‹ Correspondance entre le comte de mirabeau et le comte de la MarckChapitre 10 sur 38 · TALON AU COMTE DE LA SIAItCK · texte numérisé non relu

TALON AU COMTE DE LA SIAItCK

Dimanche 25 octobre 4 789. — Je l'avais prévu, le garde des sceaux sortait comme j'arrivais : le roi venait de le mander. J'ai pris mon parti; je lui ai détaillé dans une lettre de trois pages ce dont nous sommes convenus ensemble, et je la lui ai fait porter chez le roi, en lui demandant de la lui communiquer, et de me faire dire ce soir à quelle heure nous pourrions le voir demain malin. J'ai cru que cette marche inspirerait plus de confiance à Mirabeau , et prouverait au prélat1 la loyauté que vous voulez y mettre. Si je ne reçois pas de réponse ce soir, ce sera pour votre retour de Versailles; et vous pourrez toujours prévenir le fameux comte, que ma lettre explique tout : bulletin de ce que l'on désire que vous écrirez vous-même, et réponse et

1 L'archevêque de Bordeaux, M. de Cicé.

demande du comte; promesse de lui donner dont vous serez garant. Je l'ai prié , je le répète, de communiquer ma lettre au roi.

Agréez confiance, dévouement, amitié, trois sentiments réunis que vous savez inspirer.

LE COMTE DE LA MARCK AU COMTE DE MIRABEAU

Dimanche 25 octobre 1789. — Je n'ai pas été effrayé du nonsuccès d'hier, et j'ai d'abord pensé qu'il suffirait d'écarter tout embarras subalterne, pour vous laisser l'usage libre de vos forces ; elles sont grandes.

Si demain vous ne terminez pas avec La Fayette, je vous offrirai ce que je pourrai.

L'abbé de Montesquiou, Sémonville dinent chez moi. Je tiens beaucoup à ce que vous les voyiez , ainsi tâchez de venir. Je ne vous parle pas de mon désir particulier ; il vous est connu et ne variera jamais.

Je veillerai autant qu'il sera en moi aux objets que vous m'indiquez.

LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK

Lundi 26 octobre 1789. — On m'a proposé de me nommer à l'ambassade de la Hollande ou de l'Angleterre, aujourd'hui même, le tout pour ne pas y aller, mais pour me décorer, et me rendre digne et capable du suprême honneur de serrer dans ma poche un bon du roi, qui m'assure d'être ministre au mois de mai. C'est M. de Montmorin qui a porté à La Fayette cette pompeuse proposition. Celui-ci ne parle que ce matin à la reine, mais, à vrai dire, il m'a paru moins décidé que jamais et succombant sous la fatalité de son indécision. Pour moi, je rentre dans la lice, bien décidé à n'y pas perdre une ligne de terrain, ce qui importe à eux-mêmes s'il est vrai qu'ils me croient nécessaire, et convaincu que tout croulera d'ici à la fin du mois prochain , au très-plus tard.

Vale et me ama; à ce matin.

RÉPONSE DU COMTE DE LA MARCK AU COMTE DE MIRABElU.

Lundi 20 octobre 1789. — Cela serait à accepter, si, comme vous le prévoyez avec fortes raisons, tout cela ne devait pas crouler avant la fin du mois prochain. A présent je crois qu'il serait bien que je visse La Fayette. A juger ce qu'il ferait par les

gens dont il serait entouré, il est bon que je lui apporte une dose de décision. En attendant, vous allez gagner une partie du terrain qu'ils vont perdre.

Adieu, je suis le plus fidèle ami de votre excellence.

On dit qu'on réserve au Saint-Priest l'ambassade d'Espagne, dont on rappelle La Vauguyon.

M. T VI.O> AU COMTE ni: LA MARCK.

Lundis octobre 1789. — -Je viens d'écrire au garde des sceaux; il nous recevra quand nous voudrons. Mais je désire parler à Mirabeau avant que d'aller chez le prélat. Il faut être sûrs les uns des autres, et s'expliquer bien nettement. Je serai chez vous dès l'instant que vous me le ferez dire; je ne sortirai qu'à six heures et demie, et j'attends que vous m'envoyiez chercher.

Je fais des vœux pour que Mirabeau soit de bonne foi. Ce sera peut-être la première fois de sa vie ; mais il y a commencement à tout. Au surplus, il fait bien, car nous ne sommes pas si faibles qu'il pense.

LE COMTE DE LA MARCK AU COMTE DE MIRABEAU

Lundis octobre M 89.— La Fayette vous remettra 50,000 fr., et vous montrera un projet de lettre du roi. Acceptez tout celn. Nous ne serons pas embarrassés de faire valoir telle chose comme un dédommagement de ce que, dans ce moment-ci, vous ne pouvez pas entrer au ministère. Vos ennemis en compteront davantage avec vous. — Vos affaires ne vous laisseront plus d'embarras subalternes ; alors vous serez tout entier ce que vous valez, c'est-à-dire supérieur à tous.

Je dois voir ce soir le garde des sceaux, et puis j'ai une réponse à faire passer à Monsieur. Si nous ne pouvons pas dîner ensemble, à quelle heure faut-il que je passe chez vous? — Je voudrais bientôt l'objet dont Pellenc s'est chargé.

LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK

Mercredi 28 octobre 1789. — Par quelle fatalité ne nous sommes-nous pas rencontrés aujourd'hui? Il fallait que j'allasse au comité La Rochefoucauld, parce que je n'avais pas trouvé hier La Fayette. J'étais déjà fort arriéré d'heure lorsque vous avez envoyé chez moi. J'ai trouvé l'homme soucieux, mécontent, découragé. La sottise sur Rouen a été faite malgré lui. On le contrarie sur tout, nommément sur votre pays, et il n'y a pas

jusqu'à l'animalcule Monlmorin qui le subalternise. A peine m'a-t-il effleuré, moi. Je lui ai parlé de la lettre. Il a fait ce matin un envoi ridicule et sans motif, qui ne fournit seulement pas de quoi se dégager envers vous. A quoi cela sert-il ? — Pas même au déplacement, qui est détruite nécessité et de décence rigoureuse Quel homme! quelle destinée! — Je crains, au reste ,

qu'il ne file bien vite un mauvais cable. 11 me semble que nous avons à causer immédiatement sur des faits récents que je sais des Tuileries. Bonjour, cher comte.

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