Schiller a Gœthe
Iéna, le 9 octobre 1798.
Merci pour les couvertures et les gravures, dont nous avions le plus grand besoin, et surtout pour les
(1) C'est cette dernière solution qui fut adoptée dans la disposition définitive de la pièce.
(2) L'idée fut abandonnée. Il n'est resté que des ouvriers mineurs, qui viennent exécuter un tour de valse.
(3) Voir ci-dessus les lettres 516 et 520.
bonnes nouvelles que vous me donnez de la marche de nos préparatifs dramatiques. Le retard apporté à la pièce ne peut que me faire plaisir. J'espère pouvoir être là de bonne heure. Cette agitation intense dans laquelle il a fallu tout achever a mis en branle, dans ma cervelle, toute une série d'idées dont Wallenstein pourra encore profiter. Je compte tirer, pour l'ensemble, un bien plus grand parti du Prélude, et j'ai idée, maintenant déjà, de bon nombre de coups de pinceau capitaux, qui feront le plus grand bien au drame. Ma besogne va être plus lourde que je ne pensais, mais par contre elle ira plus vite.
Si j'avais pu penser que le sermon de mon capucin dût encore vous parvenir en temps utile en vous arrivant demain matin, j'aurais pu lui donner meilleure façon. A dire vrai, c'est de grand cœur et pour mon propre plaisir que je mettrai encore du mien à cette silhouette grotesque, car ce P. Abraham est vraiment un type splendide et pour lequel on ne peut faire autrement que d'éprouver une véritable considération, et la tâche est excitante, mais pas du tout facile, de l'égaler et à plus forte raison de le surpasser aussi bien en fait de cocasserie qu'en fait de sens commun. Mais je ferai du moins de mon mieux.
J'ai enrichi la chanson des soldats de quelques strophes que je vous envoie ci-joint. Il me semble qu'il serait bon que les spectateurs, aussi bien que les figurants, eussent, au lever du rideau, un peu de temps à eux, ceux-là pour dominer du regard le grouillement de la scène, ceux-ci pour prendre leurs dispositions à loisir. J'imagine que vous arrangerez les choses en sorte que les strophes soient réparties entre plusieurs solistes, et qu'après chacune, les derniers vers soient repris et répétés en chœur.
Vous avez été bien bon et bien indulgent dans la manère dont vous avez corrigé mon texte. Pour
rSA 18 OCTOBRK 1798
certaines de vos corrections, je n'aperçois pas du coup vos raisons, mais nous aurons le loisir d'en causer. Des menus détails de ce genre mènent souvent aux remarques les plus riches en leçons fécondes.
Adieu. Je sTiis surtout heureux que toute la précipitation de ces corvées matérielles ne vous rebute pas et vous laisse votre bonne humeur.
Ma femme vous envoie ses meilleures amitiés. — Sch.
Si vous aviez à me faire savoir quelque chose demain par la messagère, veuillez donc insister énergiquement pour qu'elle me remette votre lettre aussi promptement que possible ; autrement, je ne la recevrais que jeudi (1).