‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 171 sur 230 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Il faut donc que, selon votre conseil, je me résigne à m'apparaître comme un oignon qui dort en terre sous la couche de neige, et que j'attende les semaines qui vont venir pour verdir et fleurir.

Les Propylées s'impriment, et, selon mon habitude, je travaille à déblayer une bonne quantité d'affaires de tout ordre pour me procurer sitôt que je le pourrai quelques semaines de liberté, que je compte bien employer au mieux. C'est une chose bien singulière, que ma position, qui, envisagée d'ensemble, est aussi heureuse que possible, soit en un désaccord si profond avec ma nature. Nous verrons bien quel rendement nous obtiendrons de notre volonté.

(1) 8 mars.

Ci-joint les Piccolommi, et la lettre (1). C'est bien la main de ce bon ami omniprésent que vous saisirez dans les documents relatifs à l'abus de confiance dont a été victime votre Wallenstein. Il ne vit que pour le tripotage, et vous ferez bien de le tenir à distance. Quand on pétrit de la poix, on ne peut manquer de se coller les mains l'une contre l'autre. Rien n'est plus paralysant que d'avoir affaire, si peu que ce soit, à des vauriens de cette espèce, et qui ont encore le front d'appeler Octavio un « garnement » (2).

Par ces journées d'hiver, qui reprennent de plus belle, Palmyre (3) est un cadeau qui vient à point nommé. C'est à peine si je pourrai patienter jusqu'au jour où l'on redonnera l'opéra, et je ne suis pas le seul.

Adieu, et soyez une fois de plus indulgent pour le vide de cette lettre, que j'essaie de compenser en vous envoyant un plat de carottes.

Faites mes amitiés à votre chère femme, et persévérez dans l'assistance que me donne, aux heures bonnes et aux heures mauvaises, l'énergie de votre esprit et de votre cœur. — Weimar, le 6 mars 1799. — G.

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