Schiller a Gœthe
Iéna, le 6 avril 1798.
Ce matin, ou plus exactement à midi, lorsqu'en me levant je m'informai de vous (2), je me trouvai face à face avec notre pauvre Charlotte (3), que je n'avais plus revue depuis plus d'un an, et que je n'ai pas trouvée beaucoup mieux. Elle s'est en-
(1) Voir ci-dessus la lettre 428. Goethe venait de passer la soirée du 3 avril chez Loder avec Schlegel et Tischbein, le peintre, venu de Dessau.
(2) Gœthe venait de quitter Iéna le matin même pour retourner à Iéna.
(3) Charlotte de Kalb, qui perdait peu à peu la vue.
core épaissie, et comme matérialisée si possible, et tout son être tendu, sans joie, sans agrément, ne m'a pas fait bonne impression.
Maintenant que vous n'êtes plus là, il me semble r que la durée de votre présence a été plus brève I qu'elle ne l'a été en réalité. Elle a passé si vite ! et, , vraiment, après une si longue absence, la comper-- I jsation n'a pas été suffisante.
Allons ! je vais tâcher de me replonger à corps perdu dans mon travail, et de commencer par construire et par projeter devant moi, en pensée, l'image de ce qui reste à faire, afin d'être en mesure de la considérer ensuite en pleine lumière. Je suis heureux de pouvoir me dire que, dans l'ensemble, vous avez été content de mon Wallenstein, et surtout que vous n'ayez rien trouvé à reprendre, ni au sujet, ni au genre poétique dont j'ai fait choix ; car j'espère bien parvenir à faire face aux nécessités scéniques, et l'essentiel est d'avoir satisfait aux conditions du drame et de la tragédie.
Adieu ; je m'en tiens là pour aujourd'hui. Ma femme vous envoie ses plus cordiales amitiés. Vous nous manquez bien, à l'un et à l'autre ! — Sch.