Gœthe a Schiller
J'ai lu avec beaucoup de plaisir les manuscrits que vous m'avez envoyés et votre fragment sur la genèse du sublime, et j'y ai puisé à nouveau la conviction que nous ne nous intéressons pas seulement aux mêmes sujets, mais que nous sommes aussi généralement d'accord dans la manière de les envisager. Je vois que nous pensons de même sur tous les points essentiels, et, pour ce qui est des divergences qui nous séparent en ce qui concerne les points de vue, les procédés de raisonnement, l'expression, elles attestent la richesse de la matière et la diversité naturelle des esprits qui s'y appliquent. Je vous serais reconnaissant de me communiquer petit à petit tout ce qiie vous avez écrit et imprimé
(1) Neue Thalia, t. IV, 101.
touchant ces questions, pour qu'on puisse se mettre à jour sans qu'il y ait de temps perdu.
J'aurais encore une proposition à vous faire. La semaine prochaine, la cour va à Eisenach, et j'aurai ainsi à ma disposition quinze jours de solitude, occasion que je ne pense pas retrouver de longtemps. Ne voudriez-vous pas en profiter pour venir me voir? Vous habiteriez et demeureriez chez moi. Vous auriez toute tranquillité et toute liberté de travail. Nous causerions aux heures de loisirs, nous ne verrions que des amis en étroit accord avec nous, et nous ne nous quitterions pas sans profit. Cela me permettrait de vous montrer l'essentiel de mes collections, et nous nouerions entre nous de nouveaux liens. A partir du 14, vous me trouveriez prêt à vous recevoir, et garçon. Je remets jusque-là bien des choses que j'aurais à vous dire, et je vous dis adieu en attendant.
Avez-vous lu la Charis de Ramdohr? Je me suis évertué, en mettant en œuvre tout ce que mon humble personne possède de moyens naturels ou artificiels, à tâcher de mordre au livre, mais il m'a été impossible jusqu'à présent d'y trouver une seule page dont je pusse m'assimiler le contenu.
Adieu ; mes compliments aux vôtres. — Weimar, le 4 septembre 1794. — G.