‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 120 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 8 octobre 1798.

Ci-joint le sermon de mon capucin, tel du moins que je suis parvenu à l'écrire au milieu de la bousculade de ces derniers jours, où les visites n'ont cessé de pleuvoir. Comme il n'est destiné, tel quel, qu'au petit nombre des représentations de Weimar, et que je compte prendre tout mon temps pour lui donner une autre figure, un peu plus présentable, je n'ai eu aucun scrupule à traduire tout bonnement, en plus d'un endroit, mon respectable modèle, et à le pasticher en d'autres passages. Je crois avoir à peu près attrapé la note juste.

Seulement, voici qui me tient tout particulièrement à cœur. Quand vous aurez lu le sermon, vous verrez bien vous-même qu'il faut de toute nécessité qu'il se place quelques scènes plus bas, à un moment où les deux chasseurs et d'autres

(1) Il s'agit du compte-rendu de la pièce, destiné au journal de Cotta.

personnages encore ont commencé à donner au public un premier aperçu de ce que sont les soldats de cette époque, peints par eux-mêmes. S'il se présentait plus tôt, ce serait affaiblir l'effet des scènes qui suivraient immédiatement, et ce serait pécher contre la gradation. D'autre part, il serait bon aussi que le sermon fût suivi aussitôt d'une scène où il y eût de l'action. Mon idée serait donc de le placer, soit tout de suite avant l'entrée en scène du conscrit, soit, ce qui me plairait mieux encore, immédiatement avant l'arrestation du paysan et le remue-ménage dans la tente (1). Ainsi que vous le verrez, cela peut se faire sans troubler en aucune manière, quant au reste, l'économie générale de l'œuvre, et cela ne fait qu'une rubrique à modifier. Quelques minutes suffiront pour apprendre les trois ou quatre phrases qui sont mises dans la bouche des soldats.

Vous comprendrez aussi pourquoi j'ai estimé nécessaire d'introduire le ménétrier (2) et les danseurs, afin que la scène fût plus pittoresque et plus animée à l'instant où survient le capucin.

Merci pour la chanson du début (3) ; elle me paraît faire parfaitement l'affaire. Peut-être trouverai- je Je moyen de la grossir de quelques strophes, car elle pourrait risquer de paraître un peu trop courte.

Je me tiendrai donc, à partir de demain, tout prêt

me mettre en route à tout moment. Adieu. — Sch.

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