Gœthe a Schiller
Les ci-devant (2) xénies, groupées comme elles le sont à présent, ont très bonne façon, et cette grave compagnie est assurée de recevoir un bon accueil. Il serait très bien que vous pussiez trouver les quelques titres qui manquent encore, car, au cours de ces quelques brèves heures, mon imagination 8*e8t trouvée rester parfaitement stérile. La
(1) C'est la série qui porta le titre collectif de Tabulae votivee.
(2) « Ci-devant », en français dans le texte.
Semaine prochaine je serai auprès de vous, et j'espère que nos journées de vie partagée ne laisseront pas de porter des fruits , : nous aurons un certain nombre de choses à achever et maintes résolutions à prendre. J'aurai de bonnes nouvelles à vous donner de mon histoire naturelle.
J'ai découvert ces jours derniers le plus beau phénomène que je sache dans toute la nature organique (et c'est beaucoup dire), et je vous en envoie tout de suite la description. J'ignore s'il est connu ; mais, s'il l'est, les naturalistes sont bien coupables de ne pas aller clamer un fait de cette importance par toutes les rues, au lieu de tourmenter les esprits curieux de s'instruire en leur ingurgitant une masse de détails sans intérêt. N'en parlez à âme qui vive. Il ne m'a encore été possible de réussir l'observation que par un unique procédé, mais il est très possible qu'elle se vérifie par toutes les méthodes, ce qu'il faudra tirer au clair dèr- cet automne. Comme la transformation s'opère avec une extrême rapidité, et que les' petites dimensions empêchent seules que l'on voie le mouvement se produire, on croit être en pleine féerie, lorsqu'on considère ces êtres, car ce n'est pas une petite affaire que de grandir, en douze minutes, d'un demi-pouce en longueur et d'une quantité proportionnelle en largeur, ce qui représente, ou peu s'en faut, une croissance en raison du carré, et encore les quatre ailes à la fois ! Je verrai s'il n'y a pas moyen de vous faire constater le phénomène de vos propres yeux. — Adieu.
Entre nous soit dit, j'espère vous apporter, lorsque je vous arriverai, la paix et la tranquillité assurées pour la Thuringe et la Saxe supérieure. — Weimar, le 6 août 1796. — G.
P.-S. — Il va sans dire qu'il ne faut pas se figurer cette croissance comme si les éléments solides des
ailes s'allongeaient dans une si forte proportion en un temps si court ; j'imagine au contraire que les ailes sont formées d'un tissu cellulaire très fin et sout complètement achevées, et que ce tissu se dilate avec cette rapidité saisissante sous l'action de quelque fluide élastique — air, vapeur ou liquide — qui y serait injecté. Je suis convaincu qu'on pourra faire une observation analogue sur la croissance des fleurs.
Iéna, le 8 août 1796.
Votre nouvelle découverte est, en effet, merveilleuse ; il semble qu'elle soit de grande importance et qu'elle mette sur une piste féconde. Elle m'a rappelé le développement rapide et violent qui s'observe sur le cœur et les poumons de l'animal nouveau-né. Il n'est pas moins remarquable que le papillon évite si obstinément les parties éclairées, et ce fait doit attirer une fois de plus l'attention vers l'action de la lumière sur les êtres organisés.
Je désirerais très vivement voir moi-même votre phénomène. J'imagine que vous ne manquerez pas de poursuivre vos expériences tous ces jours-ci, et que vous aurez, quand vous viendrez, beaucoup de récits à m'en faire.
On raconte ici très ouvertement qu'il y a en ce moment à Weissenfels conférence entre le prince électeur de Saxe, quelques ducs de Saxe et le roi de Prusse en personne (1). Les Saxons occuperaient la ville d'Erfurt, — et autres racontars du même genre. Il n'est toujours arrivé ici aucune nouvelle de Souabe, et je ne puis en faire parvenir aucune là-bas.
(1) L'intervention du roi de Prusse avait pour but de décider les princes saxons à faire une déclaration de neutralité, qu'il obtint aisément.
Le frère de Schlegel (1) est ici ; il fait une excellente impression et paraît plein de promesses. Humboldt est en route pour un grand voyage dans le nord de l'Allemagne jusqu'à l'île de Rûgen ; il visitera amis et ennemis à Eutin et à Wandsbeck (2), et aura toutes sortes de récits amusants à nous faire. Je n'ai pas très bien pu comprendre ce qui lui a pris soudain de se mettre en route pour aller jusque là-haut.
Le huitième livre poursuit sans doute encore son somme.
N'auriez-vous pas quelque livre où il soit question des découvertes d'Herculanum? J'aurais justement besoin de quelques renseignements exacts là-dessus, et vous me rendriez service. Je crois bien me souvenir qu'il se trouve un certain nombre de renseignements à ce sujet dans l'histoire de Volkmann (3).
Tout va bien chez moi. Nous nous réjouissons tous (Karl est aussi du nombre) de votre venue. Venez le plus tôt possible. — Sch.