
Uns, te SI aoftt 17!«.
Si mon travail et surtout ma santé me le permet-tent, je viendrai certainement la semaine prochaine pour quelques jours; d'ici là, j'espère être en règle pour mon Almanaeh, car je veux avoir l'esprit tran-quille quand je serai près de vous, et revenir bientôt et entièrement à Wallenslein.
J'ai In dernièrement dans je ne sais quel journal que l« public de Hambourg Re plaint de voir éternelle-ment reparaître les pièces d'iffland dont il est rassa-sié. Si on pouvait conclure de là qu'il en est de mente dans toutes les autres villes d'Allemagne, mon W<d-lemtein arriverait dans un moment heureux. En tout cas, il me parait assez probable que le public ne veuille plus su revoir toujours lui-même, car il sent qu'il est en mauvaise compagnie. Je crois même que l'enthou-siasme avec lequel on a accueilli ces pièces n'était qu'un résultat de la satiété des drames do chevalerie qu'on avait subis si longtemps; on voulait se reposer des contorsions de ces caricatures du moyen âge; cela devait être ainsi, mais il est (ont aussi naturel qu'on se lasse piilin de regarder des ligures vulgaires. Potirrai-je demeurer chez vous sans gêner Meyer? Ma fenfme se rappelle à votre souvenir. «H
CfRTHE K S(HII,l,K».
Wi'imav, !•• !j >p|>temt>ri' 179*.
Dans l'espoir de vous voir demain, je ne vous écria que ce billet, Je vous renvoie vos bnllades, qui sont toutes deux fort belles. Je n'ai aucune observation à faire sur le Dragon chrétien.) c'est une «uvre excellente et très-bien roussie. Quant à l'Oing* il nie parait, phystologi-qtiement parlant, peu admissible qu'un bomme qui, par une jouriiéo de pluie, viont de se retirer d'un torrent où il a manqué périr, prenne la résolution de mon-rir de soif pendant <\nc »ea habits sont encore tout mouillés. Mais sans compter ta rtaorptiou de h peau et, par conséquent, le* peu de probabilité de la soif, cette soif vient très-mal il propos et blesse l'imagina-tion. Je ne saurais vous indiquer un antre motif plus convenable et qui tiendrait au voyageur lui-même,- les deux autres qui lui viennent de l'extérieur et sont oc-casionnés par des événements de la nature et par la force des hommes sont parfaitement bien trouvés. Xi» vous laissée pas détourner de votre voyage; je suis sur que loin de nuire » voire milité il lui sera fuvu-l'iilile. <î«-:im:.
EN'TRK (ittîttE ET SGHU.f.F.R.
ter»
SCltlUER A C(FTIIE.
l«!na, In Ohcplrnilirp 1198.
Je regrette beaucoup de vous avoir promis d'aller samedi dernier » Weimar, sans avoir pu cette fois en-core tenir celte promesse, mais soyez persuadé que je suis complètement, innocent de ce manque de parole. J'avais passé deux imita sans dormir, re qui tu'atait fatigua an point que j'étais incapable de me mettre eu route.
C'est vraiment un malheur tout particulier que cette insomnie, dont je n'ai pas souffert pendant tout l'été, me soit revenue justement ces jours-ci. Maintenant je n'ai plus le courage de fixer le jour de mon arrive, mais si je puis dormir cette nuit je partirai demain.
SctlUXEIt.
Il partit en effet. Goethe, ne pouvant quitter Wei-mar en ce moment, voulait absolument avoir une conférence décisive avec son nmi an sujet de cet in-terminable Wallemtein. C'est dans ces entretiens de Weimar que In division du drame fut définitivement arrêtée. Gft'llie fit comprendre à Schiller qu'il fallait détacher le Prologue et en faire une pièce indépen-dante; quant on drame lui même, à l'immense drame qui s'allongeait toujours, GceJhc conseillait d'en former deux pièces distinctes, chacune distri-buée en cinq actes. Schiller adopta ce conseil l'es-prit lumineux du grand poêle avait enfin introduit l'ordre et ta clarté dans cette conclusion grandiose,
snm.ten g(t.thk.
