‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 128 sur 199 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

Il serait dommage que vous ne connussiez pas des productions littéraires telles que sont les livres qui vous arriveront avec ce mot, et qui ne sont peut-être pas encore parvenus jusqu'à vous. Veuillez me renvoyer bientôt YAlmanach des théâtres.

Avec une centaine de xénies analogues à la douzaine que je joins à ma lettre, on serait aussi assuré de plaire au public qu'à nos chers confrères.

C'est tant mieux, que le soin de rendre compte de la partie poétique des Heures soit échu à un homme

(1) Troisième dimanche après Pâques.

(2) Citation d'un passage d'Eymonl.

de la jeune génération \ car il faut en prendre notre parti, nous n'arriverons jamais à satisfaire la vieille. Peut-être le lirai-je chez vous, car, si je le puis, je partirai le 3 janvier.

Je suis ravi qu'on nous prenne l'un pour l'autre en lisant ce que nous publions ; c'est la preuve que nous nous libérons de plus en plus de ce qui est manière personnelle, et que nous sommes en passe d'atteindre à ce qui est vraiment et universellement bien. Et puis, il faut nous dire qu'à nous deux nous occuperons une belle largeur de route, si, d'une main, nous nous tenons fortement unis, tandis que nous étendrons l'autre aussi loin que le permettent les dons naturels qui nous sont échus en partage.

Merci pour votre appoint à l'exégèse du conte ; mais voyons venir encore quelque temps ce qui pourra s'offrir. J'espère bien trouver un biais ingénieux qui me permettrait, dans la suite des Entretiens, de m'en divertir selon ma fantaisie.

Dieu veuille que la tragédie de Woltmann soit jouable ! Je la mettrais immédiatement à la scène. Tout le monde a la prétention d'écrire, tout le monde écrit, et cependant, au théâtre, jamais nous n'avons été aussi misérables.

J'ai vu les illustrations qui représentent l'horreur de Seifersdorf. Vous connaissez sûrement l'illustre Gertrude qui l'habite, et à qui revient le mérite de ces embellissements. La réception qu'elle a ménagée à Wieland et le séjour qu'il a fait là-bas, au cours de l'été de 1794, ferait une bien bonne histoire, s'il consentait à l'écrire telle qu'il la raconte (1).

(1) Le château de Seifersdorf, proche de Dresde, appartenait à un membre de la famille saxonne des Brûhl. Il avait épousé la fille d'un sous-officier, la « Trude » (Gertrude), qui avait ses entrées à la cour de Weimar. Elle avait créé auprès de son château un parc à l'anglaise décoré de bustes des écrivains célèbres de l'époque, d'autels, de temples, de sta-

Attendons donc Gotta pour Jubilate; j'avais en effet oublié que c'était la date stipulée.

Adieu. Je tâche de me libérer de tout ce qui pourrait me retenir et me distraire, afin de retrouver un peu de bon temps à proximité de vous. — Weimar, le 26 décembre 1795.

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