‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 181 sur 230 · Schiller a Gœthe · texte numérisé non relu

Schiller a Gœthe

Iéna, le 26 avril 1799.

Les distractions par lesquelles je viens de passe à Weimar (1) retentissent encore en moi, et j ne parviens pas encore à retrouver une dispositioi d'esprit tranquille. Pourtant, j'ai pris en main un histoire du règne de la reine Elisabeth (2), et je m suis mis à étudier le procès de Marie Stuart (3). J e: ai vu jaillir immédiatement un certain nombre d thèmes tragiques de premier ordre, qui m'ont îm pire une grande foi en cette matière, incontesté blement féconde à divers égards. J'ai l'impressio qu'elle se prêterait tout particulièrement à etr traitée à la manière d'Euripide, c'est-à-dire en fa

(1) Schiller était parti avec Gœthe le 10 avril pour We mar et y avait séjourné jusqu'au 25. Le 17, on avait joi les Piccolomini, et, le 20, avait eu lieu la première represeï tation de la Mort de Wallenstein.

(2) Les Annales de Camden, qu'il avait emprunté le 24 à la bibliothèque de Weimar.

(3) Il avait parlé pour la première fois de ce sujet a 'jcetJ le 16 février.

8ant porter tout l'effort sur la peinture de l'état intérieur du personnage, car j'aperçois Ja possibilité de laisser de coté tout le procès et toute politique, et de faire commencer la tragédie à la condamnation. Mais nous reviendrons là-dessus de vive voix, lorsque mes idées auront pris une forme plus précise.

Nous avons trouvé ici le printemps aussi peu avancé qu'à Weimar : il n'y a encore guère de feuilles qu'aux groseilLers à maquereau qui nous ont accueillis à notre arrivée dans le vallon du moulin.

Auriez-vous la bonté, en échange des bulletins ci-joints, de faire prendre pour moi à la bibliothèque les ouvrages qui y sont inscrits (1), et de me les faire envoyer par la messagère. J'ai emporté Camden, mais j'ai oublié de laisser le bulletin d'emprunt. S'il vous était possible de me procurer, peutêtre en l'empruntant à la collection du duc, le volume du Calendrier historique de Gentz qui renferme la vie de Marie Stuart (2), vous me rendriez grand service.

Pardonnez-moi de vous donner cette peine.

Je vous dis une fois de plus toute ma gratitude cordiale pour tout le plaisir que j'ai eu à Weimar, et par vous, et grâce à vous. Ne manquez pas d'être ici le 1er mai ; j'en ai déjà avisé Cotta.

Ma femme vous envoie ses compliments les plus affectueux. Adieu. Mille amitiés à Meyer. — Sch.

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