EE COMTE DE IV MARCEL AU COMTE DE MIH 4BE % I
Samedi à sept heures et demie, 24 octobre 1789. — La Fayette est honteux de n'avoir pas été prévenu de la démarche des ministres, c'est-à-dire qu'il est près d'en être irrité : il ne lui en manque que la résolution.
Si vous pouvez trouver un moyen de dénoncer que M. Ncckcr n'a pas correspondu avec la municipalité et le commandant général de Paris, sur le fait des subsistances, La Fayette sera prêt à vous appuyer et à venir même le déclarer à la barre.
Voilà la disposition où il est : avisez si elle peut vous être utile. Au surplus, il est tout à fait à vous, et il le serait efficacement s'il savait, non pas être décidé , mais conserver la décision dans laquelle il est laissé chaque fois qu'on lui a parlé de vous comme j'en pense.
J'ai voulu que vous sachiez d'avance le degré où vous devez trouver La Fayette, afin d'être préparé et d'aller plus vile dans votre conférence avec lui.
Je vous le répète encore, il est des tempêtes auxquelles cède l'art du plus grand pilote. Cette réflexion me convient, mais la décision vous appartient, et je n'ai plus rien à dire, sinon (pie je suis tout à vous pour la vie.
EE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK
Samedi 24 octobre 1789. — J'ai bien rêvé la position, mon cher comte, et je vous démontrerai maintenant quand vous voudrez qu'elle est fort bonne, pourvu qu'il n'y ait pas de souffrance subalterne, el (pie l'on tienne parole lundi. Mon plan de campagne est fait, et pour toutes les suppositions. Souvenez-vous de me maintenir Montesquiou par l'abbé! Souvenez-vous démontrera La Fayette par Sémonvillc, et par vous-même, que l'on fouette
son page.. Souvenez-vous de tout ce que vous savez mieux
que moi; mais, pardieu ! ne me croyez pas battu, car je ne le suis,
ni ne le serai, pourvu (pie Je ne sais si je dînerai aujourd'hui
a\ec vous. Vale et me ama,
EE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK
Dimanche 2."> octobre 1789. — Hier à minuit, un cavalier m'apporta le billet que voici :
« J'avais chargé Maubourg de vous proposer un rendez-vous « pour ce soir. Il ne vous a pas trouvé. Voulez-vous bien que ce « soit pour demain a dix heures? »
Je suis fâché de le revoir avant vous, car vous auriez tiré plus de parti que moi de mon juste mécontentement. Ce qu'il faut, mon ami , c'est le viatique et le déplacement. Vous sentez que, pour un certain ordre de choses, il faut n'avoir besoin de frapper à aucune porte.
Mes idées sont éclaircics, et je tiens ma partie d'échecs. N'estce pas demain que vous donnez à dîner au duc de Liancourt ? Il nous faut concerter cette conversation-là d'avance, afin que, sans nous mener plus loin que nous ne voulons, elle ait l'air de l'abandon. Si l'on peut ou violer la volonté de l'homme, ou obtenir de lui un secret, en vérité il n'y a plus rien de difficile dans votre marche.
Le billet intercalé dans celui-ci est du marquis de La Fayette a Mirabeau. Le passage suivant des Mémoires de M. de La Fayette sert à éclaircir le dernier paragraphe du billet de Mirabeau.
« La remarque de Liancourt ne m'étonne pas : depuis quelques jours il est en « pourparlers avec M. l'évêque d'Autun et Mirabeau, pour changer le ministère, « où ils conserveraient M. de Saint-Priest et l'archevêque de Bordeaux. Mira- « beau renonce a y entrer, pourvu qu'il y influe, et lorsque M. Necker sera « ébranlé, on doit me présenter ce plan, en me pressant d'y concourir. J'imagine « que c'est pour me pressentir qu'on a parlé devant vous. Au reste, ne voyant « intimemenl aucun parti à l'assemblée, je dois y perdre toute influence. » {Mémoires du général La Fayette, t. II, p. 432.)