NEUVIÈME NOTE DU COMTE DE M1RADEAU POUR LA COUR
Sept juillet 1790. — On a remis au comité des recherches la lettre suivante
Cette lettre est d'une mauvaise écriture, et remplie dune telle quantité de fautes d'orthographe, que cela m'en parait, à moi, une affectation.
On prétend qu'elle a été trouvée dans le parc de Sainl-Cloud, le lundi ou le mardi, c'est-à-dire la veille ou l'avant-veille du jour où l'on place ma prétendue entrevue.
11 est clair que l'on cherche à l'aire de tout cela une intrigue dont Y o râleur du peuple n'a pas paru une base suffisante. Je sais, à n'en pouvoir douter, que les Lamelh, Duport, Menou, d'Aiguillon , et même Péthion de Villencu\c, mettent une grande activité à acquérir la preuve que j'ai eu une conférence à Saint-
Cloud. La récolte de toutes leurs machinations ne fera pas , je crois , qu'ils puissent m'entamer sérieusement dans l'Assemblée nationale ; mais elle peut me compromettre et me désinfluencer, surtout si les véritables intéressés n'aperçoivent pas que, plus on suscite de difficultés à ce qu'ils m'emploient, plus on démontre la nécessité de me croire et de se servir de moi.
Comme le caractère connu de la personne à qui cette note est destinée est le courage et la ténacité, je ne la crois que plus affermie dans ses résolutions, et je la conseille en conséquence.
D'abord , comme il est toujours nécessaire , à un certain point, de combattre avec l'arme de ses ennemis , il devient indispensable, dans une occasion si critique où nous sommes évidemment espionnés et suivis, d'observer et de suivre à notre tour.
Il faut donc s'adresser à un homme de l'ancien régime , et avoir douze espions parfaits qui puissent rendre compte, heure à heure, des mouvements de MM. Lameth, Barnave, Duport, d'Aiguillon , Menou et Péthion. Si M. d'Ogny peut les fournir, il vaut mieux qu'un autre, pour ne pas multiplier les confidents et les intermédiaires.
Aux mesures simples , et par cela même préférables , que j'ai arrangées, je veux dire de fréquents déplacements chez Mme d'Arragon et des courses à cheval, à toute heure, avec mon neveu, mon avis serait de joindre une opération tout autrement décisive et marquante. La voici :
Je voudrais que le roi convoquât, pour cette grande et solennelle occasion du serment, un comité de l'Assemblée nationale, composé du président, de M. de La Fayette, de l'abbé Sieyès, de Bureau de Puzy, l'évéque d'Autun, Le Chapelier et moi. Ce n'est pas ici le lieu de fixer ce qu'il devra nous dire. Le résultat du comité sera le serment du comité de Constitution , la place du dauphin et de la reine , qui ne doit pas le quitter, mais que l'on soutiendra ne devoir pas être auprès du roi , et la décision d'inviter ou de ne pas inviter les ambassadeurs.
Cette démarche couvre tout, est très-populaire en soi, parfaitement conséquente aux demandes déjà laites à La Fayette, toutes propres à le contraindre, par la nature des choses, à l'affiche que l'on exige de lui. 11 est souverainement important qu'il ne sache rien de cette mesure qu'elle ne soit irrévocablement arrêtée , et seulement une heure avant cette convocation \
1 Ceci se rapporte à la fête de la Fédération et au serment que le roi devait y prononcer.
COPIE DE LA. LETTRE DEPOSEE AU COMITÉ DES H w A Sllillf 1IKS
et prétendue trouvée dans h parc de Saint-Cloud.
Mon cher comte, Je dois te faire part de ce qui s'est passé. J'applaudis beaucoup à tes bonnes et braves intentions. Accours et vole. Ce jour, ce grand jour approche, où le triomphe nous mènera à l'immortalité. J'ai conféré, hier, trois heures avec M. de Saint-Priest. 11 approuve toutes nos mesures et en juge le succès infaillible. Le comte de Mirabeau les trouve bonnes, sauf une observation que nous avons adoptée. On doit en faire part ce matin à la reine. Ce sera pour elle un bon jour qui ramènera ses espérances et son courage. Ses ennemis insolents vont donc enfin succomber sous nos coups. Je me réjouis d'avance de penser que je pourrai porter les premiers coups à ces chefs ambitieux. Adieu ; tout est perdu, ou nous serons vengés. D. S. R.
