‹ Correspondance entre le comte de mirabeau et le comte de la MarckChapitre 27 sur 38 · ONZIÈME NOTE DU COMTE DE MIRABEAU POUR LA COUR · texte numérisé non relu

ONZIÈME NOTE DU COMTE DE MIRABEAU POUR LA COUR

Vendredi, 9 juillet 1700. — Hier on a crié un moment dans les rues une prétendue relation d'un voyage de M. de Mirabeau

1 II s'agit du discours que le roi devait prononcer le jour de la Fédération du 14 juillet.

l'aîné à Saint-Cloud. Cette relation, très-détaillée, renferme un seul fait vrai, savoir, que M. de Mirabeau a été coucher le 2 chez Mme d'Arragon, sa nièce. On y trouve cette extravagance au sujet de son voyage , que le comité des recherches a fait une descente chez lui pour enlever et visiter ses papiers. La notoriété de ce mensonge doit ranger l'autre imputation à sa place.

11 résulte pourtant de cet incident, la preuve très-complète que MM. de Lameth font surveiller M. de Mirabeau, ce dont celui-ci n'a jamais douté, et que les deux grenadiers qui ont vu les deux promeneurs à Saint-Cloud l'ont reconnu. Tout le reste, d'après cela, était aisé à inventer, surtout puisque chaque circonstance a été dénaturée.

M. de Mirabeau a envoyé chercher son avocat De Veyrier, pour prendre une procédure criminelle contre l'auteur et distributeur, et s'est laissé persuader de ne donner aucune suite à cet incident, après avoir mis De Veyrier cependant dans le cas de se vanter d'être seul parvenu à l'en détourner.

M. de Mirabeau va prendre les précautions de coucher fréquemment chez Mme d'Arragon , et d'en partir souvent à cheval, soit de grand matin, soit un peu plus tard.

Tout autre mouvement serait superflu et capable de compromettre. Je désire que cette nouvelle méchanceté ne laisse pas plus d'inquiétude qu'elle n'a de véritable danger. Il serait trop aisé de les * détourner de tout bon conseil , et de tout serviteur affîdé, si, par des confabulations grossières et d'impudentes calomnies, fondées sur quelques demi-faits obtenus de l'espionnage, on les faisait changer de desseins, de mesures et de confidents.

Il n'y a aucun fait nouveau bien important, et je persiste à croire que la Fédération se passera sans événement.

!.«•; COMTE DE JLA MAKCK AU COMTE! DE MIRABEAU

Samedi, 10 juillet 1790. — Je vais sur-le-champ faire passer votre note. Je la trouve très-bonne, et vous avez raison d'indiquer un discours, et d'attendre qu'on vous le demande.

La reine a reçu le duc d'Orléans, comme vous le lui avez conseillé, plutôt bien que mal. Je n'ai rien appris de particulier.

Je peux dîner, si je veux, aujourd'hui, avec le duc d'Orléans : je suis encore incertain de ce que je ferai à cet égard. Vale et me ama.

1 Le roi cl la reine

L'ARCHEVÊQUE DE TOULOUSE \l COMTE DE LA MARCK.

Lundi, midi et demi, 12 juillet 1790. — Je reçois votre billet, monsieur le comte, avec la note de Mirabeau; je partirai tout de suite après diner, et la note sera remise avant six heures l. Elle me paraît très-profondément pensée, et je trouve de toute vérité la conséquence qui la termine. J'avais été frappé en gros des inconvénients d'une amnistie proposée parle roi, sans m'en être encore rendu compte à moi-même ; ils sont développés d'une manière parfaite. Puisque Mirabeau pense qu'il faut que le roi parle, je demanderai ce soir le projet de discours dont je vous ai parlé ; si je peux l'avoir de bonne heure, je vous le ferai passer dans la soirée. Il sera nécessaire que nous nous voyions demain. Demandez si Mirabeau pourra être chez vous entre neuf et dix heures du matin, afin de pouvoir être ensuite à l'assemblée, dans laquelle sa présence sera sans doute nécessaire. J'espère qu'il sera de meilleure humeur que l'autre jour, et que votre sage esprit lui aura rendu sa tranquillité.

Avant de quitter Paris, samedi, j'ai écrit encore une longue lettre sur les différents points qui ont fait l'objet de notre conversation, et j'ai instruit de tout ce qu'il me paraissait important qu'on fit dans les circonstances. Je vous renvoie le billet. Adieu, je vous embrasse bien tendrement.