Mm, \r K septembre 179)1.
Immédiatement après mon retour ici, je me suis mis à l'ouvrage afin d'arranger mon prologue de manière à ce qu'il puisse former «ne pièce indépendant?. Peur atteindre ce résultat, deux choses sont nécessaires i" l.es tableaux de caractères et de mœurs doivent être plus riches et plus complets afin de former un tout satisfaisant.
2° A travers le grand nombre de personnages dont les uns paraissent en scène et les autres dans les récits, il sera impossible au spectateur de suivre le ni dp l'ac-tion et de s'en faire une juste idée; il fautlra donc que j'ajoute quelques nouvelles figures <>t que je donne plus d'extension à celles qui existent déjà, ce qui ne m empêchera pas de rester dans les limites du per-sonnel de votre théâtre.
J'insérerai votrtj poème a la duchesse souk le simple titre de Stances, pi toutefois cela vous convient.
Encore une fois mes sincères remerdmeuts pour I» gracieuse et amicale hospitalité que vous m'avez doit-née à Wcimar. Je compte vous envoyer mon prologue samedi prochain alors je ne penserai plus qu'à arran-ger ta pièce pour le théâtre, travail pour lequel j'utilisorai vos observations et vos conseils autant que pos-sible.
J'ai laissé chez vous trois clefs dans le tiroir d'une
ENTRE GŒTHE ET SCMIUR
commode je vous prie de me les envoyer par la mes-sagère. Schiller.
•KKTIIB S S<:H1I.I,KU.
Wchnar, le SI vcplombrc 1198.
Mercredi dernier j'ai été à Rosla, aussi n'ai-jc reçu votre lettre qu'hier à mon retour. J'aime à croire que vous vous ressentirez dans votre travail de l'heureux effet rjni» la lectures tic Waltensteiu a produit sur nous. Un pareil monument des plus hautes facultés de l'homme doit exciter des dispositions favorables au travail chez quiconque en est tant soi peu suscep-tible. Réunissez toute l'énergie de votre vouloir afin de pousser le plus tôt possible votre pièce sur notre théâ-tre. En la revoyant après la représentation, vous trou-verez le sujet plus souple qu'il ne vous le parait à présent que vous n'avez toujours que le manuscrit sons 1rs yeux Vous êtes déjà si avancé que, selon moi, l'é-preuve de la «cône vous sera d'une grande utilité. Ce que vous vous proposez de faire encore à votre prologue me [tarait aussi juste qu'opportun, j'en at-tends le manuscrit avec impatience. Dès que je l'aurai reçu, nous conférerons sur la tactique à suivre.
Je vous envoie vus ciels. Le poëine en question pas-sera fort bien sou» le titre général de Stances. Mes t-omplimcnts à votre chère femme. Gœthe.
CORRESI'OMUNCK FI it»
SCfftM.fcft «fK.THE.
Kn», le 41 >i<|rtnulire tt!M*.
.t'ai attendu une lettre de vous avant-hier, main je n'en ai point reçu: j'espère que ce silence n'annonce rien de fâcheux. Après avoir passé toute utif semaine avtîc vous, il m'est bien pénible d'être si longtemps privé de vos nouvelles, (>ne luùl d'insomnie m'a #»|è I» journée au point qu'il m'a été impossible île vous envoyer aujourd'hui te Camp de WnUenttem, i% {tour comble de malheur, mon copiste m'a manqué de parole. Sous ta forme que je, vais donner maintenant i ce prologue, il pourra signifier quelque chose par lui même, car ce sera le tableau animé d'une importante époque historique et de la vie «les camps de cette époque mais je n« sais pas encore si tout ce que j'y ai fait entrer par rapport 1 à l'ensemble pourra être représenté sur le théAtre. J'ai introduit entre autres choses un capucin qui vient l'aire un w.mum au\ Croules; c'est un trait caractéris-tique de l'époque et du lieu, qui manquait à mon ta-bleau du Cam\nk Wultemtein; mais s'il ne peut y être mis en scène, j«? m'y résignerai facilement.