Vers le mardi, 29 juin.
LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK
Mercredi, 7 juillet 1790. — M. de Mercy arrivera probablement demain à Paris, mon cher comte, puisque la famille royale revient s'établir jeudi. Ne pourriez-vous pas le voir, et mettre avec lui en délibération ce que je vais vous proposer? — On a parlé à la Commune d'inviter les ambassadeurs à la fète, et je ne sais même si l'invitation n'a pas été faite par le maire. Certainement les ambassadeurs ne viendront pas sans l'invitation personnelle du roi, ou sans l'ordre exprès de leurs cours. Mais, ce que je mets en question, c'est 1° si le roi ne doit pas les inviter, et 2° si l'on ne peut pas, par le crédit de M. de Mercy dans la diplomatie , engager les ambassadeurs à servir de cortège au roi dans cette occasion solennelle, sans instruction ultérieure. Vous comprenez que la première de ces mesures ne doit être adoptée qu'autant que l'on se sera assuré du succès de la seconde. Le roi, par cette invitation dont il aurait le mérite personnel (et il faut bien se garder de se laisser devancer par La Fayette), donnerait à la Fédération des témoins très-imposants, et cette démarche lui serait imputée à grande popularité, sans compromettre le moins du monde sa politique. Sans cela, je suppose qu'une foule de libelles trouveront un complot autrichien dans l'absence du corps diplomatique; et, indépendamment de ce supplément aux feuilles incendiaires, il est possible que le mécontentement du
peuple, attisé par quelque aviseur bénévole, ne se montre avec quelque effervescence, ce qui, sous plusieurs rapports, serait
embarrassant et fâcheux Mais je n'ai pas besoin d'en dire
davantage à votre sagacité et à la sagesse de M. de Mercy ; seulement, s'il approuve ce conseil, qu'il l'appuie et le fasse passer le plus tôt possible. Voyez, mon très-cher, si, dans sa courte apparition à Paris, ce sage ministre pourrait avoir une autre conférence. Dans la disette d'hommes, c'est un précieux point de ralliement que son expérience , son calme et son habileté ; et je ne saurais vous dire combien , avec le rabais que je dois mettre sur le compte de sa courtoisie, son assentiment m'inspire de sécurité. Vale et me ama \
EE COMTE DÉ MIRABEAU AU COMTE DE 1.1 MARCK
Ce 7 juillet 1790. — La Fayette est venu ce soir à la Monnaie 2. Au lieu d'y parler, comme il avait été convenu, du but et des moyens que cette espèce de comité se proposait, il nous a entretenus immédiatement des détails relatifs à la Fédération, et l'évêque d'Autun , qui s'est efforcé de nous donner à comprendre, par le récit de ses courses, qu'il n'était pas venu avec La Fayette, a fait la motion cauteleuse que le roi proposât luimême, dans une lettre convenue, et dont il apportait le pitoyable modèle, la formule du serment qu'il aimerait à prêter le jour de la Fédération.
L'abbé Sieyès et moi nous avons fortement combattu celte proposition par les principes, et la politique est, ce me semble, tout à fait d'accord en ceci avec les principes. Je ne vois, sous aucun prétexte , aucune bonne raison pour que le roi soit ou passe pour être l'auteur de son serment. Ceci n'a probablement pas besoin de développements, et j'en donnerais mille au besoin.
Le comité a unanimement rejeté cette proposition après un long débat, et je n'en donne pas moins cet avertissement, dans la ferme persuasion qu'il importe que l'on soit inflexible sur ce point, et que La Fayette ou le comité de constitution lui-même pourraient jongler à cet égard.
Le serment est , ou à peu près :
«i Moi , premier citoyen , roi des Français , je jure de main- « tenir, de tout le pouvoir que la nation m'a délégué, la Consti- « tution »
1 Ce billet esl relatif à la fête de la Fédération du H juillet.
2 C'était chez M. de Comlorcel, qui habitait à l'hôtel de la .Monnaie.
Rien à contester à cet égard.
