‹ Correspondance entre Schiller et Goethe, 1794-1805Chapitre 168 sur 199 · Gœthe a Schiller · texte numérisé non relu

Gœthe a Schiller

C'est pour moi une joie profonde que nous en soyons enfin au point où nous sommes, et qu'il me soit donné de recevoir vos premières impressions sur le huitième livre. J'attache un prix infini à votre témoignage que, tout compte fait, je suis parvenu, dans cette production, à adapter ce qui est conforme à ma propre nature à ce qu'exige la nature de l'ouvrage. Je vous envoie le septième livre, et j'espère, une fois que je connaîtrai votre sentiment d'une manière tout à fait circonstanciée, reprendre avec joie encore une fois en main le huitième.

Pour une semaine environ, mon temps va être dévoré par des* affaires de l'ordre extérieur, ce qui est, jusqu'à un certain point, un bien, car, à force de vivre daus les histoires inventées, on finirait par

(1) ^C'est-à-dire de l'auteur d'Hesperus, Jean-Paul.

22ft 1er JUILLET 1196

tourner soi-même à l'être imaginaire. Après quoi, il faudra que les xénies, Cellini et le roman se partagent le reste du mois de juillet. J'ai adopté à peu de chose près votre genre de vie, et c'est à peine si je mets le pied hors de ma maison.

Vous avez très heureusement réussi les nouvelles xénies, celles qui sont de l'espèce grave, sérieuse et tendre. J'ai moi aussi, pour l'achèvement de cette série, un certain nombre d'idées, à la condition que j'aie la chance de trouver la disposition d'humeur convenable.

Je suis content que vous ayez vu Richter ; j'ai été conquis comme vous par son goût pour la vérité, et par le désir qu'il a de s'ouvrir aux choses du dehors. Seulement, l'homme sociable est encore une variété de l'homme spéculatif, et, à y regarder de près, je doute que, dans la conduite positive de la vie, Richter parvienne jamais à être proche de nous, en dépit des analogies qui le rapprochent de nous en matière de théorie.

Adieu. Il faut que nous nous écrivions beaucoup tout ce mois-ci, car ce qui reste à faire requiert bien des encouragements. — Weimar, le 29 juin 1796. — G.

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