Schiller a Gœthe
Iéna, le 15 mai 1798.
Cotta sera ici pour le jour de l'Ascension (1) ; si vous pouviez être arrivé à cette date, ce serait parfait. Au cas où vous ne pourriez être encore ici, faites-moi savoir ce que vous désirez que je lui dise quant à votre publication (2). Ce qui vaudrait le mieux, ce serait de fixer un prix ; à lui de voir s'il est homme à le payer.
Le type d'impression d'Unger est, à mon sens, beaucoup trop menu. A ce compte, on aurait vite fait de faire perdre la vue aux lecteurs.
Vous aurez remarqué dans les derniers numéros du Journal de Niethaminer (3) un article de Forberg sur la déduction des catégories ; je vous en recommande la lecture : il est bien pensé et bien écrit.
Comme vous ne devez pas tarder à être ici, je vous réserve pour ce jour-là une nouveauté aussi neuve et aussi imprévue qu'il est possible, qui vous touche de très près, et qui vous procurera, je l'espère, beaucoup de joie. Mais peut-être devinerez-vous ce dont il s'agit (4).
(1) 17 mai.
(2) Les Propylées.
\S) Au tome VII.
(4) Il s'agit de l'étude de Humboldt Sur « Hermann et Dorothée » de Gœthe. Humboldt venait d'envoyer le manus-
Il est peu probable que vous fassiez exprès d'imiter ce qui vous déplaît dans Homère ; mais si des traits de cet ordre viennent à se glisser dans votre propre œuvre (1), ils attesteront votre complète identification avec l'âme homérique et la parfaite authenticité de votre inspiration. Il m'est arrivé souvent, en lisant Sophocle, d'être frappé de rencontrer jusqu'au cœur des dialogues les plus graves une sorte de jeu que l'on ne concéderait certes pas à un poète moderne. Mais ce divertissement enjoué sied au poète antique ; tout au moins n'a-t-il aucun inconvénient pour la tonalité générale, et a-t-il de plus l'avantage de communiquer au cœur, dans l'émotion des scènes pathétiques, un certain degré d'aisance (2) et de liberté. Il n'en est pas moins vrai qu'à mes yeux c'est une faute, qui ne mérite donc rien moins que d'être imitée.
Je lirai avec beaucoup de joie la Niobé de Meyer (3) et je suis curieux de la comparer avec votre étude sur Laocoon (4). Je vous retourne ci-joint cette dernière, que vous m'avez réclamée dernièrement.
On dit que Schlegel aurait l'espoir d'obtenir ici une chaire (5)? Je viens de recevoir son Athenseum (6), mais je n'ai pu encore y jeter un coup d'œil.
Oui, le noble M. de Retzer m'a laissé ses vers, à moi aussi ; ils complètent parfaitement la physionomie du personnage.
crit à Schiller, avec une lettre datée du 19 avril. L'étude parut à Brunswick l'année suivante, sous le titre : Essais à" estfiélique, Première partie.
(1) L'Achilléide.
(2) « Aisance », en français dans le texte.
(3) Voir ci-dessus la lettre 459.
(4) Voir ci-dessus les lettres 338 et suivantes.
(5) A. W. Schlegel fut en effet nommé, au cours de cette même année, professeur de philosophie à l'Université d'Iéna.
(6) Les trois volumes de V Athenœum de Schlegel furent publiés à Berlin, de 1798 à 1800.
in 10
Paulus vient à l'instant m'interrompre. Adieu. — Sch.