Sur tout le reste La Fayette a battu la campagne et démontré pour moi qu'il ne veut qu'avoir le prétexte de se dire au roi et à la reine rapproché de moi, sans rien changer à son allure et à son conseil des de Brugnière et des Chenon de la révolution , et aux comités qu'il croit mener au signe, et qui, ne se trompât-il pas, ne lui seraient bons à rien.
AFFAIRE DE RIOLLES, DIT TROLARD.
S juillet — 21 îiovembre 1790. — Le 8 juillet 1790, M. molles, dit Trouard, avait été arrêté à Bourgoin, en Dauphiné. On trouva sur lui des papiers qui le fiivnt soupçonner d'être un émissaire contre-révolutionnaire, entre autres une lettre attribuée au comte de Mirabeau, quoiqu'elle ne fût pas écrite de sa main, et une pièce commençant par ces mots : « Mirabeau l'aîné est un scélérat, prêt « à se vendre à tous les partis. »
Aussitôt après que l'arrestation de Riolles fut connue à Paris, l'archevêque de Toulouse écrivit au comte de La Marck le billet ci-dessous, n° 1er, qui donna lieu plus tard à ceux qui le suivent.
Le 11 septembre 1790, M. Rousselet, membre de l'Assemblée nationale, rendit compte à l'assemblée, au nom du comité des recherches, de l'arrestation de Riolles, et proposa de renvoyer l'affaire devant le Chàtelet de Paris. — Mirabeau, a cette occasion, se défendit , contre l'imputation de complicité , sur un ton d'ironie qui lui valut les applaudissements d'une partie de l'assemblée et de toutes les galeries. — « Ma position est assez singulière, dit-il; la semaine prochaine « on fera le rapport d'une affaire où je joue le rôle d'un conspirateur factieux ; « aujourd'hui, on m'accuse comme un conspirateur contre-révolutionnaire. Per- « mettez que je demande la division. Conspiration pour conspiration , procédure « pour procédure, s'il le faut même supplice pour supplice, permettez, du moins, « que je sois un martyr révolutionnaire. » — C'est ainsi qu'il détourna adroitement le danger qui pouvait résulter des écrits absurdes de Riolles , pour la cour et lui-même. Le lendemain, il écrivit dans le billet n-5, qui traite d'autres affaires, le passage inséré plus bas sur l'affaire de Riolles.
Le 20 novembre suivant, l'archevêque de Toulouse parait avoir désiré que Mirabeau lui remît des lettres qu'il tenait de Riolles, et c'est ce qui occasionna le passage du billet du comte de Mirabeau au comte de La Marck , sous la date du 21 novembre, et que nous insérons ici avec lcn° 6. Le reste de ce dernier billet se retrouvera a la date du 21 novembre. Les derniers mots de ce passage du billet tendraient a établir que M. de La Fayette aurait voulu se servir de cet incident contre Mirabeau.
L'ARCHE YÈQUE DE TOULOUSE AU COMTE DE LA MARCK
Juillet 1790, jeudi à quatre heures. — En rentrant chez moi,
monsieur le comte, je trouve la lettre ci-jointe. Elle est de ce pauvre Riolles, dont le nom de famille est Trovard. Vous y verrez le détail de sa triste aventure, dont le résultat est qu'il est à Picrre-Encise, comme criminel de lèse-nation. Il paraît qu'on a pris sur lui un de ces comptes-rendus qu'il fait passer ici de temps en temps avec une espèce de chiffres ; et vous verrez la tournure qu'il a donnée pour faire penser qu'il n'était pas l'auteur de ce que contenaient les papiers.
Il me propose de voir M. de Pardicu et M. Malès, qui sont du comité des recherches. Je ne connais ni l'un ni l'autre; je ne crois pas d'ailleurs que ma recommandation puisse lui être utile en pareille circonstance. Voulez-vous bien faire passer cette lettre de Riolles à Mirabeau , et l'engager à faire quelques démarches pour le tirer de presse. Adieu.
L'organisation de l'armée est renvoyée à lundi.
LE COMTE DE LA MARCK AU COMTE DE MIRABEAU
(Lui envoyant le billet ci-dessus de l'archevêque.)
