‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805 (volume 2)Chapitre 51 sur 230 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Si les menues affaires domestiques urgentes dont il est indispensable que je m'occupe avaient bien voulu me laisser en paix, je ne vous aurais certainement pas quitté si vite, d'autant plus qu'avec la venue du beau temps je me sentais en une excellente disposition au travail. Je m'y suis donc enfoncé, et j'espère me libérer ici petit à petit, de manière à faire auprès de vous, la fois prochaine, un séjour d'autant plus prolongé.

Nous avons certainement toutes raisons d'être heureux des liens qui nous unissent, à voir combien, après une si longue séparation, nous ne nous sentons

lio 7 AVR IL 1798

que plus proches l'un de l'autre, et les contraste? qui séparent nos êtres ne rendent que plus précieuse une réciprocité d'influence dont nous pouvons attendre encore, dans l'avenir, les plus heureux effets.

Je constate, moi aussi, sur bon nombre de gens ce que vous me dites de l'alourdissement et de la « matérialisation » croissante de notre amie (1). Il semble que la plupart des natures n'aient que trop vite fait de consommer la petite provision d'élé ments d'idéal qui entraient dans leur composition et qu'ensuite leur propre poids les fasse retomber sur le sol.

J'ai grand plaisir à retourner en pensée à votre Wallenstein et j'en conçois les meilleures espérances Parti comme vous l'êtes, une fois que le tout sera sur pied, il se trouvera que vous aurez concilié merveilleusement le caractère idéal de l'exécution poétique avec la nature si nettement terrestre du sujet.

Je joins à ma lettre la gravure, par Guttenberg d'un Amour bien en chair, exécutée d'après un dès sin de Meyer (2) ; nous en sommes très contents, s ce n'est que quelques détails, et en particulier les traits du visage, sont tout à fait manques. Meyer est maintenant tout à fait à l'aise dans ce genre de travail, et saura profiter de cette expérience pour le prochain dessin qu'il entreprendra. Si vous eD êtes d'avis, nous pourrons nous charger de voué procurer une vignette analogue pour votre Almanach Nous avions choisi, pour celle que je vous envoie mon cachet habituel, qui orne ma bague ; nous pour-

(1) Voir la lettre précédente.

(2) Il servit de vignette de titre à la traduction faite par Knebel des Elégies de Properce, qui parut en un volume en 1798, après avoir été publiée partiellement dans les Heures (voir ci-dessus les lettres 106, 121, 122, etc.). Guttenberg était un graveur de Nuremberg.

rons rechercher une autre pierre parmi mes collections

Adieu. Acceptez, pour vous-même et pour votre chère femme, l'expression de toute ma gratitude pour les soins dont vous m'avez entouré.

Nota bene : le livret n'est là que pour vous porter et me rapporter la planche gravée sans qu'elle soit détériorée. — Weimar, le 7 avril 1798. — G.

Page 1