‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 161 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Weimar, le 10 janvier 1799.

Je voudrais et espère bien apprendre que vous avez eu une bonne nuit bien complète de sommeil, et que vous vous sentez aujourd'hui revenu à un meilleur état de santé. J'ai admiré hier la manière dont, après une mauvaise nuit et parmi des nuages de fumée de tabac, vous trouviez le moyen de vous montrer si plein d'entrain (1).

J'arriverai chez vous cet après-midi à quatre heures. Après la répétition (2), nous nous retrouverons sans doute encore chez le conseiller intime Voigt.

Malgré tout, mon travail (3) progresse petit à petit. Pas de jour sans une ligne (4) !

Voudriez-vous bien me communiquer la dernière semaine de la Gazette universelle? Mon exemplaire m'attend à Iéna. — Sch.

Comme je ne suis pas tout à fait certain de vous voir aujourd'hui à dîner, et que le duc me fait inviter à sa réception, invitation à laquelle, pour diverses raisons, je ne puis me dispenser de me rendre, je réponds que j'accepte, et je vous atten-

(1) Le 9, Gœthe avait dîné avec Schiller à la table du duc.

(2) Il y eut, ce jour-là, répétition à livre ouvert du premier et des deux derniers actes.

(3) La Mort de Wallenstein.

(4) Aulla dies sine linea, locution proverbiale dérivée d'une anecdote rapportée par Pline l'Ancien, et d'un mot prêté au peintre Apelle, mais où linea signifie trait de pinceau ou coup de crayon.

drai, cher ami, cet après-midi à quatre heures, vu que les gens du théâtre doivent aujourd'hui encore se réunir chez moi (1).

Le second numéro des Propylées vient d'arriver, et le contentement qu'on éprouverait volontiers à voir une fois de plus derrière soi une chose faite se trouve détruit par les méchantes fautes d'impression qui se sont glissées, cette fois encore, dans les derniers cahiers. Reportons donc notre espoir sur le troisième, et tâchons de corriger nous-mêmes.

Je ne puis d'ailleurs regarder ce numéro sans ressentir l'envie d'avoir bientôt, pour ce recueil, quelque chose de votre façon.

Mais la faveur que je sollicite de vous le plus instamment, à cette heure où toute production m'est absolument interdite, c'est de me procurer l'aperçu (2) sur les Piccolomini qui me permette de faire le plus tôt possible bonne figure dans la nouvelle gazette. Il faut d'autant plus faire diligence, que, sitôt la pièce jouée, les journaux de Berlin nous arriveront sûrement aussitôt tout farcis d'un déluge de comptes-rendus critiques. Adieu. — Weimar, le 17 janvier 1799. — G.

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