Ce jeudi soir. — En rentrant chez moi , je trouve cette lettre de l'archevêque avec celle de ce pauvre Riolles. Depuis quelque temps, je prévoyais que ce pauvre diable serait la victime de son zèle. Que faire pour lui ? — Ronsoir , cher comte; l'archevêque viendra chez moi demain, pour vous voir.
LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA HARCK
Vendredi, juillet 1790. — Que diable veut-il que je fasse pour cet insensé, qui m'a adressé aujourd'hui cinq lettres plus extravagantes les unes que les autres, qui a été évidemment suivi, espionné, trahi , et qui va compromettre ceux qui lui sont le plus étrangers? Je voudrais que la race des fous et celle des gens sans volonté fût rayée du livre de vie ; mais alors la terre serait dépeuplée. — Vale et me ama, cher comte.
Souvenez-vous que cet incident est diabolique.
LE COMTE DE LA MARCK AU COMTE DE MIRABEAU
Samedi soir. — Voilà, mon cher comte, cette exposition dont on vous a parlé ce malin.
Je joins ici une lettre de l'archevêque ; tâchez de faire ce qu'il désire; il serait bon de l'obliger. Ronsoir, mon cher comte.
Renvoyez-moi la lettre de l'archevêque, et faites-moi un mot
de réponse, relativement à son protégé Riolles. J'insiste beaucoup pour ce pauvre malheureux.
l.r. COMTE DE lllït ABE VU AU COMTE DE LA MiU(k.
12 septembre 1790. — J'ai traité Riolles, avec mesure,
comme un fou. L'assemblée a été extrêmement contente de moi. L'archevêque * est bien maladroit si ce n'est pas une affaire finie. Voici la copie de sa lettre; le paraphe est le même que celui qui est sur toutes les pièces. Je vous renvoie aussi la lettre du pauvre Toulousain, qui est fait pour les grandes affaires comme moi pour consacrer les huiles. Vide et me ama,
LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK
Dimanche, 21 novembre 1790. — En vérité, mon cher comte, je suis bien catin , mais je ne le suis pas à ce point. Où l'archevêque a-t-il la tête de croire que je puisse aujourd'hui remettre des lettres dont je n'ai pas parlé lorsque l'affaire de Riolles est venue à rassemblée? Je n'ai d'autres lettres de lui que celles qu'il m'a écrites tous les jours de Pierre-Cise , depuis qu'il a été arrêté ; elles sont remplies des fables les plus dégoûtantes et les plus compromettantes *, on pourrait très-bien recommencer un nouveau procès sur ces lettres, que l'archevêque ne connaît pas, et que je lui et vous ferai lire quand vous voudrez. Quelque envie que j'aie d'obliger l'archevêque , et même de délivrer le pauvre diable , tout insolent et traître coquin qu'il ait été pour moi , je ne puis pas remettre ces lettres, et d'autant moins que, puisque Le Chapelier s'est opposé, le doigt de La Fayette est là
(Voir la suite au 21 novembre.)
LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK
Vendredi, 9 juillet 1790. — Vous ne m'expliquez pas clairement si l'archevêque est ou n'est pas ici ; s'il est ici , il sera bon que je le voie de une ou deux à trois heures. Je viens de lui faire passer une note pour la reine, mais il vaut encore mieux causer, et surtout que vous causiez avec lui. Au reste, cette vilenie ne fait aucune espèce de sensation, et n'est pas même connue. Bonjour, cher comte. Vtde et me ama.
1 L'archevêque de Toulouse.
La guerre à l'œil pour les nouvelles. — Venez donc demain à 89 \
DIXIEME NOTE DU COMTE DE MIRABEAU POiR La COUR.
9 juillet 4790. — J'ignore si c'est à l'insçu du roi et de la reine que La Fayette adresse directement, au congres de Belgique, M. Dumouricz, escorté de ce La Sonde, dont le commandant de la garde nationale parisienne a fait, depuis plusieurs mois, son jockey politique; et, certes, il était difficile de le choisir dans un genre plus bas et plus pervers. Ce que je sais, c'est que M. Dumouriez est parti, ou part aujourd'hui, et que, si c'est à l'insçu des Tuileries, l'envoi d'un maréchal-de-camp de quelque mérite, actuellement, si je ne me trompe, employé à Cherbourg, son envoi, dis je, avec une commission pour ainsi dire avouée, puisque c'est au congrès qu'il est adressé , est l'acte le plus tranchant d'un maire du palais, qui veut décidément passer, aux yeux des étrangers, pour être le maître de tout et de tous.
