Schiller a Gœthe
Iéna, le 29 septembre 1794.
Me voici de retour, mais, de pensée, je n'ai pas encore quitté Weimar. Il me faudra du temps pour tirer au clair toutes les idées que vous avez fait éclore en moi, mais je compte bien qu'aucune ne sera perdue. Je m'étais promis d'employer uniquement cette quinzaine à recevoir de vous jusqu'à la limite de ma capacité d'absorption ; nous verrons avec le temps si toute cette semence parvient à lever.
J'ai trouvé en rentrant une lettre de l'éditeur de nos Heures (1) ; il est plein de zèle et résolu à commencer bientôt la grande entreprise. J'avais intentionnellement attiré une fois de plus son attention sur toutes les difficultés et tous les risques possibles de notre projet, en sorte qu'il pût ne s'engager qu'après avoir tout bien pesé. Mais il estime, tout compte fait, qu'on ne saurait imaginer une entreprise plus riche de promesses, et il a soigneusement évalué ce qu'il peut y mettre. Nous pouvons compter sur l'activité infatigable qu'il dépensera à répandre le journal, et sur son exactitude à payer.
Il exprime le vœu que nous donnions voix consultative, dans notre comité de rédaction, à son associé, un jeune homme cultivé. Je ne puis lui en vouloir de souhaiter d'avoir un ami sûr parmi les personnages qui disposeront de sa bourse. Ajoutez que ce jeune homme, qui s'appelle Zahn, fait partie de la Société commerciale de Calw, qui commandite j Cotta, et qui est une puissance dont le crédit a été mis \ à contribution en Wurtemberg, en diverses circonstances critiques. Pour tous ces motifs, je suis d'avis
(1) Cotta,
1er OCTOBRE 1794 21
que nous agirons sagement en intéressant, du mieux que nous pourrons, cet homme à notre affaire, et que nous pouvons donc fort bien lui accorder voix délibérative dans notre comité. Comme il s'agit ici d'une question qui doit figurer au dossier de l'affaire, je vous prie, si vous êtes d'accord, de mettre votre signature au bas du papier ci-inclus.
Il faut que j'écrive un de ces jours à M. Arens (1) ; e vous serais obligé de me donner son adresse. Vous m'avez dit l'autre jour que vous comptiez prier Vf. Hirt, de Rome, de nous tenir au courant des nouvelles artistiques d'Italie. Ce serait sûrement une bonne chose, et je vous prie d'y songer à l'occasion.
L'air est aujourd'hui si pesant, que je suis obligé de m'en tenir là en ce qui concerne nos affaires de périodique. M. von Ramdohr s'est exprimé ici, à ce que l*on m'a dit, sans aménité sur l'accueil qu'il a reçu de vous à Dresde. Les gens d'ici sont si férus de sa compétence artistique, que Loder l'a emmené avec lui chez son ébéniste pour lui montrer une commode très ordinaire qu'il se fait fabriquer. — Sch.