llutnboblt vient de inVcrirc; il a reçu votre lettre ninsi que votre poème et vous répondra un de t'es jours; it est très-satisfait des modifications que nott* avons fait subir à soit ouvrage sur votre Hermann et Dorothée. Quelques lignes de ta lettre sont conférée;. à Rétif, qu'il connaît peraonnoltemcnl, mais sans avoir rien lu de ses écrits. H compare ses allures et sa nia--
ESTRB GChTIIB BT SCHILLER.
W nière d'tire â noire Wietantl, abstraction faite, bien entendu, du cachet nulîoti»!. Quant à moi, je trouve e qu'il y a une différence énorme entre ces deux ccri-vaiiw.
Pour revenir h mon prologue, je voudrais que l'on put donner avec lui autre chose qu'un opéra, car j'ai déjà placé assez de musique dans celle pièce. Elle com-mence ot (init par une chanson, et il y en a une troi-sième dans le milieu. Je crois qu'un drame paisible et moral le fera mieux ressortir, car son principal mérite consiste dans la vivacité et le mouvement.
Puissiez-vous titre en bonne santé; j'attends de vos nouvelles avec impatience. SaiiM.Kn.
Les lettres qu'on vicnt de lire nous ont montré un spectacle assez inattendu l'impatience de Goethe et les lenteurs sans cesse renouvelées de Schiller. On sc ligure volontiers l'auteur de Faml composant ses ouvrages avec une tranquillité majestueuse, et l'au-teur des Hrujfmils enlevant ses drames, pour ainsi dire, avec une verve (lue rien n'arrête. On s'imagine que Gu'.ltie ectivait lentement, qtt'il ne savait on ne voulait point se lu'tlcr, que jamais l'inspiration poétique ne se déployait chez lui avant qu'une médita-tion obstinée eut rassemblé d'avance tons les élé-ments tic son uwvrc; oit croit que Schiller, moins scrupuleux que son ami, se livrait tout ciilirr à sa fougue impatiente, et que s.t rapidité dYxéculion
t.OliltEvSI'ONDANCfc' «o avait quelque chose de foudroyant. J'oserais presque soutenir quo c'est le contraire qui est vrai. Gœlhe méditait beaucoup, et longuement; mais une fois maître de son idée, il lui donnait une forme, il la réalisait dans un poétique symbole avec une prompti-tude qui tenait du prodige. Schiller écrivait ses vers dans la fièvre sublime de l'inspiration; seulement, au milieu même de cette ardeur créatrice, la médita-tien reprenait ses droits, le théoricien posait de nouveaux problèmes il l'artiste, et l'œuvre, sans cesse interrompue se modifiait sans cesse entre ses mains. Pendant combien d'années avait-il porté au fond le plus intime de son esprit cet interminable Wttllen-sti'in! Enfin, le dénoùtncut approche; Guelhc harcèle et dirige le géniede Schiller. Agissant d'autorité, il lui divise son immense matière en trois pièces distinctes, il lui (niée son cadre et lui défend d'en sortir. On di-rait qu'il fait avec snn ami ce que faisait l'électeur de Saxe avec Luther. Voilà Schiller enfermé dans le plan de Wallcnstein comme le réformateur daim le château de la Wartbourg.
Ce «l'est pas tout il ne suffit pas d'avoir assigné à Schiller les limites que sa trilogie ne devra point franchir; pour l'obliger à finir ces trois pièces, il faut i|ue le théâtre s'empare au plus tôt de la première. Schiller, au mois d'août, pendant un voyage de tjud-qiu's juins û YYeiuuir, a promis ù Goethe que son Camp de WalItHski» serait prêt pour la réouverture
EXTfîB flfFTHE KT SOUILLER.