Que si les Tuileries, le sachant, ont cru devoir me le cacher, ou ont oublié de me le dire , je profite de cette double supposition pour faire observer que, dans la première, je ne puis donner que de mauvais conseils si je ne suis qu'à demi avisé, et plus encore si je suis induit en erreur; que, dans la seconde, je ne pourrai jamais être vraiment utile qu'alors que l'on me tiendra soigneusement au courant, ou plutôt que l'on m'aura mis à même de tout découvrir à temps.
Je ne doute pas que, si M. le duc d'Orléans, contre toute vraisemblance et toute décence, s'abstient de revenir, ce ne soit reflet de la lettre du roi qui lui aura fourni ce faux-fuyant, et qu'ainsi l'imprudence de cette lettre, dont la publication sera d'un mauvais effet, toute insignifiante qu'elle soit, ne doive être imputée à l'inspiration de M. de La Fayette, et, par conséquent, ne doive passer pour un acte de maire du palais d'un autre genre, et d'autant plus fâcheux qu'il constate aux yeux de tous la prépondérance du visir et l'impuissance du maître.
Ceci me ramène à ce que j'ai eu l'honneur de dire à la reine avec quelque énergie, mais peut-être trop de brièveté ; savoir, que tout était perdu, si elle se concentrait dans un veto qui ne fait qu'ajouter à l'indécision du roi , au lieu de se déterminer à lui donner toujours l'impulsion. Je vais citer un exemple récent des conséquences de cet ordre de choses.
1 Ce billet se rapporte à la dénonciation qui avait été adressée au comité des recherches de rassemblée, dont il est question dans la note du comte de Mirabeau, pour la cour, du 7 juillet 1790.
Je ne puis pas m'empecher de croire que mon conseil d'avanthier, relativement à la convocation d'un comité de l'Assemblée nationale , était salutaire et d'une bonne politique sous tous les rapports. Mais il est évident qu'une pareille mesure devait être presque subite, et que le moment en est déjà , pour ainsi dire, passé. Or, si le roi était accoutumé, dans les occasions importantes, à ne point consulter sur une décision arrêtée par la reine, nous aurions eu un succès, au lieu d'une inquiétude de plus. Chaque individu n'a qu'une mesure d'attention et de volonté. Le roi et la reine, tracassés par une délibération qui ne se réalise pas, apportent moins d'activité et d'énergie à celles qui devraient se réaliser. Encore une fois, tant que la reine n'aura pas auprès du roi un habile agent de son influence secrète, et surtout, tant que l'un et l'autre n'auront pas , dans le ministère , un homme avec lequel ils puissent conférer chaque jour d'une manière abandonnée, et qui n'ait d'autre intérêt, d'autre gloire, et presque d'autre sûreté que la restauration de l'autorité légitime, on fera plus ou moins de fautes, on en épargnera plus ou moins, on se défendra avec plus ou moins de talent, mais le roi et la reine ne seront que des prisonniers timides, toujours obligés de composer avec leur geôlier, toujours hors d'état d'instruire par eux-memes leurs juges, toujours à la merci des insurrections, de l'ambition, ou de la démagogie.
LE COMTE! DE MIRABEAU AU COMTE DE Li MlRCK.
Vendredi, 0 juillet 1700. — Il faut faire passer cela tout de ^uile, mon cher comte; j'enverrai une autre note dans la journée. J*ai profondément raison dans celle-ci. Au reste, je ne suis point mécontent de l'esprit général des fédérés ; mais ils sont, eux, horriblement scandalisés de l'Assemblée nationale. M. Charles de Lameth nous mitonne du bruit, je vous dirai les détails; mais tout ira cependant. La reine a fort bien réussi hier. Il faut qu'elle continue sur ces errements. Quant au discours, je veux 1° qu'on le désire ; 2° qu'on me le demande ; 5° connaître celui de l'archevêque* Vale et me ama \