LE COMTE DE LA MARCK AU COMTE DE MIRAHEAU

Lundi, à trois heures, 12 juillet 1790. — La reine aura eu votre note tout de suite. Ce soir elle verra l'archevêque. Il lui demandera positivement copie du projet de lettre du garde des sceaux. Demain, à neuf heures, l'archevêque sera chez moi, et vous demande d'y venir. Vous sentez bien qu'il a eu connaissance du billet que j'ai reçu de vous ce matin ; ainsi, vous aurez satisfaction sur les trois points. — Si vous ne pouviez pas vous trouver chez moi , demain à neuf heures , vous me le feriez dire aujourd'hui , pour que je l'en informe à temps; mais cette conférence doit être importante, et je crois que vous n'y manquerez pas. V aie et me ama.

L'ARCHEVÊQUE DU TOULOUSE AU COMTE DE LA MARCK

Mardi, 15 juillet 1790. — On m'écrit tout à l'heure que ce

1 La noie de Mirabeau pour la cour, dont il est question dans ce billet, ne s'est pas retrouvée.

soir il y aura une députation de gardes nationales qui porteront une adresse au nom des confédérés , à laquelle on répondra du mieux qu'on pourra. La réponse n'est pas arrêtée, afin de pouvoir la varier suivant ce qu'on dira. Je réponds sur-le-champ que je sais que cette adresse ne sera que de purs compliments finissant par les mots fidélité qui na de bornes que la loi, et amour qui n'a de terme que la vie. Si on ne veut pas parler demain, vous voyez qu'on y suppléera un peu ce soir. Il est bien essentiel que vous m'envoyiez ce que vous m'avez fait espérer, à trois heures , cela servirait peut-être pour la députation de ce soir. Adieu.

L'AUCIIEVÈQUE DE TOULOUSE AU COMTE DE Lil 1UAHCK.

Mardi ', 15 juillet 1790. — Depuis que je vous ai écrit , monsieur le comte, la reine m'a fait appeler, comme je passais, en revenant de rassemblée. Elle m'a dit qu'il n'y avait pas moyen de gagner sur le roi de parler demain matin; qu'il croyait que ce qu'il devait dire à la députation très-nombreuse de ce soir y suppléerait. La reine m'a dit en même temps les principales idées de son discours, qui venait d'être achevé. Elles sont en vérité trèsbien, et ce qui m'en paraît plus merveilleux, c'est que c'est lui qui l'a fait. L'idée d'aller dans les provinces s'y trouve, et clic m'a paru bien amenée. La reine a judicieusement fait effacer une phrase qui semblait faire dépendre ce voyage des travaux de rassemblée.

D'après cela , je crois inutile d'envoyer le projet que vous me faites passer : le comte de Mirabeau pensera comme moi.

J'oubliais de vous dire que la reine m'a paru contrariée de ne pouvoir me donner copie du discours, pour le faire voir auparavant; elle ne l'avait pas, et il devait être prononcé à une heure. — ■ Il sera imprimé ce soir et répandu avec profusion : je crois , en effet, que cela suppléera au silence de demain.

La reine ne connaît pas encore la proclamation autrement que par ce que je lui en ai mandé. Vous voyez qu'on est loin d'attacher de l'importance à ce qui souvent en mérite le plus. 11 faut s'attendre à éprouver souvent de ces contre-temps avec l'homme à qui nous avons affaire l. Adieu.

Je reçois dans le moment votre billet daté de trois heures.

1 C'est du roi qu'il est question.

LE COMTE DE MIRABEAU AU COMTE DE LA MARCK

Samedi, 17 juillet 1790. — L'affaire des Indes vient ce soir, mon cher comte ; il est entièrement impossible que je n'y sois pas. L'entrevue n'aura donc pas lieu aujourd'hui ; je demande une autre heure pour demain. Mais, encore une fois, je m'achève sans une grande utilité. Si l'on n'a pas plus d'énergie, et qu'on ne dispose pas de plus de moyens , je serai tout à l'heure forcé de changer le rôle en ne changeant pas de volonté : car enfin mon existence c'est ma force, il faut bien, dans la conflagration universelle , que je l'emploie pour moi , si je ne trouve pas à léchanger pour le bien public. Vale et me ama.

Les voix sont partagées sur quatre têtes : Saint-Fargeau , Trcilhard, Bonnay et moi. Ne pourriez-vous pas aider à décider la balle1?

Page 1