du théâtre au mois d'octobre. Gtelhe cependant se défio toujours (les indécisions du poêle et ne cesse «te le harceler. Revenu à léna, Schiller s'csl mis ardem-ment ti l'œuvre; il ne lui reste plus qu'à terminer plusieurs scènes cl à coordonner l'ensemble. En quel-ques semaines, en quelques joints, Goethe, de sa plume prompte et sûre, aurait tout terminé; Schiller s'arrête à chaque pas, tant il a ta tête remplie de formules esthétiques et l'imigination obsédée de scrupules. Il faut dire aussi que l'Abnanach des Muses, dont il a encore la direction, vient le distraire au meilleur moment. « Je jure, écrit-il à Kwrncr |1;> août), qu'après cette livraison dcl\4/man<rc/i,je pourrai bien encore ca publier une, mais qu'ensuite je le laisserai mourir. Je puis employer à des œuvres plus haute» le temps qu'exigent de moi la direction de ce recueil et la part personnelle que je suis obligé. d'y prendre. lia froideur du public allemand pr.ur la poésie lyrique, l'accueil indifférent qu'on a fait » mon Ahnanaeh et que certainement it nn mérite point, ne m'inspirent guère le désir d'en poursuivre ta publi-cation. Quand mon Wallenstein sera fini, je continue-rai à l'aire des drames, et si j'ai des heures de loisir, je les consacrerai à des travaux d'esthétique et de cri-tique. » Toujours l'esthétique l celte esthétique assu-rément u'tHuit pas moins coupable que YAlmanach h ili's Muses des retards perpétuels du poète, .'e sais bien que d'autres causes encore, sans parler desdis-- «7-2 tractions de son esprit, entravaient t'essor de Schil-ler et refroidissaient sa verve il était malade, il pas-sait des nuits sans sommeil, et aux excitations du travail succédait souvent une prostration profonde. Goethe pourtant, qui le voyait de près, attribuait ?rs retards à l'irrésolution de son génie, irrésolution d'une espèce particulière » coup sûr, puisqu'elle te* liait surtout à l'abondance de ses vues, à ia fertilité de ses développements, à l'embarras d'un esprit qui ne savait pas se borner. « Les lenteurs, les hésitations de Schiller, écrit Goethe à Meyer, dépassent tout ce qu'on peut imaginer. »
Enfin, Schiller a fait une promesse formelle à son ami le 21 septembre, au plus tard, Gwthe rece-vra le Camp de Wallensle'm. l*e 21 arrive, et Schiller est obligé d'adresser à Goethe la lettre qu'on vient de lire, lu dernière que nous avons citée « Ime nuit d'insomnie m'agsUéla journée au point qu'il m'a été impossible de terminer le Camp de Wullemte'm; pour comble de malheur, mon copiste m'a manqué de parole. » Goethe voit bien que sa présence est né-cessaire à Iéna. S'il ne va pas s'installer auprès de. son ami, s'il tic le soutient pas de scène en scène, s'il n'écarlc pas les scrupules qui le tourmentent, s'il ne les fait pas fuir comme des spectres à la radieuse clarté de son esprit, qui sait combien de temps en-core Schiller retournera dans sa pensée toutes les combinaisons possibles A» son -œuvre? Ali! qu'il ado
ENTRE CfETttE L ET SE Il 1 1.1~ E Il, peine, lVsf/ieTicirti acharné, qu'il a do peine à reve-nir simplement a la pot'sio! comme- il expie en ce moment l'inspiration désordonnée de sa jeunesse 1 Cette réflexion que le tribun de la scène allemande dédaignait si amèrement en 1781 se venge aujour-d'hui sur le poêle trop consciencieux. Il doute, il hé-site, il n'ose plus terminer Wallemlein. il n'ose plus, lui, Schiller! Voila, certes, un étrange épisode, (l'est en de telles crises qu'un véritable ami se révèle tout entier. Le jour même où il a reçu cette lettre qui fait pressentir une nouvelle défaillance du poète, le 21 septembre t798, GoMhe quitte Weimar et va s'établir à iéna. /^vT*NL
ri* »i' pniairn v 01.01: